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Depuis le 12 octobre 1939, Moscou est en pourparlers avec Helsinki afin d'obtenir notamment de nouveaux territoires garantissant sa propre protection. Helsinki rejette toutes les propositions russes. La tension monte entre les 2 capitales.
Le 26 novembre, une salve d'artillerie finnoise tue plusieurs soldats russes sur la frontière de l'isthme de Carélie. La Finlande refusant de retirer ses troupes de la frontière, chose exigée par Staline, ce dernier utilise ce prétexte pour rompre tous les accords liant les 2 pays ...
Et le 30 novembre 1939, la Russie soviétique envahit la Finlande. La guerre finno-russe, désignée plus fréquemment la "Guerre d'Hiver" est déclarée ...
Elle s'achèvera le 13 mars 1940 après une résistance héroïque de l'armée finlandaise, seule face à l'ogre soviétique. Par le traité de Moscou y mettant fin, la Finlande devra céder notamment un dixième de son territoire.
De nombreux actes héroïques eurent lieu durant ce conflit. Et certains parfois "solitaires" ...

© Kid Toussaint - Holgado - Blanchard - Grand Angle 2026
Avec "Mort Blanche", Kid Toussaint et Iñaki Holgado proposent un récit de guerre qui mêle habilement réalité historique et fiction. L'album plonge le lecteur au cœur de la guerre d'Hiver.
À travers le destin de Riku, jeune Finlandais devenu un tireur d'élite redouté, les auteurs s'intéressent autant aux ravages du conflit qu'à la construction d'une légende nourrie par la peur, la solitude et la violence.
« Ses frères d’armes tiennent les comptes de ses cibles.
Et on peut dire qu’il fait des dégâts.
Les soviétiques l’ont surnommé « Mort blanche ».
Ils ont mis sa tête à prix, et ont même formé un escadron pour l’arrêter. »
L'ouvrage trouve son origine dans deux figures historiques fascinantes.
D'un côté, Simo Häyhä, le célèbre sniper finlandais surnommé « la Mort Blanche » par ses ennemis soviétiques.
De l'autre, Hiroo Onoda, soldat japonais qui continua à se considérer en guerre durant plusieurs décennies après la capitulation du Japon.
Kid Toussaint fusionne librement ces deux destins exceptionnels pour créer un personnage fictif, Riku, dont l'existence devient progressivement une réflexion sur l'obsession guerrière et l'incapacité à retrouver une vie normale après les combats.

© Kid Toussaint - Holgado - Blanchard - Grand Angle 2026
L'album développe plusieurs thèmes forts. La violence est omniprésente, d'abord à travers l'enfance de Riku, élevé par un père brutal qui confond apprentissage et maltraitance.
" - Garde les deux yeux ouverts pour viser. [...] Garde les deux yeux ouverts, bon sang !
- Arrête ... arrête, papa, tu me fais mal !"
Cette éducation laisse des traces profondes et participe à façonner un homme capable d'endurer l'impensable.
" - T'as quoi sous les yeux ?
- Quoi ? ... Euh ... Rien !
- C'est encore une fois ton père, pas vrai ? Comme la fois où il t'a cassé le bras ... ou la semaine dernière quand Eiki n'est pas venu à la messe parce qu'il ne pouvait plus s'asseoir tant ton père l'avait frappé !"
La guerre agit ensuite comme un révélateur, transformant un jeune homme fragile en une machine à tuer redoutablement efficace. Mais derrière les exploits militaires se cache surtout une réflexion sur la perte des repères, la solitude et l'effacement progressif de l'humanité chez ceux qui vivent trop longtemps dans la violence.

© Kid Toussaint - Holgado - Blanchard - Grand Angle 2026
L'un des points forts de l'album réside dans son cadre historique. La guerre d'Hiver demeure relativement peu représentée en bande dessinée, alors qu'elle constitue un épisode marquant du XXe siècle. L'opposition entre l'immense puissance soviétique et la résistance acharnée des Finlandais offre un terrain idéal pour mettre en scène des combats de guérilla dans des paysages enneigés où chaque arbre peut dissimuler un ennemi. Cette toile de fond donne à l'histoire une atmosphère singulière et immersive.

© Kid Toussaint - Holgado - Blanchard - Grand Angle 2026
Sur le plan scénaristique, Kid Toussaint construit un récit fluide et accessible qui alterne scènes de guerre et retours sur le passé du personnage principal. Cette construction permet de comprendre progressivement comment Riku est devenu cet homme traqué autant par ses ennemis que par ses propres souvenirs.
Le décompte régulier des victimes abattues, affiché au fil des pages, 544 au total, renforce la dimension presque mythologique du personnage tout en soulignant la déshumanisation progressive qu'entraîne la guerre.
" - Mort Blanche ... Tu as tué tellement de gens.
- Je n'ai fait que mon devoir.
- Ça t'a fait quoi ?
- Rien. Ça ne me fait rien. Je défends notre ville, notre pays, ma vie ..."
Il est à noter d'ailleurs que ce décompte débute à "2" ! Quel est donc le premier ? Qui était sa première fois ? Le lecteur a le droit de l'imaginer tout au long du récit ... jusqu'à sa réponse dans les dernière page ... avant un clifhanger "réhumanisant" (ou non) Riku !
Le récit sait également maintenir une tension constante grâce aux nombreuses embuscades et opérations clandestines.
Toutefois, le scénario prend dans sa dernière partie une direction plus romanesque qui pourra diviser les lecteurs. En cherchant à prolonger la trajectoire de son héros bien au-delà de la guerre d'Hiver, l'auteur s'éloigne davantage du réalisme historique pour explorer une dimension plus symbolique. Cette évolution a le mérite d'approfondir les thèmes de l'isolement et de l'obsession, même si elle peut parfois donner l'impression d'un basculement un peu abrupt par rapport à l'approche initiale du récit.

© Kid Toussaint - Holgado - Blanchard - Grand Angle 2026
Graphiquement, Iñaki Holgado livre une prestation particulièrement convaincante. Son dessin semi-réaliste offre une lecture claire et efficace, tout en accordant une grande importance aux expressions des personnages.
L'évolution physique de Riku apparaît avec beaucoup de subtilité : le jeune garçon timide des premières pages laisse progressivement place à une silhouette dure et marquée par les épreuves.
Les scènes de combat sont dynamiques et parfaitement lisibles, sans jamais sombrer dans la surenchère spectaculaire.
Les environnements constituent également l'une des grandes réussites de l'album. Les forêts enneigées, les lacs gelés et les étendues blanches deviennent de véritables personnages du récit. Holgado parvient à restituer la rudesse du climat nordique et l'immensité des paysages finlandais.
Le travail des couleurs, assuré par Raphaël Bauduin et Anaïs Blanchard, joue un rôle essentiel dans cette immersion. Les teintes froides dominent naturellement l'ensemble, tandis que les explosions, les incendies et le sang viennent ponctuellement rompre cette blancheur glaciale, accentuant la brutalité des affrontements.

© Kid Toussaint - Holgado - Blanchard - Grand Angle 2026
Au final, Mort Blanche se révèle être une bande dessinée solide et ambitieuse. En s'appuyant sur des figures historiques réelles tout en assumant sa part de fiction, l'album interroge la fabrication des héros de guerre et le coût humain de leurs exploits.
Malgré quelques facilités dans sa conclusion, il séduit par son contexte historique original, la profondeur de ses thèmes et la qualité de sa réalisation graphique.
Une lecture prenante qui rappelle que derrière chaque légende militaire se cache souvent un homme hanté par ce qu'il a vécu et par ce qu'il a été contraint de devenir.
Thierry Ligot
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Titre : Mort Blanche
Scénario : Kid Toussaint
Dessin : Iñaki Holgado
Couleurs : Raphaël Bauduin
Aplats : Anaïs Blanchard
Éditeur : Bamboo
Label : Grand Angle
Type : one-shot
Genre : aventure, guerre
Thèmes : courage, solitude, honneur, traumatisme, Russie, Finlande
Parution : 25 février 2026
Format : 24,3 x 32,1 cm
Page : 64
ISBN : 979 1 0411 1037 7
Prix : 15,90 €
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