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"Mudlarks : écumeurs des berges - A l'époque victorienne, enfants pauvres qui fouillaient les berges de la Tamise à la recherche d'objets perdus et de déchets à revendre."
Londres, 1824, la capitale anglaise est notamment marquée par sa misère sociale, l'emprisonnement pour dettes, l'exploitation des enfants, ...
Dans ce décors miséreux, deux garçons se rencontrent et se lient d'amitié : le jeune Charles Dickens et Oliver, un adolescent des quais de la Tamise, un mudlark !
" - Mais dis-moi, tu ne t'es pas présenté. Tu es qui ... et c'est quoi ton truc, dans la vie ... la magie ?
- Je m'appelle Charles Dickens et je suis ... apprenti écrivain !
- Tu écris des histoires ?
- J'essaye ..."
Charles, 12 ans, est contraint d’abandonner l’école pour travailler après l’incarcération de son père, pour une malheureuse dette de 40 livres et 10 shillings. Sa mère et ses plus jeunes frères et sœurs sont également emprisonnés avec son père. Il se retrouve donc seul ... et doit apprendre à se débrouiller pour trouver l'argent nécessaire à la libération de sa famille.
Il découvre grâce à Oliver les réalités les plus dures de la capitale.
" - Charles ! Ne crois pas que tu reprendras tes études. Sortis d'ici, nous aurons tout autant besoin d'argent. Les études, c'est fini pour toi."
Entre enquête autour d’une noyée, secrets de famille et quête de liberté, cette amitié devient le moteur d’un récit initiatique qui éclaire les futures inspirations du grand romancier.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Un personnage central à la croisée de la fiction et de l’Histoire
Le cœur de l’album repose sur la figure de Charles Dickens enfant. Les auteurs choisissent de raconter une période peu connue de sa jeunesse, lorsque les difficultés financières de sa famille l’obligèrent à travailler alors qu’il rêvait déjà d’écrire. Ce Dickens en devenir n’est pas encore l’écrivain célèbre, mais un garçon sensible, observateur et ambitieux, confronté brutalement aux injustices sociales.
Face à lui, Oliver apparaît comme un double romanesque. Débrouillard, courageux et habitué à survivre dans la rue, il incarne ce peuple de laissés-pour-compte qui nourrira plus tard l’univers de Dickens.
" - Crois-moi, si tu veux raconter des aventures, il faut en vivre, en provoquer. En commençant par regarder autour de toi. Voyons ce que tu as sous le coude. qui pourrait te faire une histoire magnifique et qui te rendrait riche et célèbre !
Un gamin et sa petite sœur qui refusent de rentrer dans leur famille ... Un apprenti écrivain qui ne sait pas quoi écrire ... Un père en prison pour dettes ... Et cerise sur le gâteau : un jeune malin plein de ressources ! MOI ! Ah ! Ah ! "
Le personnage évoque naturellement les héros enfantins du futur romancier, à commencer par Oliver Twist, sans que l’album ne cherche à établir une filiation directe. Il représente surtout le lien entre l’expérience vécue et l’imaginaire littéraire.
La force du récit réside dans cette complémentarité. Charles possède les mots et les rêves ; Oliver détient l’expérience du terrain. L’un apprend à observer, l’autre à raconter. Leur relation offre une explication crédible et poétique de la manière dont un futur écrivain a pu développer une telle empathie pour les plus faibles.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Les thèmes : pauvreté, enfance et naissance d'un regard d'écrivain
L’album aborde plusieurs thèmes majeurs qui traverseront ensuite toute l’œuvre de Dickens.
Le premier est évidemment la pauvreté. Londres apparaît comme une ville où la richesse côtoie une misère extrême. Les enfants y sont souvent abandonnés à eux-mêmes, exploités dans les manufactures ou contraints d’inventer mille stratagèmes pour survivre.
Les mudlarks, ces "chercheurs de boue" qui fouillaient les berges de la Tamise, symbolisent cette réalité sociale aujourd’hui largement oubliée.
L’enfance constitue le deuxième grand sujet du récit. Les protagonistes doivent assumer des responsabilités d’adultes alors qu’ils ne sont encore que des enfants. Pourtant, le récit évite constamment le misérabilisme. Charles, Oliver, Amy ou David conservent leur énergie, leur sens de l’aventure et leur capacité à rêver malgré des conditions de vie particulièrement difficiles.
Enfin, l’album explore la naissance de la vocation littéraire. Les auteurs montrent comment l’observation du réel nourrit l’imagination. À travers une formule qui résume parfaitement cette idée, Oliver explique à Charles qu’il faut parfois vivre les aventures avant de pouvoir les écrire.
L’écriture apparaît alors moins comme un don que comme une manière de transformer l’expérience humaine en récit.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Les points forts de l’album
La principale réussite de Mudlarks réside dans l’équilibre entre vérité historique et fiction. Philippe Charlot s’appuie sur des éléments biographiques authentiques de la jeunesse de Dickens tout en construisant une aventure accessible et captivante. Cette approche permet de découvrir une période importante de la vie de l’écrivain sans jamais donner l’impression de lire une leçon d’histoire.
L’autre qualité majeure est l’humanité des personnages. Même les situations les plus sombres sont abordées avec délicatesse. Les thèmes de l’abandon, de la violence familiale ou de l’exploitation sont présents, mais toujours traités à hauteur d’enfant.
Le récit bénéficie également d’un rythme efficace. L’enquête autour de l’identité de la noyée, le mystère du médaillon ou les difficultés rencontrées par Oliver maintiennent constamment l’intérêt du lecteur.
Ces éléments romanesques s’intègrent naturellement à une histoire qui reste avant tout centrée sur l’amitié et l’apprentissage.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Une scénarisation fluide et intelligente
Philippe Charlot construit son récit avec une grande simplicité apparente. Les informations historiques sont intégrées à travers les actions et les dialogues plutôt que par de longues explications. Cette fluidité rend l’album accessible aux jeunes lecteurs tout en satisfaisant un public adulte.
Le scénariste joue également avec les références à l’œuvre future de Dickens. Certains personnages, certaines situations ou certains thèmes semblent annoncer les romans à venir sans que cela devienne démonstratif. Cette subtilité donne une saveur particulière à la lecture, notamment pour ceux qui connaissent déjà Oliver Twist, David Copperfield ou Un chant de Noël.
L’intrigue repose enfin sur une belle progression émotionnelle. Derrière l’aventure et les péripéties, c’est la construction d’un regard sur le monde qui se dessine. Charles apprend à voir ceux que la société ignore, tandis qu’Oliver découvre qu’il peut compter sur quelqu’un d’autre que lui-même.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Un graphisme sensible et immersif
Le dessin de Manu Cassier constitue un atout essentiel de l’album. Son trait semi-réaliste privilégie l’expressivité des personnages et facilite l’identification des jeunes lecteurs. Les visages demeurent doux et attachants, même lorsque le contexte se fait plus rude.
Les décors jouent un rôle majeur dans l'immersion. Les quais de la Tamise, les ruelles sombres, la prison de Marshalsea ou les ateliers de travail restituent avec justesse l'atmosphère du Londres du début du XIXe siècle. Sans rechercher une reconstitution photographique, Manu cassier parvient à rendre palpable la boue, l'humidité et l'activité incessante de la ville.
Les couleurs contribuent également à l’identité visuelle de l’album. Les tonalités nuancées et légèrement feutrées adoucissent la dureté du sujet tout en conservant la crédibilité du cadre historique. Cette douceur chromatique crée un contraste réussi avec la violence sociale décrite.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Mudlarks : Charles Dickens, apprenti écrivain est une bande dessinée historique particulièrement réussie. En imaginant l’amitié entre le jeune Dickens et un enfant des rues, Philippe Charlot et Manu Cassier proposent un récit touchant qui éclaire les origines d’une œuvre littéraire majeure.
À travers une narration fluide, des personnages attachants et un graphisme empreint de sensibilité, l’album évoque la pauvreté, l’enfance et le pouvoir des histoires sans jamais céder au pathos.
Une lecture aussi accessible qu’émouvante, qui donne envie de redécouvrir Dickens tout en rappelant les réalités sociales qui ont façonné son regard sur le monde.
Thierry Ligot
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Titre : Mudlarks, Charles Dickens, apprenti écrivain
Scénario : Philippe Charlot
Dessin & couleurs : Manu Cassier
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Catégorie : one shot
Genre : policier, chronique sociale
Thèmes : misère, Londres victorien, Dickens, pauvreté, enfance
Public : tout
Parution : 1/7/2026
Format : 22,2 x 30 cm
Page : 64
ISBN : 979 1 0411 1665 2
Prix : 16,90 €
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