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Bruxelles, 1949. Alors que la jeune Léonie Cooreman, dite Nini Cordy, triomphe au cabaret du Bœuf sur le Toit, un trompettiste russe est assassiné après lui avoir laissé une mystérieuse partition.
" - Un indice ! Il faut laisser un indice à Nini ! C'est la seule à qui faire confiance ... Elle seule osera ..."
En tentant d'en percer le secret, la future Annie Cordy se retrouve entraînée dans une affaire d'espionnage liée à une œuvre interdite de Dmitri Chostakovitch.
Entre cabarets, agents soviétiques et musique censurée, la chanteuse devient malgré elle l'héroïne d'une enquête où se joue bien davantage que le destin d'un simple manuscrit.
Avec cet album, Bernard Swysen et Christophe Alvès signent un récit singulier qui mêle biographie romancée, polar historique et comédie populaire. Loin d'une simple évocation de la carrière d'Annie Cordy, "Nini Cordy 1949" s'intéresse à la jeune femme qu'elle était avant la célébrité, à un moment charnière de son existence, alors que Paris s'apprête à lui ouvrir les portes du succès.
" - Je suis Francis Lopez et vous venez de chanter "Tchi-ki-tin", une de mes chansons.
- Ha ! Ha ! La bonne blague ! C'est une chanson de Luis Mariano !
- Vous chantez une chanson qu'interprète Luis Mariona. Moi, j'en suis l'auteur ...
- ?!
- ... Et vous la chantez si joliment que je vous propose un rôle dans ma prochaine opérette à Paris.
- Paris ? Ho non monsieur, c'est gentil mais ça ne m'intéresse pas."

© Swysen - Alvès - Anspach 2026
L'équilibre entre la fiction et la réalité est parfait et rend la lecture idéalement captivante. L'intrigue policière constitue un fil conducteur efficace, mais elle sert surtout à révéler la personnalité de Nini. On découvre une jeune artiste débordante d'énergie, spontanée, audacieuse et profondément attachante. Son tempérament volontaire la pousse à enquêter elle-même sur le meurtre du musicien russe, quitte à se mettre en danger.
" Il ne fallait pas que les autres voient ce papier dissimulé sous le bœuf ... adressé à mon nom, et à ne montrer à personne. Qu'est-ce que cela peut bien signifier ? Il y a sûrement un rapport avec l'assassinat de Sergueï. C'est drôle ! Ces notes ... L'air me dit quelque chose !"
Cette liberté de ton correspond parfaitement à l'image que l'on conserve d'Annie Cordy : celle d'une femme incapable de rester spectatrice des événements.

© Swysen - Alvès - Anspach 2026
Le scénario de Bernard Swysen avance avec une remarquable fluidité. Les rebondissements s'enchaînent naturellement sans alourdir le récit. L'auteur ne cherche jamais à transformer son héroïne en détective invincible ; il privilégie au contraire son instinct, sa débrouillardise et son enthousiasme communicatif.
Derrière le suspense se dessine également un portrait affectueux de la future vedette, nourri par un solide travail de documentation et enrichi par les souvenirs et archives mis à disposition par Michèle Lebon-Cooreman. Ceci se retrouve de plus dans le très riche dossier "Annie avant Cordy" qui clôture l'album. Un véritable voyage dans le passé ... indispensable à plus d'un point pour s'immerger dans cette époque d'après-guerre.
Photos privées, parfois jamais publiées, textes explicatifs, brèves biographies de protagonistes clés, anecdotes et plongées dans le coulisses du récit, ... une véritable mine d'informations passionnantes !
Cette proximité avec le sujet apporte au récit une authenticité appréciable, notamment dans l'évocation du cadre familial, des débuts artistiques et de l'environnement culturel de l'époque.
" - Le Roi de l'opérette lui propose un contrat et mademoiselle lui dit : "Ho non, merci !" Je rêve ! Tu es folle Nini ! Complètement folle !
- Mais monsieur Omer, ne vous fâchez pas !
- Écoute ma petite, tu peux rester au 'Bœuf' autant que tu veux. Tu es ici chez toi ! Mais te garder ne serait pas honnête de ma part.
- Snif !
- Ton avenir est ailleurs ! Et puis une petite Belge qui réussit à paris ... Tu imagines ?"
L'autre personnage central de l'album est sans nulle doute Bruxelles elle-même. Les auteurs restituent avec beaucoup de tendresse une capitale en pleine renaissance après les années de guerre. Les cabarets, les salles de spectacle, les rues animées, les tramways et les quartiers populaires composent un décor vivant qui participe pleinement au charme de l'histoire. Cette plongée dans un Bruxelles disparu nourrit constamment la nostalgie sans jamais tomber dans la simple carte postale.

© Swysen - Alvès - Anspach 2026
Graphiquement, Christophe Alvès confirme tout son talent. Son dessin, inspiré de la grande tradition de la ligne claire belge, se distingue par sa lisibilité, sa précision et son élégance. Chaque décor témoigne d'un important travail de reconstitution historique. Les façades, les monuments, les enseignes, les véhicules ou encore les costumes recréent avec crédibilité l'atmosphère de la fin des années 1940. Cette rigueur documentaire n'empêche jamais la narration de rester fluide et dynamique.
Les personnages bénéficient d'une expressivité remarquable. Nini irradie littéralement les planches grâce à une gestuelle vive et des expressions constamment animées. Son énergie contraste avec la raideur presque caricaturale des espions qui la poursuivent, ce qui renforce la dimension légère et souvent humoristique du récit.
" - Et comme ça, vous êtes artiste ? savez-vous qu'il y en a un très connu qui est né une rue plus bas ? Il invente des histoires pour les enfants.
- Ha ? Qui ça ?
- Attendez ça va me revenir ... Gégé ! Oui c'est ça, Gégé !
- Gégé ?
- Oui, qui dessine Rintintin et Mildou !
- Ha ! Hergé ! Tintin et Milou, j'adore !
- A votre âge ?!? Enfin, comme on pit, chacun ses goûts, n'est-ce pas ?! Moi c'est le crochet."
Les couleurs de Drac apportent quant à elles une chaleur bienvenue, notamment dans les scènes de cabaret où les jeux de lumière et les tonalités chaleureuses participent pleinement à l'immersion.

© Swysen - Alvès - Anspach 2026
Au-delà de son intrigue policière, "Nini Cordy 1949" est surtout un hommage réussi à une personnalité populaire qui a marqué durablement la culture belge et francophone. En associant un récit d'aventure accessible à une reconstitution historique soignée, l'album parvient à faire redécouvrir Annie Cordy sous un jour nouveau, bien avant qu'elle ne devienne l'icône que l'on connaît.
© Swysen - Alvès - Anspach 2026
Drôle, vivant, documenté et porté par un dessin d'une grande finesse, ce one-shot constitue une excellente surprise. Une lecture aussi divertissante qu'attachante, qui célèbre avec beaucoup de tendresse une artiste hors norme et un Bruxelles aujourd'hui disparu.
Du cabaret aux espions, Nini Cordy chante ... et déjoue les complots !
Une première aventure qui en appelle d'autres ? A voir et espérer !
Notre rencontre avec Mimi Lebon : Derrière la palette ...
Le podcast de Laurent Lafourcade : ici
Thierry Ligot
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Titre : Nini Cordy 1949
Scénario : Bernard Swisen
Dessin : Christophe Alvès
Couleurs : Drac
Editeur : Anspach
Genre : polar, espionnage, semi-biographique
Thèmes : Annie Cordy, Bruxelles, Belgique, musique, composition
Public : tout
Parution : 24 avril 2026
Format : 24 x 32 cm
Page : 56
ISBN : 978 2 9311 0555 9
Prix : 16,5 €
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