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" - Bon. On est bien d'accord. Tu me suis. Tu poses tes questions. Et surtout, tu restes discret.
- OK.
- Mais tu ne me saoules pas.
- T'inquiète, je suis pro.
- Pas de photos.
- Pro, je te dis ...
- Voilà, pro. C'est ça."
Voilà qui n'était pas forcément gagné d'avance... mais qui s'avérait indispensable, voire crucial, lorsqu'il s'agissait de transposer en bande dessinée les confidences et l'univers du docteur Philippe Boxho, qu'il n'est plus vraiment nécessaire de présenter aujourd'hui.
Mais comment procéder ? Comment rester fidèle à l'esprit de ses livres, à la force de ses récits et à la singularité de son regard, sans tomber dans l'effet spectaculaire ou, à l'inverse, dans une adaptation trop sage et académique ?
Trouver une approche qui épouse à la fois son humour, sa pédagogie et le sérieux de son travail constituait le véritable défi lancé à Pierre Alary pour cette transposition originale des récits de celui que beaucoup surnomment désormais « l'homme qui fait parler les morts ».

© Boxho - Alary - Kennes Les 3 As 2026
Le pari est relevé avec intelligence. Entre histoires glaçantes, descriptions rigoureuses d'autopsies et plongée dans le quotidien de la médecine légale belge, Post Mortem évite soigneusement les artifices sensationnalistes ou les codes parfois excessifs des séries policières américaines.
On y retrouve toute la saveur qui a fait le succès des ouvrages du fameux médecin légiste : une narration fluide, accessible mais précise, un humour discret qui désamorce les tensions sans jamais nier la gravité des situations, et quelques réflexions philosophiques qui invitent le lecteur à s'interroger sur la vie autant que sur la mort.
" Aujourd'hui, je me pose des questions en regardant autour. Le ciel. Les étoiles. Les galaxies. Savoir qu'on est une poussière dans quelque chose qui nous dépasse complètement ... C'est concret, et pourtant totalement incompréhensible."
Avec Post Mortem, les auteurs proposent ainsi une immersion aussi fascinante qu'inattendue dans les coulisses de la médecine légale. Loin de se limiter à une simple adaptation graphique des récits déjà connus du célèbre médecin légiste liégeois, l'album trouve sa propre identité en exploitant pleinement les possibilités du neuvième art. Sur plus de cent pages, le lecteur franchit les portes de la salle d'autopsie et découvre un métier souvent fantasmé, parfois mal compris, mais essentiel à la manifestation de la vérité.
" Comprendre une scène de crime, c'est souvent comme un puzzle - il faut remettre les pièces dans le bon sens, trouver celles qui manquent et essayer que ça tienne debout."

© Boxho - Alary - Kennes Les 3 As 2026
L'ouvrage s'articule autour de cas réels puisés dans l'expérience professionnelle de Philippe Boxho. Chaque intervention, chaque autopsie, chaque indice relevé sur un corps devient le point de départ d'une enquête scientifique permettant de reconstituer les circonstances d'un décès.
" Oui, c'est délicat, mais on doit oublier que ces corps vivaient encore il y a quelques heures. Ils avaient des enfants, des proches, des joies, des peines. Des crédits aussi...
On doit les traiter comme des objets. Sinon, on ne tiendrait pas, et ce métier très important serait tout simplement impraticable."
Mais Post Mortem ne se limite pas à l'aspect technique du métier. Au fil des pages, l'album aborde des thèmes plus universels : notre rapport à la mort, la fragilité de l'existence, les croyances ou encore la nécessité d'accepter notre propre finitude.
" Je pense que la mort fait partie de la vie. Et je ne veux pas rater ce moment. Oui. Je veux vivre ce moment-là, celui où ... tout s'arrête."
Cette réflexion prend progressivement de l'ampleur et apporte à l'ensemble une dimension profondément humaine.

© Boxho - Alary - Kennes Les 3 As 2026
L'un des grands points forts de l'album réside dans sa remarquable capacité de vulgarisation.
Les mécanismes de la médecine légale sont expliqués avec clarté, sans simplification outrancière. Le lecteur comprend comment le corps continue de livrer ses secrets après la mort et découvre la rigueur d'un travail où chaque détail peut s'avérer déterminant. Cette volonté pédagogique est constamment soutenue par un humour bien dosé qui évite toute lourdeur.
C'est précisément dans ce domaine que la scénarisation se montre particulièrement habile. Pierre Alary imagine un double miniature de lui-même qui accompagne Philippe Boxho tout au long du récit. Visible uniquement par le médecin et par le lecteur, ce personnage joue le rôle du candide. Il pose les questions que chacun se pose intérieurement sans toujours oser les exprimer. Ce procédé, qui évoque le célèbre clin d'œil de Gotlib et sa coccinelle, s'intègre naturellement au récit et permet d'introduire les explications scientifiques de manière fluide. Loin d'être un simple ressort humoristique, il crée un véritable dialogue entre le spécialiste et le profane.
La construction de l'album alterne intelligemment entre anecdotes médico-légales, souvenirs personnels et réflexions plus intimes. Le dernier tiers de l'ouvrage s'éloigne progressivement des seules autopsies pour laisser apparaître l'homme derrière le médecin. Philippe Boxho évoque notamment son rapport à la mort, ses interrogations et certaines expériences fondatrices de son existence. Cette dimension plus personnelle enrichit considérablement la lecture et apporte une émotion inattendue.

© Boxho - Alary - Kennes Les 3 As 2026
Graphiquement, Pierre Alary signe une prestation de tout premier ordre. Son trait expressif conjugue réalisme et lisibilité avec un rare équilibre. Les scènes d'autopsie sont suffisamment précises pour conserver leur crédibilité scientifique tout en évitant l'écueil du voyeurisme. Le dessin devient ici un formidable outil de médiation : là où une photographie pourrait rebuter, l'illustration permet de comprendre sans être agressé.
Les couleurs, souvent sobres mais subtilement nuancées selon les ambiances, contribuent également à la réussite de l'ensemble. Les passages techniques bénéficient d'une mise en scène claire et très lisible tandis que les moments plus introspectifs gagnent en chaleur et en sensibilité. Quant au petit double caricatural d'Alary, il apporte un contrepoint graphique efficace qui dynamise la narration et renforce l'accessibilité du propos.

© Boxho - Alary - Kennes Les 3 As 2026
Au final, Post Mortem réussit pleinement son ambition : ouvrir au grand public les portes d'un univers méconnu sans le dénaturer. Grâce à l'expérience de Philippe Boxho et au talent de conteur de Pierre Alary, l'album conjugue rigueur documentaire, pédagogie, humour et réflexion existentielle.
Une œuvre captivante, parfois troublante, souvent enrichissante, qui démontre une fois encore que la bande dessinée peut être un formidable outil de transmission du savoir autant qu'un puissant vecteur d'émotion.
Parmi les sorties marquantes de cette rentrée, Post Mortem s'impose déjà comme une lecture incontournable.
Thierry Ligot
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Titre : Post Mortem
Scénario : Dr Philippe Boxho
Dessin & couleurs : Pierre Alary
Éditeur : Kennes les 3 As
Genre : Biographie, témoignage
Thèmes : mort, crimes, médecine légale
Parution : 26 août 2026
Format : 24 x 32 cm
Page : 112
ISBN : 978 2 9313 0063 3
Prix : 22 €
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