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" Est-ce qu'un jour quelqu'un m'aimera suffisamment pour que je lui inspire de tels mots ?!
Est-ce qu'un jour quelqu'un fera un portrait de moi avec autant de sensibilité ?!
Est-ce qu'un jour quelqu'un me verra ??"
N'est-ce pas le rêve de nombreux jeunes ... s'il ne se voie pas eux-mêmes sur le devant de la scène de la vie, sous la lumière des projecteurs ?
Dana n'est pas différente de ceux-là ! Elle grandit dans un environnement modeste, nourrie par les films, les livres et les représentations culturelles qui lui offrent une vision idéalisée de Paris et de ses artistes, associant l'art à la beauté, au désir et à l'admiration.
Incapable de se reconnaître dans ces créateurs souvent masculins, elle rêve plutôt de devenir leur muse, celle qui inspire, fascine et occupe une place privilégiée dans leur univers.
À peine le baccalauréat obtenu, elle quitte sa province pour la capitale et se rapproche successivement de plusieurs artistes dont elle devient l’égérie. Convaincue de partager avec eux une véritable complicité intellectuelle et affective, elle s’investit entièrement dans ce rôle.
" Tu es comme un coffre au trésor ... dont les richesses débordent tellement qu'il n'y a qu'à les ramasser."
Musiciens, metteur en scène, peintres, écrivains, photographe, ... tous en devenir ou pas.
" Pour mes artistes, j'étais une amie proche, très proche avec qui partager tout ce qu'il y a de plus intime. La vie était une aventure, remplie de mystères et de gens passionnants. Et je n'étais pas obligée de choisir entre eux : nous étions libres."
Mais lorsque la mort de sa mère la confronte à la douleur et l’amène à exprimer ses propres besoins, elle découvre brutalement les limites de cette relation. Peu à peu remplacée par des femmes plus jeunes et plus disponibles, Dana entreprend alors une enquête sur les grandes muses de l’histoire de l’art afin de comprendre ce qui se cache réellement derrière ce statut qui l’a tant fait rêver.

© Hannah - Reat - Casterman 2026
À travers cette trajectoire à la fois drôle, touchante et désenchantée, "Quand j’étais petite, je rêvais d’être muse" déconstruit avec finesse l'image romantique associée aux muses. Le récit explore des thématiques fortes comme le besoin de reconnaissance, le regard masculin, l’injonction à la beauté, les rapports de pouvoir dans la création artistique et l'effacement des femmes dans l'histoire de l'art.
" - C'est pour quoi l'appareil au fait ?
- Pour une expo.
- Ah ? Tu bosses avec qui ?
- C'est moi l'artiste.
- C'est cool ça.
- Oulala ! Attention, MADAME prend les choses en MAIN. MADAME devient "Féministe" ? Ha ha ha ha he he he "
Sans jamais devenir pesant, l’album pose des questions essentielles : qu'est-ce qu'une muse apporte réellement à un artiste ? Pourquoi ces femmes sont-elles si souvent reléguées dans l'ombre ? Et pourquoi tant de leurs histoires se terminent-elles par la souffrance, l'oubli ou la marginalisation ? L’ouvrage séduit autant par la richesse de sa réflexion que par son équilibre entre humour, émotion et documentation.
" - HHhhhh ...
- Sale journée ?
- Mmmh Je galèèère sur un projet artistique.
- Ah t'es une artiste ?
- Ârtiste ET muse. Ouais, c'est pas une vie facile."

© Hannah - Reat - Casterman 2026
Erell Hannah signe ici son premier véritable récit de fiction après plusieurs travaux consacrés à la vulgarisation féministe et sociale. Formée au théâtre, à la sociologie et à la psychologie, elle s'est notamment fait connaître grâce au blog "Ils abusent grave", créé avec Fred Cham, ainsi qu'à travers des publications mêlant pédagogie, humour et analyse des mécanismes de domination. Cette expérience se retrouve pleinement dans son écriture.
Son scénario s'appuie sur un important travail de recherche mais évite constamment l'écueil du discours académique.
Gala, Dora Maar, Zelda Fitgerald, Emilie Flöge ...
" - Mais du coup, c'est toujours des femmes qui sont les muses, et les hommes qui sont les artistes ?
- Nooon, il existe aussi des muses hommes ! Cecchino pour Michel-Ange, Jean Marius pour Jean Cocteau, Rimbaud pour Verlaine, Baptiste Giabiconi pour Karl Lagerfeld, Nijnski pour Diaghilev ... Mais en général ce sont les muses d'autres hommes !""
Les nombreux éléments historiques concernant les muses et les artistes sont intégrés naturellement à l'intrigue de Dana, donnant naissance à une œuvre qui instruit tout en restant profondément romanesque.
La scénariste parvient ainsi à mêler enquête documentaire, récit initiatique et réflexion féministe dans une narration fluide et particulièrement accessible.
A la fois drôle, mordant et éclairant, nous découvrons à travers les déboires de Dana l’envers du décor des muses ... Une vérité enfin révélée qui aboutit, le 5 octobre 2017 à ... #MeToo.

© Hannah - Reat - Casterman 2026
Le dessin de Maëlle Reat constitue l'autre grande force de l'album. L'autrice et illustratrice, déjà remarquée pour plusieurs ouvrages personnels et ses collaborations avec des revues comme "La Déferlante" ou "Topo", adopte ici un style extrêmement vivant. Son trait souple et spontané confère beaucoup d'énergie au récit, tandis que l'expressivité des personnages rend immédiatement lisibles leurs émotions. Dana, notamment, apparaît sous une multitude de facettes, passant de l'enthousiasme à la colère, de la stupeur à la tristesse avec une remarquable justesse graphique.
La mise en page dynamique et le caractère presque caricatural du dessin créent un contraste particulièrement efficace avec la gravité croissante du propos. Cette apparente légèreté renforce même la portée du récit, donnant à l'ensemble un ton doux-amer qui oscille constamment entre comédie et désillusion.

© Hannah - Reat - Casterman 2026
Entre humour et désillusion, une plongée fascinante dans l’ombre des artistes.
Avec "Quand j’étais petite, je rêvais d’être muse", Erell Hannah et Maëlle Reat livrent une œuvre intelligente, accessible et profondément actuelle. En revisitant l'histoire de l'art à travers le regard de celles qui ont longtemps été reléguées au second plan, elles proposent une réflexion stimulante sur la création, le pouvoir du regard et la place des femmes dans les récits artistiques. Un roman graphique aussi divertissant qu'éclairant, qui compte assurément parmi les belles réussites de cette rentrée éditoriale.
Une enquête féministe brillante, sur le ton humoristique mais sérieux, derrière le mythe romantique des muses.
Une déconstruction aussi passionnante qu'mouvante du mythe de la muse !
Thierry Ligot
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Titre : Quand j'étais petite, je rêvais d'être muse
Scénario : Erelle Hannah
Dessin & couleurs : Maëlle Reat
Éditeur : Casterman
Genre : roman graphique
Thèmes : art, féminisme, histoire, quête d'identité
Public : tout
Parution : 26 août 2026
Format : 19,2 x 26,8 cm
Page : 192
ISBN : 978 2 20329 621 3
Prix : 16,99 €
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