"Stand Still" Quand arrêter le temps ne suffit pas à sauver une bonne idée
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" - Mmm ... Joli, le couteau à ta ceinture.

- Quoi, tu préfères te faire taillader ?

- Merde ! Il est passé où ?

- Vous l'avez vu ?

- Non.

- C'est avec ça que tu l'as achevée ?

- Putain, mais ... ?!

- Que ... ?

- Huh ?

- Au fait, le club des hétéros ... vous avez une idée de ce qui motive ma visite de ce soir ? ... La vengeance !"

 

Que se passerait-il si un homme pouvait figer le temps à volonté ? C'est la question au cœur de "Stand Still", thriller de science-fiction imaginé par Lee Loughridge.

 

 

 

 

Ryker Ruel, individu aussi séduisant que profondément dérangé, met la main sur un dispositif expérimental capable de suspendre le temps pour tous sauf pour lui. Dès lors, les assassinats spectaculaires, les disparitions inexpliquées et les actes de vengeance se multiplient à travers le monde.

 

 

© Loughridge - Robinson - Delcourt 2026

 

Face à cette menace impossible à comprendre pour le commun des mortels, seul Colin Shaw, le scientifique à l'origine de cette invention, semble capable d'en percer le mystère et d'espérer arrêter celui qui détourne ce pouvoir à des fins destructrices.

 

" - Ça n'a rien d'obsessionnel, Lara. Je dis juste que quelque chose cloche terriblement et que je dois comprendre à quoi rime ce putain de bordel ... [...] C'est grave ce qui se passe ! Il y a des chefs d'état qu'on assassine, des barons de la drogue qu'on décapite ... des cambriolages, des bourdes médiatiques invraisemblables ... et tout ça est inexplicables !

- Tu ne l'as jamais finalisé. ce ne sont que des coïncidences."

 

 

 

 

© Loughridge - Robinson - Delcourt 2026

 

Un scénario séduisant mais inégal

Dès les premières pages, "Stand Still" captive grâce à un concept particulièrement fort. L'idée de suspendre le temps ouvre un immense champ de possibilités narratives et nourrit une intrigue mêlant thriller, action et science-fiction. Le récit avance à un rythme soutenu, porté par un antagoniste fascinant dont les motivations restent longtemps obscures. Cette part de mystère entretient efficacement la curiosité du lecteur.

 

" - Besoin de rien ?

- J'ai une question.

- J'écoute beau gosses.

- Qu'est-ce que vous ne feriez pas si vous pouviez stopper le temps ?

- En voilà une drôle de question ... Ben ... Je pourrais aller dans une banque et emporter tout l'argent ... histoire de ne plus avoir à bosser dans ce boui-boui.

- J'ai demandé ce que vous ne feriez pas."

 

 

© Loughridge - Robinson - Delcourt 2026

 

Lee Loughridge construit ainsi une poursuite tendue où la question n'est pas seulement de savoir comment arrêter Ryker, mais aussi pourquoi il agit de la sorte. Derrière les scènes d'action se dessinent plusieurs thèmes intéressants : l'abus de pouvoir, la vengeance, la responsabilité morale face à une technologie incontrôlable et la corruption des élites.

 

Malheureusement, cet excellent point de départ peine à tenir toutes ses promesses. À mesure que l'histoire progresse, les révélations manquent d'impact et certaines facilités scénaristiques apparaissent.

Le récit abandonne progressivement la dimension de mystère au profit d'une succession de confrontations plus classiques. La seconde moitié de l'album semble moins inspirée, avec une intrigue qui perd en tension et une conclusion qui laisse une impression d'inachevé. On reste alors avec le sentiment qu'un concept brillant n'a pas été exploité à son plein potentiel.

 

 

© Loughridge - Robinson - Delcourt 2026

 

Andrew Robinson : la force visuelle du début

Andrew Robinson signe les premiers chapitres et impose immédiatement une identité graphique forte. Son dessin réaliste, nerveux et expressif s'accorde parfaitement avec l'ambiance du récit. Les personnages possèdent du caractère, les scènes d'action sont lisibles et le format panoramique est exploité avec intelligence.

 

Sa grande qualité réside dans sa capacité à donner une véritable ampleur cinématographique aux séquences. Les cadrages larges accentuent la sensation d'espace et renforcent l'impact des moments où le temps semble s'étirer ou se figer.

Parmi ses rares défauts, si il devait y en avoir, nous pourrions éventuellement avancer que certains passages privilégient parfois le spectaculaire au détriment de la clarté narrative. Cependant, soyons honnête, cela reste mineur au regard de l'énergie communicative de son travail.

 

 

© Loughridge - Robinson - Delcourt 2026

 

Alex Riegel : une transition difficile

La seconde moitié de l'album est reprise par Alex Riegel, dont l'approche artistique diffère sensiblement. Son trait plus stylisé et moins réaliste tranche nettement avec celui de Robinson, créant une rupture visuelle parfois déstabilisante.

 

Riegel possède pourtant certaines qualités. Son dessin apporte davantage d'expressivité et une dimension légèrement plus caricaturale qui peut convenir à certains passages plus excessifs du récit. Son découpage reste dynamique et il conserve une certaine fluidité dans les scènes d'action.

Cependant, le changement intervient de manière brutale. Les personnages perdent une partie de leur présence visuelle et certaines physionomies deviennent moins cohérentes d'une case à l'autre.

L'utilisation du format panoramique paraît également moins ambitieuse, ce qui réduit l'effet spectaculaire qui faisait la force du début de l'album.

 

Cette transition nuit à l'unité graphique de l'ensemble et accentue la baisse de régime ressentie dans le scénario.

 

 

 

© Loughridge - Robinson - Delcourt 2026

 

"Stand Still" est une BD portée par une idée de départ prometteuse et un format éditorial particulièrement séduisant. Les premiers chapitres offrent un mélange efficace d'action, de science-fiction et de suspense, sublimé par le travail d'Andrew Robinson.

Si le récit perd ensuite de sa force et souffre d'une transition graphique malheureuse, il demeure une lecture originale qui propose une réflexion intéressante sur l'usage du pouvoir et les dérives de la vengeance.

Un album imparfait, dirons certains, mais suffisamment singulier pour retenir l'attention des amateurs de thrillers atypiques.

 

La vengeance a tout son temps, surtout quand ce dernier s'arrête !

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Stand Still

Scénario & couleurs : Lee Loughridge

Dessin : Andrew Robinson & Alex Riegel

Éditeur : Delcourt

Genre : thriller d'anticipation

Thèmes : vengeance, dérive scientifique, pouvoir hors du commun

Public : ado, adulte

Parution : 2 avril 2026

Format : 30,2 x 20,3 cm

Page : 224

ISBN : 978 2 4130 9051 9

Prix : 25,95 €



Publié le 07/10/2026.


Source : Bd-best

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