"Starman - Quand Ziggy éclipsa Bowie" Bowie ou l'art de survivre à ses doubles
Flux RSSFlux RSS

         Toute l'actualité

 

« Je ne sais plus si c'est moi qui ai créé Ziggy ou si c'est l'inverse, Ziggy me dévore ! »

 

Avec Starman – Quand Ziggy éclipsa Bowie, Reinhard Kleist ne propose pas une biographie complète de David Bowie, mais se concentre sur une période décisive : celle de la naissance de Ziggy Stardust, de son triomphe, puis de la reconstruction de Bowie à Berlin.

 

« L'époque était sombre et l'avenir incertain. Tu as senti ce que les gens voulaient entendre. » 

 

 

Publié chez Casterman en septembre 2025 (oui d'accord, il y a presque 1 an) l’album de 344 pages réunit en réalité deux récits : l’ascension glam de Ziggy et la période plus intime de Low et de la trilogie berlinoise.

Attention ... voyage dans une constellation de métamorphoses allant de Major Tom à Ziggy Stardust, du Thin White Duke au Bowie berlinois !

 

 

 

Le récit débute au début des années 1970, dans une Angleterre grise où Bowie surgit comme une créature venue d’ailleurs. Avec ses cheveux rouges, ses tenues provocantes, son ambiguïté et son imaginaire spatial, il invente Ziggy Stardust, messie rock destiné à parler à une jeunesse inquiète. Très vite, le personnage dépasse son créateur. Bowie fascine, choque, électrise les foules, mais se retrouve aussi prisonnier de ce double flamboyant. La célébrité, les excès, la drogue et la paranoïa l’entraînent vers une forme de chute, jusqu’à la décision symbolique de « tuer » Ziggy sur scène en 1973.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

La seconde partie suit un Bowie plus fragile, fuyant Los Angeles pour Berlin-Ouest. Dans cette ville divisée, aux côtés notamment d’Iggy Pop, Brian Eno et Tony Visconti, il tente de reprendre pied. Berlin devient le lieu d’une renaissance artistique et personnelle, moins spectaculaire que l’époque Ziggy, mais plus humaine. C’est là que Bowie se libère peu à peu de ses masques pour inventer une nouvelle manière de créer.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Sur le plan scénaristique, Reinhard Kleist évite la simple chronologie. Il construit son récit par fragments, flashbacks et visions intérieures. L’enfance de David Jones, ses débuts difficiles, l’influence de son frère Terry, atteint de troubles psychiatriques, et la peur constante de sombrer à son tour donnent de l’épaisseur au portrait. Bowie apparaît comme un artiste génial, mais aussi anxieux, ambitieux, vulnérable, parfois égocentrique.

 

« Ziggy montrait à chacun d'entre nous que la personnalité d'un être a bien plus de facettes et que nous portons en nous bien plus de créatures que nous le pensons. » 

 

Cette dimension donne à l’album une profondeur réelle. Kleist ne se contente pas d’aligner les dates, les albums, les rencontres et les anecdotes célèbres. Il tente de comprendre ce qui pousse Bowie à se métamorphoser sans cesse. L’artiste apparaît comme un génie visionnaire, mais aussi comme un homme immodeste, anxieux, ambitieux, parfois manipulateur, souvent vulnérable. Le scénariste ne le sanctifie pas. Il montre ses excès, sa consommation de drogue, sa difficulté à aimer, ses relations compliquées avec Angela Bowie, son rapport ambigu à la célébrité et au show-business. Le livre montre surtout comment ses personnages, Ziggy, Major Tom ou le Thin White Duke, deviennent autant de miroirs dangereux.

 

Cette richesse a cependant son revers. L’album est dense, parfois bavard, et les nombreuses références musicales peuvent perdre les lecteurs peu familiers de Bowie. Mais pour les connaisseurs, cette profusion nourrit le plaisir de lecture et restitue bien la complexité d’un artiste en perpétuelle métamorphose.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Graphiquement, Kleist adopte un style à l’image de son sujet : excessif, nerveux, changeant. La période Ziggy explose en couleurs pop et psychédéliques, avec des compositions proches du comics et du poster glam. Les scènes de concert deviennent presque hallucinatoires, comme si la musique transformait Bowie en super-héros rock ou en messager cosmique.

La partie berlinoise marque un net changement d’atmosphère. Les couleurs se refroidissent, les rues deviennent humides, les intérieurs plus sombres, les ambiances plus mélancoliques. Berlin n’est pas seulement un décor : c’est un refuge, un miroir, presque un personnage.

Le dessin y gagne en retenue et en émotion.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Au final, Starman – Quand Ziggy éclipsa Bowie n’est pas un chef-d’œuvre sans défauts. Il peut sembler long, chargé, parfois trop explicatif. Mais il reste une biographie dessinée puissante, passionnée et habitée.

Reinhard Kleist y saisit Bowie non comme une icône figée, mais comme un artiste en lutte contre ses propres créations.

Un album indispensable pour les fans, et une belle porte d’entrée pour qui veut comprendre pourquoi Bowie continue, encore aujourd’hui, de hanter l’imaginaire du rock.

 

 

 

 

 

Thierry Ligot

 

____________________________________________________________________________________________________

 

Titre : Starman, Quand Ziggy éclipsa Bowie

Scénario : Reinhard Kleist

Couleurs : Thomas Gilke & Re

Traduction de l'allemand : Paul Derouet

Éditeur : Casterman

Genre : biopic, documentaire

Thèmes : musique, célébrité, XXe siècle

Public : ado - adulte

Parution : /09/2025

Format :  18,6 x 25,9 cm

Page : 344

ISBN : 978 2 203 24856 4

Prix : 28 €



Publié le 20/07/2026.


Source : Bd-best

        Toute l'actualité

© BD-Best v3.6 / 2026