2021 au pied du sapin. La sélection de l’année par BD-Best, Deuxième partie.
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2021 au pied du sapin. La sélection de l’année par BD-Best, Deuxième partie.

 

 

            Comment choisir 10 albums sur une année de lecture de plus de 350 titres ? Forcément, le résultat est subjectif, mais il est là. Choisir, c’est renoncer. Voici donc, sans classement, la sélection des dix albums retenus dans la catégorie SERIES pour vous et qu’il est encore temps de déposer au pied du sapin.

 

 

 

 

 

 

 

© Godi, Zidrou - Le Lombard

 

 

 

 

 

 

Attila empale son linge sale en famille. 

Le club des huns 2 – Un pour tous, tous pour huns !

 

Attila, le chef barbare, celui à cause de qui partout où il passe l’herbe ne repousse jamais, s’est fait doublé. Le village qu’il comptait envahir a déjà été la cible d’un clan adverse. Mais qui est donc ce monstre blond difforme à la tête d’une horde de barbares, ou plutôt d’autres barbares ? Et bien, c’est tout simplement sa propre sœur Blédina. Attention, celui qui osera essayer d’arnaquer la farouche guerrière sera envoyé au lit avec un suppositoire de cheval. Pour la première fois, Attila fait face à un adversaire à sa taille ; Normal, ils ont les mêmes gênes.

 

On retrouve le chef des huns dans un conflit familial de conquête de territoire. Les choses ne vont pas être simples. Il va y avoir du duel dans l’air. A part ça et avant ça, Attila s’est évadé de la geôle dans laquelle on l’avait laissé. Il a retrouvé son clan de barbares, tous plus crétins les Huns que les autres. Heureusement que Madame Vralouk, la femme de ménage, remet de l’ordre. Mais gare à qui ne s’essuira pas les pieds !

 

Dab’s signe un album de gags désopilant. Souvent, alors qu’au cinéma on rit, c’est beaucoup plus rare en BD. On sourit, on est amusé, mais rire de bon cœur, c’est somme toute relativement rare. Avec Le club des Huns, c’est l’esclaffade ! Dab’s manie le comique de situation et d’attitude comme peu de monde. On le savait depuis Tony & Alberto, l’auteur est le roi de l’ellipse que précède une chute, dans tous les sens du terme, que l’on voit parfois venir et qui fait rigoler.

 

Des coups de balai de Madame Vralouk aux coups de maillet de Zsambor, les Huns ne font que « bosse-er ». Par ailleurs, on ne mangera plus jamais les prunes de la même façon après avoir lu ce livre.

Un pour tous, tous pour Huns ! est un album d’humour qui pourrait bien figurer dans les meilleurs albums de l’année toutes catégories confondues.

 

 

Série : Le club des huns

Tome : 2 – Un pour tous, tous pour huns !

Genre : Humour belliqueux 

Scénario & Dessins : Dab’s 

Couleurs : Gom 

Éditeur : Bamboo

Nombre de pages : 48 

Prix : 10,95 €

ISBN : 9782818976234

© Dab’s, Gom – Bamboo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dernier Giroud.

La guerre invisible 1 - L’agence

 

                Le Caire, septembre 1951. Kathryn vient d’atterrir avec son neveu Rudi. Ils viennent habiter chez l’oncle Max. Sauf que Rudi n’est le neveu, ni de l’un, ni de l’autre. Qui plus est, Kathryn et Max ne sont pas non plus beau-frère et belle-sœur. Rudi est orphelin. Son père est tombé au front et sa mère a été violée puis tuée sous ses yeux par des soudards russes. Kathryn et Max, agents de la CIA, ne sont pas en Egypte pour redonner de la joie de vivre au gamin, mais pour retrouver Manfred Fürbringer, ancien ingénieur nazi spécialisé dans les systèmes de guidage des fusées V2. Rudi va leur servir d’appât pour atteindre leur cible par l’intermédiaire de leur fils. La guerre froide fait rage dans la chaleur égyptienne.

 

                Ce premier tome de La guerre invisible a été réalisé il y a près de trois ans. Il entamait une trilogie initiée par Frank Giroud. Hélas, le scénariste est décédé en juillet 2018 à la fin de la réalisation de l’album. L’album paraît enfin aujourd’hui. Pour conclure la trilogie, Laurent Galandon prendra la suite de Giroud au scénario. Le deuxième volet est prévu pour l’automne. Giroud a mis la barre très haut, signant un de ses meilleurs récits. Autant les albums sur la Seconde Guerre Mondiale sont pléthores, autant la période qui a suivi, la guerre froide des années 50, est beaucoup moins exploitée. Les personnages sont travaillés, avec des passés complexes. La tension et le suspens sont au rendez-vous. Quand Giroud écrivait une histoire, il ne la rédigeait pas pour l’action présente mais construisait savamment son « théâtre » avec des acteurs ayant un passé, des sentiments et un projet. Giroud savait rendre fluide un scénario tentaculaire, preuve en sont les séries concepts Le décalogue, Quintett, Destins et, dans une autre mesure, Secrets. Avec La guerre invisible, on a droit a du grand Giroud.

 

                Olivier Martin est un dessinateur au réalisme souple. De la famille des Emmanuel Moynot et autres Jean-Michel Beuriot, il apporte toute la sensibilité et le recul nécessaire pour s’immerger dans ce type d’histoires. Il y a quelques années, Martin aurait eut une place de choix dans un mensuel comme (A suivre) qui manque tant au PBDFB (paysage BD franco-belge).

                Grâce à son graphisme dépeignant les rues du Caire ou les pistes ensablées, associé à la mise en couleurs par Gaétan Georges aux tons tiédeur de fin d’après-midi de journées ensoleillées, si on prend n’importe quelle planche, sans la lire, on peut presque savoir où l’on se trouve et à quelle époque. C’est étonnant. C’est impressionnant.

 

                Lorsqu’il est question d’albums événements ou de remises de prix, il est quasi-exclusivement question de one shots et rarement de séries. Celle-ci insuffle la précision et l’addiction qu’il peut y avoir dans certaines séries télévisées desquelles on ne peut pas se détacher. Premier volet d’un triptyque qui s’annonce passionnant, La guerre invisible ne va pas le rester longtemps.

 

 

Série : La guerre invisible

Tome : 1 - L’agence

Genre : Espionnage

Scénario : Frank Giroud 

Dessins : Olivier Martin 

Couleurs : Gaétan Georges

Éditeur : Rue de Sèvres

Nombre de pages : 60 

Prix : 15 €

ISBN : 9782369814535 

© Giroud, Martin, Georges - Rue de Sèvres

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Johan et Pirlouit au pays de Chlorophylle.

Waldor 1 - Le dragon multiple

 

                Bromir arrive dans la forêt dans laquelle vivent son vieil ami Waldor et ses compagnons. Bromir vient faire appel à eux car une caisse robuste sur laquelle figure le blason de la ville a été dérobée. Elle était pourtant bien cachée dans une salle secrète du château solidement gardée. Or, cette caisse contient un morceau d’Obor, un dragon immortel, le mal incarné, qui a été découpé en morceaux disséminés dans des caisses dispersées dans les grandes cités du continent. Plusieurs de ces caisses ont été volées. Cela signifie-t-il qu’un ennemi dangereux chercherait à reconstituer Obor ?

 

                Une louche de Macherot, un bol de Peyo et une rasade de Wasterlain, voilà quelques uns des ingrédients que David De Thuin a rassemblé pour Waldor. Les yeux qui observent Waldor dans la grotte rappellent ceux de ces petits êtres bleus qui observaient Johan et Pirlouit dans une certaine histoire de flûte. Obor est le dragon ayant le plus de personnalité depuis Fafnir. Hommage aux plus grandes séries de l’âge d’or, son nouvel univers est certainement le plus travaillé, le plus fouillé, le plus ambitieux qu’il n’ait jamais créé. Espérons qu’il tienne là la série qui fera enfin sa renommée.

 

                Est-ce grâce au succès critique rencontré par son album précédent Le roi des bourdons ? Toujours est-il que graphiquement De Thuin a fait des progrès fulgurants. Son trait ligne claire s’assouplit et s’encrasse légèrement pour donner aux personnages de Waldor autant de vie que ceux du Robin des Bois des studios Disney.

 

                Waldor est une série au potentiel puissant, preuve en est le nom de Bromir, pas loin d’un certain Boromir. Le Seigneur des anneaux, ça vous dit quelque chose ?

 

 

 

Série : Waldor

Tome : 1 - Le dragon multiple

Genre : Aventure moyenâgeuse

Scénario, Dessins & Couleurs : David De Thuin

Éditeur : Glénat

Collection : Tchô !

Nombre de pages : 48

Prix : 10,95 €

ISBN : 9782344039427

© De Thuin - Glénat

 

 

 

 

 

 

 

 


La fin d’une trilogie initiatique majeure.

Le veilleur des brumes 3 – Retour à la lumière

 

                Pierre, le petit cochon, a la lourde tâche de pallier à l’absence de son père qui était veilleur de brumes et qui, de son moulin, empêchait celles-ci d’envahir la ville. Après un long voyage plein de péripéties, il retrouve enfin son papa. Est-il l’heure d’un passage de témoin ? Il faut faire vite. La brume noire s’approche du village. Il faut à tout prix l’éloigner, pour ainsi faire fuir la mort. Entouré de ses amis la jolie renarde Roxane, le grand Roland, l’hippopotame, le dur de la classe et Vince, le lézard foufou, Pierre va devoir prendre son destin en mains.

 

                Tsutsumi calque son dessin sur celui du dessin animé qui a inspiré la série. Son trait peinture est somptueux. Les personnages animaliers sont adorables. La figuration de la brume est terrorisante.

 

Comme pour une série de mangas, c’est un véritable pool d’auteurs qui est aux commandes de cette petite merveille. Le scénariste Robert Kondo et le dessinateur Daisuke « Dice » Tsutsumi sont accompagnés d’un agent-producteur, un directeur artistique, trois créateurs, cinq créateurs-graphistes, un graphiste et trois producteurs. Est-ce que cela annonce un développement plus étendu qu’une simple BD ? L’avenir nous le dira.

 

                Le scénario de Kondo est tendre et émouvant. Il ne se contente pas d’écrire une histoire d’animaux. Depuis Calvo et autres Macherot, la bande dessinée animalière a montré sa puissance et sa force. Sous des apparences futiles, elle traite de sujets graves, voire épineux. Le veilleur des brumes ne déroge pas à la règle. Le sujet fondamental en est le deuil. Comment découvre-ton le monde réel une fois que l’on a perdu ses parents, béquilles qui nous protégeaient ? Avant, avions-nous une vision objective et vraie de ce qui nous entoure ? Le chemin de Pierre est celui que l’on fait tous. Accompagné par ce petit cochon, le lecteur comprend entre les lignes l’inéluctabilité de la route de vie de tout un chacun et la nécessité d’y avancer. L’histoire n’est rien moins qu’une quête sur le sens de la vie.

 

                Le veilleur des brumes est une véritable petite pépite. Tiré du court métrage nommé aux Oscars en 2015 The Dam Keeper (littéralement Le gardien de barrage), on y retrouve toute l’intelligence, tout le savoir-faire et toute la sensibilité qui ont fait le succès des studios Pixar dont sont issus les deux auteurs.

 

La série dessinée reprend les personnages de Pierre et Rox mais construit un récit fort dont le court-métrage n’en serait qu’un prologue, développant un univers riche et sensible.

 

                Une préquelle au Veilleur des brumes intitulée Le cochon, le renard et le moulin, destinée à un public plus jeune est également sortie il y a quelque mois.

 

  Le veilleur des brumes est un bâton, un témoin solide permettant au jeune lecteur d’être accompagné dans sa vie qui change, dans la perte de l’enfance, et à l’adulte de revenir sur cette mutation. Ceux qui apprécieront le plus ce veilleur des brumes sont justement les adultes chanceux qui n’ont pas guéri de leur enfance.

 

 

  

Série : Le veilleur des brumes

Tome : 3 – Retour à la lumière

Genre : Aventure fantastique animalière 

Scénario : Robert Kondo 

Dessins & Couleurs : Dice Tsutsumi 

Éditeur : Milan

Collection : Grafiteen

Nombre de pages : 208

Prix : 16,50 €

ISBN : 9782745995018

© 2019 by Tonko House Inc.

© Tsutsumi, Kondo – Grafiteen/Milan

 

 

 

 

 

 

 

 


5 x 2 = ?.

Les omniscients 2 – Les autres

 

James, Jessica, Amber, Albert et Diego sont cinq adolescents qui n’avaient rien de commun. Absolument rien ne les prédestinait à se rencontrer jusqu’au jour où ils se réveillèrent avec le savoir absolu. Devenus omniscients, ils connaissent à présent tout sur tout. Une chance ? Pas si sûr. Le fardeau est lourd à porter. Les jeunes gens font l’objet d’études scientifiques. Ils viennent de quitter la villa dans laquelle le professeur Schweitzer les avait réunis pour rejoindre le Connecticut. Les voilà dans une cabane de forêt, isolée à moins de deux heures de New-York. Alors que des agents véreux du FBI sont sur leurs traces, un nouveau groupe d’omniscients se constitue ailleurs.

 

A l’instar d’Harmony chez Dupuis et de Terence Trolley chez Drakoo, la série Les Omniscients met à l’honneur des adolescents aux compétences particulières. Chaque série se distingue bien l’une de l’autre. Celle-ci a la particularité de ne pas mettre les jeunes face à des pouvoirs qu’ils ne maîtrisent pas, mais leur attribue un don finalement lourd à porter. Les personnalités commencent à se distinguer, notamment Amber qui tient ici un rôle pivot, plus ambigu.

 

 Vincent Dugomier passe du réalisme des Enfants de la résistance à un récit contemporain qui s’annonce de longue haleine et à qui l’on prédit sans prendre trop de risques le même succès que sa série précédente avec Benoît Ers, ou même que Seuls. Le scénariste écrit son histoire à la manière d’une série télévisée. Les personnages ont été présentés après avoir introduit le mystère. Il distille à présent les informations sur eux en les mettant tour à tous au premier plan de scènes cruciales. Parallèlement, de nouveaux personnages viennent compléter le casting. L’addiction aux Omniscients est en marche.

 

Avec un graphisme franco-belge incluant quelques légers codes mangas, Renata Castellani a un dessin efficace se situant entre Ers et Urasawa. Les décors sont soignés et divers, que ce soit une bibliothèque, ou, chose rarissime en BD, un parcours aventures, pas facile à mettre en scène.

 

Si des lectures s’oublient, celle des omniscients laisse des traces et une impatience qui donne envie de les retrouver très rapidement. Les omniscients sont de ces séries pour lesquelles un an entre chaque album, c’est beaucoup trop long.

 

 

Série : Les omniscients

Tome : 2 – Les autres

Genre : Thriller fantastique 

Scénario : Vincent Dugomier  

Dessins : Renata Castellani  

Couleurs : Benoît Bekaert 

Éditeur : Le Lombard

Nombre de pages : 48 

Prix : 12,45 €

ISBN : 9782803679775

© Dugomier, Castellani, Bekaert - Le Lombard

 

 

 

 

 

 

 

 


Arachnoscholl.

Migali 1 – Bienvenue à l’Académie Royale !

 

Migali, une tête, deux jambes, mais six bras, fait son entrée à l’Académie Royale ! Pendant ce temps, ou plutôt quelques centaines de milliers plus tôt, Elya, une autre gamine, une tête, deux jambes et deux bras celle-ci, apprend à vivre et à survivre au milieu d’animaux amicaux ou hostiles.

 

                Fortes du succès du Loup qui voulait changer de couleurs et ses déclinaisons, les éditions Auzou ont atteint le rang de quatrième éditeur jeunesse en France. Il n’en fallait pas moins pour que les sirènes de la bande dessinée se fassent entendre. C’est désormais chose faite avec le label Auzou BD.

 

                Versant dans l’humour potache, Migali raconte l’entrée dans une école prestigieuse de Migali, petite princesse araignée. La « fille de Spiderman » n’est pas la dernière pour faire des tours pendanbles, usant et abusant de sa condition d’arachnide pour faire rigoler, ou pas, la galerie.

                Les gags d’Alexandre Arlène sont extrêment drôles et frais. Les personnages aux grandes bouches, comme la célèbre grenouille, de Fabien Öckto Lambert font rigoler sans qu’ils fassent quoi que ce soit. Dans des doubles pages sans cases, on visite le château à la manière des Trois chemins. Quand c’est drôle et que les dessins jouent leur rôle de transcender joliment l’action comique, que demander de plus.

 

                Bienvenue à l’Académie Royale ! marque les débuts prometteurs d’une petite fille tellement marrante qu’on lui prédit un destin à la Mortelle Adèle. Migali démontre que la bande dessinée pour enfants (et pas que) peut-être d’un excellent niveau. Génial. Cerise sur le gâteau, un petit concours en fin d’album permettra aux fans de voir leurs dessins publiés dans le prochain volume.

 

                Avec Migali. Auzou rentre dans l’édition BD en faisant un strike.

 

 

Série : Migali

Tome : 1 – Bienvenue à l’Académie Royale !

Genre : Humour arachnide

Scénario : Alexandre Arlène 

Dessins & Couleurs : Fabien Öckto Lambert

Éditeur : Auzou BD

Nombre de pages : 104 

Prix : 10,95 €

ISBN : 9782733886885 

© Arlène, Lambert – Auzou BD

 

 

 

 

 

 

 


 

Aux sources de la malédiction.

L’enfant et le maudit 10

 

Pour stopper une malédiction, des soldats exterminent la population qui tente de fuir la ville. Parmi eux, un homme, sa femme et leur enfant. L’homme tombe sous les flèches et se réveille dans la peau d’un être branchu. Il ne s’en rendra compte qu’en voyant son reflet dans l’eau d’une rivière. La créature trouvera refuge chez un vieil homme qui vit seul avec son petit fils.

 

Avec ce dixième et avant-dernier volume, en remontant aux sources de ce qui a fait de ses personnages ce qu’ils sont, Nagabe donne les clefs du récit. On apprend comment le professeur s’est métamorphosé et comment il a trouvé Sheeva. Sheeva est aujourd’hui elle aussi maudite. La mémoire est au cœur de cet épisode, celle que l’on fuit, celle que l’on rattrape, celle que l’on essaye d’empêcher de s’enfuir. Dans un final ambigu, Nagabe rebat les cartes et ouvre les portes d’une conclusion inattendue.

 

Graphiquement, le mangaka alterne les noirs et blancs avec les blancs et noirs. Certaines planches semblent des cartes grattées. C’est fin, minutieux, splendide. Par l’interstice des paupières des personnages, Nagabe joue avec des compositions originales. La supplique du maudit pour être hébergé montre en quatre cases différentes position de mains. On pourrait faire un ouvrage de leçons de dessin avec des images de L’enfant et le maudit.

 

En parallèle à ce dixième volume, les éditions Komikku publient le troisième album jeunesse. Après L’enfant, le maudit et le goûter, Jardinons avec l’enfant et le maudit, voici Tricotons avec l’enfant et le maudit. Il fait froid. Sheeva apprend le tricot au professeur. Elle tricote une écharpe, mais elle sera pour lui. Réussira-t-il à en faire une pour elle ?

 

Un graphisme méticuleux et une histoire qui ne ressemble à aucune autre font de la série un incontournable à élever au rang de best-seller. Récit empreint d’humanité prônant la tolérance de la différence, « L’enfant et le maudit » est une œuvre majeure dans l’histoire du manga. Le onzième et dernier tome est également paru.

 

 

 

Série : L’enfant et le maudit

Tome : 10

Genre : Fantastique 

Scénario & Dessins : Nagabe

Éditeur : Komikku

Nombre de pages : 164 

Prix : 7,99 €

ISBN : 9782372875219

© Nagabe / MAG Garden

 

 

 

 

 

 

 


Un cadavre bien convoité.

Undertaker  6 - Salvaje

 

                Pour que Sid Beauchamp puisse épouser Joséphine Barclay, il a dû répondre à ses desiderata, en l’occurrence rapatrier le cadavre de son fils Caleb du territoire indien dans lequel il est mort. Ça fait des années qu’elle ne l’avait pas vu. Il a été autrefois enlevé par les apaches qui en ont fait l’un de leurs plus brillants guerriers : l’indien blanc. Mort soi-disant après une attaque de diligence, sa mère souhaite récupérer sa dépouille. Richissime, elle possède la moitié des terres de Tucson et la plus grosse compagnie de diligences d’Arizona. Autant dire que Sid a tout à y gagner à l’épouser. Et lorsqu’il est question de cadavre, à qui fait-on appel ? A Jonas Crow, bien sûr. Notre croque-mort préféré a découvert qu’en fait Sid est l’assassin de Caleb. Ce dernier le fait prisonnier, ainsi que l’indienne Salvaje, épouse de Caleb, leur fils et un vieux guerrier. La troupe arrive en ville pour des obsèques en bonne et due forme… ou pas.

 

                Xavier Dorison sort des sentiers battus du western conventionnel. Blueberry, Comanche et Jerry Spring jouaient dans la cour des classiques. Stern abat la carte de l’anti-héros. Lucky Luke et Six coups sont carrément dans l’humour. Undertaker se trouve aux confluents de tout cela. C’est Dust, d’Hermann, qui se rangerait le plus facilement à côté de la série de Meyer et Dorison que toutes les autres citées plus haut.

 

                Jonas Crow est un personnage hors du commun. Avec des rapports à la mort totalement hors normes, le fossoyeur joue la carte de la violence et de l’humour. Rendre chic un cadavre ne se fait pas sans un certain recul.

 

                Si Jonas Crow ne fait pas dans la dentelle et ne fait rien sans contrepartie, ses auteurs ne lui épargnent rien non plus et ne lui rendent pas la vie facile, loin de là. Tantôt chasseur, tantôt gibier, l’homme en noir a vu ses rapports avec les apaches changer dans la première partie du diptyque : L’indien blanc. C’est Derib, auteur qui a toujours défendu la cause des indiens, qui a dû être content. Cette deuxième partie quitte les grands espaces pour cloitrer les personnages en ville, donnant presque une impression, à tort, de huis-clos.

 

Plus que jamais, Ralph Meyer marche sur les pas de Giraud-Moebius. Il est quasi à niveau égal avec le maître. Une arrivée en ville sous les « Pendez-les ! », un train filant à bride abattue vers le crash, des pelles qui creusent le sol gelé, chaque scène est un coup de maître. Ce n’est pas un hasard si Eddy Mitchell est fan de la série et si elle s’est déjà vendue à 585 000 exemplaires.

 

L’indienne Salvaje a tout compris de l’Undertaker : « Tu es un drôle d’homme, Jonas Crow… Ni mort, ni vraiment vivant, tu n’aimes pas vraiment tes amis, tu ne détestes pas vraiment tes ennemis… Tu n’es nulle part. »… sauf peut-être dans les meilleures bibliothèques, pourrait-on rajouter.

 

 

Série : Undertaker

Tome : 6 - Salvaje

Genre : Western 

Scénario : Xavier Dorison 

Dessins : Ralph Meyer 

Couleurs : Caroline Delabie & Ralph Meyer

Éditeur : Dargaud

Nombre de pages : 64

Prix : 15 €

ISBN : 9782505083382

© Meyer, Dorison, Delabie - Dargaud

 

 

 

 

 

 

 


 

La bête et la fille en peau de bête.

Raowl 2 - Peau d’âne, la princesse qui pue

 

Alors qu’il s’apprêtait à dézinguer deux trolls venus le détrousser de son repas, Raowl voit débarquer d’entre la forêt profonde une petite princesse, haute comme trois pommes, vêtue d’une peau d’âne, et bien décidée à faire régner la justice sur son territoire. Inutile de préciser que les deux barbares vont pouvoir numéroter leurs abattis. Peau d’âne, puisque c’est ainsi qu’elle se nomme, propose alors à Raowl d’aller sauver une nouvelle princesse en détresse retenue par un troll des cavernes. Mais ce que notre héros ignore encore, c’est que la tête de sa nouvelle camarade a été mise à prix par le roi, son père. Des chasseurs de prime sont sur ses traces… Le souverain a une nouvelle fiancée, Briguite, qui ne veut plus de gens sales dans le Royaume. « Donc, on les élimine... »

 

Tebo dynamite une nouvelle fois le monde moyenâgeux des contes de fées. Alors que l’on pouvait penser le genre éculé, il propose une nouvelle variation, une symphonie jubilatoire de 7 à 77 ans. Selon les codes que possèdera le lecteur en fonction de son âge, il appréciera le récit à diverses valeurs, mais dans tous les cas y trouvera son compte et son conte. Le troll Olrikiki n’a qu’à bien se tenir. Quant à la peau d’âne qui se trouve sur le dos de la princesse, ne serait-ce pas celle du compagnon de Shrek ? Symboliquement, avec tout le respect qu’on lui doit, l’ogre grossier est renvoyé dans ses retranchements.

 

Jacques Demy doit se retourner de bonheur dans sa tombe. On croyait qu’après lui plus personne n’aurait pu toucher à Peau d’âne. Le cinéaste avait transcendé l’histoire avec une Catherine Deneuve au sommet de sa carrière et un Jean Marais déjà caricatural. Demy avait osé une fin surréaliste, après laquelle on ne voyait pas comment une nouvelle lecture serait possible.

 

Le dessinateur de Captain Biceps s’éclate dans des dessins gigantesques. Des cases prennent une planche entière, voire une double. Ça rappelle les dessins que rajoutait Hergé dans des albums comme Le crabe aux pinces d’or quand il les a recomposés. Tebo offre aux yeux des lecteurs des souvenirs impérissables.

 

Plus de cinquante ans après, le cake d’amour peut à nouveau se déguster. Même s’il ne l’utilise pas, Tebo en a trouvé une nouvelle recette.

 

 

Série : Raowl

Tome : 2 - Peau d’âne, la princesse qui pue

Genre : Aventures humoristiques moyenâgeuses

Scénario, Dessins & Couleurs : Tebo

Éditeur : Dupuis

Nombre de pages : 72 

Prix : 12,50 €

ISBN : 9791034747801

© Tebo – Dupuis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abysses spirituelles.

Carthago 13 - Abzu est notre seul dieu

 

Mer de Béring à 4700 mètres de profondeur. Il est temps de libérer la horde ! Le grand gouverneur l’a dit. Et c’est Lou Melville, Dakhan, la fille de Kane, l’homme aux branchies, qui va mener les troupes, avec l’espoir de retrouver son père. Elle est persuadée qu’il n’a pas pu rejoindre le sanctuaire mais qu’il est toujours vivant. Elle voudrait également savoir si Donovan London a survécu. Mais attention, pour ne pas mettre en danger les grands squales, l’expédition ne devra jamais remonter à plus de trois cents mètres de la surface. Ce sera une longue traversée jusqu’à la fosse de Milwaukee.

 

Après le cycle de l’Albinos, voici celui du Bagarreur. Christophe Bec signe un nouveau diptyque mettant à l’honneur un requin géant. Bien évidemment, la curiosité et l’imprudence de Lou vont l’amener au-delà de la où elle devait aller. Elle va être recueillie sur une ancienne plateforme pétrolière par un groupe de moines exilés, organisés en communauté autonome après la destruction de leur monastère. Les serviteurs de Dieu vénèrent Abzu. Mais qui est ce seul Dieu ? Le scénariste développe la dimension théologique de sa série. L’histoire reste parfaitement compréhensible par les lecteurs qui découvriraient l’univers. Les aficionados apprécieront les échos aux personnages récurrents.

 

Aidé par les couleurs d’Andrea Meloni, Ennio Bufi est un créateur d’ambiances. Sous l’eau, on a l’impression d’être en apnée ou de respirer avec des branchies. On a envie, et on y arrive, à ralentir la lecture entouré de mégalodons dans les profondeurs sous-marines. On entend le silence. C’est magique. C’est merveilleux.

Sur la plate-forme, le dessinateur resserre les cadrages pour participer à un climat d’abord rassurant, puis qui devient petit à petit angoissant.

La couverture sublime rappelle les meilleures affiches de cinéma, avec des tons rougeâtres tranchant avec le bleu-vert de l’océan.

 

Par son ambiance spécifique, ce tome 13 de Carthago rejoint Neige de Gine et Convard. On rêverait d’un cross-over entre les deux séries dans, pourquoi pas, un Carthago Adventures.

L’alchimie entre Bec, Buffi et Meloni, trio immuable depuis L’héritière des Carpates, le tome 6, démontre son efficacité. La série débutée en 2007 est l’une des têtes d’affiches du catalogue des Humanoïdes Associés. On peut affirmer de la manière la plus objective qui soit que la poésie maritime et fable écologique Carthago est entrée dans la grande famille des séries « classiques » de la bande dessinée.

 

 

Série : Carthago

Titre : 13 - Abzu est notre seul dieu 

Genre : Aventure sous-marine 

Scénario : Christophe Bec 

Dessins : Ennio Bufi 

Couleurs : Andrea Meloni 

Éditeur : Les Humanoïdes Associés

Nombre de pages : 56

Prix : 14,50 €

ISBN : 9782731674576 

© Bec, Bufi, Meloni – Les Humanoïdes Associés

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

© Franquin - Dupuis



Publié le 15/12/2021.


Source : Bd-best

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