Ars longa, vita brevis ! L’art est long, la vie est brève ! Bouvaert, élégie pour un âne
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Ars longa, vita brevis ! L’art est long, la vie est brève !  Bouvaert, élégie pour un âne

« - Aah ! Très cher ! Approchez, approchez ! J’ai de bonnes nouvelles, très cher ! Réflexion faite, il nous a plu de vous envoyer à Rome.

- Vo… Votre Grâce ?

- Pour continuer à couler, un fleuve doit se renouveler à sa source. Allez donc vous renouveler auprès des maîtres d’antan ! Michel-Ange, Raphaël et euh… les autres.

- Ils vous inspireront peut-être des sujets plus relevés. Votre répertoire à notre cour nous semble plutôt limité.

- Votre Grâce ? Je ne comprends pas, Sa Gr…

- Bon, bon… En ces temps mouvementés, il n’est pas inutile de renforcer notre représentation auprès du Pape. Nous avertirons notre homme à Rome de votre visite. Le signor Malegnani règlera les aspects pratiques de votre séjour... » 

 

 

 

 

 

 

 

 

Italie, en plein cœur de la Lombardie, Jan Bouvaert est le peintre officiel de Vincent de Gonzague, Duc de Mantoue. L’artiste flamand né à Anvers en 1577 rêve d’entreprendre un voyage d’étude à Rome. Après hésitation, le Duc lui octroie ce droit. Bouvaert va y réaliser le retable de l’église Santa Maria in Vallicella, la partie arrière décorée de l’autel.

Pendant ce temps, à Anvers, son frère Pieter s’occupe de leur vieille mère malade de la phtisie. Son cas s’aggrave. Jan va prendre la route pour la ville flamande. Il y restera. Il vivra de son art et les années passeront jusqu’à sa mort en 1640.

 

 

 

 

© Spruyt - Casterman

 

 

  Simon Spruyt sème le trouble avec cette biographie imaginaire. D’aucuns taperont dans un moteur de recherche le nom de Jan Bouvaert. Ce sera en vain. Ce peintre chrétien de tradition classique hissé au rang des peintres baroques les plus en vue du début du XVIIème siècle n’existe pas. A travers lui, Spruyt rend hommage à l’école flamande et à Rubens dont les œuvres inspirent plusieurs de ses cases. Quant à l’âne, il sert à l’auteur pour écrire une légende d’Anvers car il paraît que le lait d’ânesse changea la face de la ville. Véridique ou pas, comme le dit Pieter, elle était trop belle pour rester dans l’oubli.

 

 

 

 

© Spruyt - Casterman

 

 

Entre Pieter Bruegel et Jérôme Bosch en passant par Jan Van Eyck, l’école flamande est mise à l’honneur jusqu’à un final percutant qui embarque jusqu’aux démons de Goya qui n’apparaîtront qu’un siècle plus tard en Espagne.

 

Spruyt prétend écrire une œuvre de fiction et ne dépeindre nulle autre réalité que celle construite par son récit. Paradoxal. Si son récit a une réalité, où est la fiction ? Les pistes sont brouillées dès l’introduction. La supercherie (ou pas) s’étend jusqu’à la dernière ligne de la dernière page, en dessous des œuvres du même auteur et des tableaux dont il s’est inspiré. Ode à l’âne et Epilogue seraient adaptés d’un manuscrit de Godfried Bouvaert à l’abbaye de Bornem vers 1760.

 

 

 

 

© Spruyt - Casterman

 

 

Graphiquement, le style de Simon Spruyt ne s’apparente à aucun autre. Avec un magnifique crayon gras, l’auteur offre un voyage dans le temps dans lequel il adopte un style théâtral. Il invite le lecteur dans des gaufriers dans lesquels des personnages s’adressent à d’autres comme si le spectateur interprétait le hors champ. Spruyt joue avec les contre-jours n’hésitant pas à dissimuler des visages en gros plan si une lumière extérieure vient du fond de la case. La couverture, dans un relief étonnant, donne l’impression de tenir en mains un retable en bois sculpté.

 

Cette élégie exprime avant tout l’expression d’une souffrance amoureuse due à une absence, celle d’un fils pour une mère, absent afin de s’épanouir dans une carrière pour l’amour de l’art, mais qui reviendra dans son berceau fort d’une expérience incroyable.

 

 

 

 

© Spruyt - Casterman

 

 

Supercherie réussie, Bouvaert, élégie pour un âne, en traitant de l’art de cette façon, contribue à ce que la bande dessinée en soit un.

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

One shot : Bouvaert, élégie pour un âne

 

Genre : Fausse biographie de peintre

 

Scénario, Dessins & Couleurs : Simon Spruyt

 

Éditeur : Casterman

 

Nombre de pages : 200

 

Prix : 25 €

 

ISBN : 9782203164390

 



Publié le 08/10/2019.


Source : Bd-best

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