Attention, chef d’œuvre. La grande arnaque
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Attention, chef d’œuvre.  La grande arnaque

« - Je vais tout vous dire, mais attendez un peu. J’ai la tête sens dessus dessous et j’essaie de mettre en ordre mes idées. Je vous raconterai toute l’affaire, Donaldo. Pedro a été mon amant, rien de sérieux, quelques coupes dans ma chambre au palais du gouvernement, quelques nuits au Motel Ciénaga. Celui de la route aveugle. Quelqu’un nous a pris en photo pendant que nous étions ensemble au Motel.

- Je commence à comprendre.il s’agit d’une extorsion.

- Nous croyons que oui. Que quelqu’un veut obtenir de l’argent en échange de ces clichés. Ils arrivent à raison d’un par jour, par courrier, au bureau de Pedro. Vous voulez les voir ? C’est terrible. Si ces photos tombent entre les mains de mon oncle, la tête de Pedro tombera pour trahison et la mienne aussi pour l’avoir fait cocu. Pedro m’a demandé que vous l’appeliez par téléphone. Il veut que vous soyez celui qui entriez en contact avec les maîtres chanteurs et que vous lui payiez ce qu’ils demanderont pour ces photos»

 

 

 

 

 

 

                En Amérique centrale, le suprême gouvernant dirige le pays d’une poigne de fer. Afin de réguler la population qui ne pense qu’à enfanter, il érige sa nièce Malinche Centurion, dont il use et abuse, en vierge intouchable, modèle pour ses concitoyens. Ainsi, le peuple la prendra pour exemple. Sauf que… Sauf que…. La soi-disant « exemple pour le peuple » est victime d’un maître chanteur qui l’a prise en photo dans une situation plus qu’indélicate avec Pedro Reynoso Artus, Ministre de l’Intérieur. Elle fait alors appel à Donaldo, ex-policier et frère de ce dernier, pour éviter qu’un grand scandale n’éclate. Ajoutez à cela un colonel nazi revanchard, un théâtreux écrivain du peuple, un tueur à sang froid et tout ça fait un joyeux bordel dans tous les sens du terme.

 

 

 

 

© Trillo, Mandrafina– iLatina

 

 

                Le deuxième récit, L’iguane, revient sur les traces du tueur éponyme à travers le parcours d’une journaliste nord-américaine nymphomane qui enquête sur ce grand assassin du régime. « Aucune victime ne lui échappe et après les avoir tuées, il boit quelques gouttes de sang de leur cou avec cette langue à deux pointes qu’il a. ». Ainsi le décrit le dramaturge Méliton Bates. Question reptile, Godzilla peut aller se rhabiller. L’iguane est bien plus effrayant et dangereux.

 

                Même si une unité est conservée, les deux récits appartiennent à deux catégories différentes. La grande arnaque, entre les mains de Tarantino, ferait indéniablement un grand film style Pulp Fiction. L’iguane, chez Almodovar, serait une tragi-comédie à plusieurs degrés.

 

 

 

 

© Trillo, Mandrafina– iLatina

 

 

                Carlos Trillo écrit son scénario comme une pièce de théâtre filmée. Les personnages n’hésitent pas à s’adresser au lecteur comme pouvaient le faire des acteurs de Molière. Trillo invente la didascalie expliquée par les protagonistes de son histoire.

                Il place les morceaux du puzzle de son intrigue mais pas forcément en commençant par les bords. Les causes des événements sont expliquées au moment où cela est nécessaire à la compréhension du lecteur, ni trop tôt, ni trop tard, une manière originale et exemplaire de mener l’aventure. L’histoire a également une dimension politique. Même si elle se passe dans un pays imaginaire, il ne faut pas oublier qu’au moment de sa création, l’Argentine sortait tout juste d’une dictature sanglante.

 

 

 

 

© Trillo, Mandrafina– iLatina

 

 

                Domingo Mandrafina a le talent d’un Jordi Bernet. Son nom n’est pas assez connu en Europe. Il fait indubitablement partie des grands maîtres du noir et blanc. Ses personnages portent le fardeau de leurs passés. Les hommes sont marqués par leur violence ou leur bêtise pendant que les femmes, si belles, prennent graphiquement le pouvoir. Mandrafina transpose dans leurs représentations ce que sont les personnages dans leurs âmes, l’Iguane transcendant ce concept. Le final de La grande arnaque, avec cette nuit fantastique qui n’en finit pas, démontre toute l’efficacité et la puissance de son trait. Dans L’Iguane, réalisé sept ans plus tard, il s’amuse en plus en intégrant des photographies à quelques unes de ses images. Encore une fois magistral.

 

                Il était temps qu’un éditeur réédite ce diptyque. Vingt-neuf ans après sa création et vingt-deux ans après sa première édition en France par L’écho des savanes/Albin Michel, les éditions iLatina, spécialisées dans la BD d’Amérique du Sud, lui redonnent sa juste place dans une toute nouvelle traduction signée Thomas Dassance. Cette intégrale pourrait bien rafler le prix du Patrimoine au prochain festival d’Angoulême.

 

 

 

 

© Trillo, Mandrafina– iLatina

 

 

                Trillo et Mandrafina signent une farce tragique haletante où tout se règle dans le sexe et dans le sang. N’ayons pas peur des mots, La grande arnaque est un chef-d’œuvre autant scénaristique que graphique du Neuvième Art de la bande dessinée pour adultes au même titre qu’un Silence, qu’un Déclic ou qu’un Grand pouvoir du Schninckel. Indispensable.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

PS : Nous devons tous rester chez nous, sauf nos amis de la santé et de la distribution alimentaire à qui nous pensons très fort. En ces temps compliqués, quoi de mieux que de lire des BD. Pour acheter ces beaux albums, si les librairies ont dû fermer leurs rideaux, n’oubliez pas que beaucoup d’entre elles proposent des services de vente par correspondance sur leurs sites. Alors, avant de vous précipiter sur les sites d’Amazan ou de la Fnoc, vérifiez si votre libraire de quartier ou de plus loin le fait. Ben tiens, dans ce cas-ci, vous pouvez le commander sur le site de son éditeur iLatina.

 

 

One shot : La grande arnaque 

 

Genre : Polar 

 

Scénario :  Carlos Trillo 

 

Dessins : Domingo Mandrafina 

 

Traduction : Thomas Dassance 

 

Éditeur : iLatina

 

Nombre de pages : 210

 

Prix :  28 €

 

ISBN : 9782491042035

 



Publié le 25/03/2020.


Source : Bd-best

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