Au cœur d’Angoulême 2020.
Flux RSSFlux RSS

         Toute l'actualité

Au cœur d’Angoulême 2020.

 

 

 

 

Envoyé spécial pour BD-Best au festival international de la BD, Laurent Lafourcade bulle pour vous.

 

 

 

 

Deux jours dans le chaudron, soit une journée de rencontres et d’expos et une autre de dédicaces, voici un petit résumé non exhaustif de ce qui s’est passé.

 

 

 

Avec une circulation gâchée par la visite du Président de la République, la première journée du festival a été un parcours du combattant pour aller d’un lieu à l’ordre. Les services d’ordre, sur les dents, fouillaient les sacs et passaient chaque personne au détecteur de façon particulièrement poussée ce qui entraînait des attentes anormalement longues et parfois sous la pluie. Au Quartier Jeunesse, aucune file d’attente n’ayant été mise en place, les groupes arrivaient les uns après les autres s’entassant devant les entrées de manière anarchique. Les organisateurs devraient aller faire un petit tour à Disneyland Paris pour savoir comment gérer ce genre de situation. Inadmissible pour un 47ème festival. Bref, une fois à l’intérieur, la qualité des expositions a vite fait oublier ces désagréments. Allons-y !

 

 

 

 

 

 

Catherine Meurisse, chemin de traverse : De ses cahiers d’écolière aux couvertures de Charlie Hebdo, tendre, drôle et émouvante, l’exposition Meurisse retrace sa carrière jusqu’aux grands espaces, que l’on pouvait même intégrer. En place au Musée du Papier, la rétrospective de la carrière de cette future Grand Prix du Festival a quelque chose de magique.

 

 

 

 

 

 

Jean Frisano, de Tarzan à Marvel, l’Amérique fantasmée : Comment un dessinateur destiné à mettre anonymement en valeur des héros et super-héros de comics américains est-il devenu l’icône de plusieurs générations ? Voilà la question à laquelle répond cette exposition. Les super-héros Marvel s’affichent sur les originaux des couvertures de Strange dont Frisano a réalisé la plupart. C’est là qu’on se rend compte à quel point l’auteur fait partie d’un imaginaire collectif. On a tous vu ces dessins, mais peu de gens connaissaient son nom. L’injustice est réparée.

 

 

 

 

 

 

 

Dans la tête de Pierre Christin : La carrière du lauréat du prix Goscinny 2019 est retracée dans cette exposition. De ses premiers travaux avec Bilal à la consécration avec Mézières, de la finesse du trait d’Annie Goetzinger à la grâce cousine de celui de Juillard, l’œuvre d’un scénariste majeur de l’histoire du neuvième art est mise sur un piédestal plus que mérité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Calvo, un maître de la fable : Quand on parle de bande dessinée animalière, on pense immédiatement à Macherot et à Hausmann. Mais il ne faut pas oublier qu’avant il y a eu leur maître Calvo. Cette exposition raconte toute la carrière de l’auteur de La bête est morte ! et, notamment, montre de nombreuses planches originales issues d’autres séries de l’auteur comme Patamousse, Moustache et Trottinette, ou encore un abécédaire somptueux.

 

 

 

 

 

 

 

 

Folklorique enfance, fantastique enfance : L’exposition en quatre parties fait honneur à quatre séries jeunesse : Yakari, Petit Vampire, Hilda et Naruto. Dans une esthétique certaine et des reproductions grandeurs natures de scènes et de personnages de ces séries, les enfants côtoient leurs idoles. Outre l’interview vidéo de Sfar, la partie la plus intéressante est celle consacrée à Yakari. C’est la seule qui montre les véritables planches originales de son auteur et non pas des reproductions. On peut y remarquer que les planches de Derib comportent très peu de retouches. Les trois autres séries n’ont pas eu droit à ce traitement de faveur. Et alors ? Ça veut dire que les enfants n’ont pas besoin de voir de vrais originaux ? Un petit faux pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni : C’est une véritable immersion dans ces pays à laquelle nous convient Grégory Jarry, Lucie Castel et Nicole Augereau. L’exposition présente des décors de l’album sous forme de dioramas grandeurs nature. Les visiteurs peuvent se faire prendre en photo dans des scènes de l’album, comme s’ils en faisaient partie.

 

 

 

 

 

 

Lewis Trondheim fait des histoires : « C’est l’histoire d’un type qui ne savait pas dessiner… » Quelle phrase choc pour accueillir les visiteurs à l’entrée d’une exposition ! Et pourtant, elle est si vraie et si porteuse d’espoir. C’est en se lançant dans les 500 pages de Lapinot et les carottes de Patagonie que Trondheim a appris son métier sur le tas. On sait où il en est arrivé aujourd’hui. Touche-à-tout de génie, l’auteur s’adresse au visiteur tout au long de ce parcours jubilatoire aux plus de 150 originaux. Un coup de cœur.

 

 

 

 

 

 

 

La maison de Gournah : A l’initiative de l’atelier Marsam, dans le hall du Vaisseau Moëbius, l’exposition nous amène sous le soleil de la Haute-Egypte avec les croquis et bandes dessinées réalisés pendant la résidence chez l'auteur de BD Golo à Gournah, Haute-Egypte, en novembre et décembre 2019, par Golo, Kathrine Avraam, Rojer Féghali, Valentina Principe, Mohamed Salah, Loïc Verdier et Mohamed Wahba, ainsi que les photographies de Didier Cottet. Eclectique et dépaysant.

 

 

 

 

 

 

En extérieur, pour la première fois depuis bien longtemps, pas d’exposition sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Dommage.

 

            Kishiro, Kirkman, Claveloux, Tsuge, Wood, … : de nombreuses autres expositions parsèment les différents lieux de la ville. La difficulté quand on vient à Angoulême est de choisir ce que l’on sacrifie. Le choix peut être arbitraire, mais laisser faire le hasard est sûrement le meilleur moyen de ne rien regretter.

 

Conférence Emile Bravo : Dans un amphithéâtre accueillant des écoliers et des collégiens, Emile Bravo raconte la genèse de Spirou, l’espoir malgré tout. Répondant aux questions de l’animatrice, puis des élèves, l’auteur a expliqué s’être approprié les événements qui ont fait ce que deviendra Spirou plus tard. Il a précisé que cette vision lui est propre et qu’il ne s’est pas embarrassé de ce qu’ont fait les auteurs invités dans la série de spin-off, en particulier Le Groom vert-de-gris, qui est la version de Spirou pendant la guerre de Yann et Schwartz. La cohabitation des deux points de vue ne pose aucun problème vu qu’on est dans la série « Le Spirou de… ».

 

 

 

 

 

 

 

            La journée de dédicaces du samedi est menée tambour battant. Une organisation scientifique est nécessaire pour ne pas perdre de temps. Le planning des dédicaces des auteurs, publié par chacun des éditeurs, permet de planifier la journée, mais les changements de programmation et le hasard qui fait souvent bien les choses ont permis de faire des rencontres diverses et variées.

 

            Intarissable. C’est ainsi que l’on peut qualifier le passionnant scénariste de Deux frères à Hollywood. Alex Nikolavitch ne s’arrête plus de raconter les anecdotes qu’il a découvertes en scénarisant son album sur Roy et Walt Disney.

 

 

 

 

 

 

            Improbable. Telle est la trajectoire de Lili L’archi, architecte qui s’est retrouvée dessinatrice de l’album Ma grossesse tout le monde s’en mêle, alors que rien ne la prédestinait à faire de la BD. Son éditrice Marie Moinard est aussi la scénariste du bel album Les découvreuses, chroniqué dans ces colonnes l'été dernier.

 

 

 

 

 

 

            Musicale. Stéphane Tamaillon et Priscilla Horviller signent la biographie BD de ce début d’année qu’il ne faut pas manquer. Du jazz, du swing, du jazz, on en prend autant plein les yeux que plein les oreilles.

 

 

 

 

 

 

            Ibérique. Super-Patate, le héros d’Artur Laperla, est une bouffée d’air frais dans un genre battu et rebattu. Du tout public décalé, intelligent et drôle. A ses côtés, chez ce futur grand éditeur qu’est Bang ediciones, Bazil signe un American Dream à bride abattue.

 

 

 

 

 

 

 

            British. La belge Nina Jacqmin donne toute la délicatesse de son trait à un épisode véridique et mystérieux de la vie d’Agathe Christie dont on vous parlera très prochainement dans ces colonnes.

 

 

 

 

 

 

Historique : Alors que Les enfants de la résistance trustent les articles concernant la résistance en général et les enfants y participant en particulier, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi Le réseau papillon.

 

 

 

 

 

            Préhistorique. Frnck est maintenant une valeur sûre et un pilier du catalogue Dupuis. Cossu et Bocquet en ont encore sous le capot et nous promettent encore quelques albums pour poursuivre la saga inter-siècles.

 

 

 

 

 

 

            Moyenâgeuse. La série Le Royaume de Feroumont est aussi un must. Chaînon manquant entre l’âge d’or et l’époque contemporaine, c’est un indispensable pour tous ceux qui aiment les classiques franco-belges.

 

 

 

 

 

 

            Lumineuse. La boîte à musique de Gijé est aussi bien dessinée que racontée, sous la plume de Carbone. Un rêve éveillé pour les enfants et leurs parents. Quand c’est bien et que c’est beau, que demander de plus ?

 

 

 

 

 

 

            Poignante. Evrard, avec ses complices Morvan et Tréfouël, signe le cinquième et dernier tome d’Irena. La vie de cette femme ayant sauvé plus de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie est un indispensable à mettre dans toutes les bibliothèques, à côté de Maus, et à diffuser dans les CDI de tous les collèges et lycées de France, de Belgique et d’ailleurs. Tu m’entends, Education Nationale ?

 

 

 

 

 

 

            Sauvage. Gloris et Lamontagne se retrouvent pour un western cruel et réel. La mise en couleur du dessinateur est époustouflante tant dans les tons que dans les éclairages.

 

 

 

 

 

 

            Entraînant. Efa et Rubio nous entraînent dans l’enfance de Django Reinhardt. Les cordes de son banjo résonnent tout au long de cet album à lire en écoutant un disque du musicien.

 

 

 

 

 

 

            Délicieux. David Dethuin est extrêmement rare en dédicaces. Venu à Angoulême à l’occasion de la nomination de son roi des Bourdons, il ne fallait pas manquer l’occasion de profiter de ses dessins animaliers fins, tendres et innocents.

 

 

 

 

 

Victorieux. Le fils de l’Ursari faisait parti des coups de cœur de BD-Best l’année dernière, mais aussi du festival d’Angoulême cette année. On nous copie ? Non, en adaptant ce roman, Cyrille Pomès a signé un cheg-d’œuvre.

 

 

 

 

 

Bref, cette journée a permis de récolter de beaux albums qui feront de beaux articles sur votre site préféré.

 

Elle s’est clôturée pour moi par un verre de l’amitié avec Moïse Kissous, président du syndicat national de l’édition, à l’occasion du succès de l’ouvrage pédagogique La BD en classe, faites entrer les monstres !, auquel votre serviteur a participé. N’étant jamais aussi bien servi que par soi-même, je vous en reparlerai un de ces jours.

 

 

 

 

 

 

Juste un mot sur le palmarès qui, comme traditionnellement, fait preuve de snobisme et dénigre les grandes productions qui permettent de publier les petites. Le détail est sur : http://www.bdangouleme.com/prix-palmares/competition-officielle/palmares-officiel. Sans remettre en cause la qualité des ouvrages primés, ils sont objectivement dans un circuit parallèle. Le Grand Prix de l’excellent Emmanuel Guibert sauve la mise.

 

            Angoulême, on t’aime quand même. A l’année prochaine !

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

Toutes les photos sont   © Laurent Lafourcade

 



Publié le 04/02/2020.


Source : Bd-best

        Toute l'actualité

©BD-Best v3.5 / 2020