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Moi, c’est Gros Lulu. Je suis un gros toutou en tee-shirt jaune, pantalon, veste bleue et petit bob sur la tête. Mon copain, c’est Wofi, un petit chien blanc tendre et courageux. Je suis peut-être un peu brut de décoffrage, mais si Wofi ne m’avait pas pour l’épauler dans ses aventures, il serait bien embêté. Nos autres compagnons sont Mam’zelle Cléo, la promise (?) de mon poto, le docteur Placébo, le journaliste Robbie, le capitaine Caporn et dans les tout débuts Zaza, une toute petite grenouille.
Avec Wofi, nous avons vécu deux vies sous la plume d’Albert Blesteau, digne acteur et héritier de l’école Peyo. Nous avons en effet été les héros de gags en une ou deux planches avant de vivre quelques grandes histoires.
Comme dans toute série anthropomorphique (Chlorophylle, Beany le raton,…), on en apprend beaucoup sur les relations animales…euh…humaines.

Dans nos gags débutés en 1976 (repris dans l’album 0 « On va s’éclater »), mon ami Wofi vit sa vie de célibataire dans son petit pavillon. La jolie Cléo lui tourne autour. Elle a un sacré caractère. On ne sait pas trop si elle ne serait pas secrètement amoureuse de Wofi sans jamais l’avouer. Toujours est-il qu’elle ne lui pardonne aucune maladresse. Wofi semble également bien l’aimer, mais il a surtout envie de continuer sa vie pépère. Moi, je suis un grand enfant. J’habite avec ma maman, qu’on ne voit jamais. Wofi me donne des conseils de vie, mais constate parfois qu’il a le même genre de soucis. Je suis très gourmand, voire goinfre, et peux avoir un penchant pour l’alcool. Au fil des gags, mon air tristounet disparaît au profit d’une attitude « bonhomme ».
Après trois ans de gags, 1979 voit la transformation de notre série en grandes aventures dans la plus pure tradition du franco-belge.
Ha, il va en avoir besoin de son Gros Lulu, le Wofi. Ce n’est pas seul que l’on peut affronter des malfrats. Fable et attrapes est un mystérieux conte campagnard. Avec Cléo et Zaza, nous partons quelques jours nous mettre au vert dans la petite bicoque isolée que Wofi vient d’acheter. Mais notre arrivée ne semble pas plaire à tout le monde. Entre menaces, sabotages et étranges trous creusés un peu partout, il va nous en falloir du courage pour rester et percer le mystère qui nous entoure. Aidés par le sympathique Docteur Placébo, nous allons nous trouver au milieu d’une affaire de famille dont les membres sont plus bêtes que méchants, un peu dégénérés comme dans « Massacre à la tronçonneuse », sauf que ceux d’ici sont moins dangereux. Ma force et mon courage vont remettre les choses en place. Quand j’ai faim, rien ne peut m’arrêter.

L’escadrille des becs-jaunes nous plonge dans une ambiance qui peut faire un peu penser à La voiture immergée, le chef-d’œuvre de Tillieux. L’histoire commença bien mal pour moi puisque ma mère m’a fichu à la porte car je ne faisais rien… Allez donc y comprendre quelque chose… Bref, j’en ai profité pour aller faire un tour en mer avec Wofi qui voulait faire des photos à la réserve d’oiseaux de l’Ile Blanche. Le père Caporn devant y livrer du poisson, il nous y amena en barque…mais c’était nous qui ramions. Arrivés sur l’île, Wofi a failli se faire écraser par un gros roc lancé par un oiseau géant. Nous allions découvrir qu’une communauté de mercenaires avait pris possession des lieux, faisant faire des expériences hormonales sur les macareux à l’ornithologue qui habitait l’île. Nous devions débrouiller cette affaire grâce à deux éléments : l’aide de notre ami le Docteur Placébo, et ma faim légendaire qui, tel Obélix, est la meilleure motivation pour décupler mes forces. Dans cette histoire, on va aussi rencontrer Robbie, un journaliste du Clairon à qui nous donnons parfois un coup de main.
Dans Le clan des dix-doigts, nous faisons l’amère expérience que les chasses aux champignons ne sont pas toujours de tout repos. Une espèce de Grosbouf des bois enlève Wofi pour l’entraîner dans une grotte. J’ai bien tenté de le sauver mais de drôles de petits robots s’en sont mêlés et nous nous sommes retrouvés au cœur d’une société secrète qui peuplait la terre autrefois : des hommes ! Leur particularité : ils ont dix doigts, alors que nous, nous n’en n’avons que huit. Cette société est divisée en deux clans, l’un pacifique et l’autre voulant reconquérir le monde. Non, mais, ça va pas ? On veut garder notre place. Le Capitaine Caporn va nous aider à pacifier les choses.
Wofi prend le maquis, pour être clair, aurait pu s’appeler Wofi en Corse. Ambiance Coquefredouille. Pour le journal Le Clairon, Robbie doit faire un reportage sur le Bel-Canto (le pays, pas la chanson). Il nous y envoie tous frais payés afin de faire quelques photos. Nous allons nous retrouver au cœur d’un coup d’état militaire, fomenté par le fils du gouverneur, qui sera lui-même pris à son propre jeu. Au pays de la sieste, des saucisses et de l’apéritif, un Gros Lulu ne peut pas être dépaysé. Mais je n’ai pas trop eu le temps d’en profiter. Comme je l’ai dit plus haut, le Bel-canto semble ni plus ni moins être la Corse. On pourrait se croire dans la vallée de la Restonica. On va admirer une tour génoise. Un beau dépaysement. C’est le meilleur album de la série, mais peut-être souffre-t-il trop de la comparaison que l’on peut faire avec certaines aventures de Chlorophylle ? Parue dans Spirou en 1987, cette histoire aurait dû être éditée par MC Productions sous le titre Le fils du gouverneur en Mai 1989 : annoncée, jamais parue. Elle devra attendre fin 2012 pour que l’éditeur La vache qui médite lui rende les honneurs en publiant 300 exemplaires.

Notre dernière grande aventure, Wofi contre Krocodilos, a eu un parcours encore plus mouvementé puisqu’elle est restée inédite jusqu’en 2013. Dans cette aventure, Wofi et moi sommes engagés comme détectives dans l’agence Minouchet, dont Cléo est secrétaire. Nous allons nous trouver confrontés à des bandits sans scrupules prêts à tout pour faire main basse sur un hôtel de montagne. Accompagné d’un nabot muet Monsieur Bémol, l’infâme Krocodilos possède une bague qui transforme les gens visés en la chose ou l’animal dont ils viennent de prononcer le nom. Wofi en fera les frais. Quant à moi, je vais prendre de la drogue pour du sucre en poudre… Cette aventure pleine d’action finira par une scène mémorable digne de l’usine à chewing-gums dans Les aventures de Rabbi Jacob.
Notre auteur Albert Blesteau avait prévu notre retour sous une forme originale. Plus vieux, à la retraite du Clairon, Wofi me racontait ses souvenirs de jeunesse. Wofi junior : Elle est pas belle la vie ? Ceci restera un projet avorté, une histoire courte dont on peut lire l’ébauche dans la réédition du Clan des dix-doigts, toujours chez La vache qui médite.
Comme vous l’aurez compris, nos aventures ont été éditorialement très mouvementées : deux albums chez Dupuis, le troisième, prépublié dans Spirou, a été édité bien des années plus tard chez MC Productions (Soleil), le quatrième, également prépublié dans Spirou, ainsi que le cinquième, totalement inédit, ont été récemment édités par La vache qui médite, qui a aussi sorti l’album numéro 0 reprenant l’intégralité de nos gags.
Trop d’influences ? Trop de références ? Un manque de direction précise ? Pourquoi Wofi n’a-t-il pas rencontré son public ? La série avait tout pour réussir. C’est un fleuron méconnu de la BD franco-belge qui, comme Bizu, comme Aurore et Ulysse, comme le Flagada, comme plus tard Donito, comme tant d’autres…, aurait pu, ou plutôt aurait dû, faire partie de la famille des grands classiques.
Laurent Lafourcade
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