Entretien avec Benoît Feroumont
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Entretien avec Benoît Feroumont

« Il y avait quelque chose en moi que l'animation ne satisfaisait pas »

 

Depuis son apparition en 2009, le Royaume a su s'imposer comme une valeur sûre du renouveau humoristique du magazine Spirou. On s'est vite attachés au petit monde de Benoît Feroumont et à ses personnages. Un quatrième tome vient de paraître, et avec pour titre « Voulez-vous m'épouser » et Anne et François en couverture, on comprend qu'il développe un des éléments moteurs de la série, comme nous l'explique son auteur.

 

Bonjour Benoît, pouvez-vous nous parler de ce quatrième album ?

En fait, il s'agit d'une compilation d'histoires courtes traitant du même sujet, la relation entre Anne et François, et je me suis rendu compte que l'agencement de ces récits courts formait un tout cohérent, une grande histoire... François s'obstine, Anne refuse, et on explore ça de différentes manières...

 

Il ne s'agit donc pas d'un long scénario découpé en épisodes à la manière des Nombrils ou de Tamara...

Pas du tout, c'est plutôt l'inverse. Pour moi les histoires courtes, c'est un peu le quotidien du Royaume. Actuellement je travaille sur le tome 5, et là je suis parti sur une longue histoire de 46 planches...

 

Depuis le début de la série, je trouve que le Royaume a un côté très théatral. On pense au cinéma pour certaines séries, mais le Royaume m'évoque le théâtre...

Il y a un côté vaudevillesque à l'univers du Royaume, avec une relative unité de lieu, pas de grandes scènes d'action... Oui, c'est mon petit théâtre, même peut-être un théâtre de marionnettes que j'anime. Et c'est ce qui m'intéressait d'aborder, avec une économie de moyens et d'espace...

 

 


 

La signature de Maïa Mazaurette apparaît de plus en plus régulièrement du côté des scénarios...

La première fois, c'était pour le Spirou magazine spécial « sauvez la Belgique », pour le gag de 4ème de couverture. Maïa a bien trouvé ses marques dans cet univers. Elle y amène son savoir-faire et des idées plus féminines...

 

L'humour du Royaume ne devient-il pas un peu plus acide au fil du temps ?

Je ne le pense pas, et si c'est le cas ce n'est pas volontaire. Un gag est bon ou pas, fonctionne ou pas. Si l'idée fonctionne, on garde, mais il n'y a pas de volonté d'être plus acide ou agressif, ou alors c'est la thématique à laquelle le gag se rattache qui amène cette impression...

 

Le Royaume fait la couverture du Spirou magazine de cette semaine. C'est important, pour vous, cette dimension « presse » ?

Ah oui, c'est très important. Le moteur premier de mon travail, c'est être dans Spirou, c'est pourquoi je développe beaucoup d'histoires courtes, j'aime ça et j'ai vraiment envie d'être là, d'animer le magazine. Je fonctionne breaucoup moins en terme d'albums. Certains auteurs travaillent en fonction, par exemple, de trilogies ou de cycles... Je ne réfléchis pas du tout comme ça. Je suis un mec de magazine.

 

A l'occasion d'une visite royale bien réelle, de nos souverains chez Dupuis, vous avez réalisé la couverture d'un Spirou magazine très spécial, tiré à seulement 300 exemplaires, et qui a été remis au Roi Albert II...

Et vu le nombre d'exemplaires très limité, c'est immédiatement devenu un collector...

C'était très drôle comme exercice, mais j'étais très honoré que l'on me le demande... Au départ j'ai d'abord été étonné, et puis j'ai vraiment été content. La couverture représente la Reine Paola et le Roi Albert II dans l'univers de la série... je n'étais pas présent lors de cette visite, car il s'agissait surtout d'une visite des studios Dreamwall et Keywall, mais j'étais curieux de connaître la réaction du Roi. Et on m'a dit qu'il avait visiblement apprécié !

 

 


 


 

Vous venez du domaine de l'animation, et vous y êtes toujours actif. Que vous apporte la BD par rapport à l'animation ? Et inversément ?

La BD permet de raconter une histoire assez rapidement, et de la mettre à disposition du public. Le processus de l'animation est extrêmement lent et long. Et puis en animation, je travaille pour des clients, pas pour moi. Il y avait quelque chose en moi que l'animation ne satisfaisait pas, et que la BD a comblé. Je crois que je suis heureux d'avoir pu dessiner mes histoires, développé mon univers. J'ai pris mes distances avec l'animation un certain temps, et maintenant j'y reviens avec une forme d'apaisement. L'animation est un métier formidable, mais artistiquement, il est de plus en plus différent de la BD. Il utilise encore le dessin mais est beaucoup plus proche du cinéma... Il y a beaucoup plus de différences que de points communs entre les deux !

 

Les bases du Royaume viennent aussi d'un projet d'animation...

Oui, Frédéric Niffle m'a contacté quand il est devenu rédac'chef du Spirou, me demandant si je ne pouvais pas envisager quelque chose, or j'avais effectué pas mal de recherches graphiques pour un court-métrage devant se dérouler au moyen-âge, j'avais des décors en tête, il restait à inventer de nouveaux personnages, d'où peut-être, aussi, le côté théatral que vous évoquiez...

 

Et aujourd'hui, serait-il imaginable de voir s'animer le Royaume ?

C'est plus qu'imaginable, puisqu'on commence à y travailler, mais c'est le tout début, hein, disons qu'on déblaye le terrain, on pense aux graphismes, à l'histoire, mais ça se limite à ça...mais on y pense, effectivement !

 

Dreamwall serait de la partie ?

C'est probable, vu le lien existant entre Dupuis et le studio d'animation, mais on n'en est vraiment qu'au tout début et c'est encore beaucoup trop tôt pour ne fût-ce que penser à ça...

 

 


 

Dans le cadre du parcours d'artistes de Saint Gilles (http://stgillesculture.irisnet.be/Parcours-d-artistes,12) , qui passe chez vous, vous dévoilez un projet destiné à un public adulte, de quoi s'agit-il ?

C'est difficile d'en donner une idée précise comme ça... Je dirais qu'il s'agit d'une comédie romantique à l'américaine, mais comportant certaines scènes explicites. Attention, il ne s'agit pas de porno, ni même de Druuna ou de Manara... C'est une sorte de fable qui s'intitule « Gisèle et Béatrice » et qui sera publiée chez Dupuis avant la fin de l'année sous le label Aire Libre. Un des défis ce cette histoire est d'apporter de la sensibilité à la sexualité, c'est aussi une forme de réaction aux ravages causés par la pornographie auprès des ados.

 

Propos recueillis par Pierre Burssens

Interview © Graphivore 2012

Images & photo © Dupuis 2012

  Image parcours d'artistes St-Gilles © Saint-Gilles-Les-Cultures 




Publié le 08/05/2012.


Source : Graphivore

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