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Entretien avec Usagi (coloriste)
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Entretien avec Usagi (coloriste)

“En général, le dessinateur me fait confiance et m'accorde une grande liberté.”

Il n'y a finalement pas si longtemps que leur nom apparaît dans nos bouquins préférés, et pourtant chacun peut mesurer ce que leur talent apporte à un album. Eux, ce sont les coloristes, restés dans l'ombre pendant de trop nombreuses années. Depuis un peu plus de dix ans, on découvre le nom d'Usagi de plus en plus régulièrement. Tout récemment encore pour les Sports de compétition de Bercovici et Cauvin (particulièrement recommandable en cette période de haute intensité sportive) et les Terres Basses (Seuls T.7), c'est Patricia Tilkin (son vrai nom) qui assurait les couleurs. Nous lui avons posé quelques questions pour en savoir un peu plus sur son parcours et un métier encore relativement méconnu .

 

 

Bonjour Patricia, comment êtes-vous devenue coloriste ?


Un peu par hasard, je faisais mes études aux Beaux-arts quand un autre étudiant en bd m'a demandé de mettre en couleur quelques planches destinées à être publiées dans le journal de Spirou.  A l'époque, j'étais persuadée que tous les dessinateurs coloriaient leur pages eux-mêmes.  J'ai continué à colorier des pages pour le Spirou pendant le reste de ma scolarité parallèlement à mes études puis j'ai eu mon premier contrat pour un album dès ma sortie de l'académie.  C'était pour les éditions du Téméraire.


Vous avez travaillé sur des albums de styles très différents, cela  implique-t-il une manière différente de les aborder ? Avez-vous une préférence de genre ?

A vrai dire, j'aborde chaque album de la même façon : le maître mot étant de mettre le dessin en valeur, de favoriser toujours une bonne lisibilité de l'image et de faire ressortir ce qui est important. Que ce soit pour un dessin humoristique ou un dessin très réaliste, la méthode de travail reste la même.  Chaque style a ses avantages et ses inconvénients et ce qui me plait, c'est justement de pouvoir passer de l'un à l'autre et de varier les plaisirs...


Comment articulez-vous votre travail avec celui du dessinateur ? Travaillez-vous suivant ses indications ou gardez-vous une part de liberté ?


Tout dépend du dessinateur : la plupart du temps, j'ai très peu d'indications. Ca se limite à des références horaires, nuit ou  jour, matin ou après-midi, la couleur d'une voiture ou d'un vêtement de temps en temps. Certaines séries comme Michel Vaillant, par exemple, sont plus exigentes car elles s'inscrivent dans la réalité d'un sport précis et demandent beaucoup de documentation.En général, le dessinateur me fait confiance et m'accorde une grande liberté.

 

 

 

 

Au sujet de "la corde" Marianne Duvivier m'avait expliqué que Bertrand Denoulet était quasi associé au processus créatif. Est-ce  votre cas avec certains auteurs ?

Non, je viens toujours quand le travail de dessin est complètement terminé. Mais il me semble que je participe activement au processus créatif en apportant les couleurs.


Quelles sont les qualités d'une (ou d'un) bonne coloriste ?


C'est à l'éditeur qu'il faudrait poser cette question... Je pense qu'il doit surtout, comme je l'ai dit précédemment, avantager au maximum le dessin, le rendre le plus lisible possible, apporter une certaine harmonie.  Pour le reste, c'est une question de goût, on ne peut pas plaire à tout le monde, le choiX d'une palette reste très subjectif.

 

 

 

 

La technique des "bleus" semble déjà appartenir à la préhistoire et a laissé la place au digital. Les choses évoluent-elles aussi vite dans votre secteur bien particulier, au niveau du matériel et des programmes que dans le domaine de l'informatique en général ?

Non, la technique n'a pas beaucoup évolué en 15 ans.  Les programmes se sont un peu perfectionnés.  Il y a bien l'arrivée le la palette cyntic qui permet de dessiner comme sur une feuille de papier...Mais, personnellement, je travaille encore avec une vielle wacom.

Vous êtes aussi illustratrice, pouvez-vous nous en parler ?


Ca fait très longtemps que j'ai plus fait d'illustration.  La colorisation de BD est un travail à plein temps et ne me laisse pas beaucoup de temps libre.  Je le regrette parfois mais ça reviendra sans doute un jour.


Comme coloriste, n'a-t-on pas envie par moments de "passer de l'autre côté" et de véritablement tenter l'expérience du dessin de BD ?


A vrai dire, je ne suis  pas une fan de BD à la base.  En tant que dessinatrice, la BD ne m'a jamais attirée, j'ai toujours préféré l'illustration.  De plus, je n'ai pas vraiment le potentiel pour dessiner un album.  J'ai toujours trouvé mon bonheur dans la mise en couleur.  Déjà aux beaux-arts, c'est ce que je préférais donc je n'ai aucun regret à ce niveau là.

 

Sans dévoiler ce qui ne peut l'être, sur quels projets ou séries travaillez-vous actuellement ?


Je travaille sur la suite de Seuls qui est un très chouette concept assez amusant à colorier.  Je viens également de commencer la mise en couleur d'une nouvelle série d'Alain Henriet qui se passe durant la seconde guerre mondiale qui sera très différente de tout ce que j'ai pu faire au paravent avec lui.

Si le choix vous était donné, sur quelle série ou avec qui aimeriez-vous collaborer ?


Je n'ai pas vraiment de préférence pour un dessinateur en particulier.  J'aime les dessins semi-réalistes, les récits historiques dans un contexte bucolique, l'heroic-fantasy.

Pourquoi  le pseudo Usagi, et pas Patricia Tilkin ?


Je l'ai choisi à une époque ou je lisais beaucoup de mangas.  Usagi signifie lapin, c'est mon signe astrologique chinois.




Propos recueillis par Pierre Burssens



Publié le 01/08/2012.


Source : Graphivore

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