L’art, c’est toute une histoire. La dernière aventure de Tintin et d’Hergé - L’Alph-Art ou l’art de l’inachevé
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L’art, c’est toute une histoire.  La dernière aventure de Tintin et d’Hergé - L’Alph-Art ou l’art de l’inachevé

 

 « - Et cette œuvre-ci, qui est comme un raccourci de tout l’univers, depuis l’Alpha jusqu’à … Roméo… Fiat… Lancia… jusqu’à l’Oméga… Non, ça doit être une autre marque…

- C’est une œuvre d’art. Et une œuvre d’art ne sert à rien ! C’est ça l’art !

- Décidément, nous nageons dans l’art !... »

 

 

 

 

 

 

 

Si pour Bianca Castafiore, une œuvre d’art peut être un raccourci de tout l’univers, pour Haddock, une œuvre d’art ne sert à rien. On reconnaît bien là les sentiments très terre à terre du Capitaine. Pour un marin, c’est un comble. C’est Tintin qui a la meilleure analyse de la situation : « Nous nageons dans l’art ! ». Est-ce à dire que tout est art ? Et pourquoi pas après tout ?

 

 

 

 

© Benkemoun - Sépia

 

 

Lorsque Magritte sous-titre son tableau « La trahison des images » par un « Ceci n’est pas une pipe » alors que son tableau en représente une, il remet en question et interroge sur la perception que chacun peut avoir d’une œuvre. Ce n’est pas innocent si Nicole Benkemoun place une référence à la pipe de Magritte en regard de la page de titre de son livre. Ceci n’est pas une aventure de Tintin. Ceci n’est pas la vérité qu’il faut tirer de Tintin et l’Alph-Art, album inachevé de Hergé. Ceci n’est qu’une aventure de lecture, résultat du choc esthétique et émotif ressentie par l’autrice de cet essai à la lecture de l’album. L’art est subjectif. L’analyse de Nicole Benkemoun l’est. Est-ce à dire qu’elle est une faussaire, comme il y en a dans l’histoire ? Peut-être bien que oui. Mais comme elle le revendique presque, on lui pardonne aisément.

 

 

 

 

© Benkemoun - Sépia

 

 

Huit chapitres composent ce nouvel opus de la collection Zoom sur Hergé. Dans L’affaire Alph-Art, Benkemoun revient sur la création et la publication des deux versions de l’album : celle de 1986 d’abord, album double à la manipulation originale, deux cahiers mettant en regard les planches en l’état de crayonnés poussés ou de brouillons, telles qu’elles, laissées par Hergé, et les dialogues dactylographiées, celle de 2004 ensuite, intégrant l’album au format classique des albums précédents.

L’art dans Tintin fait un détour par l’art sous toutes ses formes dans les aventures du reporter à la houppe. On y découvre comment des œuvres célèbres ont inspiré Hergé, comme par exemple la vague d’Hokusaï pour une scène des Cigares du Pharaon. L’autrice met également en avant la mythique exposition Le musée imaginaire de Tintin qui s’est tenue en 1979 pour les 50 ans du héros.

L’Alph-Art, qu’est-ce que c’est que ça ? Dans ce chapitre, Nicole Benkemoun nous fait pénétrer au cœur de l’œuvre par le prisme d’Hergé lui-même grâce à un entretien accordé par le maître à Benoît Peeters. Hergé savait que ce serait son dernier album. Il tenait donc à le consacrer à sa passion : l’art. On y découvre tous les goûts de Hergé en la matière.

 

 

 

 

© Benkemoun - Sépia

 

 

Procès de l’art questionne sur les faussaires et mystifications. Certains découvriront que le personnage de Endaddine Akass a été inspiré par Fernand Legros, l’un des plus grands faussaires du marché de l’art du XXème siècle.

H comme… H comme la lettre que tient Tintin dans ses mains sur la couverture de l’album de 1986, mais H comme beaucoup d’autres choses. On le découvre dans ce chapitre fort original, la petite pépite du livre. On y apprend que Hergé avait imaginé des couvertures expérimentales pour L’affaire Tournesol et pour Tintin au Tibet, mais qu’elles ont été refusées.

Art en procès capte les instants de création à partir du manuscrit d’Hergé. Petite curiosité avec la référence à l’entarteur belge Georges le Gloupier, le justicier pâtissier qui envoie des tartes à la crème à la figure des pompeux cornichons. Le paragraphe La tentation de l’achevé montre comment des dessinateurs, Yves Rodier en tête, ont publié sous le manteau leur version achevée de l’album. (Sous le manteau mais on en trouve aisément dans des festivals de bande dessinée aussi prestigieux qu’Angoulême)

Retour et rupture puis Tombeau de Tintin clôturent l’essai avec un retour aux origines avant de quitter la scène.

 

Vous l’aurez compris, Zoom sur Hergé propose encore une fois un ouvrage passionné et passionnant sur l’œuvre de cet artiste immense. On ne saura jamais si Tintin finira en expansion de César, mais en tous cas le livre de Nicole Benkemoun finira en bonne place sur les étagères des tintinophiles c’est sûr, mais des amateurs d’art de tout poil aussi. Et après l’avoir lu, il n’y a plus qu’une chose à faire. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

One shot : La dernière aventure de Tintin et d’Hergé - L’Alph-Art ou l’art de l’inachevé 

 

Genre : Analyse d’œuvre

 

Auteur : Nicole Benkemoun

 

Éditeur : Sépia

 

Collection : Zoom sur Hergé

 

Nombre de pages : 272 

 

Prix : 20 €

 

ISBN : 9791033405320

 



Publié le 28/10/2022.


Source : Boulevard BD

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