L’histoire d’un mouchoir rouge. Mary Jane
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L’histoire d’un mouchoir rouge.  Mary Jane

« - Vous êtes des romanis, c’est ça ? Des rôdeurs ?

- Des rôdeurs, oui…

- D’où venez-vous, comme ça ?

- De partout, gamine, et nos rangs grossissent chaque jour. Les rôdeurs se regroupent pour survivre. Tu les vois, tes romanis, ce sont d’honnêtes gens. Tout ce qu’ils veulent, c’est garder leur famille et avoir un travail. Et du travail, on en trouvera tous à Londres !

- A Londres ?

- C’est là que je les emmène. Mais toi ?

- Moi ? Je m’appelle Mary Jane et je vais à Cardiff. »

 

 

 

 

 

 

                Pays de Galles, fin XIXème. Mary Jane a dix-neuf ans et elle est veuve. Son mari vient de mourir d’un accident à la mine. Afin de ne pas être prise en charge par un organisme de bienfaisance, Mary quitte son village pour rejoindre sa sœur à Cardiff.  Mais, comme les rôdeurs dont elle croisera la route, ses pas la mèneront à Londres où des rabatteurs la mèneront à la prostitution. Puis, de mauvaises rencontres en mauvaises rencontres, il y aura un jour fatal.

 

 

 

 

© Le Gall, Cuvillier - Futuropolis

 

 

                Plutôt que d’écrire une énième resucée de l’histoire de Jack l’éventreur, Frank Le Gall et Damien Cuvillier centrent leur récit sur le sombre destin de Mary Jane Kelly, cinquième et dernière victime du meurtrier de Whitechapel. Le Gall porte cette histoire en lui depuis plus de vingt. Les affres de la création étant ce qu’elles sont, l’accouchement fut difficile et ce scénario qu’il se destinait s’est retrouvé dans les mains d’un autre dessinateur.

 

 

 

 

© Le Gall, Cuvillier - Futuropolis

 

 

                Dès le départ, le scénariste annonce la couleur. Mary est morte. C’est ce que rapportent les témoignages de ceux qui l’ont croisé. Comment cette jeune femme en est-elle arrivée là ? C’est la question à laquelle les auteurs vont répondre en traçant le cheminement de la victime depuis le décès accidentel de son mari jusqu’à ce fameux soir de 1888 où elle perdit le mouchoir rouge qui représentait tant pour elle. On savait toute la sensibilité qu’était capable d’insuffler Le Gall dans ses histoires, preuve en est certains instants dans Théodore Poussin, mais on n’aurait jamais cru qu’il était possible d’émouvoir autant avec une histoire dont on connaît la fin dès la première planche.

 

 

 

 

© Le Gall, Cuvillier - Futuropolis

 

 

                Le destin de Mary Jane est poignant. Jack l’éventreur est-il le responsable de sa mort ou bien est-elle victime d’une société impitoyable du « Marche ou crève » ? Là est la question sous-jacente. Se trouver réduite à voler la gamelle d’un chien,

 

                Damien Cuvillier prend en main cette histoire qui n’aurait pas due être pour lui. Le Gall a évidemment adapté son histoire pour que son dessinateur puisse mieux se l’approprier. Londres lumineuse, ses rues grouillantes et scintillantes dans lesquelles se pressent les gens de la haute sortant des théâtres pour entrer dans les grands cafés. Londres sombre, les entrelacs de ses ruelles et de ses passages où pour quelques shillings les pouilleuses, jeunes ou vieilles, perdent leur dignité. Cuvilier réalise un grand écart magistral dans des couleurs directes maîtrisées. Preuve en sont ces lieux de Londres, les campagnes britanniques ou les interrogatoires sur fond noir des témoins. La dernière planche est un cas d’école que l’on vous laisse découvrir par vous-même et sur laquelle on pourrait disserter pendant des heures tant au niveau graphique que scénaristique. Magistral.

 

 

 

 

© Le Gall, Cuvillier - Futuropolis

 

 

                Mary était venue du pays de Galles à pied chercher du travail à Londres. Elle croyait trouver un nouveau berceau, elle s’enfermera dans un cercueil en chantant cette chanson « This small violet I plucked from mother’s grave... »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

PS : Nous devons tous rester chez nous, sauf nos amis de la santé et de la distribution alimentaire à qui nous pensons très fort. En ces temps compliqués, quoi de mieux que de lire des BD. Pour acheter ces beaux albums, si les librairies ont dû fermer leurs rideaux, n’oubliez pas que beaucoup d’entre elles proposent des services de vente par correspondance sur leurs sites. Alors, avant de vous précipiter sur les sites d’Amazan ou de la Fnoc, vérifiez si votre libraire de quartier ou de plus loin le fait.

 

 

 

One shot : Mary Jane 

 

Genre : Destin brisé 

 

Scénario : Franck Le Gall 

 

Dessins & Couleurs : Damien Cuvillier 

 

Éditeur : Futuropolis

 

Nombre de pages : 88

 

Prix :  18 €

 

ISBN : 9782754828482

 



Publié le 22/03/2020.


Source : Bd-best

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