Le dernier western. Hollywood Menteur
Flux RSSFlux RSS

         Toute l'actualité

Le dernier western.  Hollywood Menteur

 

 

« - Tu es prête ?

- Il est encore trop tôt pour arriver en retard, Arthur…

- Mais la réception a déjà commencé il y a une heure, Darling. Les gens s’impatientent de te voir.

- … Les gens… D’ici, on dirait des p’tits cailloux… Des p’tits cailloux poussés par le vent du désert… John, Clark, Eli, Monty… Tout le monde est là. Tu aimes bien Monty, hein ? Monty…

- Bon, je monte à la skyroom leur dire que tu arrives ! Et je te rapporte une coupe de champagne, ok ?

- Si tu veux. Laisse la porte ouverte, on étouffe ici. »

 

 

 

 

 

Mapes Hotel, juillet 1960. Arthur Miller et Marylin Monroe viennent d’arriver à Reno. Le tournage des Misfits, les « paumés », traduit en France par Les désaxés, va débuter. Miller en a signé le scénario, Marilyn en est la star. Ils ne se doutent pas encore que le projet va se transformer en chant du cygne d’un âge d’or. Avec des acteurs encore plus torturés que les personnages qu’ils jouent, la réalisation du film va s’avérer complexe. Le metteur en scène John Huston devra jongler avec les états d’âme de chacun. Il apprendra que les chevaux s’apprivoisent plus facilement que les acteurs. Entre une Marilyn Monroe dépressive, un Clark Gable alcoolique et un Montgomery Clift ayant dû mal à faire accepter son homosexualité, The Misfits rentrera à peine dans ses frais et mettra des années à devenir le film culte qu’il est aujourd’hui.

 

 

 

© Luz - Futuropolis

 

 

Clark Gable mourra quelques jours après la fin du tournage. Marilyn Monroe n’achèvera pas son film suivant. Montgomery Clift quittera quelques années plus tard Hollywood pour New-York à cause du regard de l’industrie cinématographique sur ses penchants. Seul Eli Wallach tirera son épingle du jeu, avec à la clef une belle carrière couronnée par un Oscar d’honneur en 2011 et par son rôle du truand dans Le bon, la brute et le truand.

 

 

 

© Luz - Futuropolis

 

 

Luz semble enfin sorti du drame Charlie Hebdo pour retrouver son statut d’auteur « libre », si tant est que cela soit possible. Toujours est-il qu’on le sent immergé dans cette histoire de l’histoire d’un film. Projet à la base prépublié dans Les Cahiers du Cinéma, Luz a lié les séquences pour en faire un récit fluide.

 

 

 

 

© Luz - Futuropolis

 

 

Hollywood Menteur fait figure de tragédie antique. Il y a du Racine dans ce drame. Mais Luz n’oublie pas qu’il est humoriste. Paula Strasberg, la dame de compagnie et coach de Marilyn, est finalement la meilleure actrice parmi les stars de l’époque. Elle apporte un comique réaliste et crédible, assénant des vérités et des sentences aussi courtes que transparentes. Elle est finalement la seule à dire la vérité, à être la vérité.

 

 

 

 

© Luz - Futuropolis

 

 

Luz fait des yeux de Marilyn le miroir intime d’une femme perdue, comme si elle était déjà morte. Sa pupille et son iris se transforment en disque microsillon sur lequel se jouent les dialogues du film qu’elle regarde se tourner de l’intérieur comme si quelqu’un d’autre agissait à sa place.

 

 

 

 

© Luz - Futuropolis

 

 

La post-face de Virginie Despentes apporte un éclairage et une justification au récit. Intitulée Sainte Marilyn, vierge des désirs défoncés…, elle montre comment Luz a ouvert le capot de l’usine à rêves. On y assiste à la crucifixion des mythes, à la chute des anges et à l’auto-destruction d’un monde en carton-pâte.  Despentes, avec tout son talent littéraire, compare Marilyn à une adolescente d’aujourd’hui, encore plus photographiée qu’une instagrammeuse addict.

 

 

© Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

 

 

Jusqu’au 4 mai, la galerie Huberty & Breyne, 91, rue Saint-Honoré, Paris 1°, accueille une exposition de planches originales de l’album et de portraits de Marilyn.

 

 

 

© Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.

 

 

En ajoutant Hollywood menteur à sa bibliographie, Luz s’installe définitivement comme un futur grand prix potentiel du festival international de la BD d’Angoulême.

 

« Rouler en décapotable avec la clim à fond, ça, c’est le rêve américain. » Mais de l’autre côté du rêve, la face cachée recèle les tourments.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

One shot : Hollywood Menteur

 

Genre : Drame

 

Scénario & Dessins : Luz

 

Éditeur : Futuropolis

 

Nombre de pages : 112

 

Prix : 19 €

 

ISBN : 9782754824224

 



Publié le 09/04/2019.


Source : Bd-best

        Toute l'actualité

©BD-Best v3.5 / 2019