Noirs desseins pour noir destin. Dans mon village, on mangeait des chats
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Noirs desseins pour noir destin.  Dans mon village, on mangeait des chats

« - Tiens, le petit Pujol ! C’est ta mère qui t’envoie chercher la saucisse ? Parce qu’elle aime la saucisse, ta mère, pas vrai ? De la poitrine de porc ? Hum… Elle en manque pas de poitrine pourtant !

- Hi hi hi !

- Ça fait longtemps que je l’ai pas vue, ta mère ! Faudra que je passe la voir quand ton père sera sur la route !

- Mmmpf… Fffff…

- Et bé ? Tu  la veux ou pas, cette poitrine ?

- Miaou ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si le jeune Jacques miaule en s’adressant à Monsieur Charon, boucher et maire du village, c’est pour lui montrer qu’il a découvert son secret. Le commerçant zigouille des chats et les met dans son pâté. Mais pour celui-ci, ce petit con de Jacques ne perd rien pour attendre. Va s’engager entre tous les deux un jeu de « chat » et de souris dont tout le monde ne va pas sortir indemne. Ajoutons à cela une mère disons plutôt ouverte et un père camionneur souvent absent et ultraviolent. La seule éclaircie dans le ciel du gamin, c’est Lily, sa petite sœur. Dans son village, on mangeait des chats. Lui, goûtera à de la vache enragée.

 

 

 

 

© Pelaez, Porcel - Bamboo

 

 

Philippe Pelaez signe un récit sombre, violent et réaliste. Jacques Pujol se trouve embringué dans des actes répréhensibles malgré lui. Les actes qu’il commet s’avèrent être des fatalités. Jamais il n’usera de violence gratuite. En faisant de lui le narrateur de l’histoire, Pelaez lui permet de se justifier, sans s’excuser parce qu’il est bien trop fier pour cela. C’est de l’empathie pour cet anti-héros qui se dégage par ce procédé. En trois actes : l’incipit, la « maison d’éducation », puis la vie de truand comme dans un film de Verneuil, Pelaez assène un destin inéluctable au témoin des exactions de Charon la charogne.

 

 

 

 

© Pelaez, Porcel - Bamboo

 

 

Francis Porcel illustre ce scénario à la Moynot dans un graphisme proche de celui-ci. La crasse des âmes se lit dans les regards. La détresse des individus suinte des images. Jacques et ses compagnons sont des enfants perdus. Ils pourraient être ceux que rencontrent Wendy et ses frères en accompagnant Peter Pan au pays imaginaire. Sauf que ce pays là est bien réel. Les enfants apprendront à survivre, puis à vivre, en prenant les adultes à leurs propres pièges. Le scénario de Pelaez est mine de rien très littéraire. Il n’est pas aisé de dessiner un album avec de nombreux récitatifs. Porcel s’en sort très bien en évitant d’être redondant et en faisant souvent des échos particuliers entre ce texte et ses images.

 

 

 

 

© Pelaez, Porcel - Bamboo

 

 

On ne parle jamais assez des couvertures des albums. C’est pourtant la chose qui fait ouvrir ou pas le livre. Celle-ci est une totale réussite. Elle est marquante. On y voit la détermination de Jacques face à une ombre menaçante qui veut l’effrayer mais ne lui fait pas peur. Elle en dit beaucoup sans en dire trop. Elle montre la voie en gardant le mystère. Un exemple à suivre.

 

Pelaez et Porcel sont déjà en train de travailler sur une deuxième collaboration, Pinard de guerre, prévue chez le même éditeur. « Dans mon village, on mangeait des chats » contribue à faire de Grand Angle une collection prestigieuse, au même titre qu’Aire Libre chez Dupuis ou Signé au Lombard.

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

One shot : Dans mon village, on mangeait des chats 

  

Genre : Chronique d’un quotidien sombre 

 

Scénario : Philippe Pelaez 

 

Dessins & Couleurs : Francis Porcel 

 

Éditeur : Bamboo

 

Collection : Grand Angle

 

Nombre de pages : 64 

 

Prix : 16,90 €

 

ISBN : 9782818975633

 



Publié le 08/06/2020.


Source : Bd-best

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