Osez Joséphine ! … Joséphine Baker
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Osez Joséphine ! …  Joséphine Baker

 

 

 

Que dire de cette dame qui ce jour (30 novembre2021) deviendra la sixième femme mais aussi la première de couleur noire à faire son entrée au Panthéon à Paris ? Vedette de music-hall, militante antiraciste, résistante de la première heure, femme libre aux multiples relations conjugales mais aussi mère d’une tribu « arc-en-ciel » comme elle aimait le déclarer. Catel Muller et José-Louis Bocquet ont choisi de nous raconter en BD l’incroyable histoire de Joséphine Baker.

 

 

 

 

 

Saint-Louis, Missouri, le 3 juin 1906, naissance de Joséphine Baker d’une mère célibataire et d’un père inconnu. D’origine afro-américaine, amérindienne et espagnole, elle alterne entre son éducation scolaire et les ménages effectués dans des familles riches pour subvenir aux besoins de sa fratrie, dont elle est l'aînée. Un premier mariage à 13 ans, suivi d’un second à l’âge de 15 ans.

 

 

 

 

 

 

Adolescente, elle rêve de Broadway et monte à New York. Après deux ans de seconds rôles, on la remarque et on lui propose de venir à Paris pour monter la Revue Nègre, dont elle sera l'héroïne. Elle a alors 18 ans.

 

 

 

 

© Boquet – Catel - Casterman 

 

 

Paris, après la première Guerre mondiale, émerge de la ville de lumière un goût certain pour l'"art nègre", cher à Picasso et aux surréalistes. Faisant l'objet d'une exposition en 1919, il s'affiche comme porteur de modernité. Le jazz, débarqué avec les soldats américains de la Grande Guerre, rivalise avec la musique classique de la Vieille Europe. Cet art est perçu comme révolutionnaire. Dans un tel contexte, Joséphine trouve sa place. Quasiment nue, vêtue d’un simple pagne, elle danse le charleston dans un tableau de la Revue nègre, intitulé "La danse sauvage". Le succès est immédiat, prêtant parfois à confusion.

Caricature de la femme noire ou retour du préjugé raciste à son expéditeur ?  De cette époque, elle précisera dans ses Mémoires: « Il s’agit bien ici de se moquer des blancs et de leur manière de gérer les colonies car la France, bien que moins raciste que les Etats-Unis, a tout de même des progrès à faire concernant les gens de couleurs et leur insertion dans la société ! ».

 

 

 

 

© Boquet – Catel - Casterman 

 

 

 

Une centaine de représentations plus tard, Joséphine veut mener seule sa barque et signe un contrat avec le théâtre des Folies Bergères pour une revue dont elle est la star, "La folie du jour". Elle s'y produit avec un léopard en laisse et sa fameuse ceinture de bananes en peluche.

 

 

 

 

 

© Boquet – Catel - Casterman 

 

Joséphine devient une figure des Années folles, fascinant aussi bien les cubistes, les fauvistes et les surréalistes. Elle pose pour Picasso, Man Ray et Jean Cocteau. Elle devient également la muse de créateurs de mode tels que Christian Dior ou Pierre Balmain. Elle tourne quelques films pour le cinéma, dont "Zouzou" avec Jean Gabin. En 1931, elle rencontre un succès mondial avec sa chanson "J'ai deux amours". En 1937, elle épouse Jean Lion (un industriel juif ayant souffert de persécutions antisémites), acquérant ainsi la nationalité française.

 

 

 

 

Lorsque survient la seconde Guerre mondiale, le contre-espionnage français cherche des correspondants pouvant fournir des renseignements sur les activités allemandes sans éveiller les soupçons. Joséphine, voulant servir sa patrie, se porte volontaire. C'est en tant qu'artiste que Joséphine Baker va œuvrer comme espionne, en passant sur des partitions de musique des renseignements à l'écriture cryptée et à l'encre invisible. Sa visibilité extraordinaire est sa meilleure couverture. Au Château des Milandes, qu'elle loue depuis 1937, elle fait preuve d'un immense sang-froid lorsque les Allemands viennent perquisitionner sa demeure, la soupçonnant de cacher des résistants. En juin 1941, elle tombe gravement malade mais poursuit son activité depuis sa chambre d'hôpital qui devient lieu d'échanges d'informations secrètes. Trop surveillée en France, elle poursuit ses activités depuis le Maroc. Le 23 mai 1944, officiellement engagée dans l'armée de l'air, elle devient sous-lieutenant, rédactrice première classe, échelon officier de propagande. En octobre 1944, elle revient à Marseille. Elle sera décorée de la Légion d’honneur et de la Médaille de la Résistance à la Libération pour ses actions effectuées pendant cette période.

 

 

 

Refusant de se produire dans des théâtres où règne la ségrégation raciale, séjournant dans de somptueux hôtels et partageant les tables des restaurants les plus prestigieux, Joséphine n'a cessé de montrer que la couleur ne devait induire aucune différence de traitement et que l'aisance matérielle n'était pas un privilège de peau. Le 28 août 1963, elle participe à la Marche pour les droits civiques à Washington où elle s’adresse à une foule de 250.000 personnes aux côtés de Martin Luther King et de Daisy Bates. Elle parle, notamment, de la liberté dont elle a pu jouir en France : « La Tour Eiffel est très différente de la Statue de la Liberté, mais qu'importe? A quoi bon avoir la statue sans la liberté, la liberté d'aller où l'on veut si on est retenu par sa couleur? Non, je préfère la Tour Eiffel, qui ne fait aucune promesse ».

 

 

 

 

 

© Boquet – Catel - Casterman 

 

En 1947, elle achète le Château des Milandes, dont elle est locataire depuis plus de dix ans, afin d’y installer sa "tribu arc-en-ciel", les douze enfants qu'elle a adoptés au fil de ses voyages. Elle fait de cette propriété un complexe touristique appelé "village universel" ouvert à toutes les cultures du monde. Mais en 1964, suite à une gestion désastreuse, la demeure est mise aux enchères. Malgré l'intervention de Brigitte Bardot qui lance un appel aux Français lui valant un cours répit, le château est vendu pour une bouchée de pain en 1968.

 

 

 

 

 

Joséphine Baker à Bobino le 26 mars 1975, deux semaines avant son décès.

 © Pierre Guillaud - AFP

 

 

C'est une immense déception pour Joséphine Baker, la fin de son utopie universelle et le début d'une fin de carrière difficile, où pour payer ses dettes elle devra continuer à chanter et à se produire un peu partout dans le monde, même si Jean-Claude Brialy, et Grace de Monaco, veilleront sur son confort. Ces derniers lui offriront, en 1975, un dernier tour de piste à Bobino, quelques jours avant son décès.

 

 

 

 

 

© Boquet – Catel - Casterman 

 

 

Les quelques lignes évoquées ci-dessus ne retracent qu’une infime partie de la vie de Joséphine Baker. Catel Muller (dessinatrice) et José-Louis Bocquet (scénariste) nous racontent plus en détail la vie de cette grande dame. Ils nous remémorent les événements marquant le 20ème siècle, entre les lois Jim Crow, la déségrégation avec M.L. King mais aussi les progrès technologiques, l’essor de la fée électricité dans les foyers, l’arrivée du cinéma parlant, le développement des avancées technologiques sur les voitures....On y côtoie les personnalités croisées par Joséphine : Charles De Gaulle, Grace Kelly, Brigitte Bardot, Sidney Bechet, Jean Gabin, Jean-Claude Brialy, … Plus de 500 pages ...  (accompagnées d’une mini biographie sur chacune des personnalités rencontrées) qui se lisent d'une traite ! Un must à déposer absolument au pied du sapin.

 

 

 

 

 

 

 

Alain Haubruge

 

Titre : Joséphine Baker

 

Collection : Écritures

 

Genre : Biographie – Roman graphique

 

Éditeur : Casterman

 

Scénariste : José-Louis Boquet

 

Dessinateur : Catel Muller

 

Nombre de pages : 568

 

Prix : 30,00 €

 

ISBN : 9782203232297

 

 

 

 



Publié le 30/11/2021.


Source : Bd-best

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