Quelque part dans l’espace, Adrián a retrouvé L’orphelin de Perdide de Stefan Wul : « La science-fiction est exigeante avec le lecteur »
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Quelque part dans l’espace, Adrián a retrouvé L’orphelin de Perdide de Stefan Wul : « La science-fiction est exigeante avec le lecteur »

Il y a une vie après la mort. Et quelques monstres sacrés des mots et de la littérature nous le rappellent bien souvent au fil des adaptations qu’ils inspirent. Stefan Wul nous a quittés il y a une quinzaine d’années, pourtant il continue d’être très présent dans l’inconscient collectif et la culture populaire. Et notamment en BD : il y a au sein du label Comix Buro quelques héritiers indéfectibles pour remettre au goût du jour (si besoin était) et à leur mode les mondes que l’écrivain français a imaginé. Nouvelle preuve est donnée avec L’orphelin de Perdide qu’adaptent avec brio et éclat Régis Hautière et Adrián. Un dessinateur espagnol francophile que nous avons rencontré à la Foire du Livre de Bruxelles.

 

 

 

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Bonjour Adrián, vous nous revenez avec un double-album de science-fiction, L’Orphelin de Perdide. Un roman de Stefan Wul que vous avez adapté avec Régis Hautière.

Somme toute logique, j’ai commencé par lire cette histoire courte – elle se lit en un jour. Sans doute y’avait-il trop peu de matière pour trois tomes et trop pour un seul. Du coup, on a divisé en deux. On n’en a pas vraiment discuté, ça s’est fait assez naturellement.

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Régis Hautière, vous le connaissiez ?

De nom. C’est sur Facebook – où tout le monde est connecté – que nous avons noué contact. Puis, j’ai eu la chance de le rencontrer en Espagne, on a pu discuter, se connaître un peu et voir que le courant passait assez que pour collaborer et passer des heures à lui donner vie.

La BD, vous vous en êtes tenu éloigné pendant quelques années, entre 2014 et 2018. Pourquoi ?

Je savais qu’il y avait eu une interruption mais je ne savais plus dire quand exactement. Cette période correspond à mon boulot d’animation pour Ankama. Je faisais du storyboard mais également plein d’autres choses, du characdesign, de la recherche pour des affiches pour le film Dofus. Puis pour le film Wakfu. Un univers que je connaissais puisque j’avais travaillé sur la série BD Wakfu Heroes. J’avais créé des personnages qui sont revenus en animation. Je me suis vraiment retrouvé chez moi, aux côtés de gens que je ne connaissais pas mais dont j’admirais le travail.

Ce que vous y avez appris a-t-il servi dans L’Orphelin de Perdide ?

On m’a dit que ça se voyait que je venais de l’animation. Mais si j’ai étudié cette matière, je n’avais jamais vraiment exercé. J’ai appris plein de choses : le dynamisme, le cadrage, la façon de construire une esthétique mais aussi de penser en ambiance à chaque fois. Tout ce que tu apprends dans un domaine sert à l’autre.

Comment avez-vous abordé l’univers de Wul, du coup ?

J’ai appris qu’il y avait un film d’animation, donc je l’ai regardé. Avec des dessins de Moebius. C’était super-fou. Mais, à choisir, le roman m’a mieux plu. Plus profond, plus existentiel.

Faire de la science-fiction, ça vous botte ?

Carrément ! J’ai toujours aimé ce genre même si je me suis plus retrouvé dans la fantasy. Quand j’étais plus jeune, tout ce qui était labellisé s-f, je l’ai dévoré, sans filtre. C’est un genre qui est exigeant avec le lecteur.

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Vous avez vu le film Les maîtres du temps, donc. Mine de rien, cela ne met-il pas des images en têtes qui pourraient entraver le pouvoir de création au moment de dessiner la BD ?

Inconsciemment, je crois que j’ai ignoré ce que j’avais vu. Mais comme Moebius est un de mes auteurs favoris, j’ai tendance à vouloir penser comme lui. Sa façon de faire était déjà dans mes gènes. C’est pourquoi j’ai fait plein de characdesign, j’ai créé plein de personnages, j’ai mis beaucoup de temps à trouver. Pour m’apercevoir, une fois cette étape terminée, que le perso et le design que j’avais choisis étaient très semblable à l’affiche du film. Mais, en toutes circonstances, je crois qu’il faut toujours faire son truc à soi !

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Comment crée-t-on un héros ?

Olivier Vatine et moi, on le concevait très différemment, justement. Ce fut un combat d’idées, chacun avec ses arguments. Certains ont été validés, d’autres pas. S’il y avait un élément à respecter, c’était les cheveux bleus que portent le personnage principal, Max. Plutôt cool d’ailleurs.

 

 

 

 

© Adrián

 

Il y a un peu de Kurt Russel, là dessous, non ?

Oui, mais j’ai aussi pensé à Albator, le pirate de l’espace. Pour le reste, je ne voulais pas qu’il ait la peau blanche. Dans le roman, Max est d’ailleurs décrit comme étant black. Il était hors-de-question que je fasse du white-washing. Du coup, s’il n’était pas possible de le faire noir, je lui ai donné un côté Gipsy. En plus, j’adore la BD de Marini, dure et sexy.

 

 

 

 

© Adrián

 

Il y a des animaux, aussi, de science-fiction.

Et, face à eux, c’est le moment d’inventer. Le monde est différent, il faut l’habiter. Du coup, je me suis mis à chercher des insectes que je pouvais combiner, rendre monstrueux. Ce n’était pas très agréable. J’ai détesté ça !

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Cela valait bien un petit remontant. Heureusement, il y a l’Incal, le bar rempli de truands, qui a des airs de Cantina de Star Wars.

C’était l’idée de Régis, ça, un bel hommage à Moebius et sa série. Pour le créer, j’ai passé en revue plein de bars futuristes. Puis, comme j’ai beaucoup joué à Starcraft. Ça m’a servi.

Il est question, dans ce diptyque, de voyage dans le temps et l’espace. Et vous, vous iriez où ?

J’y ai beaucoup pensé, j’irais dans le passé, pas trop loin, les années 60-70. Mais le passé peut être très dangereux. Tant pis, j’irais bien aussi visiter l’aube des temps, les dinosaures.

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Comment avez-vous élaboré les couvertures ?

Pour le tome 1, c’est une proposition d’Olivier Vatine. Il est super-fort ! On est tombé sur une case du tome 1, c’était la couverture, avec le vaisseau dans le fond. C’est plus contemplatif. Celle du tome 2, est plus dans l’action, dans la tradition pure de la s-f, avec une sensation plus classique.

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

La fin du tome 2, en une planche, change toute la perception de l’histoire. C’est bluffant. Sans elle, tout chute. Ça met la pression, non ?

La fin est très surprenante, c’est vrai. Mais n’en disons pas plus. C’est vrai que j’ai eu un peu peur. Mais c’est logique, ça a du sens.


Il y a de l’énergie dans votre trait. Comme souvent chez les dessinateurs espagnols.

Je ne sais pas s’il y a des caractéristiques communes. Munuera est devenu un ami. On s’est connu via internet. C’est un maître. Quand j’ai commencé, il m’a proposé de venir chez lui, un jour par semaine, pour m’exercer, apprendre. Je pense que mon trait est tout de même plus manga, plus comics.

Comment se porte la BD en Espagne ?

C’est un marché qui aime les adaptations, acheter les titres qui ont bien fonctionné. Nous produisons très peu, et sommes très mal payé. Certains auteurs très connus peuvent le faire, prendre le risque. Puis, force est de constater que les Espagnols lisent très peu, tant en BD qu’en littérature classique.

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Et vous ?

Quand j’étais petit, on lisait beaucoup plus, en Espagne. Notamment, le TBO, une revue qui rassemblait différents séries. Puis il y avait les histoires pour enfants ans les journaux. Les enfants lisaient beaucoup plus, c’était avant la télé, les jeux vidéo, avant What’s App. Moi aussi, je suis depuis tombé dans la technologie, j’en ai un peu honte. C’est sûr que lire, c’est bien plus exigent que de regarder des séries ou d’être sur Facebook.

Puis, il y avait Mickey, Donald, l’univers Disney, un peu partout. Dans les Peliculas qui venaient d’Italie. Un format très gros, avec plein d’histoires, qu’il fallait une semaine pour l’épuiser. Très tôt, j’ai aussi adopté Dragon Ball. Toutes les semaines, je devais l’avoir. Jusqu’à ce qu’il n’arrive pas, une fois. J’en ai été malade. Dans ma maison, il y avait aussi Astérix et Tintin, des albums récoltés et donnés via diverses opérations.

 

 

 

 

© Hautière/Adrián chez Glénat/Comix Buro

 

Les années sont passées, j’ai aussi adhéré à Fluide Glacial. J’étais un peu petit mais je finissais toujours mort de rire devant Edika. Dans les années 80, Metal Hurlant arrivait aussi jusqu’à nous. Plus adulte et avec un coup de foudre : Moebius.

Mon père adorait la France, il y avait travaillé, du coup, il en ramenait des BD.

Qu’est-ce qui vous attend, maintenant ?

J’ai différents projets mais n’ai rien signé. Avec d’autres scénaristes. Le projet que je travaille pour le moment me permet de revenir dans la fantasy.

Si, j’ai une autre actualité, une collaboration pour le huitième tome de Magic 7 de Kid Toussaint, aux côtés de Mathieu Reynes, Jose Luis Munuera, Kenny Ruiz et Noiry.

Merci beaucoup Adrián et belle odyssée de l’espace !


propos recueillis par Alexis Seny

 

Série : L’orphelin de Perdide

D’après le roman de Stefan Wul

Tomes : 1 – Claudi; 2 – Silbad

Statut : Terminé

Scénario  : Régis Hautière

Dessin et couleurs : Adrián

Genre : Science-fiction

Éditeur : Glénat/Comix Buro

Nbre de pages : 54

Prix : 14,50€



Publié le 27/02/2019.


Source : Bd-best

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