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Rencontre avec Fabrice Tarrin
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Rencontre avec Fabrice Tarrin

Un Maki qui vous veut du bien...

C'est avec les trois premiers albums de « Violine » co-scénarisés par Tronchet que Fabrice Tarrin touche une première fois le grand public via les pages de Spirou magazine. Parallèlement apparaît sur son blog une drôle de petite bestiole pourtant très humaine, le lémurien. Dans la collection « le Spirou de... », le dessinateur, grand admirateur de Franquin livre, sur un scénario de Yann sa version du plus célèbre des grooms avec « le tombeau des Champignac » bien accueilli par la critique. Rebaptisé  Maki , son lémurien (que l'on peut continuer à suivre quasi quotidiennement sur le blog de son créateur) finit par débarquer à son tour dans Spirou magazine puis dans deux albums aux éditions Dupuis. Humour acide ou amer, aspect auto-biographique revendiqué, c'est surtout une très grande sensibilité que l'on découvre protégée par le sourire chez Fabrice Tarrin et dans ses histoires.

 

 

 

Certaines BD peuvent, comme l'on dit, être lues à différents niveaux, en fonction de leur(s) public(s), dans Maki on a l'impression que ces niveaux se téléscopent, Maki, c'est une série destinée à qui ?

Au départ, Maki est destiné à moi-même, avec la volonté de le faire sincèrement, de m'amuser aussi. C'est à la fois une BD humoristique et réaliste, et c'est ce qui permet d'aborder des thématiques un peu dures, comme les hôpitaux ou la religion dans « Bravo la Famille ». Il y a une dichotomie volontaire entre le dessin et le scénario. L'utilisation de personnages animalierrs relativement mignons permet de faire passer plus de choses. Certains proches m'ont dit qu'ils trouvaient ça très dur, mais la vie est comme ça... A l'origine, Maki est issu de mon blog (dont ont été tirés « journal intime d'un lémurien » et « Charlotte Gainsbourg mon amour » chez Delcourt – collection Shampooing), aujourd'hui je dirais qu'il constitue un cocktail entre un côté auto-biographique et une part de fiction, ce qui me permet aussi de ne pas être prisonnier d'une réalité existante. 

 

Les décors sont beaucoup plus présents dans « Bravo la famille » que dans « Un lémurien en colo », avez-vous abordé cet album de manière différente ?

Dans Violine et « le tombeau des Champignac » je travaillais avec des cases bien fermées etc... Maki est un hybride d'un langage mi-blog mi-bd. Ici, les décors devaient être plus présents, l'intérieur très chargé de la maison de la grand-mère, le papier à tapisser...euh...un peu lourd que je me suis efforcé de recréer à partir de vieilles photos... C'est vrai qu'on en revient à une forme plus classique. En pratique, alors que j'habite à Montpellier, j'ai pu très facilement retrouver des décors de Levallois sur Google Maps. Internet fournit une énorme documentation à portée de main, c'est plus facile que des photos, des croquis, des repérages...et c'est sans doute plus tentant de s'en servir aussi. Beaucoup de dessinateurs le font. J'imaginais, par exemple, Dodier en train de s'arracher les cheveux sur certains détails, mais non, il puise à la même source...

 

 

 

 

Vous êtes un grand admirateur de Franquin, vous en conservez l'expressivité et la souplesse de trait...

Merci. Franquin...c'est compliqué. Dans un sens, il m'a mis des oeillères. Pour moi c'est un génie dont le dessin avait la capacité de rendre vivant n'importe quel petit détail, et quand on a essayé de s'imprégner de son style, c'est très très dur de s'en détacher. En dessin humoristique, on lui doit tout, mais c'est un peu écrasant. Certains n'arrivent absolument pas à s'en dépêtrer, comme me le disaient encore récemment les dessinateurs du Joe Bar Team... Et si je devais évoquer d'autres influences en dessin, je citerais Conrad, Bodart, Léturgie, mais tous sont profondément marqués par Franquin ! On tourne en rond non ?

 

Mais il y a eu « le tombeau des Champignac » avec Yann...

Oui, et ça a été une aventure extraordinaire mais si c'était à refaire...je le ferais différemment. L'album m'a pris beaucoup de temps, car je savais qu'il y avait une attente, donc une pression qui m'a un peu paralysé. Travailler en parallèle sur le blog et le Lémurien m'a permis de m'en dégager progressivement, et d'aller vers mon style. Je ne pouvais pas indéfiniment rester dans l'héritage Franquin, on me le disait, du genre « tu vas avoir 40 ans, on voudrait voir du Tarrin ». J'ai également travaillé chez Lewis Trondheim, ce qui m'a sûrement influencé aussi. Son approche est très différente mais il fait quand même de la BD animalière...

 

 

 

 

 

Pour en revenir à Maki, vous revendiquez complètement le côté biographique dès le départ, ce qui est rare. Certains de vos confrères en évoquent parfois des aspects mais de manière beaucoup moins prononcée ou revendiquée...

Pour moi, c'est important de donncer cette information-là. Je pense que l'histoire est différente, ou plutôt qu'on ne la lit pas de la même manière à partir du moment ou on sait que c'est du vécu. Il y a vraiment beaucoup de séquences calquées sur ma vie. L'emboîtage est différent, parce que je voulais que ça serve une action, que ce ne soit pas un enchaînement de plans, mais, par exemple, les 4 premières planches d'  « un lémurien en colo » sont complètement vraies ! Cet album est basé sur les souvenirs que j'ai de colonies de vacances, à la fois comme enfant puis comme animateur. Les plans foireux comme l'éventail d'animations proposé aux enfants qui se résume, à l'arrivée, à des balades à pied parce que l'argent pour le reste a disparu, c'est vrai! C'est aussi pour cela que je conserve certains noms, comme la Fnac, ou la secte Soka Gakkai. C'est le côté réel, peut être même un peu plus « cru », et qui peut parfois poser problème au niveau d'un public-cible...

 

Mais c'est aussi une des originalités de Maki. Une question sérieuse : on vole vraiment des cds de Nana Mouskouri ?

 Je ne sais pas. Mais je me souviens d'en avoir offert un à ma grand-mère -je ne l'avais pas volé à la Fnac, je l'avais acheté, je précise...- et ça lui avait fait très très plaisir !

 

 

propos recueillis par Pierre Burssens

photo : Luc Denruyter

Images © Tarrin-Dupuis 2011

 

 

 

 



Publié le 16/09/2011.


Source : Graphivore

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