Rencontre avec Gaël de Meyere
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Le 6 janvier 2010 dernier sortait le 3ieme tome de Cyclopes " Le rebelle " chez Casterman. A l'occasion d'une rencontre, Jean Jacques procureur revient sur cet album et survole quelques peu la carriere de Gaël de Meyere qui s'est prêté au jeu des questions avec une gentillesse des plus délicieuse.

Jean-Jacques Procureur : Gaël, comment en es tu arrivé à devenir auteur de bande dessinée?
 
Gaël de Meyere :  J'ai grandi dans les BDs, mes parents nous lisaient les "Tintin" à ma soeur et à moi. Mon père en connaît d'ailleurs chaque réplique et à quel album elle correspond. D'autre part, il dessine très bien et j'étais admiratif quand il nous crayonnait l'un ou l'autre animal dans nos cahiers. J'ai donc toujours été fasciné par le dessin. Je dessinais pour ma part avec beaucoup de coeur mais sans être très doué, des petites histoires dans les marges de mes cours.
 
C'est quand j'ai eu 13 ans que ma mère m'a inscrit à des cours de BD, je ne savais même pas que ça existait. Mon père ne croyait pas trop en mon potentiel, mais j'ai vite été mordu par le virus; je m'appliquais toujours plus, et mon professeur, Jean-François Di Giorgio (scénariste de Munro, Bouchon le petit cochon, Shane, Eden Killer et Samuraï (entre autres) m'a donné les clés nécéssaires pour améliorer mon dessin, et m'a enseigné les techniques de mise en image, de narration. Ce qui est amusant, c'est que mon père s'y est mis aussi, il est revenu à ses crayons et a commencé à dessiner ses propres planches. Sur le côté, il me faisait des scénarios, on faisait une petite entreprise familiale. 
 
 
JJP : Peux tu nous dresser en quelques mots une petite biographie ?

 

GDM : Avec plaisir. J'ai commencé par faire des concours de BD à gauche à  droite, c'était une idée de Jean-François (Di Giorgio), et j'ai tout de suite accroché. J'ai toujours remporté quelque chose, au mieux le 1er prix, au pire le 7eme. C'était sympa de dessiner une histoire courte sur un thème imposé, et de recevoir après des cadeaux, des prix, d'être exposé. D'autres ados faisaient de la danse, du foot ou du théâtre, moi c'était de la BD (je faisais aussi du théâtre), mais la structure est la même: cours une fois par semaine, travail à la maison, et objectif, se perfectionner et éventuellement remporter un match important, présenter son travail en fin d'année devant les amis et les parents...
 
A 16 ans, j'ai rencontré Frank Pé, grâce à ma prof de Biologie, dont il est le frère. J'étais et je suis toujours un fan inconditionnel de Broussaille. Elle m'a donné son numéro et j'ai été le voir avec mon carton à dessins, alors qu'il habitait encore en face du musée des Sciences Naturelles. C'était très impressionnant. Il a été très gentil et patient, me donnant quelques conseils dont je me rappelle encore. J'ai tenu des planches originales non encore publiées de Zoo en main, et il m'a fait une dédicace pleine d'encouragement dans mon album "La Nuit du chat". Je remercie encore ma prof de Bio pour m'avoir offert cela, et Frank Pé pour sa gentillesse.
 
Parallèlement, certains dessins étaient publiés dans de petites revues ("le Niard" une petite revue qui n'existe plus maintenant m'avait payé un dessin, pour la première fois!, il a aussi été le premier à m'inviter en dédicace lors de festivals. A cet âge-là, ça ne s'oublie pas!)
 
A 18 ans, il a fallu choisir des études. J'étais attiré par la section BD de Saint-Luc, mais j'appréhendais le niveau des cours théoriques autant que l'esprit "artiste" d'une telle école. Je me suis finalement inscrit à l'Université Libre de Bruxelles, en Philologie Romanes. Je ne l'ai jamais regretté. Quand j'ai obtenu mon diplôme, je me suis alors inscrit sans hésiter à Saint-Luc, en BD. J'y ai appris de nouvelles techniques, la couleur directe, etc.. Mes professeurs d'atelier (Denis Larue, Marc Sevrin, Eric Lambé et Pierre Pourbaix) m'ont fait découvrir des auteurs plus alternatifs, ont essayé de m'ouvrir un peu plus aux différentes possibilités de ce média. En fin de troisième année, on a organisé nous-même l'exposition de nos travaux, avec vernissage etc.
 
En 2007, la maison d'édition Soleil a contacté un ami, Alexandre tefenkgi (auteur de "Tranquille Courage", chez Grand Angle) pour dessiner une adaptation d'une chanson de Johnny, pour un collectif. Comme il hésitait, je lui ai proposé de faire le découpage de l'adaptation, pour qu'il se concentre sur le dessin uniquement. J'ai bossé sur ses lettrages aussi (et je continue de le faire). Enfin, l'aventure avec Matz a commencé...

 

 

 

 

JJP :  Comment a démarré ta collaboration avec Matz pour cette série ?
 
GDM :  Un peu par hasard... J'étais à Paris parce que ma compagne y faisait une année d'étude, et j'en ai profité pour montrer mes travaux chez Casterman. Je n'avais pas encore de projet fini, juste des histoires courtes réalisées à Saint-Luc, je m'attendais donc à recevoir un avis professionnel sur mon travail, certainement pas à recevoir une proposition d'embauche! en feuilletant mon book, Nadia Gibert m'a demandé si je connaissais la série "Cyclopes", parce qu'ils recherchaient un dessinateur pour reprendre le travail de Jacamon et que mon trait semblait pouvoir correspondre (avec quelques conditionnels supplémentaires!). Je ne connaissais pas la série, je connaissais par contre "Le tueur" et le travail de Matz et Jacamon. J'ai tout de suite été frappé par les ambiances de couleur de Luc. Je ne pouvais pas reproduire ces couleurs, ne maitrisant pas l'outil informatique, par contre j'ai accepté de faire des essais pour le dessin.
 
J'ai dû travailler dur pour retrouver les traits de Luc, je devais copier deux pages au choix des deux tomes existants de la série. Je les ai présentées à Nadia, qui m'a encouragé et a présenté le boulot à Matz (que je n'avais toujours pas vu). Après la validation de ces deux pages, Matz m'a envoyé deux nouvelles pages, inédites, cette fois, et j'ai donc réalisé deux nouvelles pages d'essai, avec un coloriste cette fois, Benjamin Strickler, qui en a colorisé une.
 
J'ai enfin reçu un coup de fil de Nadia, pour un rendez-vous à Paris, avec Matz, parce que les essais étaient encourageants! Le travail de Benjamin avait également été remarqué. J'ai donc rencontré Matz ce jour-là, il était très sympa, souriant et rassurant, le contact est très bien passé. La machine était lancée. Pour l'anecdote, aucune des page d'essai n'a été publiée, elles restent dans mes cartons, et je les regarde le moins souvent possible, j'y vois trop de défauts!
 
  
JJP : Tout à l'air de bien se passer avec les editions casterman...

 GDM :  C'est une grosse boîte, très prestigieuse. C'est sûr que c'est valorisant de sortir un premier album chez eux. Une grosse structure comme celle-là possède évidemment ses inconvénients, mais je n'oublie pas les avantages. Je sais aussi que ça impressionne mes proches, quand je leur dis que je suis édité par Casterman. Je crois d'ailleurs que je ne réalise pas tout à fait bien moi-même.
 
D'autre part, je suis impressionné par la liberté qu'y ont les auteurs, je pensais que j'allais être beaucoup plus cadré, surveillé. Au contraire, je travaille chez moi, en collaboration avec Alexis (Matz) et du moment que je rends mes planches à temps, je n'ai pas vraiment de comptes à rendre. 
 
JJP : Malgré le marraseme latent, es tu  toujours aussi enthousiaste pour  continuer dans ce monde du neuvieme art ?
 
GDM :  Oui. sans aucun doute, même si c'est un métier plus difficile qu'on ne le croit. Il faut se fixer ses horaires, être rigoureux et perfectionniste, tout en sachant que l'album parfait n'existe pas. On est entouré de dessinateurs géniaux auxquels on rêve de ressembler un jour et ce n'est pas toujours facile de se convaincre que son travail est satisfaisant, il est difficile d'avoir le recul nécéssaire. Mon diplôme universitaire me permettrait de faire autre chose, avec un salaire fixe et les avantages qui vont avec, mais tant que je pourrai prendre un crayon pour raconter des histoires, je pense que c'est cette voie-là que je choisirai. 
 
JJP :  as tu d'autres projets que tu aurais le souhait de réaliser dans un avenir proche ?
 
GDM :  L'année 2010 sera déjà bien occupée par la mise en dessin du scénario de Matz du tome 4 de Cyclopes et par les dédicaces du tome 3. Comme Cyclopes se termine en 4 tomes, je pourrai revenir à un dessin plus personnel, fort des enseignements appris ces derniers mois. C'est vraiment un parcours idéal pour moi. On parle doucement avec Matz d'un nouveau projet, ce qui m'enchanterait, parce que l'écriture de Matz est acérée, cynique, crue et vraie comme je l'aime... mais on verra ça quand le tome 4 sera bouclé.
 
JJP : Nous n'avons pas trouvé de blog ou de site te concernant...
 
GDM : Non, pas encore, je suis malheureusement un ringard de la technologie. J'avais essayé d'avoir un blog il y a quelques années, j'ai vite abandonné. Si quelqu'un s'en occupait pour moi, pourquoi pas, mais sinon, je n'ai pas vraiment trouvé le temps nécéssaire.

 

Interview et photo © JJ Procureur & Graphivore 2010

Images © casterman 2010



Publié le 17/03/2010.


Source : Graphivore

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