Sans résilience. De mémoire
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Sans résilience.  De mémoire

 

« - Si ma candidature ne vous intéresse pas, inutile de tourner autour du pot. Il suffit de me le dire simplement…

- Je n’ai pas dit ça, Monsieur Powell ! Vous m’avez été chaudement recommandé par l’ami d’un ami qui m’a vanté vos remarquables dont de physionomiste…

- J’ai la mémoire des visages, c’est indéniable…

- Moi, j’ai la mémoire des chiffres… Je suis imbattable ! Quand quelqu’un me doit de l’argent, je n’oublie jamais le montant de la dette, ni l’adresse du débiteur !

- Je me débrouille pas mal aussi avec les chiffres et les prénoms… entre autres ! »

 

 

 

 

La trentaine bien sonnée, Nick Powell vit de petits boulots. Comment un homme si intelligent se trouve-t-il à postuler pour un emploi de videur de boîte de nuit ? Il est manifestement psychologiquement perturbé. Son problème de n’est pas de réussir à se rappeler de certaines choses, mais d’arriver à en oublier. L’homme est hypermnésique. Tous ses souvenirs encombrent son cerveau et perturbent sa vie. Il possède toute une collection de boîtes vides dans lesquelles il imagine ranger ses morceaux de mémoire perturbateurs. C’est Julia, sa psy qui lui a conseillé cette technique. Aujourd’hui, la jeune femme n’est plus son thérapeute. Elle est bien plus que ça. Fils d’un scientifique, Nick va voir sa vie basculer le jour de son enlèvement. Ses ravisseurs veulent extirper de son enfance des souvenirs qui pourraient les mettre sur la voie des recherches de son père.

 

 

 

 

© Corbeyran, Winoc, Bouet - Bamboo

 

 

Corbeyran s’est essayé à tous les types et tous les genres de bandes dessinées, avec le succès que l’on sait. Alors, comment, après tant d’albums publiés et tant d’années de carrière, arriver à garder le feu sacré de la motivation ? Avec De mémoire, il en a trouvé la clef. Le scénariste mélange les genres et livre avec ce one shot un drame psychologique que l’on pourrait prendre pour un thriller.

 

 

 

 

© Corbeyran, Winoc, Bouet - Bamboo

 

 

Les couleurs de Sébastien Bouet jouent avec les ombres et les lumières dans des teintes dont l’ocre ressort selon les séquences comme des échos.

 

Après le délicat Gran Café Torino, Winoc change de registre tout en gardant son trait légèrement charbonneux. Il relève le grand défi de faire de Nick Powell un trentenaire dégingandé, perdu dans sa tête et dans son corps, comme s’il était spectateur de sa propre vie sans pouvoir influencer son destin. Son visage et sa dégaine retranscrivent impeccablement son état d’esprit.

 

Les scènes où Nick enfant joue mystérieusement dans sa chambre, ainsi que celle de l’accident de voiture, sont remarquables, mais le choc graphique de l’album reste la couverture qui est, au niveau de la mise en scène et des couleurs, exceptionnelle.

 

"Tout, il faudrait tout oublier. Pour y croire, il faudrait tout oublier. On joue, mais là j'ai trop joué. Ce bonheur, si je le veux, je l'aurai." Ce sont les paroles du succès "Tout oublier" de la chanteuse belge Angèle. On pourrait croire qu'elle l'a écrite pour Nick Powell.

 

Laurent Lafourcade

 

 

One Shot : De mémoire

 

Genre : Drame psychologique

 

Scénario : Corbeyran

 

Dessins : Winoc

 

Couleurs : Bouet

 

Éditeur : Bamboo

 

Collection : Grand angle

 

Nombre de pages : 72

 

Prix : 14,90 €

 

ISBN : 9782818966204



Publié le 10/06/2019.


Source : Bd-best

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