Un docu-fiction passionnant. L’étrange cas Barbora S.
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Un docu-fiction passionnant.  L’étrange cas Barbora S.

« - Andrea, tu sais qu’il y avait une réunion ?

- Ah, aujourd’hui ?

- Tu dors, des fois ? Viens en salle de réunion. Alors, cet article, ça avance ?

- Il faut que je vérifie quelques détails mais ce que j’ai déjà est incroyable…

- C’est un truc énorme. Plus je creuse, et plus c’est effrayant. La moitié de Brno est mouillée. Donne-moi quelques jours.

- Tu dis ça depuis deux semaines.

- Je touche au but, vraiment ! C’est la dernière fois. J’ai rendez-vous avec le mouvement du Graal… Je rédigerai cette nuit.

- Le mouvement du Graal ? Connais pas.

- C’est une piste essentielle. Par eux, je peux remonter jusqu’à ceux qui tirent les ficelles. Il faut que tu me donnes du temps ! Je commence juste à y voir clair ! C’est une équation à mille inconnues ! »

 

 

 

 

 

 

 

                 Andrea est journaliste pour la revue Media. Depuis quelques mois, elle enquête sur l’étrange cas Barbora S. Ses recherches commencent à porter leurs fruits. Une affaire de maltraitance familiale sordide est en train de prendre la dimension d’un complot aux ramifications complexes.

 

 

 

 

© Sindelka, Masek, Pokorny – Denoël Graphic

 

 

                Tout commence à cause d’un babyphone. Un homme surveillant son bébé par caméra s’aperçoit que celle-ci est brouillée par des perturbations. A cause d’interférences de fréquences, il capte les images d’une maison voisine. En découvrant une enfant nue et menottée, il appelle la police qui se rend aussitôt sur place. La mère est arrêtée. L’enfant, Anna, est recueillie mais ne tarde pas à s’évader. On la retrouvera quelques mois plus tard en Norvège sous l’apparence d’un jeune garçon. Il s’agit en fait de Barbora S. et c’est une femme de 33 ans. L’enquête aux sources pédopornographiques et sectaires s’annonce complexe.

 

                Les scénaristes Marek Sindelka et Vojtech Masek ont travaillé six ans et demi pour présenter ce qui s’apparente à un docu-fiction. S’inspirant de faits réels, ils ont créé le personnage d’une journaliste, Andréa, pour s’intéresser au côté médiatique de l’affaire. Toutes les questions n’obtiendront pas de réponses mais « l’équation à mille inconnues » est partiellement résolue, comme ils l’expliquent dans leur préface. Le résultat est addictif, haletant. Ce « cas » est le genre de livre qu’on ne peut pas refermer avant de l’avoir terminé. Le lecteur est tenu en haleine jusqu’à la dernière page, et quand on dit la dernière page, c’est vraiment la dernière page.

 

 

 

 

© Sindelka, Masek, Pokorny – Denoël Graphic

 

 

Déroutant au départ à cause de la distance qu’il impose, le parti pris d’un lettrage informatique se justifie par le traitement journalistique du récit. On est tellement pris par l’histoire qu’on en oublie vite ce qui aurait pu être gênant.

 

                Marek Pokorny est l’un des plus brillants dessinateurs tchèque. Cet album va certainement être pour lui le sésame d’une reconnaissance internationale. Il multiplie les traitements graphiques selon les points de vues ou les flashbacks. Si l’enquête actuelle d’Andréa a un trait réaliste commun mais un peu froid qui correspond bien au ton du récit, les résultats des recherches sur le passé des personnages, et en particulier Anna, se passent d’encrage dans des couleurs directes. Pour le passage d’un style à l’autre, il navigue entre planches classiques avec quelques cases et compositions plus complexes allant jusqu’à 48 cases dont certaines microscopiques. Les pages de cahier d’Anna ont le trait enfantin correspondant à son âge, ou plutôt à l’âge de celle dont elle prend l’identité. Ajoutons à cela des doubles planches aux points de vues originaux et des découpages d’un classicisme inédit (voir la scène des témoignages lors du procès).

 

 

 

 

© Sindelka, Masek, Pokorny – Denoël Graphic

 

 

La couverture démontre elle aussi que Pokorny marche sur les pas d’un Chris Ware. Elle est composée de cases indépendantes dont l’ensemble forme le visage de Barbora : un nœud, des ovnis, des cygnes formant un cœur, une guêpe, une route, un ravin. C’est la première fois que l’on voit une devanture de BD qui a la qualité, l’esthétique et la puissance d’un générique d’une série HBO.

 

                « L’étrange cas Barbora S. » a été élue meilleure bande dessinée 2018 en République Tchèque. C’est la première fois qu’un roman graphique de ce pays est exporté. Et il se pourrait bien que ce soir pour devenir le meilleur album de l’année 2020 chez nous.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

One shot : L’étrange cas Barbora S. 

  

Genre : Polar docu-fiction 

 

Scénario : Marek Sindelka & Vojtech Masek 

 

Dessins & Couleurs : Marek Pokorny

 

Traduction : Benoît Meunier 

 

Éditeur : Denoël Graphic

 

Nombre de pages : 208 


Prix : 23 €

 

ISBN : 9782207159729

 



Publié le 09/10/2020.


Source : Bd-best

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