Une délicatesse. Le jardin, Paris
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Une délicatesse.  Le jardin, Paris

« - Monsieur, vous n’avez pas le droit d’être là et je suis sûre que vous le savez.

- Oui, mais j’espérais rencontrer le jeune Rose…

- N’insistez pas, vous ne rencontrerez personne de cette manière. Vous êtes un habitué, maintenant, je me trompe ? Vous connaissez donc les règles. Pas de client dans les loges. C’est extrêmement flatteur de votre part, mais je le répète, Rose ne recevra personne.

- Soit, je m’avoue vaincu. Vous le tiendrez au courant de mes tentatives ?

- Peut-être. »

 

 

 

 

 

 

 

Années 20, dans un cabaret parisien, un jeune homme danse tous les soirs. Il est le seul garçon de l’établissement. Fils de la patronne des lieux, la scène est sa vie. En ce lieu, chaque artiste a un nom de fleur. Celui de cet éphèbe est Rose. Subjugué par les talents du danseur, Aimé, habitué du cabaret, souhaite le rencontrer. L’homme travaille dans l’édition. Il va prendre Rose sous sa coupe et l’ouvrir au monde.

 

 

 

 

© Geniller - Delcourt

 

 

Près de deux ans après l’émouvant Les fleurs de grand-frère, Gaëlle Geniller revient avec un récit tout aussi beau, tout aussi fort. On ne saurait dire si ce jardin Paris est une histoire d’amour ou une histoire d’amitié. C’est certainement les deux à la fois. Tout au long de l’histoire l’autrice marche sur un fil, non pas parce qu’elle n’ose pas franchir le mur de l’interdit, mais parce qu’elle se positionne à l’époque du récit, dans des années 20 où les hommes sortaient avec des femmes et il ne pouvait pas en être autrement. Ses personnages sont pour certains d’une sensibilité étonnante, pour d’autres d’une réalité maupassantienne, l’un n’étant pas incompatible avec l’autre.

 

 

 

 

© Geniller - Delcourt

 

 

Geniller pose la question du genre au cœur de son histoire avec une finesse, une délicatesse, une discrétion et un respect comme on n’en n’avait jamais lu. Si depuis cent ans, les mentalités ont fortement évolué, la société est encore loin d’une évidence quant à l’acceptation d’amours naturelles entre des êtres, quels qu’ils soient. La force de Geniller est aussi de traiter Le jardin, Paris sans jamais parler de sexe. Alors qu’elle aurait facilement pu tomber dans cette facilité, elle préfère proposer une histoire d’innocence.

 

 

 

 

© Geniller - Delcourt

 

 

Graphiquement, la dessinatrice, issue de l’animation, fait danser son trait comme son personnage dans une fresque florale merveilleuse. Quand les raies de lumière traversent le rideau des coulisses jusqu’au devant de la scène, Geniller fait entrer le lecteur sur scène avec l’artiste. Certaines passages parviennent à suspendre le temps dans un silence musical magique. On a la sensation d’évoluer avec Rose, d’être concentré sur les gestes gracieux et d’entendre de façon sourde les notes du pianiste réservées aux spectateurs.

 

 

 

 

© Geniller - Delcourt

 

 

Avec Le jardin, Paris, les éditions Delcourt frappent un grand coup tant scénaristique que graphique augurant d’une année BD 2021 exceptionnelle. Suspendant le temps pour l’amour de l’art de la danse et du spectacle, le jardin de Gaëlle Geniller est de ceux dans lesquels on souhaiterait rester enfermé.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 

 

 

 

One shot : Le jardin, Paris

 

Genre : Romantique

 

Scénario, Dessins & Couleurs: Gaëlle Geniller

 

Éditeur : Delcourt

 

Collection : Mirages

 

Nombre de pages : 224 

 

Prix : 25,50 €

 

ISBN : 9782413022534

 



Publié le 05/01/2021.


Source : Bd-best

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