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Nous sommes en 1959. Un plateau de tournage comme il en existe d'autres. Il s'y réalise un film policier en noir et blanc intitulé La Poupée sans tête.
Lors d'une scène impliquant plusieurs vedettes du grand écran, comme Gabin, l'actrice principale, Martine Saintonge, est mortellement touchée par une balle qui aurait dû être à blanc.
" Marcel a peur qu'elle les donne. Alors, il la sacrifie. Il était écrit qu'elle tombe. Jusque là tout allait bien. Tout collait avec le scénario.
Mais c'est quand on a vu qu'elle ne se relevait pas qu'on a compris qu'il se passait quelque chose."
Devant les caméras, la fiction bascule soudain dans le réel. Chargé de l'enquête, le commissaire Raffini découvre rapidement qu'il ne s'agit pas d'un accident mais bien d'un meurtre soigneusement préparé. Aux côtés de sa nouvelle collaboratrice, Claire Renaud, il s'enfonce dans un univers où ambitions personnelles, rancœurs et secrets de tournage brouillent les pistes.
" La "petite" était arrivé Quai des Orfèvres quelques semaines plus tôt ... Peu après le pot de départ de l'inspecteur Morlaine. L'adjoint qu'on lui avait désigné, c'était elle !
- Bonjour Commissaire."

© Rodolphe, Maucler - Éditions du Tiroir 2026
Avec "La Poupée sans tête", Rodolphe et Christian Maucler relancent les aventures du commissaire Raffini dans le cadre des Nouvelles Enquêtes du commissaire Raffini. Cette reprise d'une série policière née en 1980 sous la plume de Rodolphe et le crayon de Jacques Ferrandez ne cherche pas à révolutionner la formule, mais à lui offrir un nouvel élan tout en préservant son identité. Le résultat est un polar classique et efficace qui mêle enquête criminelle, hommage au cinéma français et immersion dans l'atmosphère de la fin des années 1950.

© Rodolphe, Maucler - Éditions du Tiroir 2026
L'un des principaux points forts de l'album réside dans son décor. En situant son intrigue dans les coulisses du cinéma français de l'époque, Rodolphe offre bien davantage qu'une simple enquête criminelle. Nous pénétrons dans un monde de studios, d'acteurs célèbres, de producteurs influents et de techniciens anonymes, où les apparences comptent parfois davantage que la vérité.
La présence de figures emblématiques comme Jean Gabin et Lino Ventura ajoute un charme supplémentaire à l'ensemble sans jamais donner l'impression d'un simple exercice nostalgique. Leur participation s'intègre naturellement au récit et renforce la crédibilité de cette plongée dans l'âge d'or du cinéma populaire français.
Au-delà de l'intrigue policière, l'album marque également une évolution dans la série avec l'arrivée de Claire Renaud. Cette nouvelle partenaire apporte fraîcheur et dynamisme à un commissaire installé depuis longtemps dans les habitudes des lecteurs. Loin du rôle d'assistante passive, elle participe activement aux investigations et démontre rapidement ses qualités d'observation et d'analyse. Cette association crée un équilibre intéressant entre l'expérience du vieux routier et l'assurance d'une nouvelle génération plus moderne.

© Rodolphe, Maucler - Éditions du Tiroir 2026
Sur le plan narratif, Rodolphe démontre une nouvelle fois sa maîtrise du polar. L'auteur, que l'on connaît pour des séries aussi diverses que Trent, Kenya ou Scotland, construit une intrigue solidement charpentée qui progresse avec fluidité. Le scénario privilégie les interrogatoires, les indices et les fausses pistes plutôt que l'action spectaculaire. Cette approche rappelle les grandes enquêtes policières à la française, dans lesquelles l'observation psychologique compte autant que les preuves matérielles.
Le récit séduit surtout par son atmosphère. On pense régulièrement aux romans policiers classiques, tels les Maigret, avec cette capacité à faire vivre une époque à travers des dialogues savoureux, des personnages bien campés et un rythme posé qui laisse le temps à l'enquête de se développer.
Le suspense demeure présent jusqu'au dénouement, sans multiplier artificiellement les rebondissements. Cette élégance dans la construction constitue sans doute l'une des principales qualités de l'album.

© Rodolphe, Maucler - Éditions du Tiroir 2026
Graphiquement, Christian Maucler perpétue avec talent l'identité visuelle de la série. Son dessin réaliste privilégie la lisibilité et l'expressivité, deux qualités essentielles pour un récit reposant largement sur les dialogues et les interactions entre personnages. Son trait restitue avec précision les décors, les véhicules et les costumes de l'époque, contribuant fortement à l'immersion.
Le travail documentaire apparaît particulièrement soigné. Les studios de cinéma, les rues parisiennes, les voitures d'époque ou encore les accessoires de tournage donnent au récit une crédibilité constante.
Maucler réussit également un exercice délicat : faire revivre Jean Gabin et Lino Ventura sans tomber dans la caricature. Les deux acteurs sont immédiatement reconnaissables grâce à une caractérisation subtile qui restitue leur présence légendaire tout en les intégrant harmonieusement à la fiction.
La mise en couleurs accompagne parfaitement cette démarche. Les teintes douces et légèrement patinées renforcent le parfum rétro de l'ensemble et évoquent naturellement le cinéma français des années cinquante et soixante. Certaines séquences liées au tournage créent même un contraste intéressant entre l'univers du film en noir et blanc et la réalité de l'enquête, accentuant le jeu permanent entre illusion et vérité qui traverse tout le récit.

© Rodolphe, Maucler - Éditions du Tiroir 2026
Avec "La Poupée sans tête", Rodolphe et Christian Maucler prouvent que le commissaire Raffini a toujours sa place dans le paysage de la bande dessinée policière. Cette reprise respecte l'esprit de la série originelle tout en lui insufflant suffisamment de nouveauté pour séduire un nouveau lectorat.
Entre enquête bien ficelée, hommage au septième art et reconstitution historique réussie, l'album offre un moment de lecture particulièrement agréable.
Un polar élégant et intemporel qui confirme une fois de plus que les recettes classiques, lorsqu'elles sont maîtrisées, demeurent souvent les plus efficaces.
Entre Gabin, Ventura et un assassin, Raffini mène le dernier rôle.
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Thierry Ligot
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Série : Les nouvelles enquêtes du commissaire Raffini
Tome : La Poupée sans tête
Scénario : Rodolphe
Dessin et couleurs : Christian Maucler
Éditeur : Éditions du Tiroir
Genre : policier, polar
Thèmes : enquête, cinéma
Public : ado, adulte
Parution : 16/4/2026
Format : 30,7 x 22,7 cm
Page : 48
ISBN : 978 2 9312 5142 3
Prix : 16 €
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