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" - Moi, Madame, je veux partir comme volontaire ! Pour sauver Lincoln !
- Oh, lui !
- Ah ! Ah ! Ah ! Il veut faire la guerre !
- John, tu es beaucoup trop jeune, voyons !
- Alors j'attendrais d'être assez grand.
- J'espère bien que cette maudite guerre sera finie avant et que nos hommes rentreront vite à la maison !"
"Johnny Clem" retrace le destin étonnant d'un gamin de 9 ans qui, au début de la guerre de Sécession, refuse de rester spectateur des événements qui bouleversent les Etats-Unis. Marqué par la mort tragique de sa mère, écrasée par un train, et par une vie familiale devenue difficile après le remariage de son père, Johnny voit dans l'armée de l'Union un échappatoire autant qu'une nouvelle famille.
Refusé dans un premier temps par les recruteurs en raison de son âge, il s'échappe du train qui le ramène chez lui et réussit à se faire accepter dans un régiment comme "mascotte" avec Yank, un clébard qu'il a libéré.
" - Nous sommes affectés au 24e d'infanterie de l'Ohio, qui est basé au camp Chase. Une bonne petite trotte à pied. Et toi, on peut savoir ce que tu fais là ?
- Moi ... euh. Je suis la mascotte du 24e ... comme le chien !"
Devenant d'abord aide à tout faire, cuisinier improvisé, puis tambour, et enfin soldat ... Un soldat pas plus grand que son fusil !

© Charlot - Miras - Anna - Grand Angle 2026
Mais sa détermination, sa bravoure, son courage forcent le respect et l'admiration de tous, soldats comme officiers. Si bien, qu'avec l'aide de la presse, il est "érigé" en symbole patriotique.
" - Monsieur le journaliste, que voulez-vous que le commandant en chef d'une armée aussi puissante que la mienne vous raconte au lendemain d'une défaite ? Suivez-moi ... Je vous présente le soldat John Lincoln Clem ! [...] Votre régiment, le 22e du Michigan est parti avec 455 hommes, et il n'en est revenu que 66 ... dont vous. On m'a dit aussi que vous nous avez débarrassés d'un colonel sudiste. [...] sergent Clem !
- Sergent ... ?!
- Je crois même que cela mérite une décoration. [...] Le héros, c'est lui, monsieur le journaliste ... pas moi ... Faites en sorte que cela se sache !"
Il participera à plusieurs batailles ... boucheries ... dont il ne sortira pas toujours indemne.
Shiloh, Chickamauga, ...
Nommé sergent pour sa bravoure, il sera également fait prisonnier et utilisé par les Confédérés comme "preuve honteuse" du Nord qui envoie des gamins faire la guerre !
" - Regardez où en sont les Nordistes ! Ils nous envoient des enfants de guerre, des gamins ! C'est tout ce qu'il leur reste pour combattre ! [...] ... et nous allons le faire savoir. Les Nordistes seront ravis d'apprendre ce que Lincoln fait de leurs enfants ! "
A la suite de quoi, cela forcera Lincoln et le Département de la Guerre à interdire les incorporations de volontaires de moins de 16 ans !
Il sera alors renvoyé chez lui, dans sa ville de Newark (Ohio) qui l'accueillera en héros !

© Charlot - Miras - Anna - Grand Angle 2026
Derrière cette destinée hors norme, l'album explore plusieurs thèmes forts : le deuil, la quête d'appartenance, l'embrigadement de la jeunesse, la fabrication des héros et les ravages de la guerres sur les plus "petits".

© Charlot - Miras - Anna - Grand Angle 2026
La principale qualité du scénario de Philippe Charlot réside dans son regard nuancé sur son personnage. Johnny Clem n'est pas présenté en héros invincible. Certes, son courage et sa détermination impressionnent, mais le récit souligne également l’ambiguïté de sa situation. Ce garçon, célébré pour sa bravoure, demeure avant tout un enfant plongé dans un conflit qu’il est incapable de mesurer pleinement.
Ainsi, l’album questionne avec intelligence la notion d’héroïsme : Johnny est-il un modèle de patriotisme ou la victime d’une société qui a accepté qu’un enfant participe à la guerre ? Cette réflexion donne au récit une profondeur qui dépasse largement la simple reconstitution historique.
Le travail de scénarisation de Charlot s’avère particulièrement efficace. Plutôt que de raconter l’intégralité de la longue vie militaire de John Clem, il concentre son récit sur les années décisives de son enfance. Ce choix permet d’éviter l’écueil de la biographie encyclopédique et de privilégier l’émotion ainsi que l’évolution psychologique du personnage.
Le scénario alterne avec justesse les moments d'intimité, qui rappellent la fragilité de Johnny, et les séquences militaires qui illustrent l'enthousiasme puis la brutalité de la guerre. Charlot met également en lumière le rôle souvent méconnu des tambours dans les armées du XIXe siècle, véritables relais des ordres sur le champ de bataille. L'ensemble conserve un rythme fluide tout en restituant le contexte historique avec clarté.

© Charlot - Miras - Anna - Grand Angle 2026
Graphiquement, Miras livre une prestation solide et convaincante. Son dessin réaliste privilégie l’authenticité et la lisibilité, notamment dans la représentation des uniformes, des campements et des mouvements de troupes. Cette rigueur documentaire contribue fortement à l’immersion dans la guerre de Sécession.
Les scènes de bataille sont spectaculaires sans tomber dans la surenchère, tandis que les expressions des personnages traduisent avec finesse leurs émotions, qu’il s’agisse de la peur, de la tristesse ou de la détermination.
Miras accorde une attention particulière au visage juvénile de Johnny, constamment mis en contraste avec l’univers brutal qui l’entoure.
Enfin, la mise en couleur, sobre et harmonieuse, renforce l’atmosphère du récit en privilégiant des tonalités réalistes qui servent autant les scènes intimistes que les affrontements.

© Charlot - Miras - Anna - Grand Angle 2026
En synthèse, cet album s'impose comme une lecture à la fois instructive et émouvante. En racontant l'histoire authentique du plus jeune sous-officier de l'armée américaine, les auteurs livrent bien davantage qu'un simple récit de guerre. Ils proposent une réflexion pertinente sur la construction des légendes militaires et sur le destin tragique des enfants entraînés dans les conflits d'adultes
Porté par un scénario sensible et une réalisation graphique soignée, ce volume de la collection "Héros de guerre" réussit à conjuguer intérêt historique, émotion et questionnement moral.
Thierry Ligot
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Série : Héros de guerre
Tome : 2 - Johnny Clem - Etats-Unis
Scénario : Philippe Charlot
Dessins : Miras
Couleurs : Anna & Miras
Éditeur : Bamboo
Label : Grand Angle
Type : one-shot
Genre : guerre, histoire
Thèmes : guerre de Sécession, courage, bravoure, patriotisme, enfance
Parution : 8 avril 2026
Format : 24,4 x 32 cm
Page : 64
ISBN : 979 1 0411 1576 1
Prix : 16,90 €
" Ce matin du 18 août, je ne soupçonne pas que nous allons être les acteurs et les spectateurs de l'une des évacuations de masse les plus difficiles de l'histoire et de la débâcle de la communauté internationale qui regardera hébétée, se jouer une tragédie humanitaire qu'elle n'aura pas vue venir."
Il n'est pas toujours évident d'écrire la chronique d'une bande dessinée. Les raisons peuvent être multiples. Parfois, l'histoire ne nous touche pas, le dessin ne nous convainc pas ou le sujet nous laisse indifférent. À d'autres moments, c'est exactement l'inverse : l'œuvre aborde un thème si fort, si proche de certaines blessures du monde contemporain, qu'il devient difficile de trouver les mots justes sans céder à l'émotion.
C'est précisément ce qui m'est arrivé avec "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul".
Le hasard du calendrier a voulu que la sortie de cet album, le 13 août, coïncide presque avec le cinquième "anniversaire" de la chute de Kaboul. Quelques jours auparavant, les journaux télévisés rappelaient encore les images de ce mois d'août 2021 : une capitale livrée au chaos, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants massés aux abords de l'aéroport, des avions pris d'assaut dans un ultime espoir de fuite. Un moment tragique de l'histoire contemporaine, symbole de l'échec politique, militaire et diplomatique de l'Occident face au retour des talibans au pouvoir.
" Le départ définitif des militaires alliés implique l'abandon à leur sort de millions d'Afghans. Cette cécité volontaire va devenir néfaste au cours des mois suivants."

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
C'est dans ce contexte que paraît cette adaptation en bande dessinée du témoignage de Mohamed Bida, commandant honoraire de police affecté à l'ambassade de France à Kaboul de 2016 à 2021. Avec ses dix hommes, il va se retrouver en première ligne lorsque les talibans entrent dans la capitale afghane le 15 août 2021. Alors que les plans d'évacuation élaborés durant des mois volent en éclats les uns après les autres, il doit organiser dans l'urgence l'exfiltration du personnel diplomatique français et de centaines de ressortissants afghans considérés comme prioritaires par la France.
Treize jours et treize nuits durant, l'ambassade de France, déplacée par sécurité sur un site fortifié surnommée par les Français "Camp Lafayette", devient un refuge de fortune pour plus de cinq cents personnes.
À l'extérieur, Kaboul sombre dans l'anarchie. À l'intérieur, chaque heure apporte son lot d'incertitudes, de décisions impossibles et de dilemmes (in)humains. Négociations avec les talibans, menaces terroristes, mouvements de foule incontrôlables, absence d'informations fiables : tout semble concourir à rendre cette mission irréalisable.
" Je ne crois plus aux chances d'une paix durable entre "frères ennemis" et à une transition gouvernementale paisible, c'est plutôt le scénario de la chute de Saïgon, le 30 avril 1975, qui s'impose à mon esprit. Mais contrairement aux Américains, nous ne laisserons personne derrière nous ! Les plans d'évacuation des personnels français sont fin prêts.
La question se pose également pour nos employés afghans et leurs familles, soit près de 800 personnes ! Tout le monde à l'ambassade se sent concerné par ce problème."
Et pourtant, contre toute attente, plus de 2 800 personnes seront finalement évacuées.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
L'une des grandes forces de cet album réside dans son caractère profondément autobiographique. Mohamed Bida ne raconte pas son histoire pour bâtir sa légende personnelle ou se présenter comme un héros.
Bien au contraire.
Son récit se distingue par une humilité constante. Il expose ses peurs, ses doutes, ses moments de découragement et les responsabilités écrasantes qui pèsent sur ses épaules. À chaque instant, il apparaît avant tout comme un homme confronté à des choix dont dépendent des centaines de vies humaines.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Cette sincérité donne au récit une véritable puissance émotionnelle. Loin des discours héroïques ou des reconstructions a posteriori, "13 jours, 13 nuits" montre des femmes et des hommes tentant simplement de faire ce qui leur semble juste dans une situation devenue totalement incontrôlable.
Mais l'album ne se limite pas au seul récit de l'évacuation.
Régulièrement, Jean-Claude Bartoll interrompt la chronologie des événements pour intégrer des flashbacks issus des souvenirs de Mohamed Bida. Ces retours en arrière constituent même l'une des plus belles réussites de l'ouvrage. Ils permettent de découvrir l'homme derrière la fonction et de comprendre ce qui a forgé son caractère.
Né dans une famille française d'origine algérienne, Mohamed Bida évoque une jeunesse parfois douloureuse, marquée par les préjugés, les discriminations, le racisme ordinaire et le sentiment récurrent de devoir toujours prouver davantage que les autres sa légitimité. Son parcours apparaît souvent comme un long chemin semé d'embûches où les humiliations et l'ostracisme auraient pu engendrer rancœur ou ressentiment.
Il n'en est rien.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Au fil des pages se dessine le portrait d'un homme qui a transformé ces épreuves en moteur. Ces difficultés ont façonné son attachement aux valeurs républicaines, à la notion de service, au respect de la parole donnée et à une certaine idée de la fraternité.
" Mais, de poésie, il n'y en avait aucune dans ces zones de relégation où misère, chômage et délinquance restaient les principaux acteurs de la fracture sociétale, qui ne disait pas encore son nom.
J'étais plongé chaque jour dans les entrailles de la société et je me rendais à l'évidence : être flic, ce n'était pas seulement courir après les voleurs, les malfrats. C'était se trouver constamment au chevet de la société, répondre à tous ses maux, alors même que les réponses nous manquaient. En première ligne pour protéger la population, mais aussi pour tempérer ses ires et ses hubris. A cette époque déjà, la fonction policière jouait le rôle d'un régulateur sociétal et devenait le réceptacle de la schizophrénie française." (années 1980)
Dès lors, les décisions qu'il prend à Kaboul prennent une dimension nouvelle. Son engagement ne procède plus seulement d'une obligation professionnelle : il découle également d'une conviction intime selon laquelle abandonner les plus faibles serait une forme de renoncement à ses propres valeurs.
Cette alternance entre le drame collectif afghan et le parcours personnel de Mohamed Bida apporte à l'album une profondeur humaine remarquable. Elle évite également toute lecture héroïsante des événements. Derrière le commandant de police chargé d'une mission exceptionnelle se découvre un homme construit par l'adversité, dont les blessures passées éclairent les choix présents.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Pour adapter ce témoignage à la bande dessinée, Jean-Claude Bartoll réalise un travail remarquable. Ancien grand reporter, il trouve le juste équilibre entre la rigueur documentaire et l'efficacité narrative. Le récit conserve toute sa crédibilité historique tout en maintenant une tension permanente. Le lecteur suit heure après heure la dégradation de la situation, partage l'épuisement des protagonistes et ressent l'urgence qui imprègne chaque décision.
Bartoll excelle également dans la restitution des enjeux humains et politiques. Les négociations avec les talibans, les contraintes diplomatiques, les problèmes logistiques et les difficultés du terrain s'intègrent naturellement au récit sans jamais l'alourdir. L'ensemble se lit avec la fluidité d'un thriller, tout en conservant la force d'un témoignage authentique.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Au dessin, Renato Arlem livre une prestation de très haut niveau. Son trait réaliste, précis et expressif convient parfaitement à un sujet aussi sensible. Les visages portent la fatigue, la peur et la tension accumulées au fil des jours. Les scènes de foule retranscrivent efficacement la panique qui règne alors dans Kaboul. Les décors plongent le lecteur dans une ville en train de s'effondrer, où chaque déplacement devient une prise de risque.
La mise en page se montre particulièrement immersive. Les séquences d'action alternent harmonieusement avec les moments plus introspectifs, sans jamais casser le rythme du récit. Quant aux couleurs de Simon Champelovier, elles participent pleinement à cette atmosphère oppressante, renforçant la tension dramatique qui ne faiblit pratiquement jamais.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Au final, "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul" dépasse largement le cadre de la bande dessinée documentaire. C'est un récit sur le devoir, le courage, la responsabilité et la solidarité. C'est aussi une réflexion sur l'identité, sur l'engagement au service des autres et sur la capacité d'un homme à rester fidèle à ses convictions lorsque tout autour de lui s'effondre.
Surtout, l'album ne cherche jamais à glorifier Mohamed Bida. Il raconte simplement des faits vécus, des sacrifices consentis, des peurs affrontées et des décisions assumées. Il rappelle également que derrière les grandes tragédies historiques se cachent toujours des êtres humains confrontés à des choix impossibles.
" Malgré une fatigue immense, je n'arrive pas à dormir. Les évènements se bousculent dans ma tête. Je suis partagé entre le soulagement et un goût amer d'inachevé."
Cinq ans après la chute de Kaboul, alors que les conséquences de cet abandon continuent de peser sur l'Afghanistan, cette lecture résonne avec une force particulière. Entre témoignage autobiographique, chronique historique et récit d'une extraordinaire aventure humaine, "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul" est un album nécessaire, poignant et profondément marquant.

© Affiche du film 2025
Une œuvre qui prend littéralement à la gorge par sa sincérité, portée par le scénario impeccable de Jean-Claude Bartoll et le dessin immersif de Renato Arlem. Un hommage vibrant non pas à un héros solitaire, mais à toutes celles et ceux qui, au milieu du chaos, ont refusé d'abandonner leurs semblables. Une grande bande dessinée, profondément humaine, dont la lecture laisse longtemps une empreinte dans l'esprit du lecteur.
Remarque : cet album est l'adaptation du roman autobiographique éponyme de Mohamed Badi, adapté au cinéma par Martin Bourboulon en juin 2025, et pour la télévision sous forme de feuilletons ("Kaboul" diffusé sur France 2 en avril 2025).
BA du film : ici
Thierry Ligot
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Titre : 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul
D'après le roman témoignage de : Mohamed Bida
Scénario : Jean-Claude Bartoll
Dessin : Renato Arlem
Couleurs : Simon Champelovier
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Type : récit complet
Genre : témoignage, Histoire
Thèmes : Afghanistan, guerre, drame humain
Parution : 13 août 2026
Format : 22,6 x 29,8 cm
Page : 152
ISBN : 978 2 4130 8179 1
Prix : 22,50 €
À l’été 1935, dans une petite ville industrielle du centre de la France, Gramont, François Bompierre, 17 ans, vit sous la coupe d’un père autoritaire, violent et acquis aux idées fascisantes.
" - Je n'aime pas les Allemands, mais je comprends qu'ils aient voté pour cet Hitler qui nettoie la chienlit communiste. Personne ne semble se plaindre là-bas. Comme en Italie, d'ailleurs.
- Vous avez raison, monsieur (le Directeur), ce sont des exemples qui font réfléchir. Les Français vont finir par comprendre où est leur intérêt.
- Les Français sont des veaux. Ils ont besoin d'être dirigés par des gens capables."
Ce dernier est le nouveau sous-directeur de l'usine locale. Celle-ci est en grève et ni son père, ni le directeur ne sont prêts à céder aux revendications ouvrières. Bien au contraire ...
" - Nous ne céderons pas, Bompierre.
- Monsieur le ...
- Jamais. Il n'est pas question que je cède à leur chantage. Je n'achèterai jamais la paix sociale. La hausse des salaires est inenvisageable. Elle détruirait les profits et la concurrence en profiterait.
- Ils s'épuiseront avant nous, monsieur .
[...]
- Je n'aime pas voir les bolchéviques devant chez moi. On n'est pas en Russie ici.
- Provoquons-les. Ils réagiront par la violence. Et faisons venir les forces de police. Ils les materont comme il faut. Quelques bras ou jambes cassés chez les meneurs et ils rentreront dans le rang."

© Stalner - Grand Angle 2026
Dans cette atmosphère lourde, François étouffe dans un foyer où les humiliations sont quotidiennes. Battu pour la moindre incartade, il ne rêve que de liberté., même si au départ insouciant et ignorant de la situation sociale de l'époque.
" - C’est vrai qu’ici, on est tous concerné par ce qui se passe.
- Je comprends.
- Pour nous, la réalité, c’est la lutte des classes… Le combat éternel des exploités contre les exploiteurs.
- Moi, je ne crois pas en grand-chose. Je m’occupe de moi. Je pense que la vie, c’est chacun pour soi.
- Oh… C’est triste.
- Peut-être."
Lorsqu’il se lie d’amitié avec une bande de jeunes ouvriers communistes, il découvre la solidarité, l’engagement et un idéal de justice sociale qui contrastent avec l’univers familial qu’il subit.
" - François, s'il te plaît.
- Je demande juste à mon père pourquoi les flics tapent sur des ouvriers qui font grève pour leurs droits.
- TAIS-TOI, TU N'Y CONNAIS RIEN !
- Je sais juste que quand on envoie des flics armés pour frapper des hommes et des femmes, on ne montre pas son courage mais plutôt sa lâcheté !
- JE T'AI DIT DE TE TAIRE !
- Me taire ... Bien sûr, c'est tellement plus simple.
- ÇA SUFFIT !"
Alors que les tensions sociales s’intensifient et que la grève s'éternise, François doit choisir son camp. Son combat pour s’émanciper de l’emprise paternelle rejoint peu à peu la lutte collective des travailleurs, dans une France en pleine effervescence à la veille du Front populaire.

© Stalner - Grand Angle 2026
Un scénario rouge dans la grisaille de l'été '36
Avec Fils de bourge, Éric Stalner livre un récit d'apprentissage ancré dans la France tourmentée du milieu des années 1930. À travers le destin de François Bompierre, adolescent issu d'un milieu privilégié mais enfermé dans une cellule familiale toxique, l'auteur explore les mécanismes de domination, qu'ils s'exercent dans le cadre intime de la famille ou dans celui, plus vaste, des rapports sociaux. Alors que les tensions ouvrières gagnent une petite ville industrielle à la veille du Front populaire, le jeune homme découvre auprès de fils d'ouvriers un univers fondé sur la solidarité et l'entraide, à l'opposé des valeurs autoritaires imposées par son père.
L'album séduit avant tout par sa capacité à faire dialoguer l'histoire individuelle et l'histoire collective. Les violences que subit François résonnent avec celles dont sont victimes les travailleurs de l'usine locale, confrontés à l'intransigeance d'une direction acquise aux idées réactionnaires. Cette correspondance entre oppression familiale et lutte sociale donne au récit une force particulière. Au fil des pages, la révolte du jeune garçon cesse d'être uniquement personnelle pour devenir une prise de conscience politique et humaine. L'ouvrage aborde ainsi des thèmes universels tels que l'émancipation, le courage, l'amitié, la transmission des idées et la quête de liberté.
L'un des atouts de l'album réside également dans sa restitution d'une époque charnière. Sans transformer son récit en leçon d'histoire, Stalner parvient à faire ressentir les fractures idéologiques qui traversent alors la société française, entre montée des mouvements fascisants et espoirs suscités par l'union de la gauche. Cette toile de fond historique nourrit constamment l'intrigue et lui confère une résonance qui dépasse largement le cadre de la simple BD.

© Stalner - Grand Angle 2026
Un scénario porté par l'émotion et la confrontation
La scénarisation repose sur une construction classique mais particulièrement efficace. Éric Stalner choisit de suivre l'évolution progressive de son héros, depuis son isolement initial jusqu'à son engagement aux côtés de ceux qui le considéraient d'abord comme un étranger. Une trajectoire personnelle servie par des personnages faciles à identifier, parfois volontairement archétypaux, mais suffisamment incarnés pour susciter l'attachement ou le rejet.
La relation entre François et son père constitue naturellement le cœur dramatique du récit. Cette opposition frontale dépasse le simple conflit générationnel pour devenir l'incarnation de deux visions du monde irréconciliables. D'un côté, l'autoritarisme, la peur et la domination ; de l'autre, la solidarité, l'ouverture aux autres et la recherche d'une forme de justice. Ce parallèle constant entre sphère privée et sphère sociale apporte de la cohérence à l'ensemble et permet au récit de gagner en intensité à mesure que la situation se tend.
L'auteur sait également ménager des moments plus contemplatifs, notamment à travers les escapades de François dans la campagne ou ses réflexions intérieures. Ces respirations évitent au récit de sombrer dans un excès de noirceur et renforcent la dimension humaine de l'histoire. Même si certains passages peuvent sembler parfois un peu démonstratifs et que quelques personnages manquent de nuances, l'ensemble reste porté par une sincérité évidente et une réelle générosité narrative.

© Stalner - Grand Angle 2026
Un dessin réaliste au service des émotions
Graphiquement, Fils de bourge s'inscrit dans la continuité du travail d'Éric Stalner. Son trait réaliste, précis et élégant, se montre parfaitement adapté à ce récit historique. Les décors industriels, les rues de province, les paysages ruraux ou encore les intérieurs bourgeois contribuent à immerger le lecteur dans l'atmosphère des années 1930. Chaque environnement semble pensé pour refléter l'état émotionnel des personnages : espaces ouverts synonymes d'évasion, lieux clos évoquant l'oppression et l'enfermement.
L'expressivité des visages constitue l'une des grandes réussites de l'album. La colère, la peur, la honte ou l'espoir se lisent immédiatement dans les regards et les attitudes. Cette qualité renforce considérablement l'impact des scènes les plus dramatiques, notamment celles mettant en scène les violences paternelles ou les affrontements sociaux.
La mise en couleur participe elle aussi à cette immersion. Les teintes lumineuses accompagnent les instants de liberté et de fraternité, tandis que des atmosphères plus sombres soulignent la brutalité du quotidien vécu par François. L'ensemble conserve une grande lisibilité et un équilibre constant entre réalisme historique et sensibilité romanesque.
Enfin, la symbolique visuelle développée autour de la libellule et du crapaud apporte une dimension poétique inattendue. Cette métaphore, qui accompagne le parcours intérieur du héros, illustre avec finesse son désir de s'affranchir de l'emprise paternelle et de conquérir sa propre liberté.

© Stalner - Grand Angle 2026
Fils de bourge est une bande dessinée engagée et profondément humaine qui réussit à faire se rencontrer le destin d'un adolescent meurtri et les grands bouleversements sociaux de son époque. Si le propos manque parfois de subtilité dans la caractérisation de certains protagonistes, la force émotionnelle du récit, la richesse de son contexte historique et la qualité du dessin emportent largement l'adhésion.
Un album touchant sur la résistance à toutes les formes de domination, porté par un héros dont la quête de liberté trouve un écho bien au-delà de son histoire personnelle.
Thierry Ligot
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Titre : Fils de bourge - Le doux Printemps 1936
Scénario, dessin & couleurs : Éric Stalner
Éditeur : Bamboo
Label : Grand Angle
Type : one-shot
Genre : chronique sociale
Thèmes : luttes sociales et ouvrières, Front Populaire, adolescente et émancipation
Parution : 29 avril 2026
Format : 24,3 x 32,1 cm
Page : 80
ISBN : 979 1 0411 1778 9
Prix : 18,90 €
Au cœur de la Judée du Ier siècle, le tétrarque Hérode Antipas voit son pouvoir menacé par la guerre menée par Arétas, émir de Pétra, roi des Arabes dont il vient de répudier la fille, sa 1ère épouse pour épouser Hérodias. Mais cette dernière intrigue également dans son dos !
A ceci, s'ajoute la peur provoquée par la popularité croissante du prophète Iaokanaan (Jean-Baptiste) ... qui est finalement emprisonné par Hérode.
" - Dans une de tes geôles sous terre, il s'est calmé. Il ne cesse de répéter des mots étranges ... auxquels je ne comprends rien.
- !! Lesquels ??!
- Je l'ai entendu dire, "Qu'importe ! Pour qu'il grandisse, il faut que je diminue".
- !! De qui parle-t-il ?
- D'un moins que rien, du fils d'un charpentier qui se prétend le Sauveur et qui parle d'un royaume nouveau, promis à tous !"
C'est alors qu'Hérodias fait revenir de Rome sa fille, Salomé.
" - Tout est pesant ici.
- Ah bon ?! Que veux-tu dire ?! Quelqu'un t'a manqué de respect ? N'es-tu pas bien traitée ? Sache que ta famille pourvoira à te satisfaire ...
- Oui ... ma très chère famille ... où nous nous aimons tous.
- Je n'aime pas beaucoup ce ton, ma fille ! Si tu dois te plaindre de quelque chose, dis-le clairement.
- Je ne me plains de rien. Je dois juste m'habituer à ce sentiment nouveau que j'ai ressenti dès que je me suis installée parmi vous ...
- Et qui est ... ?
- La haine."
Pour lutter contre Arétas, Hérode est contraint de faire appel à Rome ... C'est ainsi que le proconsul Vitellius arrive à la citadelle de Machaerous accompagné de ses légions. Pourtant ce soutien ne sera peut-être pas "gratuit" ! Mais cela, Hérode le découvrira au fur et à mesure des années !

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Dans toutes ces intrigues et tensions, voilà que Salomé tombe sous le charme du prophète ...
" - Tu es un homme étrange. Tu hurle et pourtant ... je ne peux pas croire en ta cruauté ! Il y a autre chose ... Tu n'es pas seul, n'est-ce pas ? Tu espères que quelqu'un vienne te délivrer.
- Me délivrer ? Comment pourrait-on me délivrer puisque je suis libre ?"
avant d'être humiliée par son rejet, ses sentiments se changent en désir de vengeance.
" - La puanteur de la mère atteindra la fille ! Vous vous étalerez dans la poussière ! Les sanglots vous briseront les dents ... Ôtez vos ceintures ... Montrez votre nudité honteuse aux chiens du désert !!! Rien ne vous arrêtera sinon le regard du Seigneur !!
- Oh ! Mère avait raison ! ... La fureur l'habite ! ... mais quelle folie m'a prise de m'éprendre de lui !?!"
Dans ce climat de tensions politiques, religieuses et familiales, elle utilisera son pouvoir de séduction pour obtenir la tête de celui qui a bouleversé son destin, précipitant tous les protagonistes vers une issue tragique.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Avec La Légende de Salomé, Jean Dufaux s'empare d'un des récits les plus célèbres de l'imaginaire biblique et occidental pour en proposer une lecture résolument tragique. L'album nous plonge dans les dernières années du règne d'Hérode Antipas, au moment où circonstances et événements convergent vers un drame annoncé.
Entre l'offensive d'Arétas contre le tétrarque, l'agitation populaire suscitée par Jean-Baptiste et les intrigues d'Hérodias, Salomé devient peu à peu le centre de toutes les convoitises et de toutes les manipulations.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Une tragédie historique fondée sur les passions humaines
L'ouvrage aborde plusieurs thèmes entremêlés : l'ambition politique, le désir, la vengeance, le fanatisme religieux et le poids du destin. Jean Dufaux ne cherche pas à reconstituer un épisode historique au sens strict, mais à explorer la mécanique tragique qui transforme des êtres prisonniers de leurs passions en acteurs de leur propre chute.
Le récit trouve ainsi sa force dans l'atmosphère d'inéluctabilité qui l'habite dès les premières pages. Chacun semble avancer vers une issue connue d'avance, incapable d'échapper aux forces qui le dépassent. Cette dimension fataliste constitue l'un des intérêts majeurs de l'album, tout comme sa capacité à inscrire l'intime au cœur d'un contexte historique particulièrement mouvementé.
Le scénario adopte ainsi une approche nourrie de multiples influences, de Flavius Josèphe à Oscar Wilde en passant par Flaubert. Plutôt que de présenter Salomé comme une simple manipulatrice ou comme une jeune fille soumise à sa mère, Dufaux en fait un personnage plus complexe, mû par ses propres blessures et ses propres désirs. Son attirance pour Iaokanaan, puis sa transformation progressive après le rejet humiliant du prophète, constituent le moteur émotionnel du récit. Cette relecture accorde davantage d'autonomie à Salomé et renforce la dimension psychologique de l'intrigue.
" Et, seule dans sa chambre, Salomé laissa place à la haine. Un sentiment proche de cet amour violent, inattendu, irraisonné, qui l'avait poussée vers Iaokanann."
Jean excelle également dans la peinture des jeux de pouvoir. Hérodias apparaît comme une femme d'une redoutable intelligence politique, tandis qu'Hérode Antipas est présenté comme un dirigeant hésitant, constamment tiraillé entre ses pulsions, ses responsabilités et ses peurs.
Même les personnages secondaires bénéficient d'une caractérisation travaillée, à l'image de Lucius Vitellius ou de son fils Aulus. Cette galerie de protagonistes contribue à donner de l'épaisseur au récit et à faire exister le monde qui gravite autour de Salomé.
Toutefois, cette richesse documentaire et cette volonté d'embrasser de nombreux enjeux peuvent parfois nuire au souffle dramatique. Le récit privilégie souvent l'exposition historique et les dialogues explicatifs au détriment de l'émotion pure. Certaines scènes semblent davantage destinées à contextualiser les événements qu'à les faire ressentir. De même, la dimension symbolique ou mystique associée à la figure de Salomé demeure relativement discrète alors que le sujet aurait pu se prêter à une interprétation plus audacieuse ou plus lyrique.
En synthèse, il est évident que les points forts du scénario sont les suivants : une solide documentation historique, une relecture personnelle et nuancée du mythe de Salomé, des personnages complexes et crédibles, une atmosphère tragique dominée par la fatalité, les intrigues de pouvoir efficaces et captivantes et enfin, des dialogues soignés et souvent un rien théâtreux.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Une reconstitution graphique spectaculaire et expressive
Graphiquement, l'album se révèle en revanche d'une remarquable maîtrise. Eduard Torrents livre un travail ambitieux qui impressionne autant par la qualité de la reconstitution que par l'expressivité de ses personnages. Les palais, les forteresses, les temples, les camps militaires et les paysages désertiques témoignent d'un important travail de documentation. Chaque décor contribue à ancrer le lecteur dans cette Judée du Ier siècle sous domination romaine.
L'un des points forts de Torrents réside dans sa capacité à donner vie aux protagonistes. Les visages traduisent avec finesse les ambitions, les frustrations ou les désirs qui animent chacun d'eux. Salomé oscille constamment entre innocence apparente et pouvoir de séduction. Hérodias impose sa présence avec une autorité presque théâtrale, tandis qu'Hérode affiche une fragilité qui contraste avec son statut de souverain.
Torrents varie également les cadrages et les compositions pour mettre en valeur tant les scènes intimistes que les moments de tension politique ou militaire.
En résumé, les forces visuelles sont multiples et donnent une dimension cinématographique particulièrement séduisante au récit. Que ce soit dans la reconstitution historique minutieuse et crédible, dans les personnages expressifs immédiatement identifiables, ou encore les décors riches et détaillés, le tout dans une mise en scène dynamique et élégante.
Un régal pour les yeux du lecteur !

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Une atmosphère riche et immersive par une colorisation subtile
La couleur de Bertrand Denoulet participe pleinement à cette réussite visuelle. Les jeux de lumière soulignent la chaleur écrasante des paysages orientaux, tandis que les intérieurs du palais se parent d'ombres profondes qui renforcent l'atmosphère de complot et de corruption morale. Cette palette élégante apporte du relief à chaque planche et accentue le caractère sensuel ou dramatique des situations.
Elle donne, par sa subtilité, une atmosphère immersive, renforçant aussi bien la sensibilité que la dimension tragique du récit, jouant adroitement sur les contrastes, les ombres et les lumières.

© Dufaux - Torrents - Denoulet - Delcourt 2026
Au final, La Légende de Salomé constitue une relecture sérieuse et ambitieuse d'un mythe qui continue de fasciner depuis des siècles. Sans atteindre la puissance dramatique de certaines grandes tragédies auxquelles elle se réfère, cette bande dessinée séduit par la solidité de sa documentation, la richesse de ses personnages et la qualité exceptionnelle de sa partie graphique.
Jean Dufaux nous livre un récit dominé par les passions humaines et les luttes de pouvoir, magnifiquement porté par le dessin réaliste et élégant d'Eduard Torrents.
Une œuvre dense et immersive qui intéressera autant les amateurs d'histoire antique que les lecteurs sensibles aux grandes figures tragiques.
Quand la passion défie la foi et le pouvoir, le destin exige son tribut de sang !
Thierry Ligot
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Titre : La légende de Salomé
Scénario : Jean Dufaux
Dessin : Eduard Torrents
Couleurs : Bertrand Denoulet
Éditeur : Delcourt
Type : one-shot
Genre : Histoire, péplum
Thèmes : histoire de famille, haine, convoitise
Parution : 7 mai 2026
Format : 22,6 x 29,8 cm
Page : 88
ISBN : 978 2 41308 240 8
Prix : 17,95 €
"Mudlarks : écumeurs des berges - A l'époque victorienne, enfants pauvres qui fouillaient les berges de la Tamise à la recherche d'objets perdus et de déchets à revendre."
Londres, 1824, la capitale anglaise est notamment marquée par sa misère sociale, l'emprisonnement pour dettes, l'exploitation des enfants, ...
Dans ce décors miséreux, deux garçons se rencontrent et se lient d'amitié : le jeune Charles Dickens et Oliver, un adolescent des quais de la Tamise, un mudlark !
" - Mais dis-moi, tu ne t'es pas présenté. Tu es qui ... et c'est quoi ton truc, dans la vie ... la magie ?
- Je m'appelle Charles Dickens et je suis ... apprenti écrivain !
- Tu écris des histoires ?
- J'essaye ..."
Charles, 12 ans, est contraint d’abandonner l’école pour travailler après l’incarcération de son père, pour une malheureuse dette de 40 livres et 10 shillings. Sa mère et ses plus jeunes frères et sœurs sont également emprisonnés avec son père. Il se retrouve donc seul ... et doit apprendre à se débrouiller pour trouver l'argent nécessaire à la libération de sa famille.
Il découvre grâce à Oliver les réalités les plus dures de la capitale.
" - Charles ! Ne crois pas que tu reprendras tes études. Sortis d'ici, nous aurons tout autant besoin d'argent. Les études, c'est fini pour toi."
Entre enquête autour d’une noyée, secrets de famille et quête de liberté, cette amitié devient le moteur d’un récit initiatique qui éclaire les futures inspirations du grand romancier.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Un personnage central à la croisée de la fiction et de l’Histoire
Le cœur de l’album repose sur la figure de Charles Dickens enfant. Les auteurs choisissent de raconter une période peu connue de sa jeunesse, lorsque les difficultés financières de sa famille l’obligèrent à travailler alors qu’il rêvait déjà d’écrire. Ce Dickens en devenir n’est pas encore l’écrivain célèbre, mais un garçon sensible, observateur et ambitieux, confronté brutalement aux injustices sociales.
Face à lui, Oliver apparaît comme un double romanesque. Débrouillard, courageux et habitué à survivre dans la rue, il incarne ce peuple de laissés-pour-compte qui nourrira plus tard l’univers de Dickens.
" - Crois-moi, si tu veux raconter des aventures, il faut en vivre, en provoquer. En commençant par regarder autour de toi. Voyons ce que tu as sous le coude. qui pourrait te faire une histoire magnifique et qui te rendrait riche et célèbre !
Un gamin et sa petite sœur qui refusent de rentrer dans leur famille ... Un apprenti écrivain qui ne sait pas quoi écrire ... Un père en prison pour dettes ... Et cerise sur le gâteau : un jeune malin plein de ressources ! MOI ! Ah ! Ah ! "
Le personnage évoque naturellement les héros enfantins du futur romancier, à commencer par Oliver Twist, sans que l’album ne cherche à établir une filiation directe. Il représente surtout le lien entre l’expérience vécue et l’imaginaire littéraire.
La force du récit réside dans cette complémentarité. Charles possède les mots et les rêves ; Oliver détient l’expérience du terrain. L’un apprend à observer, l’autre à raconter. Leur relation offre une explication crédible et poétique de la manière dont un futur écrivain a pu développer une telle empathie pour les plus faibles.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Les thèmes : pauvreté, enfance et naissance d'un regard d'écrivain
L’album aborde plusieurs thèmes majeurs qui traverseront ensuite toute l’œuvre de Dickens.
Le premier est évidemment la pauvreté. Londres apparaît comme une ville où la richesse côtoie une misère extrême. Les enfants y sont souvent abandonnés à eux-mêmes, exploités dans les manufactures ou contraints d’inventer mille stratagèmes pour survivre.
Les mudlarks, ces "chercheurs de boue" qui fouillaient les berges de la Tamise, symbolisent cette réalité sociale aujourd’hui largement oubliée.
L’enfance constitue le deuxième grand sujet du récit. Les protagonistes doivent assumer des responsabilités d’adultes alors qu’ils ne sont encore que des enfants. Pourtant, le récit évite constamment le misérabilisme. Charles, Oliver, Amy ou David conservent leur énergie, leur sens de l’aventure et leur capacité à rêver malgré des conditions de vie particulièrement difficiles.
Enfin, l’album explore la naissance de la vocation littéraire. Les auteurs montrent comment l’observation du réel nourrit l’imagination. À travers une formule qui résume parfaitement cette idée, Oliver explique à Charles qu’il faut parfois vivre les aventures avant de pouvoir les écrire.
L’écriture apparaît alors moins comme un don que comme une manière de transformer l’expérience humaine en récit.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Les points forts de l’album
La principale réussite de Mudlarks réside dans l’équilibre entre vérité historique et fiction. Philippe Charlot s’appuie sur des éléments biographiques authentiques de la jeunesse de Dickens tout en construisant une aventure accessible et captivante. Cette approche permet de découvrir une période importante de la vie de l’écrivain sans jamais donner l’impression de lire une leçon d’histoire.
L’autre qualité majeure est l’humanité des personnages. Même les situations les plus sombres sont abordées avec délicatesse. Les thèmes de l’abandon, de la violence familiale ou de l’exploitation sont présents, mais toujours traités à hauteur d’enfant.
Le récit bénéficie également d’un rythme efficace. L’enquête autour de l’identité de la noyée, le mystère du médaillon ou les difficultés rencontrées par Oliver maintiennent constamment l’intérêt du lecteur.
Ces éléments romanesques s’intègrent naturellement à une histoire qui reste avant tout centrée sur l’amitié et l’apprentissage.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Une scénarisation fluide et intelligente
Philippe Charlot construit son récit avec une grande simplicité apparente. Les informations historiques sont intégrées à travers les actions et les dialogues plutôt que par de longues explications. Cette fluidité rend l’album accessible aux jeunes lecteurs tout en satisfaisant un public adulte.
Le scénariste joue également avec les références à l’œuvre future de Dickens. Certains personnages, certaines situations ou certains thèmes semblent annoncer les romans à venir sans que cela devienne démonstratif. Cette subtilité donne une saveur particulière à la lecture, notamment pour ceux qui connaissent déjà Oliver Twist, David Copperfield ou Un chant de Noël.
L’intrigue repose enfin sur une belle progression émotionnelle. Derrière l’aventure et les péripéties, c’est la construction d’un regard sur le monde qui se dessine. Charles apprend à voir ceux que la société ignore, tandis qu’Oliver découvre qu’il peut compter sur quelqu’un d’autre que lui-même.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Un graphisme sensible et immersif
Le dessin de Manu Cassier constitue un atout essentiel de l’album. Son trait semi-réaliste privilégie l’expressivité des personnages et facilite l’identification des jeunes lecteurs. Les visages demeurent doux et attachants, même lorsque le contexte se fait plus rude.
Les décors jouent un rôle majeur dans l'immersion. Les quais de la Tamise, les ruelles sombres, la prison de Marshalsea ou les ateliers de travail restituent avec justesse l'atmosphère du Londres du début du XIXe siècle. Sans rechercher une reconstitution photographique, Manu cassier parvient à rendre palpable la boue, l'humidité et l'activité incessante de la ville.
Les couleurs contribuent également à l’identité visuelle de l’album. Les tonalités nuancées et légèrement feutrées adoucissent la dureté du sujet tout en conservant la crédibilité du cadre historique. Cette douceur chromatique crée un contraste réussi avec la violence sociale décrite.

© Charlot - Cassier - Grand Angle 2026
Mudlarks : Charles Dickens, apprenti écrivain est une bande dessinée historique particulièrement réussie. En imaginant l’amitié entre le jeune Dickens et un enfant des rues, Philippe Charlot et Manu Cassier proposent un récit touchant qui éclaire les origines d’une œuvre littéraire majeure.
À travers une narration fluide, des personnages attachants et un graphisme empreint de sensibilité, l’album évoque la pauvreté, l’enfance et le pouvoir des histoires sans jamais céder au pathos.
Une lecture aussi accessible qu’émouvante, qui donne envie de redécouvrir Dickens tout en rappelant les réalités sociales qui ont façonné son regard sur le monde.
Thierry Ligot
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Titre : Mudlarks, Charles Dickens, apprenti écrivain
Scénario : Philippe Charlot
Dessin & couleurs : Manu Cassier
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Catégorie : one shot
Genre : policier, chronique sociale
Thèmes : misère, Londres victorien, Dickens, pauvreté, enfance
Public : tout
Parution : 1/7/2026
Format : 22,2 x 30 cm
Page : 64
ISBN : 979 1 0411 1665 2
Prix : 16,90 €
" - Qu'est-ce que j'fous là ?! Oh la vache, j'ai encore abusé de la vodka grenadine, hier soir ! Qui c'est ce type ?! Mais attends, c'était pas un ingénieur que j'ai rencontré hier ? Un mec un peu allumé qui prétendait avoir inventé un truc bizarre ... Mais c'était quoi déjà, son invention ? ...
Ça y est ! Je me rappelle ! La machine à remonter le temps !"
Avec cette intégrale de 240 pages, Katia Even réunit l’ensemble des aventures de Marie, une ingénue projetée malgré elle à travers différentes époques par une étrange technologie capable de manipuler l’espace-temps.
Au fil de ses déplacements incontrôlés et totalement aléatoire, l’héroïne croise de grandes figures de l’histoire des sciences, des arts et des inventions, ...
Archimède, de Vinci, Tesla, Einstein, Gutemberg, Braille, Hawking, Pasteur, Fleming, Nabuchodonosore, Watt, Graham Bell, Meucci, Lovercraft, ...
La liste est longue ... et reprise en fin d'album avec un petit dossier pédagogique de "rattrapage".
A chaque fois, elle les influence parfois de manière aussi inattendue que décisive. Le feu, la roue, l'imprimerie, l'écriture braille, la paratonnerre, le savon, la loi d'Archimède, l'ornithoptère, la cymatique, ...
Et sitôt que l'idée géniale à germer dans l'esprit de son hôte du moment, Marie se voit retransporter dans l'espace-temps ...
" - Oh non ... C'est reparti ... Me voilà à nouveau SDF de l'Histoire ... et du temps qui passe ..."
... pour se réveiller ensuite ici ou là ...

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
L’originalité de l’album réside dans sa capacité à mêler plusieurs registres. D’un côté, il s’agit d’un récit de voyage temporel ponctué de rencontres historiques ; de l’autre, l’œuvre adopte un ton léger, volontiers espiègle, avec une dimension érotique assumée destinée à un lectorat adulte. Ce mélange donne naissance à une lecture singulière qui transforme les grandes découvertes de l’humanité en autant d’occasions de revisiter l’Histoire sous un angle inattendu.
" L'humilité de l'élève reste essentielle dans la pédagogie."
Parmi les principaux atouts de l’ouvrage figure son aspect ludique. Derrière les situations cocasses et les anachronismes volontaires se cache une véritable curiosité pour les inventions et les personnalités qui ont marqué leur époque. L’album s’amuse à imaginer ce qui aurait pu se passer dans les coulisses de la grande Histoire et propose une réflexion amusante sur la place souvent oubliée des femmes dans la transmission des savoirs et l’émergence des idées.
L’intégrale bénéficie également d’une progression narrative plus ambitieuse que ne le laisse supposer son concept initial. Ce qui commence comme une succession de rencontres humoristiques évolue progressivement vers une intrigue plus construite autour des paradoxes temporels, des conséquences des voyages de Marie et de sa quête pour reprendre le contrôle de son destin.
Cette évolution apporte davantage d’épaisseur au récit et renforce l’intérêt de la lecture sur la durée.

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
Une scénarisation inventive entre humour, science-fiction et vulgarisation
Le scénario de Katia Even repose sur une idée simple mais particulièrement efficace : faire de Marie le lien invisible entre de nombreuses avancées historiques. Ce principe permet de multiplier les situations improbables tout en conservant un fil conducteur cohérent.
L’autrice parvient à équilibrer plusieurs dimensions sans que l’une n’écrase totalement les autres. L’humour reste omniprésent, souvent alimenté par les décalages entre les connaissances modernes de l’héroïne et les mentalités des époques traversées.
Cependant, la série ne se contente pas d’enchaîner les gags. Les enjeux liés aux voyages temporels prennent progressivement de l’importance et offrent une véritable continuité dramatique.
" - Tu voulais me dire un truc, au fait ?
- Oui, j'ai peut-être une théorie : tu ne cicatrises pas alors que moi je survis à des morts certaines. Et si, finalement, nous n'étions pas sur le même plan temporel ? Mais sur la tangente commune de deux plans ?
- Le point de contact !"
L’un des aspects les plus réussis du récit est sans doute la manière dont il rend accessibles des notions historiques et scientifiques. Sans chercher l’exactitude académique absolue, l’album utilise la fiction pour susciter la curiosité du lecteur.
" Et maintenant, un petit cours de rattrapage d'histoire revue et corrigée ..."
Ces séquences complémentaires, clôturant chaque tome, consacrées aux inventeurs, leurs théories et à leurs découvertes renforcent cette dimension pédagogique. Tout comme les quelques pages sur la "machine" et sa technologie. L'ensemble donne davantage de profondeur aux épisodes précédents.
" Si vous voulez trouver les secrets de l'univers, pensez en termes d'énergie, de fréquence, d'information et de vibration.
Nicola Tesla"
Marie constitue également une héroïne attachante. Intelligente, indépendante et pleinement consciente de ses choix, elle ne se réduit jamais à un simple prétexte narratif. Son tempérament affirmé et sa capacité à s’adapter aux situations les plus improbables lui permettent de conserver une véritable présence au cœur du récit.

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
Un univers graphique chaleureux et expressif
Sur le plan visuel, Le Petit Derrière de l’Histoire adopte une esthétique volontairement éloignée du réalisme. Katia Even privilégie un dessin souple, arrondi et très expressif, qui évoque parfois certains codes du dessin humoristique ou du style "chibi" popularisé par la bande dessinée et l’illustration japonaises.
Ce choix graphique contribue fortement à l’identité de la série. Il atténue toute recherche de réalisme spectaculaire au profit de la fantaisie, de la comédie et de l’attachement immédiat aux personnages. Les expressions faciales, très travaillées, participent largement à l’efficacité des scènes humoristiques.
La mise en scène se révèle quant à elle dynamique. Les cadrages varient régulièrement et les planches alternent entre compositions classiques et séquences plus élaborées lorsque le récit l’exige. Cette diversité visuelle évite la monotonie et accompagne efficacement les changements de ton.
Le travail de Marina Duclos à la couleur apporte enfin une dimension essentielle à l’ensemble. Les palettes utilisées permettent de différencier les époques traversées et de créer des ambiances adaptées à chaque contexte historique. Bien souvent, ses couleurs renforcent la lisibilité des planches tout en donnant au récit une atmosphère chaleureuse et vivante.

© Even - Duclos - Tabou BD 2025
Cette intégrale réussit le pari de combiner science-fiction, humour, aventure historique et érotisme léger dans une formule originale et accessible.
Derrière son ton volontiers irrévérencieux, l’œuvre témoigne d’un réel intérêt pour l’histoire des idées et pour ceux qui ont contribué à façonner notre monde. Portée par une héroïne attachante, un scénario inventif et un graphisme plein de charme, elle constitue une lecture divertissante qui sait conjuguer amusement, imagination et curiosité culturelle.
Thierry Ligot
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Titre : Le petit Derrière de l'Histoire - l'intégrale
Scénario & dessins : Katia Even
Couleurs : Marina Duclos
Éditeur : Tabou BD
Genre : humour, Histoire, érotisme, fantastique, science-fiction
Thèmes : les grandes inventions, voyage dans le temps, émancipation féminine, destin, libre-arbitre, l'héritage, le continuum espace-temps
Public : averti
Parution : 6 novembre 2025
Format : 23,5 x 32,3 cm
Pages : 240
ISBN : 978 2 35954 230 1
Prix : 49 €
" - Tenir un restaurant, c'est ça le métier de tes rêves ?
- Non ! Plus tard, je veux dessiner les histoires que j'ai dans ma tête.
- Faudrait déjà qu'on comprenne ce que t'as dans la tête !"
Après "Toi et moi" en 2024, Pacco retrace, avec Un plan infaillible, son parcours de vie, depuis son enfance de garçon rêveur passionné par le dessin jusqu’à son accomplissement en tant qu’auteur de bande dessinée reconnu.
Plus qu’un simple témoignage, un nouvel ouvrage singulier, à mi-chemin entre le roman graphique autobiographique et le guide de développement personnel.
L’album se veut une réflexion sur la manière de poursuivre ses aspirations malgré les obstacles, les doutes et les injonctions extérieures.
" - Quels sont tes projets pour ces vacances ?
- Aller à la plage, me faire des copains ... dessiner.
- Dessiner ? Il paraît que tu passes ton temps à ça ... et que tu ne fais rien à l'école. C'est comme ça que tu comptes réussir ta vie ?
- Heu ... non.
- On est d'accord."

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Le récit repose sur une idée simple mais universelle : les rêves ne se réalisent ni par magie ni grâce à une méthode miracle, mais à travers une série de choix, d’erreurs, de remises en question et d’efforts répétés. Pacco raconte comment son envie de devenir dessinateur a longtemps été considérée comme irréaliste par son entourage, notamment par son père qui l’imaginait suivre une voie plus conventionnelle. Cette tension entre désir personnel et attentes sociales constitue l’un des fils rouges de l’album.
" - Qui a eu son bac et du premier coup ? Et un bac scientifique en plus !!!
- Tu ne vas pas devenir avocat ?
- Ben, non.
- Mmmhhm ... Ce n'est pas grave. Tu vas être médecin, comme ton oncle ! Tu vas l'appeler !
- Non ... Je veux apprendre à dessiner pour raconter des histoires. Je veux faire de la BD."
Parmi les thèmes les plus marquants figurent la quête d’identité, la confiance en soi, la persévérance face aux échecs et la nécessité de prendre des risques pour vivre en accord avec ses convictions.
Pacco insiste sur l’importance de l’expérimentation et de l’apprentissage par l’erreur. Son parcours illustre que les revers ne sont pas des impasses mais des étapes qui permettent d’avancer et de mieux comprendre ses propres limites.
Le livre aborde également les questions du bonheur au travail, de l’équilibre personnel et de la responsabilité familiale, notamment à travers son désir d’offrir une vie plus épanouissante à sa fille.

© Pacco - Drac - Casterman 2025
L’un des principaux atouts de l’ouvrage réside dans son ton sincère et accessible. Pacco ne cherche jamais à se présenter comme un modèle inatteignable ou un gourou du développement personnel. Au contraire, il expose ses fragilités, ses hésitations et ses erreurs avec beaucoup de franchise. Cette authenticité confère au récit une dimension humaine qui le distingue de nombreux ouvrages de coaching plus théoriques.
L’humour, omniprésent, allège les moments plus difficiles et rend la lecture particulièrement fluide. Les conseils pratiques disséminés au fil des chapitres apparaissent davantage comme des pistes de réflexion que comme des recettes toutes faites, ce qui renforce l’impression de proximité avec l’auteur.
Cependant, cette orientation vers le développement personnel pourra en perturber certains. D'aucuns apprécieront l’aspect motivant et l’énergie positive qui se dégage de l’ensemble, tandis que d’autres pourront juger certaines recommandations assez classiques ou avoir le sentiment de retrouver des principes déjà largement développés ailleurs.
L’album assume néanmoins pleinement cette dimension inspirante, sans jamais prétendre détenir une vérité universelle.

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Une scénarisation intime et pédagogique
Sur le plan narratif, Pacco adopte une construction chronologique qui suit les grandes étapes de son existence. L’enfance, les études, les difficultés professionnelles, la création de son agence de publicité puis le saut vers la bande dessinée s’enchaînent avec naturel. Cette progression permet au lecteur de comprendre les mécanismes qui l’ont conduit à transformer un rêve ancien en projet de vie concret.
La particularité du scénario réside dans l’alternance entre récit autobiographique et séquences plus réflexives. Régulièrement, l’auteur interrompt son histoire pour partager des outils, des listes d’objectifs ou des conseils issus de son expérience. Ces respirations donnent à l’album une structure originale, mêlant émotion et transmission. L’ensemble conserve néanmoins une bonne cohérence grâce à la voix de l’auteur, constante et bienveillante.
" C'est le moment parfait pour faire une pause et réfléchir à la réalisation de vos rêves ! Savez-vous ce que vous voulez ? Sans essayer de faire plaisir à vos parents, à vos proches ou à la société."
Le récit séduit surtout par sa spontanéité. Pacco ne cherche pas à embellir son parcours ni à construire une légende personnelle. Il parle aussi bien de ses réussites que de ses périodes d’errance, de ses échecs scolaires ou professionnels, de ses moments de découragement et de ses difficultés à trouver sa place. Cette honnêteté donne du poids à son message et évite l’écueil du discours triomphaliste.
" - C'est pour les auteurs débutants que c'est dur ... J'ai un ami, ils l'ont pas payé depuis un an. La BD, c'est pas un métier facile !"

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Un graphisme efficace au service du propos
Graphiquement, Un plan infaillible s’inscrit dans la continuité de son style. Son dessin repose sur une ligne claire expressive et immédiatement lisible. Les personnages sont croqués avec vivacité et les émotions se transmettent avec une grande efficacité grâce à des visages très expressifs et à une gestuelle dynamique.
Le choix d’une bichromie dominée par le bleu constitue l’une des signatures visuelles de l’album. Cette palette limitée apporte une forte cohérence à l’ensemble et favorise une lecture confortable sur près de 250 pages. L’économie de moyens n’empêche jamais la richesse visuelle : les scènes sont rythmées, les cadrages variés et les gags visuels nombreux. Bref, un superbe travail de Drac.
La mise en page reste volontairement classique, privilégiant la lisibilité à l’expérimentation graphique. Ce parti pris correspond parfaitement au contenu, centré sur la transmission d’une expérience personnelle. Le dessin accompagne le texte sans jamais l’écraser, tout en conservant suffisamment de personnalité pour donner du relief aux anecdotes racontées.
L’humour graphique joue également un rôle essentiel. Les situations du quotidien, les souvenirs d’enfance ou les périodes de doute sont souvent traités avec une autodérision qui désamorce la gravité du sujet. Cette légèreté contribue à rendre l’album accessible à un large public, des adolescents aux adultes en quête de réflexion sur leur propre parcours.

© Pacco - Drac - Casterman 2025
Un plan infaillible n’est pas seulement l’histoire d’un auteur qui a réussi à vivre de sa passion. C’est avant tout le récit d’un homme qui a appris à écouter ses aspirations profondes et à accepter les détours nécessaires pour les atteindre. Sans prétendre livrer une formule universelle du succès, Pacco propose une lecture chaleureuse, drôle et souvent inspirante. Porté par une narration sincère et un dessin expressif, cet album trouve un équilibre convaincant entre confidence autobiographique et invitation à croire en ses propres projets. Une œuvre optimiste qui rappelle que les rêves se construisent davantage par la persévérance et la lucidité que par la chance ou les solutions miracles.
Thierry Ligot
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Titre : Un Plan infaillible - Comment j'ai réalisé mes plus beaux rêves
Scénario - dessin : Pacco
Couleurs : Drac
Éditeur : Casterman :
Genre : autobiographie, tranche de vie, récit intimiste, roman graphique
Thèmes : quête de soi, parcours de vie, vie quotidienne, introspection, résilience
Public : ado - adulte
Parution : 8 octobre 2025
Format : 19,6 x 26,3 cm
Page : 256
ISBN : 978 2 2032 9078 5
Prix : 25 €
Chassé de France pour son opposition à Napoléon III, Victor Hugo vit en exil à Jersey, entouré de sa famille et de quelques proches. Néanmoins, il demeure prisonnier d'une blessure qui ne s'est jamais refermée : la disparition tragique de sa fille Léopoldine, noyée dix ans auparavant.
" Ce jour-là, je suis mort ... c'était le 9 septembre 1843"
À travers le regard d'Herbert Salliès, un jeune admirateur fictif venu rencontrer son idole, nous découvrons un Hugo bien différent de l'image du grand homme de lettres.
Nous sommes le 12 septembre 1853 ...
" Monsieur Hugo m'avait donné rendez-vous l'après-midi en un lieu appelé "Le trou du Diable" mais il n'y était pas ... Je l'ai attendu plus d'une heure, quand ...
- Excusez mon retard. mais il m'est arrivé cette nuit quelque chose de si extraordinaire !!"
Éprouvé par le chagrin, fasciné par les questions de l'au-delà et de la survie de l'âme, il se laisse progressivement entraîner dans les séances de spiritisme organisées autour des célèbres tables tournantes. Convaincu d'entrer en contact avec les morts, il croit entendre la voix de Léopoldine, mais aussi celles de personnages illustres ...
" - Nous avons eu ces derniers temps beaucoup de connexions ... beaucoup d'esprits différents, aussi !
- La mort, le drame, l'ombre du sépulcre ...
- Quel nom étrange. Bien peu engageant !
- C'est v rai ! mais c'est celui que cet esprit nous a donné comme le sien ...
- Nous avons eu la visite d'hommes célèbres aussi ! ... Platon, Jésus-Christ, Dante, Shakespeare ..."

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Avec Victor Hugo, La Bouche d’ombre, Rodolphe et Olivier Roman choisissent de délaisser la figure officielle du monument littéraire pour s’intéresser à un moment plus secret de son existence. L’album se concentre sur les années d’exil à Jersey, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, alors que l’écrivain vit encore sous le choc de la disparition de sa fille Léopoldine, noyée dix ans plus tôt.
Plutôt qu’une biographie exhaustive, les auteurs privilégient une tranche de vie marquée par la souffrance intime, l’isolement politique et l’attirance grandissante de Hugo pour les séances de spiritisme. Autour des fameuses tables tournantes, l’écrivain croit retrouver la voix de sa fille disparue, mais aussi dialoguer avec Shakespeare, Galilée, Molière ou même l’Océan. De cette expérience naît une réflexion sur le deuil, la création artistique, la foi, la folie et les frontières incertaines entre le réel et l’invisible.
L’un des principaux atouts de l’album réside justement dans cet angle original. En montrant un Hugo vulnérable, hanté par ses fantômes et cherchant dans l’au-delà une consolation impossible, les auteurs dévoilent une facette moins connue de l’homme derrière la légende. Le récit met également en lumière la manière dont cette période nourrit son inspiration poétique et participe à l’émergence d’œuvres majeures comme Les Contemplations.

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Un scénario entre reconstitution historique et questionnement intérieur
Rodolphe construit son récit à partir d’éléments historiques solides, notamment les comptes rendus des séances spirites consignés par Hugo et son entourage. Cette documentation donne une véritable crédibilité aux échanges et replace le lecteur dans un XIXe siècle où le spiritisme fascine autant qu’il intrigue.
Pour faciliter l’immersion, le scénariste introduit Herbert Salliès, un jeune admirateur fictif qui découvre l’intimité du poète et sert de regard extérieur. Ce procédé s'avère pertinent, car il permet d'observer Hugo avec admiration mais aussi avec une certaine distance critique. À travers les interrogations du jeune homme, le lecteur se demande continuellement si le génie romantique est visionnaire, victime de son chagrin ou simplement prisonnier d'une croyance devenue obsession.
L’album séduit par son atmosphère mélancolique et son approche sensible du deuil. Rodolphe parvient souvent à établir des passerelles entre la souffrance personnelle de Hugo et sa création littéraire. Les dialogues issus des séances spirites apportent une tonalité étrange, parfois poétique, parfois inquiétante, qui imprègne l'ensemble du récit.
Toutefois, le scénario n'est pas exempt de limites. Certaines pistes narratives semblent insuffisamment exploitées. La relation entre Herbert et Adèle Hugo, par exemple, occupe plusieurs passages sans réellement influencer la progression du récit.
D’autres aspects essentiels de cette période, comme le combat politique de Hugo contre Napoléon III ou la genèse plus concrète de certaines œuvres majeures, restent en arrière-plan. Il en résulte parfois une impression de dispersion, comme si plusieurs thèmes concurrents empêchaient le récit d’atteindre toute sa profondeur émotionnelle.
Malgré ces réserves, l’ensemble demeure captivant grâce à la sincérité du propos et à la volonté de montrer un homme en pleine métamorphose intellectuelle et spirituelle.

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Un graphisme classique au service de l’ambiance
Au dessin, Olivier Roman adopte une approche réaliste et élégante parfaitement adaptée au contexte historique. Son trait précis restitue avec soin les décors de Jersey, les intérieurs bourgeois de Marine Terrace et les paysages marins qui entourent les personnages. L’île devient presque un protagoniste silencieux, tant sa présence contribue à l’atmosphère de solitude et d’étrangeté qui traverse l’album.
L’artiste excelle particulièrement dans la représentation des visages. Les regards, les postures et les expressions traduisent avec finesse le poids du deuil, l'épuisement moral ou l'émerveillement mystique des protagonistes.
Victor Hugo apparaît tour à tour imposant, fragile, habité ou presque halluciné, tandis qu’Adèle laisse déjà entrevoir une certaine fragilité psychologique.
Les couleurs de Cerise jouent un rôle important dans cette réussite visuelle. Les tonalités douces, souvent crépusculaires, renforcent la dimension mélancolique du récit. Les scènes de spiritisme bénéficient d’une mise en couleurs subtile qui entretient constamment l’ambiguïté entre phénomène surnaturel et projection mentale.
On pourra apprécier dans son dessin un certain classicisme. La mise en scène demeure souvent sage et théâtrale, ce qui limite parfois l’impact dramatique des séquences les plus intenses. Néanmoins les pleines pages et scènes de tempête sont superbes, nous entraînant dans des voluptés de sentiments, d'émotions qui se déchirent, explosent dans les cris de l'âme.
" Toutes mes absurdes certitudes volaient en éclats : oui, la mort n'était pas une fin. Nos disparus existent toujours : Léopoldine est vivante !"
Face à des thèmes aussi puissants que le deuil, la folie ou les visions mystiques, certains lecteurs auraient sans doute apprécié davantage d’audace graphique pour traduire les tourments intérieurs de Hugo.

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Une évocation intéressante mais pas totalement aboutie
Ceci dit, était-ce le but premier ?
Sans révolutionner le genre de la bande dessinée biographique, Victor Hugo, La Bouche d’ombre propose une plongée singulière dans l’une des périodes les plus troublantes de l’existence du grand écrivain.
L’album séduit par son sérieux documentaire, son atmosphère envoûtante et la qualité de son illustration. Il rappelle combien le deuil de Léopoldine a marqué durablement l’auteur des Misérables et nourri son imaginaire poétique.
On peut regretter que certains enjeux demeurent seulement esquissés et que le récit hésite parfois entre chronique historique, portrait psychologique et récit fantastique.
Mais cette approche permet également de préserver le mystère entourant ces séances spirites dont personne, pas même Hugo, ne semblait réellement détenir la clé. Et rien que pour cela, sa lecture est captivante et addictive ...
" - Vous savez, je tends beaucoup l’oreille à ce que me dit la « Bouche d’Ombre ». Dieu me parle et je l’écoute."

© Rodolphe - Roman - Anspach 2026
Au final, Rodolphe et Olivier Roman livrent une œuvre sensible et érudite qui éclaire un épisode méconnu de la vie de Victor Hugo. Une lecture séduisante par son ambiance et son sujet, qui donne surtout envie de redécouvrir l’œuvre de l’écrivain et de s’interroger sur les liens complexes entre la douleur, l’imagination et la création.
A recommander durant ces vacances estivales bien chaudes ... histoire de se rafraîchir un peu l'esprit !
Nous avions rencontré Olivier Roman le 26 mars pour une petite capsule de "Derrière la palette" : ici
Thierry Ligot
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Titre : Victor Hugo, La Bouche d'ombre
Scénario : Rodolphe
Dessin : Olivier Roman
Couleurs : Cerise
Éditeur : Anspach
Genre : biopic, fantastique, drame
Thèmes : spiritisme, deuil, création poétique, littérature, Victor Hugo, Jersey
Parution : 20 mars 2026
Format : 24 x 32 cm
Page : 48
ISBN : 978 2 9311 0554 2
Prix : 15,50 €
" - Monsieur Braxon a tout misé sur ce concert. Vous n'allez pas lui faire un coup pareil ! Haaan ... la cata, s'il apprend ça ! Bon écoutez, en attendant de trouver une solution, il ne faut suuurtout pas que monsieur Braxon sache ... QUE GIOVANNA-ROSE NE PEUT PAS JOUER !!!
[BOUM]
- Hum ... Possible qu'il ait entendu ...
- Nan nan nan nan nan ! Mais QUI lui adit ?!
- Vous !"
À quelques heures du dernier concert d’une tournée triomphale, Giovanna-Rose, pianiste virtuose adulée, se retrouve incapable de jouer la moindre note.
Alors que le public s’apprête à remplir le théâtre Braxon, la tension monte parmi les musiciens, les organisateurs et les proches de l’artiste.
Ce qui semble d’abord être un simple blocage technique devient progressivement le symptôme d’un malaise plus profond.
Avec Au temps pour elle, Christophe Cazenove et Stéphanie Mullié livrent un récit centré sur une crise aussi soudaine que révélatrice.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Derrière cette intrigue minimaliste se cache une réflexion sensible sur l’épuisement, la pression de la réussite et le besoin de redonner du sens à sa vie. L’album explore avec justesse le moment où une existence parfaitement maîtrisée se fissure, obligeant à remettre en question des choix que l’on croyait définitifs.
" - On a tous connu ça, jongler entre école et le Conservatoire ! Ta vie, tu la mets de côté ... Les sorties entre potes, les cinés, les bowlings, les restos ... C'était pas pour nous, vous le savez bien ! Elle est passée aussi par ces sacrifices, mais pour les prodiges comme elle, c'est un cran au-dessus ! Je l'ai bien vue, moi, bosser comme une tarée non-stop ! Et pas que pour le concert du trimestre ! Ce rythme-là, elle, elle l'avait toute l'année."
Le silence de Giovanna-Rose devient alors un langage à part entière, une forme de résistance inconsciente face à une routine artistique devenue étouffante.
L’un des principaux atouts de l’album réside dans l’universalité de son propos. Bien qu’ancré dans le milieu de la musique classique, le récit parle à tous ceux qui ont déjà ressenti le poids des attentes, la lassitude du quotidien ou la nécessité de s’autoriser un nouveau départ. Les auteurs délivrent ainsi un message optimiste sur la capacité à écouter ses limites et à réinventer sa propre trajectoire lorsqu’elle ne correspond plus à ses aspirations.
© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Une scénarisation entre huis clos et réflexion intime
Le scénario repose sur une structure de huis clos particulièrement efficace. L’essentiel de l’action se déroule dans l'enceinte du théâtre, transformé en caisse de résonance des angoisses et des frustrations des personnages. Le compte à rebours avant le concert crée une tension permanente tandis que chacun tente de trouver une solution au problème de la pianiste.
L’originalité du récit tient également au fait que Giovanna-Rose, pourtant au cœur de l’intrigue, demeure longtemps en retrait. Son silence pousse les autres personnages à occuper l’espace, à projeter leurs propres peurs et à révéler leurs attentes.
Cette approche permet de mettre en lumière les mécanismes collectifs qui entourent une figure artistique et la manière dont l’entourage peut parfois parler à la place de celui qui souffre.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Les auteurs choisissent un ton oscillant entre comédie légère et réflexion existentielle. Certaines situations, proches du vaudeville, apportent de la légèreté à un sujet pourtant sérieux. Les allées et venues des différents protagonistes, les tentatives maladroites pour résoudre la crise ou encore les réactions excessives de certains personnages créent des moments d’humour qui empêchent le récit de sombrer dans le pathos.
Si cette tonalité rend la lecture agréable et accessible, elle peut aussi donner l’impression que certaines problématiques auraient mérité davantage de profondeur. Les questionnements liés au burn-out artistique, à la perte de sens ou à la construction identitaire sont parfois effleurés là où l’on aurait aimé une exploration plus poussée. Néanmoins, cette retenue participe également à la délicatesse de l’ensemble et évite tout discours démonstratif.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Un graphisme chaleureux au service de la musique
Au dessin, Céline Theraulaz propose un style immédiatement accessible. Son trait souple et expressif privilégie la lisibilité et l’émotion plutôt que la recherche du réalisme. Les personnages sont rapidement identifiables et leurs attitudes traduisent efficacement la nervosité, le doute ou la bienveillance qui traversent le récit.
La colorisation participe grandement à l’identité de l’album. Les teintes chaudes dominées par les rouges, les orangés et les nuances rosées enveloppent les planches d’une atmosphère douce et rassurante. Ce choix chromatique contraste subtilement avec les tensions qui agitent les personnages et contribue à maintenir un sentiment de chaleur humaine tout au long de la lecture.
L’un des aspects les plus réussis du travail graphique concerne la représentation de la musique. Bien que médium silencieux par nature, la bande dessinée parvient ici à suggérer la présence sonore grâce à des compositions fluides, des envolées de notes et des séquences presque contemplatives. Certaines planches donnent véritablement l’impression que la musique déborde des cases et accompagne le lecteur.
Les décors restent relativement épurés, mais cette sobriété s’accorde avec la dimension théâtrale du récit. Le Braxon devient un décor unique dont chaque espace participe à l’atmosphère du huis clos. Cette simplicité visuelle permet surtout de concentrer l’attention sur les personnages et leurs interactions.

© Cazenove - Mullié - Theraulaz - Grand Angle 2026
Au temps pour elle est une bande dessinée sensible et lumineuse qui aborde avec finesse le besoin de ralentir, d'écouter ses limites et de retrouver sa propre voix. Sous l'apparence d'une comédie douce-amère, l'album interroge le rapport à la réussite, à la création et au bonheur. Si certains aspects psychologiques auraient gagné à être davantage développés, la sincérité du propos, l'originalité du dispositif narratif et la chaleur du dessin en font une lecture touchante.
Une œuvre qui rappelle que parfois, le silence n'est pas une panne, mais le premier pas vers une nouvelle mélodie.
Thierry Ligot
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Titre : Au temps pour elle
Scénario : Christophe Cazenove & Stéphanie Mullié
Dessin & couleurs : Céline Theraulaz
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Genre : tranche de vie
Thèmes : épuisement mental, surmenage, burn out, quête de soi, musique
Public : tout public
Parution : 1/7/2026
Format : 22,1 x 29,9 x 1,3 cm
Page : 80
ISBN : 979 1 0411 1222 7
Prix : 18,9 €
" La prophétie va se réaliser, je le sens.
- Temps des haches, temps des épées ... Temps des tempêtes ... Temps des loups ... Le dernier âge va bientôt s'achever. Alors le monde disparaîtra ... dans le flot des flammes. Ce sera le Ragnarök."
Je suis la dernière elfe nous entraîne dans une France contemporaine au bord de la rupture. Lif, ultime représentante du peuple des elfes, erre depuis 1534 ans dans un monde qu’elle ne reconnaît plus. Dealeuse, fournissant du pain elfique, le lembas, à ses clients, elle est néanmoins fatiguée par son immortalité, hantée par les disparitions successives de ceux qu’elle a aimés. Elle ne nourrit plus qu’un seul espoir : quitter définitivement cette Terre qu’elle juge condamnée.
"Je devrais m'en foutre. Votre destin n'est pas le mien. D'ailleurs, on appelle mon peuple "Les Alfes sans destin"."
Secondée dans son trafic par sa voisine, Wafa, cette dernière est à la fois sa couverture et l'intermédiaire entre elle et ses clients.
Pourtant, le destin la place pourtant sur la route de Tyr, une épée légendaire liée aux mythes nordiques et convoitée par un mouvement d’extrême droite, dirigé par Hansburger, persuadé de pouvoir s’approprier des forces anciennes. Grâce à elle, il espère gagner les prochaines élection présidentielle ... Comme un air d'actualité ...

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Entre son désir de fuite et la menace d’un cataclysme annoncé, Lif doit choisir : sauver sa propre âme ou tenter de préserver une humanité qu’elle a depuis longtemps cessé de comprendre.
" Bientôt le soleil et la lune seront dévorés par les loups. Mais je m'en fous ... parce que je serai déjà loin d'ici."

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
La grande réussite de l’album réside dans sa capacité à mêler fantasy, thriller politique et chronique sociale. Derrière les elfes, les dieux nordiques et les prophéties apocalyptiques, le récit parle surtout de notre époque : crise écologique, désenchantement collectif, montée des radicalités politiques et sentiment d'impuissance face à l'effondrement du monde. Cette lecture à plusieurs niveaux donne une véritable épaisseur à l'ouvrage.
Lif constitue également l’un des principaux atouts du livre. Son regard blasé sur les humains, son humour désabusé et sa profonde solitude en font une héroïne attachante et complexe. Contrairement aux figures héroïques classiques de la fantasy, elle n’aspire pas à accomplir une destinée exceptionnelle. Elle cherche simplement à mettre fin à une existence devenue trop lourde à porter.
"Qui es-tu, inconnue de moi ? Toi qui as suscité mon périlleux voyage. Il est imprudent de venir frapper à ma porte ...

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Un scénario ambitieux entre mythe et critique sociale
Martin Quenehen construit un récit particulièrement audacieux en confrontant les légendes nordiques à des préoccupations très actuelles. Le Ragnarök n’apparaît plus comme une menace lointaine relevant uniquement du folklore scandinave ; il devient une métaphore du dérèglement général qui traverse la société moderne.
L’intrigue avance à un rythme soutenu, alternant scènes d’action, révélations mythologiques et confrontation politique. La quête de l’épée Tyr sert de colonne vertébrale à une histoire qui ne cesse d’hésiter entre le conte fantastique et la fable contemporaine. Cette hybridation constitue à la fois sa force et sa principale limite.

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Lorsque le récit se concentre sur l’univers mythologique, il déploie toute sa puissance évocatrice. Les références aux croyances nordiques enrichissent l’histoire et donnent à l’ensemble une dimension épique particulièrement séduisante.
En revanche, la multiplication des thèmes abordés peut parfois donner une impression de dispersion. Certaines idées auraient mérité davantage de développement tandis que certaines transitions paraissent abruptes, notamment dans la dernière partie.
Malgré ces quelques flottements, le scénario conserve une réelle cohérence émotionnelle grâce à son personnage principal.
Au fond, l’histoire ne parle pas seulement de la fin du monde, mais de la possibilité de retrouver un sens à l’existence quand tout semble perdu.

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
Un graphisme puissant et résolument punk
Le travail graphique de Marion Mousse constitue sans doute l’élément le plus immédiatement marquant de l’album. Son dessin adopte une esthétique rugueuse, nerveuse et profondément expressive qui correspond parfaitement au climat de désolation du récit.
Les planches reposent sur de forts contrastes lumineux. Les ombres envahissent fréquemment l’espace tandis que des couleurs vives surgissent brutalement pour souligner la violence, la colère ou le surnaturel. Cette approche crée une atmosphère inquiétante et parfois oppressante qui accompagne idéalement la trajectoire de Lif.
On retrouve dans certaines compositions une influence évidente du comics fantastique américain, notamment dans le traitement des masses noires et des créatures mythologiques. Toutefois, Marion Mousse conserve une personnalité graphique propre, plus brute, presque punk dans son énergie et dans son refus du réalisme académique.
Cette stylisation extrême peut parfois nuire à la lisibilité de certaines scènes d’action, mais elle participe aussi à l’identité visuelle singulière de l’ouvrage. L’artiste privilégie l’impact émotionnel et l’ambiance à la précision documentaire, un choix qui renforce le caractère crépusculaire du récit.

© Quenehen - Mousse - Casterman 2026
En conséquent, Je suis la dernière elfe est une bande dessinée ambitieuse qui ose mélanger fantasy nordique, critique sociale et réflexion existentielle. Si son scénario se montre parfois trop chargé pour pleinement exploiter toutes ses idées, il est porté par une héroïne mémorable et par un univers riche en symboles. Le travail graphique de Marion Mousse imprime durablement la rétine grâce à son énergie sombre et rebelle.
Un album original, engagé et mélancolique, qui raconte autant la fin d'un monde imaginaire que les inquiétudes bien réelles du nôtre.
Thierry Ligot
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Titre : Je suis la dernière elfe
Scénario : Martin Quenehen
Dessin & couleurs : Marion Mousse
Éditeur : Casterman
Genre : fantastique, héroïc fantasy moderne, roman graphique,
Thèmes : elfe, mythe nordique, politique contemporaine et fin du monde, solitude et immortalité, égoïsme, sacrifice, rédemption, identité,
Public : ado - adulte
Parution : 13 mai 2026
Format : 19 x 26,8 cm
Page : 190
ISBN : 978 2 2032 5148 9
Prix : 25 €
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