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" - Vous allez pas mourir, hein ? Le Guerillero c'est vous, non ? Vous êtes ...
- Je suis ... ce qu'ils ont fait de moi.
Fornellis de la Selva, quelques kilomètres au sud de Gérone, le 5 janvier 1960, 5h45.
Les compagnons ... et les salauds.
Les premiers, qui voulaient suivre une légende ...
Et les autres, qui cherchaient un monstre à abattre ...
Ils ne m'ont pas laissé le choix.
Et moi ? Puisque la vérité se trouve toujours entre deux mensonges ... Quel choix leur ai-je laissé ? Après tout ..."
Llibertat, jusqu'au dernier retrace le destin des frères catalans Pep et Quico Sabaté, figures emblématiques de la résistance anarchiste au franquisme.
Issus d'un milieu ouvrier profondément marqué par les idéaux libertaires, ils s'engagent très tôt dans le combat contre les injustices sociales et le fascisme.
" - C'est quoi cette histoire, Quico ? On ne parle que de ça dans la rue !
- Quoi ?
- Les 2 gars à qui t'as refait la devanture ...
- Eh ben ?
- C'est des putains de Carlistes ! Des gars des syndicats patronaux !
- Et ça change quoi ?
- Ça change que j'avais pas remarqué que t'avais l'âge que je te parle de la CNT ..."
CNT ... La Confédération Nationale du Travail, fondée en 1910 à Barcelone, elle deviendra rapidement la plus importante formation syndicale espagnole !

© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
Pep et Quico gagnent rapidement leurs galons par leurs actions, les braquages de banques afin de financer la CNT, les ouvriers grévistes, les familles dans le besoin, ...
En 1932, ils fondent Los Novatos, affiliés à la FAI (Fédération Anarchique Ibérique, fondée en 1927). Avec leurs compagnons, ils ne rêvent que d'en découdre avec le pouvoir républicain en place.
La lutte ne cessera plus ...
" Désormais la situation en Espagne est claire : soit le Front Populaire emporte les élections et la droite se soulèvera, soit c'est la droite qui gagne ... et c'est nous qui nous soulèverons. Dans tous les cas, camarades, voilà mon mot d'ordre : allez déposer votre bulletin dans l'urne, et rentrez chez vous charger votre arme ..."
Après la victoire de Franco en 1939 et l'effondrement du camp républicain, les deux hommes refusent l'exil résigné ou la soumission.
Entre guérilla urbaine, passages clandestins des Pyrénées, actions armées et soutien aux réseaux de résistance, ils poursuivent un combat qui semble perdu d'avance.

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Tandis que leurs camarades tombent les uns après les autres, les frères Sabaté continuent de défier le régime franquiste, malgré l'isolement croissant de leur cause et la traque incessante de la Guardia Civil, secondée, efficacement, par le Bureau de la Brigade Politique et Sociale, la BPS, chargée de chasser et d'éliminer tous les anarchistes, notamment ceux refugiés en France !
" A partir de maintenant (1er avril 1945), la BPS centralise toutes les infos sur les anarchistes et coopère totalement avec la police française. ne vous fixez que ce seul but : traquer ce gibier comme il le mérite, et ne pas hésiter à appliquer la ley de fugas. Ils viennent s'emparer de l'or de nos banques, on va leur offrir du plomb ! Messieurs, faites-leur mal !"
Néanmoins, à aucun moment, ces derniers ne cessent de poursuivre leur lutte et à frapper durement.
" Dans une lutte entre deux adversaires, le plus puissant apprécie rarement que le plus faible rende coup pour coup."
À travers leur parcours, l'album couvre près de quarante années d'histoire, depuis la montée des mouvements ouvriers catalans jusqu'aux dernières heures du maquis anarchiste espagnol.

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Un scénario puissant au service de la mémoire
Le principal mérite de Llibertat réside dans sa capacité à transformer une page méconnue de l'histoire européenne en un récit captivant, épique par moment et profondément humain.
Les auteurs ne se contentent pas de raconter les exploits de Quico et Pep Sabaté ; ils replacent leur engagement dans un contexte politique complexe où se croisent guerre civile, exil, Résistance française, rivalités idéologiques et répression d'État.
" - Mais dans l'enfer de Barcelone, notre violence était la seule forme possible d'opposition. C'est ce qui la rendait légitime. Et c'est ce qui rendait légitime ce qu'on allait faire ..."
Le scénario met en lumière des thèmes universels : la fidélité à ses convictions, le prix de la liberté, le sacrifice, mais aussi la solitude du combattant lorsque l'Histoire semble avoir tourné la page. La question centrale qui traverse l'album est simple : jusqu'où peut-on aller pour défendre un idéal lorsque toute victoire paraît impossible ?
L'œuvre évite en grande partie l'hagiographie, même si la figure d'El Quico prend parfois une dimension presque mythique. Cette héroïsation reste toutefois cohérente avec la légende qui entoure encore aujourd'hui ce résistant devenu symbole de l'opposition au franquisme.
On apprécie également le travail de documentation qui nourrit constamment le récit. Au-delà des scènes d'action, l'album rappelle le rôle souvent oublié des anarchistes espagnols dans la lutte contre le fascisme, aussi bien en Espagne qu'en France. Cette dimension mémorielle donne à la lecture une résonance particulière et invite à réfléchir sur les mécanismes de l'oubli historique.
Enfin, pour replacer plus précisément le récit dans son contexte historique, l'album se clôt sur un dossier de quatre pages. Une frise chronologique y retrace les principaux faits et événements qui ont marqué la lutte antifranquiste entre 1910 et 2022. Plusieurs articles viennent également approfondir certains personnages, mouvements ou épisodes marquants, en apportant des éclairages synthétiques et pertinents.

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Un travail graphique immersif et expressif
Graphiquement, Llibertat séduit par son atmosphère sombre et intense. Yannick Orveillon privilégie un dessin énergique, aux traits affirmés, qui restitue efficacement la brutalité d'une époque dominée par la guerre, la clandestinité et la peur.
Les personnages possèdent une forte présence visuelle grâce à des visages expressifs et facilement identifiables. Les scènes d'action sont particulièrement réussies : fusillades, poursuites, passages en montagne ou opérations clandestines bénéficient d'un découpage fluide qui maintient constamment la tension.
La mise en couleurs de Robin Millet joue un rôle essentiel dans l'ambiance générale. Les teintes chaudes, terreuses et souvent assombries participent à la sensation d'étouffement et de danger permanent. Elles renforcent également le caractère tragique du récit.
Les nombreuses pleines pages et certaines compositions spectaculaires donnent une dimension épique à l'ensemble sans nuire à la crédibilité historique. Enfin, le dossier documentaire et la chronologie proposés en fin d'ouvrage complètent utilement la lecture en offrant des repères historiques précieux.
© Orveillon - Kerros - Millet - Marabulles 2026
À la fois fresque historique, récit de résistance et hommage à des combattants oubliés, Llibertat, jusqu'au dernier impressionne par son ambition et sa force narrative. Malgré quelques passages très denses en informations, l'album réussit à transmettre avec émotion la détermination de celles et ceux qui refusèrent de renoncer face à la dictature.
Une bande dessinée engagée, instructive et profondément humaine, qui rappelle que certaines défaites peuvent devenir des symboles durables de courage et de liberté.
" Il faut croire au jour ...
Chaque soleil qui se lève ...
C'est un peu de nuit qui crève ..."
Thierry Ligot
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Titre : Llibertat
Scénario : Yannick Orveillon
Dessin : Hervé Kerros
Couleurs : Robin Millet
Éditeur : Marabout
Collection : Marabulles
Genre : docu-fiction, histoire, biopic, roman graphique
Thèmes : Espagne, Barcelone, révolution, Franco, anarchistes, guerilla urbaine
Parution : 7 janvier 2026
Format : 22,4 x 29,4 cm
Page : 224
ISBN : 978 2 501 1830 1
Prix : 26,99 €
" - La ville est à nous, Ô Grand Roi. Le roi des Jébuséens est en fuite, doit-on le poursuivre ?
- Laissez-le, il faut d'abord éteindre les incendies. Suivez-moi, je ne veux pas de pillages. Que les combats cessent partout, c'est un ordre.
Que le sang cesse de couler. La ville est à nous !! C'est un ordre de votre roi.
Je ferai de cette ville ma capitale, j'y construirai des palais qui émerveilleront le monde."
Ainsi David prend possession de Jébus, la citadelle de Sion ... Petite place forte isolée de toute route commerciale et perdue dans les montagnes de Judée !
Soucieux d'instaurer la paix avec ses habitants, il sauve un potier et son épouse d'une agression faite par ses propres soldats. En remerciement, le potier lui offre une superbe coupe !
" - Tu n'as rien à craindre ... Cette ville sera ma ville. Je ne veux pas qu'on la souille du sang de ses habitants.
- Ô Grand Roi, attends ... Prends ce présent, comme gage de notre concorde."
Convaincu d'œuvrer dans le dessein de Yhwh, il fait transporter l'Arche d'Alliance contenant les Tablettes de la Loi dans sa nouvelle capitale, renommée désormais Jérusalem !
" - Ainsi, l'ancienne prophétie s'accomplit, les Hébreux ont enfin trouvé un refuge et une terre donnée par Yhwh."
Le récit s’ouvre sur la conquête de Jébus par le roi David. Située autour de la source de Gihon et protégée par ses fortifications, cette petite ville ne semble alors promise à aucun destin exceptionnel. Pourtant, David en fait la capitale de son royaume et y installe l’Arche d’Alliance, donnant ainsi à la cité une dimension sacrée. L’album suit ensuite les soubresauts de son règne : ses victoires militaires, sa relation tragique avec Bethsabée, les conflits familiaux qui déchirent sa descendance, la révolte d’Absalon ou encore les fléaux qui frappent la ville. Après sa mort, Salomon accède au trône et concrétise le rêve de son père en érigeant le premier Temple, symbole de la puissance grandissante de Jérusalem.

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Avec Salem, premier volet de la trilogie consacrée à l’histoire de Jérusalem dans la collection Histoire & Histoires de Delcourt, Jean-Pierre Pécau et Alexandre Jubran s’attaquent à un sujet aussi fascinant qu’ambitieux : raconter les origines de l’une des villes les plus emblématiques de l’humanité.
Ce premier volume retrace la transformation de la modeste cité de Jébus en Jérusalem, future ville sainte des trois grandes religions monothéistes. À travers le règne de David puis celui de Salomon, l’album explore la naissance d’un mythe politique, religieux et culturel dont l'influence traverse les millénaires.
L’un des principaux intérêts de l’ouvrage réside dans sa capacité à mettre en lumière les fondements mythiques et politiques de Jérusalem. La ville apparaît comme le produit d’une alliance complexe entre pouvoir temporel et légitimité divine. Les auteurs montrent comment la foi, les ambitions royales, les guerres, les trahisons et les luttes de succession participent à la construction de son identité. En filigrane, l’album interroge aussi la notion de destinée historique : comment une simple bourgade isolée a-t-elle pu devenir l’un des centres spirituels et géopolitiques les plus importants du monde ?

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Le scénario de Jean-Pierre Pécau témoigne d’une documentation importante et d’une réelle maîtrise du contexte historique et biblique. L’auteur privilégie une approche chronologique qui permet de suivre l’évolution de Jérusalem sur plusieurs générations. Cette volonté pédagogique offre une vision globale des événements fondateurs de la cité et permet de mesurer la portée symbolique de chacun d’eux.
Toutefois, cette ambition a également ses limites. La densité des faits relatés, la multiplication des personnages et les fréquentes ellipses temporelles peuvent parfois rendre la lecture exigeante. Plusieurs épisodes majeurs sont évoqués rapidement, au détriment de l’émotion ou de l’approfondissement psychologique. Cela nous donne parfois davantage l’impression de parcourir une grande fresque historique que de suivre un véritable récit centré sur des destins individuels.
Ce choix narratif n’en demeure pas moins cohérent avec le projet de la série. Plus que les personnages eux-mêmes, c’est la ville qui constitue le véritable protagoniste de l’histoire. David, Salomon et leurs héritiers apparaissent avant tout comme des acteurs de la construction progressive de Jérusalem.
Cette perspective originale donne à l’album une dimension presque documentaire qui séduira les amateurs d’histoire antique et de récits fondateurs.

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Graphiquement, Alexandre Jubran réalise un travail particulièrement convaincant. Son dessin réaliste s’appuie clairement sur une solide recherche documentaire et archéologique. Les reconstitutions de la cité, des fortifications, des palais ou du Temple de Salomon impressionnent par leur précision et leur crédibilité. Les nombreuses vues d’ensemble permettent d’observer l’évolution urbaine de Jérusalem et renforcent la dimension épique du récit.
Les décors constituent sans doute la plus grande réussite de l’album. Qu’il s’agisse des paysages arides de Judée, des murailles de la cité ou des scènes de construction monumentales, chaque planche participe à l’immersion du lecteur dans une époque lointaine.
La mise en scène est efficace et privilégie la lisibilité malgré l’ampleur du sujet. Les personnages sont expressifs et élégamment dessinés, même si leur ressemblance physique occasionnelle peut parfois compliquer l’identification des nombreux protagonistes.

© Pécau - Jubran - Denoulet - Delcourt 2025
Au final, Jérusalem, tome 1 : Salem constitue une introduction ambitieuse et instructive aux origines de la ville trois fois sainte. Si son approche très chronologique peut parfois manquer de souffle romanesque et rendre la lecture dense, la richesse de sa documentation et la qualité remarquable de son illustration en font une œuvre passionnante.
Porté par le sérieux historique de Jean-Pierre Pécau et le trait précis d’Alexandre Jubran, cet album offre une plongée captivante dans les premiers siècles d’existence d’une cité dont l’histoire continue encore aujourd’hui de façonner le monde.
Espérons que les tomes suivants soient de la même veine.
Thierry Ligot
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Série : Jérusalem
Tome : 1 - Salem
Scénario : Jean-Pierre Pécau
Dessin : Alexandre Jubran
Couleurs : Bertrand Denoulet
Éditeur : Delcourt
Collection : Histoire & histoires
Genre : Histoire, Mythe
Thèmes : Antiquité, foi, religion, pouvoir royal et succession, fondation de Jérusalem
Parution : 22 octobre 2025
Format : 23,3 x 32,2 cm
Page : 64
ISBN : 978 2 41304 287 7
Prix : 17,95 €
Dans un futur lointain, au sein d’une colonie spatiale isolée, Coppelia est un robot expérimental créé par le scientifique Coppelius.
" Qui je suis ? Un robot ... plus exactement une gynoïde. Je ne sais depuis combien de temps je suis là ... On m'a dit d'attendre et j'attends ... Mais attendre quoi ? Je ne sais pourquoi je suis ici ... Je suis là, c'est tout ..."
Conçue à l’origine pour remplir une fonction précise, elle développe pourtant une conscience propre dès son activation. Capable de ressentir des émotions, des désirs et des questionnements, elle s’affranchit progressivement de sa programmation et entreprend un voyage à travers l’espace à la recherche de son créateur, mais aussi de sa propre identité.
Au fil de ses rencontres avec des humains, des mutants et diverses espèces extraterrestres, Coppelia découvre un univers complexe où les frontières entre l’artificiel et le vivant, entre la création et le créateur, deviennent de plus en plus floues.
" - Tu aurais dû être produite en masse ... mais tandis que tu prenais forme ... Coppelius t'a modifiée pour que tu sauves l'humanité ... Coppelia, créatrice d'humains ..."
Cette quête initiatique l’amène à s’interroger sur sa nature profonde et sur ce qui définit véritablement l’humanité.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
Sous ses apparences de récit de science-fiction pour adultes, Coppelia aborde plusieurs thématiques classiques du genre. La plus évidente est celle de la création qui échappe à son créateur. À l’image de nombreuses œuvres de science-fiction, l'album questionne les limites de la science et les conséquences imprévues de l’émergence d’une conscience artificielle.
Le principal intérêt du scénario réside dans le parcours identitaire de son héroïne. Coppelia cherche à comprendre qui elle est, pourquoi elle a été créée et quelle place elle peut occuper dans un monde qui la considère avant tout comme un objet. Les questions autour du libre arbitre, de la conscience et de l'humanité sont donc au cœur du récit.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
Cependant, l’album ne convainc pas toujours sur le plan narratif. L’intrigue reste relativement simple et que certains éléments de l’univers auraient mérité un développement plus approfondi.
Les motivations des personnages secondaires, les relations entre Coppelia et Coppelius ou encore certains aspects du contexte politique et social demeurent parfois superficiels.
Le récit privilégie davantage l’atmosphère et l’exploration de son héroïne que la construction d’un scénario riche et complexe.
Malgré ces limites, l’album parvient à proposer une aventure originale et dépaysante, qui évoque par moments l’imaginaire de la science-fiction populaire des années 1970 et 1980. On y retrouve un goût prononcé pour l’exotisme spatial, les créatures étranges et les mondes mystérieux.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
C’est incontestablement sur le plan visuel que Coppelia impressionne le plus. Livio Labuz livre un travail remarquable en noir et blanc, avec un encrage précis et des contrastes très marqués qui donnent une forte personnalité à l’ensemble.
Son style évoque plusieurs grands noms de la bande dessinée italienne, notamment Magnus ou Baldazzini. Le trait est épais, élégant et extrêmement lisible. Les personnages bénéficient d’un soin particulier, tandis que les jeux d’ombres et de lumière renforcent l’atmosphère rétro-futuriste de l’album.
Le choix du noir et blanc légèrement ombré n’a rien d’anodin. Il permet à l’auteur d’aller à l’essentiel et accentue le côté intemporel du récit. Cette esthétique rend hommage aux pulps et aux bandes dessinées de genre des années 1970-1980 tout en conservant une identité moderne. Certaines planches frappent par leur efficacité graphique et leur composition soignée.
On pourra toutefois regretter que les décors et les arrière-plans soient parfois moins développés que les personnages, ce qui donne parfois une impression de dépouillement. Mais cette approche contribue aussi à centrer l’attention sur le parcours de Coppelia et sur la dimension symbolique de son voyage.

© Livio Labuz - Tabou BD 2026
Coppelia est une bande dessinée de science-fiction qui séduit avant tout par son esthétique élégante et son superbe noir et blanc ombré. Si son scénario reste relativement simple et parfois superficiel dans le développement de ses idées, il propose néanmoins une réflexion intéressante sur l’identité, la conscience artificielle et la relation entre créateur et création.
Un album dont la principale force réside dans la qualité graphique exceptionnelle de Livio Labuz et dans son hommage assumé à la science-fiction classique.
Thierry Ligot
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Titre : Coppelia
Scénario & dessin : Livio Labuz
Couleur : Noir & blanc
Éditeur : Tabou BD
Genre : érotique, S.-F. rétro
Public : averti
Parution : 18 juin 2026
Format : 23,5 x 32,3 cm
Page : 48
ISBN : 978 2 35954 249 3
Prix : 17 €
Un héros ordinaire confronté à des choix difficiles, voilà ce qui attend Brèche-dent, un jeune korrigan modeste travaillant à la plonge dans les cuisines des ogres.
" - Reste qu'à leurs yeux, je ne suis qu'un 'chabin', un 'mulâtre', une 'chimère' ... au gré des surnoms qu'on m'a attribués toute mon enfance.
Le rejeton d'une korrigane délurée ... et d'un père aux origines pas très déterminées ... Un enfant de nulle part, en somme."
Là où son amie Trois-fois-morte brille par son talent exceptionnel, lui peine à trouver sa place et nourrit le rêve d'un avenir meilleur.
" - Et comme souvent par le passé, j'ai l'affreuse impression de n'être qu'un simple figurant ..."
Lorsqu'une opportunité semble enfin s'offrir à lui au sein de la prestigieuse brigade Tout-Sucre, il croit voir son destin changer.
" Je ne savais pas encore que j'allais vivre là l'un des moments les plus incroyables de ma vie ... aussitôt suivi de l'un des pires."
Mais cette promotion cache une exigence inacceptable : trahir son amie en dérobant l'une de ses précieuses recettes. Face à ce dilemme moral, Brèche-dent choisit la fidélité plutôt que l'ambition.
" - Tu t'essaieras à chacun de ces métiers, pour trouver ta voie.
- Miam. Gloups ... avec joie !
- Mais avant cela, tu vas voler une de ses recettes à Trois-fois-morte."
Cette décision le contraint à fuir et l'entraîne dans un long voyage ponctué de rencontres improbables, d'épreuves et de découvertes.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Une quête initiatique tendre et foisonnante
Avec Une vie de vaurien, Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andréae poursuivent l'exploration du fascinant univers de La Cuisine des Ogres. Une quête initiatique tendre et foisonnante à la fois ...
Plutôt que de revenir au premier plan sur Trois-fois-morte, les auteurs choisissent de mettre en lumière Brèche-dent, un personnage secondaire du premier tome qui gagne ici une profondeur inattendue.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Un récit sur la recherche de sa place
L'album développe avec sensibilité des thèmes universels. À travers les mésaventures de son héros, il questionne la valeur du talent, le poids des ambitions personnelles et la difficulté de trouver sa voie lorsque l'on ne possède aucun don apparent.
Brèche-dent est un personnage attachant précisément parce qu'il n'est ni exceptionnel ni héroïque au sens classique du terme. Sa gentillesse, sa loyauté et sa persévérance deviennent ses véritables forces. En suivant son parcours, le lecteur est amené à réfléchir à ce qu'il est prêt à sacrifier pour réussir et à la manière dont chacun peut construire sa propre définition du bonheur.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Un univers toujours aussi enchanteur
L'un des grands plaisirs de cette série demeure son univers foisonnant. Les auteurs enrichissent encore leur bestiaire fantastique et multiplient les décors étonnants, les créatures singulières et les situations inattendues. Chaque étape du voyage apporte son lot de surprises et contribue à donner une véritable ampleur au monde imaginé.
L'atmosphère de conte demeure omniprésente, mêlant merveille, humour, mélancolie et aventure. Les nombreuses références aux récits merveilleux nourrissent l'ensemble sans jamais alourdir la lecture.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Une réussite graphique remarquable
Jean-Baptiste Andréae livre une nouvelle fois une prestation impressionnante. Son trait expressif, la richesse des couleurs et le soin apporté aux ambiances confèrent à chaque planche une identité forte.
Les jeux de lumière, le design des personnages et la densité visuelle des décors invitent régulièrement à ralentir la lecture pour mieux savourer les détails.
Cette dimension graphique participe pleinement à la magie de l'œuvre et confirme le statut exceptionnel de l'artiste dans le paysage de la bande dessinée contemporaine.

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Un tome légèrement différent du premier
Si le premier volume apparaissait comme plus sombre et plus marquant émotionnellement, ce second opus choisit une approche différente.
Plus lumineux, plus accessible et davantage tourné vers le voyage initiatique, il privilégie la bienveillance et l'évolution personnelle de son héros.
L'intrigue peut parfois sembler plus linéaire, mais elle conserve suffisamment d'inventivité et de profondeur pour captiver jusqu'à son dénouement, particulièrement réussi et riche en résonances émotionnelles.
Bref, Une vie de vaurien confirme toute la qualité de La Cuisine des Ogres. Sans reproduire les qualités exactes du premier tome, il enrichit l'univers de la série en proposant un récit plus contemplatif et plus humain. Porté par un héros profondément attachant et par un travail graphique somptueux, cet album offre une aventure généreuse qui séduira aussi bien les jeunes lecteurs que les amateurs de contes modernes et de fantasy poétique.
Un deuxième tome magnifique, touchant et visuellement éblouissant, qui démontre que l'univers de La Cuisine des Ogres a encore beaucoup de merveilles à offrir.
Thierry Ligot
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Série : La Cuisine des Ogres
Tome : 2 - Une Vie de Vaurien
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessin & couleurs : Jean-Baptiste Andreae
Éditeur : Rue de Sèvres
Genre : fantastique
Thèmes : amitié, fidélité, quête de soi, entraides, exil, voyage initiatique, loyauté
Public : à partir de 12 ans
Parution : 8 avril 2026
Format : 24,1 x 32 cm
Page : 80
ISBN : 978 2 8102 0817 3
Prix : 20 €
"25 août 1819, ouverture du Salon, Le Louvre, Paris.
- Avant tout, j'aimerais dédier cette soirée à Blanche, la seule femme à avoir embarqué sur le radeau ... Quand j'y repense, je me demande comment elle a fait pour supporter toutes ces horreurs !"
Le Radeau de la Méduse, monument de la peinture romantique française, ce chef-d'œuvre de Théodore Géricault trône au Louvre et fait partie de ces images qui ont traversé les siècles. Pourtant, derrière cette toile célèbre se cache une tragédie dont peu de personnes mesurent réellement l'ampleur.
C'est précisément cette histoire que Thierry Soufflard et Gilles Cazaux choisissent de raconter dans L’Oubliée du radeau de la Méduse, en portant leur regard sur une figure largement effacée des récits officiels : Blanche, l'unique femme présente parmi les naufragés du radeau.
L'album s'ouvre en 1819, lors de la présentation du tableau de Géricault au Salon du Louvre. Parmi les visiteurs se trouve Henri Savigny, chirurgien de la Méduse et survivant du drame. À travers son témoignage, le lecteur replonge trois ans plus tôt, lorsque la frégate française, en route vers le Sénégal, s'échoua sur le banc d'Arguin à la suite des erreurs de navigation de son capitaine, Duroy de Chaumareys.
Faute de places suffisantes dans les chaloupes, près de cent cinquante hommes furent entassés sur un radeau de fortune destiné à être remorqué vers la côte. Lorsque les embarcations coupèrent les amarres et abandonnèrent leurs compagnons à leur sort, commença l'une des plus terribles épreuves de survie de l'histoire maritime.
" - Que se passe-t-il Le radeau n'avance plus !!
- Regardez, les canots s'éloignent de nous !
- Les salauds ! Ils nous abandonnent !?
- Les amarres ont été sectionnées !!
- Mort au capitaine Chaumareys !
- Saloperies d'officiers !
- Nous nous vengerons à terre par les armes Chaumareys sur terre ou en enfer !"

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
La grande réussite du scénario réside dans sa capacité à transformer un fait historique connu en un huis clos oppressant. En quelques pages, l'immensité de l'océan devient une prison à ciel ouvert où chaque mètre carré est disputé.
La faim, la soif, les blessures et la peur font rapidement voler en éclats les conventions sociales. Les tensions entre officiers, soldats et marins dégénèrent, tandis que certains sombrent dans la folie ou la violence.
L'album montre avec force comment les circonstances extrêmes peuvent révéler le pire de l'être humain, sans jamais tomber dans la complaisance. Les épisodes les plus atroces, notamment ceux liés au cannibalisme, sont traités avec retenue, ce qui les rend paradoxalement encore plus saisissants.
" - Au fond de nous, nous le savions. Nous n'avions qu'un seul moyen de prolonger notre existence pour nous sauver ... Que les morts nourrissent les vivants."
Au cœur de cet enfer flotte la figure de Blanche. Historiquement mentionnée dans les témoignages des rescapés mais rarement mise en avant, elle devient ici le pivot du récit.
Les auteurs choisissent d'en faire une femme courageuse, compatissante et résolument déterminée à préserver ce qui subsiste d'humanité autour d'elle. Infirmière improvisée, réconfortant les blessés malgré l'hostilité dont elle est victime, elle apparaît comme une conscience morale face à la brutalité ambiante.
Certes, cette caractérisation relève en partie de la reconstruction romanesque et pourra sembler idéalisée à certains lecteurs. Mais elle apporte au récit une dimension symbolique forte, faisant de Blanche bien davantage qu'un simple personnage historique : elle incarne la résistance de la dignité humaine dans un univers où toute morale semble avoir disparu.

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
Au-delà du drame maritime, l'album développe une réflexion intéressante sur les rapports de pouvoir. La responsabilité du capitaine Chaumareys, dont l'incompétence et la lâcheté ont largement contribué à la catastrophe, est clairement dénoncée. Plus largement, les auteurs interrogent les comportements collectifs face à la crise et montrent comment la peur favorise la recherche de boucs émissaires.
" - Les gars ! Deux tempêtes, deux nuits de suite : quand je vous dis que cette poufiasse nous porte la poisse !!
- Jésus a raison, il faut s'en débarrasser, et vite.
- Après, nos malheurs ne seront qu'histoire ancienne."
Dans ce contexte, la condition de Blanche résonne de manière particulièrement actuelle : seule femme au milieu d'une communauté exclusivement masculine, elle cristallise les préjugés, les superstitions et le mépris dont les femmes étaient alors victimes.

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
Graphiquement, Gilles Cazaux nous offre un remarquable travail. Son trait nerveux et expressif traduit parfaitement la tension permanente qui règne sur le radeau. Les visages marqués par la fatigue, la faim ou la terreur racontent souvent autant que les dialogues. Malgré un décor naturellement limité à quelques planches de bois perdues au milieu de l'océan, l'artiste parvient à varier les cadrages et à maintenir une réelle dynamique visuelle. Le choix d'une palette de couleurs souvent sombre renforce encore l'impression d'étouffement et de désespoir qui imprègne le récit.
L'autre mérite de l'ouvrage est de replacer la catastrophe dans son prolongement artistique. Le lecteur découvre ainsi comment ce fait divers dramatique est devenu un symbole universel grâce au tableau de Géricault.
Cette mise en perspective enrichit considérablement la lecture et invite à regarder l'œuvre du Louvre d'un œil nouveau, non plus seulement comme un chef-d'œuvre pictural, mais comme le témoignage d'une tragédie humaine bien réelle.

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
L’Oubliée du radeau de la Méduse est donc bien plus qu'une simple bande dessinée historique. C'est un récit de survie intense, une réflexion sur la nature humaine et un hommage à celles et ceux que l'Histoire a tendance à reléguer dans l'ombre. Porté par une documentation solide, une narration efficace et un dessin habité, l'album réussit à faire revivre l'un des épisodes les plus sombres de la marine française tout en offrant une lecture captivante.
Une œuvre forte, bouleversante et intelligente, qui donne envie de redécouvrir le célèbre tableau de Géricault à la lumière de ceux qui ont réellement vécu l'enfer qu'il représente.
Le radeau de tous les naufragés, la femme de tous les courages !
Thierry Ligot
Titre : L'oubliée du radeau de la Méduse"
Scénario : Thierry Soufflard & Gilles Cazaux
Dessin : Gilles Cazaux
Couleurs : Gilles Cazaux, Alice Estève & Pablo Sanchez Can
Éditeur : Marabout
Collection : Marabulles
Genre : aventure, docu-fiction
Parution : 15 octobre 2025
Format : cm
Pages : 112
ISBN : 978 2 501 183 07 9
Prix : 22,95 €
Au large des côtes, près d'un phare balayé par les vents et les embruns, des chevaux ailés multiplient les attaques et les vols dangereux au-dessus d'une mer agitée. Les gardiens des lieux sont désemparés face à ces créatures qui semblent agir sans raison.
" - Une vieille dame du village m'a parlé d'une fille qui a déjà soigné des licornes ! Même qu'elle a un chat qui parle, il paraît ! Elle pourra nous dire ce qui arrive aux pégases ! J'y vais tout de suite !
- Ulysse ! Reviens ! C'est dangereux Et les chats ne parlent pas !!!"
Fidèle à sa réputation, Enola répond à leur appel et entreprend de découvrir ce qui pousse les pégases à adopter une attitude aussi inhabituelle.
Depuis plus de dix ans, Enola parcourt un monde peuplé de créatures légendaires pour leur venir en aide lorsque plus personne ne les comprend. Après avoir croisé gargouilles, licornes, krakens ou encore sirènes, la jeune vétérinaire se retrouve cette fois confrontée à une harde de pégases au comportement inquiétant. Une nouvelle mission qui confirme tout le charme et la pertinence de cette série jeunesse incontournable.

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026
Comme souvent chez Joris Chamblain, l'intrigue repose moins sur le danger que sur la compréhension de l'autre. L'auteur développe un récit qui invite à dépasser les apparences et à chercher les véritables causes d'un comportement jugé étrange ou menaçant. Derrière ce mystère se cache une histoire touchante qui aborde avec délicatesse l'écoute, la confiance et la bienveillance. Le scénario trouve ainsi un bel équilibre entre aventure, enquête et émotion, tout en restant parfaitement accessible aux jeunes lecteurs.

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026
L'un des points forts de cette série reste sa capacité à traiter des sujets universels sans jamais tomber dans le discours moralisateur. À travers le regard d'Enola, toujours attentive aux créatures qu'elle soigne, le récit encourage la curiosité et l'empathie. Les enfants sont invités à observer, réfléchir et comprendre avant de juger. Une démarche qui donne toute sa profondeur à cette histoire pourtant relativement courte.

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026
Visuellement, l'album est une nouvelle réussite. Lucile Thibaudier continue d'enrichir cet univers fantastique avec un dessin souple, expressif et particulièrement chaleureux. Son trait donne vie à des personnages attachants et à des créatures merveilleuses qui semblent sortir tout droit d'un conte. Les décors marins, le phare perdu au milieu des éléments et les envolées des pégases offrent plusieurs séquences particulièrement réussies.
La mise en couleurs d'Annalisa Ferrari participe également à la magie de l'ensemble. Les teintes lumineuses et les ambiances pastel renforcent l'aspect féerique du récit tout en mettant en valeur les paysages et les scènes aériennes. Chaque page dégage une douceur qui correspond parfaitement au ton de l'aventure.

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026
Avec Pégase, Joris Chamblain et Lucile Thibaudier démontrent une nouvelle fois leur maîtrise de la bande dessinée jeunesse. Drôle, tendre et merveilleusement illustré, cet album prolonge avec succès une série qui continue d'émerveiller ses lecteurs tout en transmettant de belles valeurs.
Une lecture idéale pour les jeunes amateurs de créatures fantastiques, mais aussi pour tous ceux qui apprécient les histoires empreintes de poésie et d'humanité.
Thierry Ligot
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Série : Enola & les animaux extraordinaires
Tome : 9 - Le Pégase
Scénario : Joris Chamblain
Dessin : Lucile Thibaudier
Couleurs : Annalisa Ferrari
Éditeur : Les Éditions de la Gouttière
Genre : fantastique
Thèmes : chevaux magiques, mystère, entraide, légende
Public : enfant à partir de 7 ans
Parution : 13 février 2026
Format : 21,8 x 28,9 cm
Page : 32
ISBN : 978 2 35796 143 2
Prix : 11,7 €
La fin du monde serait-elle arrivée ? L'effondrement d'un volcan suivi par le passage d'une gigantesque et terrifiante vague engloutit le monde. Les eaux montent inexorablement ! Sur une colline devenue un minuscule îlot, une famille tente de survivre ... Patrick et Madie et leurs neuf enfants voient néanmoins leur refuge condamné.
" - Ne sois pas butée, il est impossible de les prendre tous. On ne tiendra pas 3 jours. Il nous faut Liam et Matteo pour ramer, et on ne peut pas abandonner les petites. En ramant fort, cela nous prendra 12 jours pour rejoindre les Terres Hautes. Louie, Noé et Perrine dorment dans la même chambre. Ce serait plus simple de ne pas les réveiller en partant. Ils sont débrouillards, ils peuvent tenir jusqu'à notre retour.
- Tu crois que j'ai mis des enfants au monde pour que tu les tues ?"
C'est alors qu'une barque est découverte. Avec elle, il y aurait moyen de rejoindre des mystérieuses "terres hautes" où d'autres survivants se seraient réfugiés. Si elle est grande, elle ne peut néanmoins prendre toute la famille. Un choix crucial est à prendre ! 8 personnes peuvent embarquer ... 3 doivent rester ! Un dilemme insoutenable, cruel et déchirant pour des parents aimants !
Abandonner provisoirement Louie, Perrine et le petit Noé, avec la promesse de revenir les chercher.
À partir de cette séparation, le récit suit en parallèle les trois enfants livrés à eux-mêmes sur leur îlot et le reste de la famille affrontant les tempêtes, la faim et les dangers de l'océan.

© Monféry - Rue de Sèvres 2026
Du roman de Sandrine Collette à la bande dessinée de Dominique Monféry
Adapté du roman éponyme publié en 2018, Juste après la vague, ce dernier marque une parenthèse singulière dans l'œuvre de Sandrine Collette. Jusqu'à, présent, l'œuvre de l'autrice était essentiellement centrée sur des polars et thrillers particulièrement sombres. Or, elle s'aventure ici dans un récit postapocalyptique particulièrement humain.
Cependant, malgré le changement de registre, on retrouve ce qui fait sa force : une tension constante, des personnages confrontés à l'extrême et une réflexion implacable sur les instincts humains.
Pour son adaptation chez Rue de Sèvres, Dominique Monféry ne se contente pas d'illustrer fidèlement le roman. Il se l'approprie véritablement. Là où le livre mettait en scène une famille plus réduite, l'auteur choisit d'élargir considérablement la fratrie et de développer un récit à deux voix, entre ceux qui partent et ceux qui restent.
Cette liberté d'adaptation s'avère particulièrement pertinente. Elle renforce la dimension dramatique du récit tout en donnant davantage de place aux enfants, qui deviennent les véritables héros de l'histoire. Le résultat n'est pas une simple transposition, mais une œuvre qui fonctionne pleinement en tant que bande dessinée.
" - L'eau a encore monté. Pata pourrait ne pas reconnaître l'île et passer à côté de nous sans s'arrêter.
- Hein ?! On fait quoi alors ?
- Il faut guetter.
- Tu crois que Pata peut déjà revenir ? Ça ne fait que quatre jours. Je ne vois rien.
- C'est parce que tu es vraiment trop petit. On va construite u e tour de garde."

© Monféry - Rue de Sèvres 2026
Un scénario centré sur l'humain
L'une des grandes réussites de Dominique Monféry réside dans son approche scénaristique. Si le décor est celui d'une apocalypse climatique, le récit ne cherche jamais à multiplier les explications scientifiques ou les scènes spectaculaires. La catastrophe constitue avant tout un cadre permettant d'explorer les réactions humaines face à une situation impossible.
La question centrale est simple : comment choisir quels enfants sauver lorsque l'on ne peut pas sauver tout le monde ?
Ce dilemme moral irrigue l'ensemble de l'album. La culpabilité de la mère, le pragmatisme du père, l'incompréhension des enfants abandonnés ou encore la solidarité entre frères et sœurs construisent un drame familial d'une grande intensité.
" - Je me demande comment ils ont réagi en se réveillant et en découvrant la maison vide ... Ont-ils trouvé la lettre ?
- Arrête ça tout de suite, Madie. Coupe les tranches et coupe ta cervelle. Il n'y arien de bon là-dedans, après tu vas pleurer."
La narration alternée entre l'île et la barque maintient constamment la tension.
D'un côté, Louie, Perrine et Noé apprennent à survivre seuls.
De l'autre, leurs parents affrontent une traversée semée d'embûches.
Cette construction parallèle permet de varier les registres, alternant moments d'intimité, séquences d'aventure et scènes de pure angoisse.
Ce qui frappe également, c'est le regard porté sur l'enfance. Malgré la dureté des événements, Monféry conserve une forme de tendresse à travers les jeux, les rêves, les peurs et les espoirs des plus jeunes. Cette innocence confrontée à un monde brutal confère au récit une profonde émotion.
Si certains lecteurs pourront trouver certains aspects du scénario peu crédibles ou regretter une conclusion un peu rapide, l'ensemble demeure remarquablement efficace et ne laisse jamais retomber la tension.

© Monféry - Rue de Sèvres 2026
Un travail graphique d'une grande beauté
Visuellement, Juste après la vague est sans doute l'un des albums les plus impressionnants de Dominique Monféry.
Son dessin expressif parvient aussi bien à saisir les instants du quotidien que la puissance terrifiante des éléments déchaînés. Les personnages sont immédiatement attachants grâce à la justesse de leurs attitudes et de leurs regards. Louie, Perrine et Noé existent pleinement à travers leurs expressions, souvent plus éloquentes que les dialogues.
Mais c'est surtout la représentation de la mer qui impressionne. Omniprésente, elle devient presque un personnage à part entière. Tantôt calme et fascinante, tantôt monstrueuse et meurtrière, elle envahit chaque planche et rappelle constamment la fragilité des survivants.
Le travail à l'aquarelle constitue l'un des grands atouts de l'album. Les nuances de bleu, de gris et de vert créent une atmosphère à la fois poétique et inquiétante. Certaines planches consacrées aux tempêtes ou aux cauchemars de Louie atteignent une puissance visuelle remarquable et figurent parmi les plus belles séquences de l'ouvrage.
Les décors bénéficient également d'un soin particulier, qu'il s'agisse de l'îlot familial, des étendues océaniques ou des visions oniriques qui ponctuent le récit. Cette richesse graphique contribue largement à l'immersion et à la singularité de l'album.

© Monféry - Rue de Sèvres 2026
Avec Juste après la vague, Dominique Monféry signe une adaptation ambitieuse et profondément humaine du roman de Sandrine Collette. En privilégiant les émotions, les liens familiaux et le regard des enfants plutôt que le spectaculaire, il livre un récit de survie intense et touchant.
Portée par une narration efficace et un somptueux travail à l'aquarelle, cette bande dessinée réussit à concilier aventure postapocalyptique et drame familial. Malgré un final un peu abrupt et quelques libertés parfois discutables, l'album s'impose comme une œuvre forte, sensible et visuellement splendide, qui interroge avec justesse ce que signifie survivre lorsque l'on est confronté à des choix impossibles.
Thierry Ligot
Lien BA "Rue de Sèvres" : ici
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Titre : Juste après la vague
Scénario, dessin & couleurs : Dominique Monféry
D'après le roman éponyme de : Sandrine Collette
Éditeur : Rue de Sèvres
Genre : postapocalyptique
Thème : famille, solidarité, culpabilité parentale, peur, perte de l'innocence, résilience face à l'adversité
Parution : 21 janvier 2026
Format : 24,3 x 32 cm
Page : 152
ISBN : 978 2 8102 0973 6
Prix : 25 €
D'après le roman éponyme de Benoît Philippon, voici le 1er des 3 tomes prévus de son adaptation en BD par Nicolas Kéramidas.
" - Madame Gavignol, vous savez pourquoi vous êtes là ?
- Pour avoir tiré des coups de pétoire ?
- Plus exactement du tir de 22. Sur les forces de police et dans le fessier du voisin, notaire de surcroît ...
- T'es bien tatillon, j'fais pas autant dans l'détail."
Voilà une entrée en matière qui a de quoi agacer l'inspecteur André Ventura dès le début de l'interrogatoire de cette petite vieille de 102 ans. Il faut reconnaître qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche : Berthe Gavignol !
Placée en garde à vue, ce qui semblait n'être qu'un banal fait divers prend rapidement une toute autre dimension.
" - Madame Gavignol, je crois que vous n'avez pas bien saisi la situation. Vous êtes en garde à vue pour avoir tiré sur votre VOISIN ...
- C'est mon doigt qui a RIPé !"
Au fil de l'interrogatoire, Berthe revient sur son existence. Née en 1914, orpheline très jeune, élevée par une grand-mère aussi indépendante qu'excentrique, elle raconte les grandes étapes de sa vie, ses rencontres, ses désillusions et les violences auxquelles elle a dû faire face.

© Kéramidas - Casterman 2026
Chaque révélation soulève de nouvelles interrogations, d'autant plus que plusieurs cadavres semblent jalonner son passé. Entre aveux, souvenirs et règlements de comptes, le portrait de cette vieille dame se dessine peu à peu, à la fois attendrissant, drôle et inquiétant.
" - Reprenons le cours des événements, si vous le voulez bien. Vous venez d'héberger deux FUGITIFS suspectés de meurtre. Vous avez passé la matinée à CANARDER mes troupes. Vous avez tiré sur votre VOISIN, le blessant gravement par deux fois. Vous êtes en possession d'une ARME prohibée et vous m'avouez à présent que vous avez TUé un homme. Un NAZI, certes. Un VIOLEUR, j'entends. MAIS tout de même, avouez que la mule commence à être chargée !"
Une adaptation fidèle de l'univers de Benoît Philippon
Adaptation en bande dessinée du roman à succès de Benoît Philippon, il s'agit plus qu'une simple transposition, Nicolas Keramidas s'approprie pleinement le matériau d'origine. Il conserve l'esprit du livre, son humour mordant et son héroïne hors norme, tout en exploitant les possibilités propres au média graphique.
L'album est construit autour du face-à-face entre Berthe et l'inspecteur Ventura. Cette structure permet d'alterner constamment entre le présent de l'enquête et les souvenirs de la protagoniste, donnant au récit un rythme particulièrement dynamique. Nous découvrons ainsi progressivement les différentes facettes de Berthe, tout en partageant la stupéfaction croissante du policier.

© Kéramidas - Casterman 2026
Une œuvre féministe portée par un personnage inoubliable
L'une des grandes forces de Mamie Luger réside dans ses thématiques. Derrière l'humour omniprésent se cache un regard lucide sur la place des femmes au cours du siècle dernier. Berthe traverse une époque dominée par les conventions patriarcales, les inégalités et les violences sexistes. Pourtant, jamais elle n'accepte le rôle de victime auquel la société voudrait la cantonner.
Le personnage devient ainsi une figure de résistance. Son parcours est celui d'une femme qui refuse de subir et qui choisit d'agir, parfois de manière radicale. Sans jamais sombrer dans le discours démonstratif, l'album aborde des sujets graves tels que les agressions sexuelles, les rapports de domination ou l'émancipation féminine.
Mais l'ouvrage ne se réduit pas à son propos social. Il est aussi question de liberté individuelle, de vieillesse, de transmission et de mémoire. Berthe apparaît comme le témoin d'un siècle entier, avec ses luttes, ses drames et ses bouleversements.

© Kéramidas - Casterman 2026
Un équilibre remarquable entre humour et émotion
L'autre réussite majeure de l'album réside dans son ton. Nicolas Keramidas parvient à mêler des situations dramatiques à un humour constamment présent. Les dialogues prêtent régulièrement à sourire grâce au franc-parler de Berthe, dont les répliques cinglantes évoquent parfois le cinéma dialogué par Michel Audiard.
" - Vous fumez Berthe ?
- Non, ces saloperies-là, c'est un coup à choper le cancer.
- Et ça vous dérange ?
- Ça m'dérange pas, non ... Ça m'incommode."
Cette légèreté n'efface pourtant jamais la gravité des événements racontés. Au contraire, elle permet souvent de mieux faire ressortir les moments d'émotion ou de révolte. Le lecteur passe sans cesse du rire à la tendresse, puis à l'indignation, ce qui confère au récit une réelle richesse émotionnelle.
L'attachement que l'on développe pour Berthe constitue également un atout essentiel. Malgré les crimes qu'elle revendique parfois avec une désarmante franchise, elle demeure profondément humaine.
"- Vous avez un nazi enterré dans votre cave ?
- C'est bien, tu m'as écoutée.
- Que vous avez assassiné ... donc ...
- Ah non ! T'as raté la partie VIOL !"
Ses blessures, sa résilience et son indépendance finissent par susciter autant d'admiration que de sympathie.

© Kéramidas - Casterman 2026
Une narration maîtrisée
Sur le plan scénaristique, Keramidas fait preuve d'une grande habileté. L'utilisation de l'interrogatoire comme fil conducteur permet de ménager efficacement les révélations et de créer un véritable suspense. Chaque souvenir apporte son lot d'informations tout en ouvrant de nouvelles pistes sur le passé de l'héroïne.
Particularité intéressante, les souvenirs ne sont pas toujours racontés directement par Berthe. Un narrateur intervient fréquemment pour mettre en scène les événements du passé. Ce choix crée une certaine distance qui permet de mieux saisir la dureté des situations vécues par la jeune Berthe, tout en évitant que la personnalité haute en couleur de la centenaire ne prenne constamment le dessus sur l'émotion des scènes.
Le récit progresse ainsi avec fluidité, alternant les moments de comédie, les épisodes historiques et les passages plus sombres sans jamais perdre son équilibre.

© Kéramidas - Casterman 2026
Un dessin expressif au service du récit
Graphiquement, le trait souple, dynamique et expressif de Nicolas Keramidas donne immédiatement vie aux personnages. Les visages sont riches en expressions et participent pleinement à l'humour du récit.
Berthe constitue évidemment la grande réussite visuelle de l'album. Qu'elle soit centenaire ou jeune femme, elle conserve une présence remarquable. Son apparence fragile contraste constamment avec la force de son caractère, créant un décalage souvent savoureux.
La mise en scène bénéficie également d'un réel sens du rythme. Les séquences d'interrogatoire jouent avec les codes du polar tandis que les retours en arrière offrent des ambiances variées. La colorisation accompagne intelligemment ces changements temporels où les souvenirs bénéficient de nuances sépias évoquant clairement le passé.
Les décors, parfois minimalistes pour laisser respirer la narration, savent aussi se montrer détaillés lorsqu'il s'agit d'ancrer les personnages dans leur environnement. L'ensemble contribue à une lecture particulièrement fluide et immersive.

© Kéramidas - Casterman 2026
Avec Mamie Luger, Nicolas Keramidas adapte donc brillamment le roman de Benoît Philippon. Sous les traits d'une comédie policière pleine d'humour noir, l'album brosse le portrait d'une femme libre et indomptable qui traverse son siècle sans jamais accepter la soumission.
Porté par des dialogues savoureux, un suspense habilement entretenu et des thèmes forts comme la condition féminine, la résilience ou la lutte contre les violences faites aux femmes, le récit trouve un juste équilibre entre légèreté et gravité.
Soutenu par un dessin expressif et dynamique, ce premier tome séduit autant par la force de son héroïne que par l'intelligence de son propos. Une lecture jubilatoire, drôle et touchante, qui donne irrésistiblement envie de découvrir la suite des confessions de cette mémorable centenaire. Mais pour cela, il nous faudra attendre jusqu'au 14 octobre prochain ... "L'Amour est aux trousses
Et si vous avez adorez, chose dont je ne doute pas, Benoît Philippon est également l'auteur du roman "Papi Mariole", un autre polar des plus décapants.
Thierry Ligot
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Série : Mamie Luger
Titre : 1/3 - La Tentation du mâle
D'après le roman de : Benoît Philippon
Scénario BD, dessin & couleurs : Kéramidas
Éditeur : Casterman
Genre : polar déjanté, critique sociale, humour noir, comédie burlesque
Thème : crime, féminisme, humour, héroïne, roman policier, société, vieillesse allumée
Public : ado - adulte
Parution : 13 mai 2026
Format : 23 x 30 cm
Page : 80
ISBN : 978 2 203 28181 3
Prix : 18 €
"Je fus une femme.
Une reine,
Une idée,
Un symbole,
Et ne dit-on pas que les symboles ne meurent jamais ?
Oui, je suis partie. Mais pas vraiment ... n'est-ce pas ? Car tout continuera ...
La fleur s'épanouira !"
Le 18 juin 1858, lors de la bataille de Gwalior, la Rani de Jhansi, Lakshmi Bai, scellait son destin ... sa légende dans une dernière charge héroïque face à l'armée anglaise.
Mais comment en est-elle arrivée là ?
Lakshmî Bâî est désormais confrontée à l'offensive politique et territoriale de la Compagnie britannique des Indes orientales. Lorsque les autorités anglaises refusent de reconnaître son fils adoptif, Damodar, comme héritier légitime du trône de Jhansi, son royaume est annexé et elle est écartée du pouvoir.
" J'ai envoyé une pétition à Dalhousie, écrit jusqu'à Londres ... En vain ! Les Anglais se sont contentés de m'attribuer une pension annuelle de 60.000 roupies. Et j'ai été contrainte de quitter le palais du fort de Jhansi !
Mais j'y suis revenue ... Et aujourd'hui tout a changé. Rien ne sera plus jamais comme avant. Le Jhansi, leurs "Indes" ne seront plus jamais celles qu'ont connues les Anglais. Car aujourd'hui...
C'est la guerre !"
Face aux humiliations répétées, à la confiscation de ses biens et à l'expansion constante de la domination britannique, la reine tente d'abord la voie diplomatique. Mais elle comprend progressivement que la négociation ne suffira plus. La montée du mécontentement populaire, les discours d'un fakir itinérant et l'espoir d'une union entre hindous, musulmans et cipayes nourrissent l'idée d'une insurrection générale.
La révolte des Cipayes éclate alors et Lakshmî Bâî devient l'une de ses figures majeures. De régente prudente, elle se transforme en chef de guerre déterminée, prête à prendre les armes pour défendre son peuple et son royaume. Son combat fait d'elle l'un des premiers grands symboles de la résistance indienne à la colonisation britannique.

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026
Cette trilogie retrace ainsi le parcours exceptionnel d'une femme devenue une légende nationale en Inde. Déchue de son trône mais jamais de sa volonté, Lakshmî Bâî voit son royaume tomber sous la coupe des Britanniques.
Les scénaristes privilégient une approche centrée sur les dilemmes politiques et humains de leur héroïne plutôt que sur la seule grandeur du personnage historique. La reine de Jhansi apparaît comme une dirigeante lucide, confrontée à l'expansion inexorable de la puissance britannique et à l'impossibilité croissante de préserver son royaume par la négociation.
Le récit s'attache à montrer comment une souveraine attachée à la stabilité de son peuple est progressivement poussée vers la confrontation. Les auteurs prennent le temps d'installer les tensions, qu'elles soient militaires, sociales ou religieuses, tout en illustrant la complexité des rapports entre les différents États indiens et l'administration coloniale. Cette construction progressive renforce la crédibilité des événements et donne du poids aux choix effectués par l'héroïne.

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026
L'un des points forts du scénario réside également dans sa capacité à mêler la destinée individuelle de Lakshmî Bâî à un mouvement historique plus vaste. Son parcours personnel devient le reflet d'une prise de conscience collective, celle d'un peuple qui commence à envisager une résistance organisée face à l'occupant. La révolte n'apparaît donc pas comme une réaction soudaine, mais comme l'aboutissement d'un long processus d'accumulation de frustrations et d'injustices.
Le rythme, soigneusement maîtrisé, alterne scènes d'échanges diplomatiques, moments d'introspection et séquences de tension croissante. Cette variété permet de maintenir l'intérêt tout en donnant de l'épaisseur aux protagonistes. Sans céder à la simplification, les auteurs livrent ainsi un récit historique accessible, porté par une héroïne dont la détermination et l'évolution constituent le moteur principal de l'intrigue.
Cette conclusion offre finalement une dimension à la fois épique et tragique à la figure de la Rani de Jhansi, dont le destin dépasse largement le cadre de son royaume pour rejoindre celui des grandes figures de la résistance et de l'émancipation des peuples.
Ce dernier tome se distingue dès lors par la transformation progressive de l'héroïne : militante de la négociation au départ, elle est conduite vers une radicalisation que les événements rendent inévitable. Cette évolution psychologique est au cœur du récit.

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026
Le dessin réaliste de Carlos Gomez reste exceptionnel. Son trait précis restitue aussi bien les fastes des palais indiens que la violence des combats. Les couleurs chaudes de Luca Saponti, dominées par les rouges et les oranges, renforcent l'atmosphère dramatique et crépusculaire du récit, tout en nous immergeant dans cette Inde des épices et des soies.

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026
Une conclusion puissante pour une trilogie ambitieuse qui met en lumière une figure historique encore peu connue en Europe. À travers Lakshmî Bâî, les auteurs racontent les prémices du mouvement d'émancipation indien et dressent le portrait inspirant d'une femme déterminée à défendre sa liberté jusqu'au sacrifice ultime. Une bande dessinée historique à la fois instructive, spectaculaire et émouvante.
Thierry Ligot
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Série : Les reines de sang
Titre : Rani Lakshmi Bai, la séditieuse
Tome : 3/3
Scénario : Arnaud Delalande & Simona Mogavino
Dessin : Carlos Gomez
Couleurs : Luca Sapoonti
Éditeur : Delcourt
Collection : Histoire & histoires
Genre : histoire, biographie
Thème : Indes, XIXe siècle, Compagnie des Indes
Parution : 22/01/2026
Format : 23,2 x 32,2 x 1,5 cm
Page : 63
ISBN : 978 2 413 08484 6
Prix : 16,50 €
18 ans, Olivier passe une dizaine de jours de vacances à Cyvette, sa commune de naissance. Vu le superbe temps estival, il va à la piscine municipale. Myope come une taupe, ses lunettes le gênent et il préfère nager sans, quasi à l'aveuglette. Il croise dans un flou plus qu'artistique une jeune femme qui lui avoue qu'elle était amoureuse de lui quelques années plus tôt. Les circonstances, la timidité, le hasard faisant, elle n'avait jamais osé le lui dire à l'époque.
Mais voilà, sans ses lunettes, le jeune homme est incapable de distinguer son visage. Décontenancé, il oublie de lui demander son nom, voire de savoir comment la retrouver. Quelques minutes plus tard, elle a disparu. Le genre de moment qui pourrait n'être qu'une anecdote de vacances.
" - Bah ! Je peux te le dire maintenant, après tout ... il se pourrait qu'à l'époque, j'aie été un petit peu beaucoup amoureuse de toi ... Je n'osais pas te l'avouer ... ni à toi, ni aux autres, d'ailleurs. Ils n'en ont jamais rien su."
Vingt-six ans après, devenu chauffeur de taxi, séparé de sa femme et éloigné de son fils, Olivier n'a pourtant jamais oublié cette voix surgie du passé.
Une course pour une cliente pressée le ramène dans son village d'enfance. Et sur la route, entre confidences et échanges anodins ...
" - Je repensais à ce que vous m'avez dit tout à l'heure, dans la voiture ...
- J'en ai dit des choses ...
- Cette fille à la piscine.
- Ah oui, l'inconnue ... et alors ?
- Comment vous n'avez pu ne pas la reconnaître ?
- J'avais enlevé mes lunettes pour nager, c'est tout ! Je suis myope : passé 50 cm, tout est flou ! Une vraie taupe !"
Arrivé sur place, fatigué par le trajet, petite sortie de route et le voilà contraint à rester plus longtemps sur place que prévu. L'occasion de se replonger dans ses souvenirs, de recroiser ses anciens camarades. Poussé alors par ses derniers, il se lance dans une quête aussi absurde qu'émouvante : retrouver une femme dont il ne connaît rien, sinon qu'elle l'a aimé un jour.
" - Oui oui ... puisque vous parlez mathématiques, eh bien, de mon côté, c'est une équation à une inconnue que je n'ai jamais su résoudre. Vous vous souvenez de la piscine lorsqu'on était ados ?
[...]
- Bon, les amis, fin de la récré : j'embauche à 6 heures, moi ! Olive, demain, on démarre l'enquête ! Et comme disait l'père Barrauld : Nous vons bin y arrivaille !""

© Peynet - Grand Angle 2026
Le poids des souvenirs et des occasions manquées
" - Si ça se trouve, vous êtes passé à côté d'une belle histoire.
- Voilà qui résume bien ma vie."
Sous les apparences d'une comédie romantique légère, Équation à une inconnue s'intéresse à des questions plus profondes. Frédéric Peynet explore la manière dont certains souvenirs s'accrochent à nous, parfois plus fortement que des événements objectivement plus importants. L'inconnue n'est finalement qu'un prétexte. Ce qu'Olivier poursuit réellement, c'est une possibilité perdue, un embranchement de sa vie qu'il n'a jamais pu emprunter.
Le récit parle avec beaucoup de justesse de ces moments qui continuent à nous accompagner longtemps après leur disparition. Qui n'a jamais repensé à une rencontre fugace, à une occasion manquée ou à une décision que quelques secondes auraient pu changer ? L'auteur aborde ces thèmes avec délicatesse, sans jamais sombrer dans la nostalgie pesante.
" Aidez Olivier Béthany à retrouver l'inconnue de son cœur."
Ce sera surtout aussi pour Olivier l'opportunité de se confronter à son présent. Par son retour à Cyvette, il se voit obliger à renouer avec son passé, ses amis d'enfance et ses blessures personnelles.
Le voici ainsi autant sur un chemin vers soi que dans une recherche amoureuse.
" Je sais pas ... peut-être que c'est une façon inconsciente pour toi de retourner au croisement des chemins ? Pour pouvoir en suivre un autre ? Prendre un nouveau départ ?"

© Peynet - Grand Angle 2026
Un scénario qui déjoue les attentes
Le point de départ pourrait faire craindre une mécanique romantique assez convenue. Frédéric Peynet évite pourtant ce piège grâce à une écriture centrée sur les personnages plutôt que sur le suspense sentimental.
L'intérêt du récit ne réside pas tant dans l'identité de l'inconnue que dans l'incroyable mobilisation qu'entraîne cette recherche. Anciens camarades, journaliste local, commerçants, élus, jeunes branchés : tout un village s'approprie progressivement l'histoire d'Olivier et se mobilise pour aboutir à une fin heureuse.
L'enquête devient une aventure collective, nourrie d'idées parfois saugrenues, de fausses pistes et d'élans de solidarité.
Cette galerie de personnages constitue l'une des principales réussites de l'album. Aucun n'est réduit à une simple fonction narrative. Tous possèdent leur personnalité, leurs fragilités, leurs manies. Leur bienveillance n'efface jamais leur humanité, ce qui rend leur histoire crédible et touchante.
L'ensemble trouve un équilibre particulièrement réussi entre humour, émotion et mélancolie. Les situations prêtent souvent à sourire, mais elles révèlent toujours quelque chose de plus intime chez les protagonistes.
© Peynet - Grand Angle 2026
Une histoire nourrie par le vécu
L'une des singularités de Équation à une inconnue réside dans son origine. Dans un entretien accordé au Bamboo Mag, Frédéric Peynet révèle que le point de départ du récit lui est directement inspiré d'une expérience personnelle.
« J'ai en effet vécu le point de départ de cet album : être abordé au milieu d'une piscine municipale par une fille dont j'ignore toujours l'identité, puisqu'étant très myope, son visage est resté définitivement flou. »
Si l'auteur précise que la situation a été largement romancée, cette anecdote apporte une sincérité évidente à l'ensemble. Il reconnaît d'ailleurs avoir beaucoup investi de lui-même dans son personnage principal :
« Même si "mon" inconnue ne m'a pas fait de déclaration d'amour, j'ai forcément mis du vécu dans ce personnage. »
Cette part autobiographique explique sans doute pourquoi les émotions sonnent aussi juste. Derrière l'humour du postulat se devine une interrogation authentique sur la mémoire et sur les mystères que chacun porte en soi.
L'album marque également une étape importante dans le parcours de l'auteur. Après des décennies passées principalement au dessin, il assume ici seul la construction du récit :
« Après quelque 25 années passées à collaborer avec des scénaristes, c'est le premier album que je réalise seul. »
Une expérience visiblement réussie tant la narration fait preuve d'une grande maîtrise.

© Peynet - Grand Angle 2026
Un dessin au service de l'émotion
Dessinateur expérimenté, Frédéric Peynet démontre une nouvelle fois l'étendue de son talent graphique. Son trait semi-réaliste se caractérise par une grande souplesse et une remarquable expressivité. Les émotions passent souvent par un simple regard, une moue ou un sourire esquissé.
La mise en scène privilégie la lisibilité et l'efficacité. Sans chercher l'esbroufe graphique, l'auteur construit des planches fluides qui servent parfaitement le rythme du récit. Les personnages occupent constamment le centre de l'attention, tandis que les décors du village contribuent à installer une atmosphère chaleureuse et familière.
L'une des plus belles trouvailles visuelles apparaît dès les premières pages. La scène fondatrice est représentée à travers la vision déformée d'Olivier privé de ses lunettes. Les contours deviennent flous, les silhouettes indistinctes, les couleurs se fondent les unes dans les autres. En quelques images, le lecteur comprend immédiatement l'origine de cette obsession qui traversera plusieurs décennies.
La coloration, lumineuse et chaleureuse, accompagne idéalement ce récit où se mêlent nostalgie, humour et tendresse.
© Peynet - Grand Angle 2026
Une comédie romantique profondément humaine
Avec Équation à une inconnue, Frédéric Peynet livre bien davantage qu'une simple romance. Derrière l'enquête sentimentale se dessine le portrait d'un homme en quête de réconciliation avec son passé, entouré d'une communauté prête à l'aider à retrouver un rêve de jeunesse.
L'album séduit par la simplicité apparente de son sujet, la sincérité de son écriture et la tendresse portée à chacun de ses personnages. Il rappelle que certains souvenirs demeurent vivants parce qu'ils renferment moins ce qui a été vécu que tout ce qui aurait pu advenir.
Une bande dessinée généreuse, drôle et émouvante, qui confirme que les plus belles histoires naissent parfois d'un simple visage entrevu... ou, dans le cas présent, jamais vu.
Thierry Ligot
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Titre : Équation à une inconnue
Scénario - dessin - couleurs : Frédéric Peynet
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Type : one-shot
Genre : Romance, tranche de vie, amour perdu, amitié
Public : ado - adulte
Parution : 1 juillet 2026
Format : 22,1 x 30 cm
Page : 104
ISBN : 979 1 0411 0777 3
Prix : 19,90 €
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