Entretiens avec Christian Godard – Le feuilleton Godard, épisode 8 : Godard, un scénariste pas très ordinaire.
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Entretiens avec Christian Godard – Le feuilleton Godard, épisode 8 : Godard, un scénariste pas très ordinaire.

 

Huitième et dernière partie de l’entretien avec Christian Godard par Laurent Lafourcade. On retrouve Godard, scénariste d’une série concept, d’une reprise de Charlier et de guides humoristiques. Christian jette un regard sur l’ensemble de sa carrière. Et des projets, il en a encore…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Une folie très ordinaire en 2002, vous êtes le maître d’œuvre d’une série concept avec plusieurs dessinateurs : Bonnet, Rossi, Mounier, Jarbinet, Moynot, Malès, Plumail. Comment est-elle née et quel est ?

 

Alors là, sa naissance… Je suis incapable de me souvenir de ce qui s’est passé avant que ça existe. C’est impossible. Je ne peux pas me souvenir de ce que je pensais avant que j’ai fait les choses. C’est comme si vous demandiez à une mère de douze enfants ce qu’elle pensait avant qu’elle ait fait le premier. J’arrive à penser après que j’ai fait les choses ; je pense après coup. Pourquoi ? Parce que ce métier est un métier de création. Il fait que, quand on commence à créer quelque chose, on le découvre en le faisant. On ne sait pas avant de l’avoir fait.

 

 

 

 

 

 

Quel est le concept de cette série hors du commun ?

 

Le concept de cette série a été initié par Henri Filippini. Ce serait bien de lui poser la question. C’était dans la collection Bulle noire, dont on a déjà parlé. Cela donne une idée de ce que ça allait être. On y découvre l’histoire par les points de vue différents de 7 personnages.

 

 

 

 

Henri Filippini

 

 

 

Vous réussissez à garder le suspense jusqu’à la dernière page du dernier album.

 

Oui. Je me suis intégré à la cervelle d’un tueur et de m’exprimer comme si je pouvais penser comme un vrai. Je ne sais pas si j’ai réussi. C’est à vous de me le dire. C’était en tout cas très intéressant à conceptualiser.

Cette série était une manière de faire un album choral pour la première fois. Mais je me souviens que ce qui m’attirait dans tout ça, c’était de travailler avec Alain Mounier que j’aime beaucoup. Il faisait un travail tout à fait exceptionnellement bon. J’étais aussi ravi de travailler avec Jarbinet, Plumail et les autres.

 

 

 

 

 

 

A-t-il été complexe de faire avancer le récit sans se répéter et en restant cohérent ?

 

C’est un souci constant. La problématique de ne pas se répéter est effectivement quelque chose qui m'habite en permanence, depuis toujours. Raconter quelque chose que je n’avais pas encore raconté a toujours été mon but. Vous touchez là à un point intéressant, quelque chose qui m’a toujours préoccupé par rapport à mes confrères. Je vais vous livrer ce qui me différencie de mes amis qui font le même métier que moi. Je me suis toujours posé la question de faire en sorte de ne pas fonctionner comme eux. Quand vous regardez un album de Tintin, vous savez d’avance que les deux abrutis qui disent toujours la même phrase vont intervenir dans le récit. J’ai toujours eu le souci à la fois de ne pas me répéter et à chaque fois de découvrir des trucs sur ce que j’ai en tête, ce qui fait que j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à faire ce métier. C’est un métier dans lequel je souhaitais ne pas me répéter. Je pense que, dans une certaine mesure, j’y suis en partie parvenu. Si, par exemple, vous prenez ma série la plus représentative Martin Milan, il n’y a pas de personnages récurrents. C’est volontaire, Martin change d’endroit en permanence et, en permanence, le décor change aussi. Les personnages changent également à chaque fois et sont nouveaux dans chaque histoire. J’ai volontairement essayé de faire de ce métier quelque chose qui ne soit pas installé sur des rails, de telle manière que je sois en situation de découvrir à chaque fois une histoire qui ne soit pas la répétition morne d’un système déjà établi. Je pense que je serais tombé raide mort s’il avait fallu que je sois l’auteur des Schtroumpfs, pour prendre un exemple… J’ai essayé de travailler avec Peyo une fois pour qui j’avais fait des gags des Schtroumpfs. Il les a trouvés trop méchants. 

 

 

 

 

 

 

Le début de ces années 2000 aura vu le succès de plusieurs de ces séries concept avec Le triangle secret et Le décalogue. Etait-ce un phénomène de mode ?

 

Quand on découvre un filon, si je puis dire, c’est un peu comme les chercheurs d’or qui creusent un peu partout avant de trouver un endroit qui mérite qu’on se démolisse le dos. La BD, c’est un peu la même chose. Il faut trouver des sujets nouveaux en permanence. Une voie a été ouverte et donc il y a eu pas mal de tentatives dans ce registre.

 

 

 

 

 

 

Votre dernier album inédit paru date de décembre 2018. Il s’agit d’une aventure de Michel Brazier, suite d’une histoire créée par Chéret et Charlier en 1979 dans Spirou. Comment vous êtes-vous trouvé embarqué dans cette aventure ?

 

C’était une nouveauté. Charlier avait écrit un scénario pour un feuilleton télévisé Les diamants du président, en 1977. Sur une commande de l’hebdomadaire TéléStar, il l’a adapté en bande dessiné en 1978. C’est finalement passé dans Spirou, avec des dessins de Chéret, l’auteur de Rahan étant alors en procès avec les éditions Vaillant.

Charlier était quelqu’un de très proche. Il a orienté mes possibilités de dessinateur à un certain moment. C’est lui par exemple qui m’a commandé Norbert et Kari alors que je balbutiais dans Pilote où j’avais illustré des textes de Goscinny. C’est Charlier qui le premier m’a dit un jour, j’étais tout jeune à l’époque, « Christian, et si vous passiez aux choses sérieuses ? ». C’est lui qui m’a ouvert la porte et m’a permis de faire ma première série dans Pilote. Et, très naturellement, quand il est parti, on s’est adressé à moi. En 2015, Chéret avait été contacté pour faire la suite de Brazier et on m’a demandé si je voulais prendre le relais avec lui. Je le connaissais bien et il m’a semblé tout à fait naturel de travailler pour Chéret. En plus, ça me plaisait bien.

Les choses se sont très mal passées avec l’éditeur. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé entre eux, mais l’éditeur a demandé à Chéret de refaire plusieurs fois des planches. Au bout d’un moment, Chéret l’a envoyé se faire voir chez les grecs. J’avais accepté de travailler avec Chéret et brusquement je me suis retrouvé à devoir collaborer avec quelqu’un que je ne connaissais pas. C’est la raison pour laquelle ça a tourné très vite au vinaigre. Etant donné que j’avais accepté de reprendre la série en 2015 et que c’était quelque chose qui émanait initialement de Charlier, je ne devais pas le trahir. C’était pour moi essentiel. Je lui devais tout. Je me retrouvais en situation de faire quelque chose pour que si Charlier avait été là, il m’aurait dit “Oui c’est exactement comme ça qu’il fallait faire”. J’ai eu cette idée en tête du début jusqu'à la fin. Le problème est que je travaillais avec Mankho, un dessinateur que je ne connaissais pas. Il n’avait pas une antériorité dans le métier qui fasse que je tienne compte de ce qu’il avait déjà réalisé. A un certain moment, il s’est mis à tout changer, en plein milieu de l’album, inventant des passages entiers à sa manière pour que ce soit paraît-il plus vivant. Il ne s’était pas aperçu qu’il y avait des bas de pages destinés à créer un certain suspens incitant à continuer la lecture. Il décalait les cases. Je ne le connais pas. Je ne l’ai jamais vu. J’avais écrit le scénario en restant fidèle à l’idée de Charlier. Je pense qu’il n’avait pas la moindre idée de la situation. Il a pris possession en quelque sorte du travail initial de Charlier qui avait été fait pour la télé. J’ai piqué une colère noire et demandé que l’on retire mon nom de la série. C’est comme ça que ça s’est arrêté.

 

 

 

 

 

 

Vous avez également scénarisé de nombreux guides en BD.

 

J’en ai fait une douzaine. Il s’agissait de faire quelque chose de différent à chaque fois. Je me suis bien amusé. Je pensais à mon plaisir à moi. Je m’y suis mis grâce à Goupil. Je changeais à chaque fois de sujet. Il y en a qui m’ont amusé, intéressé (le guide du mariage, le guide du ras-le-bol, le guide des sportifs, le guide des femmes, ...). C’était une occasion de changer de thème tout en restant dans la même position narrative. J’aurais bien aimé continué à en écrire mais le directeur de collection de l’époque est parti. Un autre est arrivé. Goupil est parti s’exprimer ailleurs, il me semble dans le domaine du théâtre. Son remplaçant est venu avec sa propre équipe et ne m’a pas sollicité.

 

 

 

 

 

 

On peut remarquer dans votre carrière exceptionnelle que vous avez travaillé dans tout un tas de journaux et magazines : Charlie Mensuel, Circus, GommeFluide GlacialHop !, Intrépide, PiloteRecordSpirou, Pif,… Même à l’époque, une telle diversité était rare.

 

Oui, peut être bien. Je ne pense pas que ce soit exceptionnel de multiplier les collaborations, surtout dans notre métier ou l’on se fait plaisir en permanence. Le fait de changer de partenaire, c’est intéressant au possible. Le fait de changer de volonté narrative en fonction des endroits dans lesquels on se trouve, ça aussi, c’est quelque chose de tout à fait intéressant à vivre. Ce sont des endroits où, tout simplement, on me demandait de passer Je ne vois pas pourquoi j’aurais refusé. C’est vrai que c’est un côté de mon parcours qui ne ressemble pas à celui des copains. C’est vrai qu'à chaque fois que se présentait de faire quelque chose de nouveau, ça m’intéressait parce que, justement, c’était quelque chose de nouveau.

 

 

 

 


 

Les auteurs d’aujourd’hui n’ont plus la chance de bénéficier de magazines pour « se faire la main » ou tout simplement se faire connaître. Pensez-vous que la presse BD connaîtra un jour un nouvel essor ?

 

C’est une question extrêmement complexe, parce qu’elle ne met pas en cause que les auteurs, scénaristes, dessinateurs, etc… La situation est complétement à revoir par rapport à l’époque bénie des dieux que j’ai bien connue, où il y avait deux ou trois journaux où l’on avait envie d’être et de produire. Aujourd’hui, on n’est plus du tout dans la même situation. Le paysage a complètement changé. Il y a tous les ans des centaines d’auteurs qui ont travaillé chacun de leur côté pour un album. Il y a une multitude de prétentions dans le métier que la situation des éditeurs a complètement changé.

 

 

 

 

 

 

Ces dernières années, il y a plus de 5000 parutions par an, ce qui correspond à peu près à seize nouveautés par jour.

 

La situation dans laquelle, je me suis plu, moi, à travailler, je ne la retrouve pas du tout. On est plus du tout en face des mêmes éditeurs, des mêmes directeurs de collection, ... Ça ne ressemble plus à rien. Il y avait à une certaine époque trois ou quatre hommes qui décidaient de l’année qu’il convenait d’occuper. Henri Filippini, par exemple, jouait un rôle très important chez Glénat. Guy Vidal, c’est la moitié de ma vie, tenait ce rôle chez Dargaud. Quand vous connaissiez ces individus qui faisaient la BD de l’année et que vous aviez envie de faire quelque chose, vous saviez que vous aviez trois ou quatre interlocuteurs qui étaient toujours les mêmes. Aujourd’hui, cette situation a totalement disparu. Ça ne ressemble plus du tout à la profession telle que moi je l’ai pratiquée pendant très longtemps.

 

 

 

 

Guy Vidal

 

 

Avez-vous une nostalgie particulière dans votre carrière ?

 

J’en ai plusieurs. Je regrette l’arrêt de Toupet dans Spirou par exemple.

 

 

 

 

 

 

On a déjà parlé de cela précédemment dans cet entretien, mais je ne vous ai pas demandé pourquoi vous n’êtes pas allé voir un autre éditeur lors de cette interruption ?

 

Nous étions tellement étonnés… Blesteau était réduit en cendres. Il était ma première préoccupation. On a travaillé sur un autre projet, une série qui devait se passer dans un square, avec ses habitués, le jardinier, les passants qui le traversent, … On l’a proposée à droite et à gauche, mais elle est restée en rade. Blesteau a été littéralement pulvérisé. Il est rentré chez lui et n’en est plus ressorti.

Je n’ai pas démarché d’autres éditeurs non plus parce que j’avais une grosse production à cette époque-là. Je faisais Les postiers chez Bamboo, Shamira chez Glénat, … Je sortais un album sur Attila avec Christian Gine dans la collection BDVD chez Seven Sept. J’en avais un autre en projet avec Moëbius, qui était très heureux de travailler avec moi, mais auquel il a dû finalement renoncer à cause de la récidive de son cancer. C’était l’occasion de travailler ensemble alors que nous nous étions croisés tout au long de nos carrières respectives.

 

 

 

 

 

 

 

Les cahiers de la BD vous ont mis deux fois à la une, en 1972 et en 1984. C’était un honneur exceptionnel.

 

Initialement, c’était une idée de Numa Sadoul qui avait été mon co-équipier.

Quand on vient vers moi et que l’on souhaite me consacrer une interview, je n’y échappe pas et je fais ce que je peux pour y répondre, comme ici.

 

 

 

 

 


 

Durant toute votre carrière, vous avez essentiellement travaillé pour la BD. On a parlé de littérature, de théâtre et de télévision. Vous n’avez jamais été tenté ou approché par le cinéma ?

 

Il s’en est fallu de très peu. J’ai écrit un polar qui s’appelle “Pavane pour un catcheur défunt”. Ce polar était écrit d’une manière tout à fait réaliste. J’ai eu dans le temps un ami très très cher avec lequel je faisais de l’entretien physique dans une salle de sport. Cet ami était devenu par la suite catcheur. Le fait qu’il ait pris cette voie m’avait incité à écrire l’histoire d’un catcheur. J’ai donc écrit un polar qui a été publié aux Presses de la cité. Puis le temps a passé. Je m’entrainais dans une salle de culture physique où j’avais fait la connaissance de l’acteur Mario David. Il jouait systématiquement dans les films de Louis de Funès, ce qui m’a amené à penser que je pourrais faire une adaptation de « Pavane pour un catcheur défunt », non pas de manière réaliste, mais humoristique, qui irait parfaitement à Louis de Funès. Je raconte à Mario David que j’ai écrit une continuité dialoguée dans laquelle Louis de Funès deviendrait ce qu’on appelle un match maker. Je le voyais très bien prendre la direction d’une équipe de catcheurs tous trois fois plus gros que lui, mais qui auraient filé doux en face d’un Louis de Funès devenu le dirigeant de leur équipe. Je demande donc à Mario David s’il peut faire parvenir cette continuité dialoguée à Louis de Funès. Il accepte et la lui fait passer. Louis de Funès lui dit que je dois prendre contact avec Audiard dont il me donne le numéro de téléphone. Je téléphone à Audiard, je lui explique mon projet et nous prenons rendez-vous chez son producteur. N’ayant pas de bureau assez grand, nous étions reçus dans la salle à manger. Nous nous sommes vus deux ou trois fois. A sa demande, je lui écris une continuité complète, rapidement parce que Louis était disponible en septembre pour tourner. Je l’ai écrite au galop. Il fallait qu’Audiard ait le temps d’écrire ses dialogues derrière. Il m’a dit : “Ok, on y va ! “. Et je n’en ai plus jamais entendu parler. J’ai appris plus tard par l’intermédiaire de son fils qu’Audiard était en procès avec son producteur. C’était au début des années 80.

 

 

 

 


 

Vous nous avez révélé ne pas être lecteur de bandes dessinées.

 

Si j’avais lu des bandes dessinées, je me serais rendu compte que je n’en faisais pas. Quand j’écris pour mon compte, je fonctionne à partir d’éléments qui me sont personnels. J’essaye de ne jamais raconter deux fois la même chose. Si un lecteur tente de prouver que je l’ai fait, qu’il me le démontre. Je cherche toujours un sujet que je n’ai pas traité. C’est la seule chose que j’ai trouvée pour m’intéresser à ce que je fais. Qu’est-ce je me serais ennuyé à dessiner les Schtroumpfs ! Ils se ressemblent tous. Il ne se passe rien qui ne soit prévisible. Il faut que chaque album ressemble au précédent. C’est insupportable à faire… sauf pour gagner sa vie, peut-être plus que nécessaire.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je ne suis pas très malin. Des confrères beaucoup plus futés que moi utilisent des méthodes commerciales. Quand je fais le calcul de mes moyens, je m’aperçois que parmi les préoccupations qui sont les miennes, ne figure jamais la question : comment vais-je faire pour gagner du fric ? Ce n’est pas un motif de fierté. Je le constate. C’est un défaut dont je n’ai pas su me défaire.

 

 

C’est tout à votre honneur.

 

Je ne sais pas. Ça été la seule façon pour moi de faire ce métier. Evoluer en continuant à m’intéresser à ce que je faisais. Mais c’était commercialement mortel. Je n’ai pas gagné une fortune comme mes confrères, les bons. Les comiques sur scène ne changent pas de style. Quand il en a un, il le garde. Moi, j’en change. Vous trouvez que c’est intelligent ?

 

 

Avec une telle carrière, on ne s’imagine pas que vous puissiez vous arrêter. Quels sont vos projets ?

 

En ce moment, je suis en train de faire de grandes illustrations qui sont en format demi raisin. Je n’ai jamais eu le temps de faire ça au long de ma vie car j’avais trop de choses à faire. Je me donne le temps. Je n’essaie pas de monter un projet et de le faire à droite ou à gauche, ou bien de reprendre La jungle en folie ou la suite du Vagabond des limbes.

Pour le Vagabond, je me suis posé la question après tout d’écrire la suite car il s’est arrêté le jour où Julio a eu l’idée saugrenue de casser sa pipe, et non parce que l’histoire était finie. Dans ma tête, il y a la suite. Alors, si je trouve un partenaire pour la faire, et si je trouve un éditeur pour la publier, j’ai en réserve tout un tas de suites potentielles.

 

 

 

 

 

 

Claude Plumail ne serait-il pas l’homme idéal pour cette reprise ?

 

C’est un bon. Il a pris une direction différente. Il enseigne le dessin à Paris. On s’est vu. Mais j’avais le sentiment que le feu chez lui s’était éteint. Il serait très capable de reprendre le Vagabond, mais je ne l’ai pas interrogé là-dessus. On est toujours resté en très bon termes. Il pourrait être un « client ». La question se pose avec évidence pour moi.

 

 

 

 

Claude Plumail

 

 

Quand on a une œuvre aussi conséquente que la vôtre, pense-t-on à sa pérennité ?

 

J’avais pensé à faire un site de lecture en ligne. C’était autour de 2014-2015. J’ai travaillé là-dessus pendant pas mal de temps avec Mircea Arapu, qui œuvrait entre autres à Pif Gadget et qui a fait les couleurs des Nouvelles aventures de la jungle en folie. Ça m’a demandé deux ans de travail intensif, et puis il y a eu une panne informatique qui m’a obligé à repartir à zéro. Cette idée de mettre tout un catalogue en ligne, ce qui aurait été une belle manière de finir le travail, a été réduite à néant et je n’ai pas eu le courage de tout recommencer. 

 

 

 

 

Mircea Arapu

 

 

Vous êtes à la tête d’un site https://www.godard-christian.org et d’un blog http://christiangodard.canalblog.com. D’une part, c’est une mine d’informations sur votre carrière, d’autre part, on peut voir sur le blog des dessins que vous inspire l’actualité. Est-ce que le monde moderne vous inspire au quotidien ?

 

Je ne regarde pas la télévision. Je n’achète pas de journaux. Par contre, vous avez remarqué que je suis l’actualité de très près sur le net. C’est vrai qu’il y aurait à dire. Est-ce que ça m’inspire ? Oui, ça m’inspire. Par exemple, ça m’a inspiré un projet qu’on essaye de monter avec Curd Ridel, qui s’appelle « Les Robots sexuels ». Vous savez qu’aujourd’hui on peut acheter des femmes en caoutchouc avec lesquelles on peut avoir des ébats proches de ce que l’on a avec des vraies. C’est un sujet sur lequel j’ai écrit.

 

 

 

 

Curd Ridel

 

 

Pourquoi ne faites-vous pas une campagne de financement participatif sur le net ?

 

Curd m’en a parlé. Pour le moment, le projet est là, il est quasiment prêt. Si l’occasion se présente et qu’un éditeur se met à genoux devant moi et me dit : « S’il vous plaît, Monsieur Godard, vous qui avez tant fait pour la bande dessinée, est-ce que vous accepteriez de travailler pour moi, humble d’éditeur d’aujourd’hui ? », je répondrais : « Ben écoutez, je vais faire un effort. Oui, avec plaisir. ». Ha, ha !

 

 

Rester dans l’air du temps, est-ce que ça a été votre secret pour durer ?

 

J’en ai un qui n’est pas partagé par mes confrères. Je vous le livre mais ça coûte cher : j’ai toujours refusé de m’emmerder.

 

 

 

 

Entretien réalisé par Laurent Lafourcade

Sauf indication, les dessins sont © Godard

La photo de titre d’article est © Laurent Mélikian

Les aquarelles ci-dessous sont © Godard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le feuilleton Godard a été la plus belle aventure que j’ai vécue jusqu’à présent grâce à BD-Best. Je tiens à remercier évidemment Christian Godard pour les presque dix heures d’entretiens qu’il m’a accordées et pour ses relectures avisées, Elisabeth pour sa mémoire et ses précisions, ainsi que Marie Mauve pour son aide à la retranscription de ces discussions.

 

Pour ceux qui ont raté l’un ou l’autre des huit épisodes que constituent le feuilleton Godard, voici les liens vers les 7 précédents :

 

Episode 1 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-1-des-d-buts-jusquae-au-journal-pilote-news-11100.html

 

Episode 2 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-2-martin-milan-news-11113.html

 

Episode 3 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-3-la-jungle-en-folie-news-11134.html

 

Episode 4 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-4-toute-une-vie-avec-julio-ribera-news-11151.html

 

Episode 5 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-5-godard-sc-nariste-dae-autres-partenariats-news-11166.html

 

Episode 6 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-6-godard-sc-nariste-multicartes-polar-humour-anticipation-et-fantastique--news-11179.html

 

Episode 7 : https://www.bd-best.com/entretiens-avec-christian-godard-ae-le-feuilleton-godard-pisode-7-hommage-albert-uderzo-news-11241.html

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

 

 



Publié le 27/06/2020.


Source : Bd-best

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