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Un héros ordinaire confronté à des choix difficiles, voilà ce qui attend Brèche-dent, un jeune korrigan modeste travaillant à la plonge dans les cuisines des ogres.

 

" - Reste qu'à leurs yeux, je ne suis qu'un 'chabin', un 'mulâtre', une 'chimère' ... au gré des surnoms qu'on m'a attribués toute mon enfance.

Le rejeton d'une korrigane délurée ... et d'un père aux origines pas très déterminées ... Un enfant de nulle part, en somme."

 

Là où son amie Trois-fois-morte brille par son talent exceptionnel, lui peine à trouver sa place et nourrit le rêve d'un avenir meilleur.

 

" - Et comme souvent par le passé, j'ai l'affreuse impression de n'être qu'un simple figurant ..."

 

 

 

Lorsqu'une opportunité semble enfin s'offrir à lui au sein de la prestigieuse brigade Tout-Sucre, il croit voir son destin changer.

 

" Je ne savais pas encore que j'allais vivre là l'un des moments les plus incroyables de ma vie ... aussitôt suivi de l'un des pires."

 

Mais cette promotion cache une exigence inacceptable : trahir son amie en dérobant l'une de ses précieuses recettes. Face à ce dilemme moral, Brèche-dent choisit la fidélité plutôt que l'ambition.

 

" - Tu t'essaieras à chacun de ces métiers, pour trouver ta voie.

- Miam. Gloups ... avec joie !

- Mais avant cela, tu vas voler une de ses recettes à Trois-fois-morte."

 

Cette décision le contraint à fuir et l'entraîne dans un long voyage ponctué de rencontres improbables, d'épreuves et de découvertes.

 

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Une quête initiatique tendre et foisonnante

Avec Une vie de vaurien, Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andréae poursuivent l'exploration du fascinant univers de La Cuisine des Ogres. Une quête initiatique tendre et foisonnante à la fois ...

 

Plutôt que de revenir au premier plan sur Trois-fois-morte, les auteurs choisissent de mettre en lumière Brèche-dent, un personnage secondaire du premier tome qui gagne ici une profondeur inattendue.

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Un récit sur la recherche de sa place

L'album développe avec sensibilité des thèmes universels. À travers les mésaventures de son héros, il questionne la valeur du talent, le poids des ambitions personnelles et la difficulté de trouver sa voie lorsque l'on ne possède aucun don apparent.

 

Brèche-dent est un personnage attachant précisément parce qu'il n'est ni exceptionnel ni héroïque au sens classique du terme. Sa gentillesse, sa loyauté et sa persévérance deviennent ses véritables forces. En suivant son parcours, le lecteur est amené à réfléchir à ce qu'il est prêt à sacrifier pour réussir et à la manière dont chacun peut construire sa propre définition du bonheur.

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Un univers toujours aussi enchanteur

L'un des grands plaisirs de cette série demeure son univers foisonnant. Les auteurs enrichissent encore leur bestiaire fantastique et multiplient les décors étonnants, les créatures singulières et les situations inattendues. Chaque étape du voyage apporte son lot de surprises et contribue à donner une véritable ampleur au monde imaginé.

 

L'atmosphère de conte demeure omniprésente, mêlant merveille, humour, mélancolie et aventure. Les nombreuses références aux récits merveilleux nourrissent l'ensemble sans jamais alourdir la lecture.

 

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Une réussite graphique remarquable

Jean-Baptiste Andréae livre une nouvelle fois une prestation impressionnante. Son trait expressif, la richesse des couleurs et le soin apporté aux ambiances confèrent à chaque planche une identité forte.

Les jeux de lumière, le design des personnages et la densité visuelle des décors invitent régulièrement à ralentir la lecture pour mieux savourer les détails.

Cette dimension graphique participe pleinement à la magie de l'œuvre et confirme le statut exceptionnel de l'artiste dans le paysage de la bande dessinée contemporaine.

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Un tome légèrement différent du premier

Si le premier volume apparaissait comme plus sombre et plus marquant émotionnellement, ce second opus choisit une approche différente.

Plus lumineux, plus accessible et davantage tourné vers le voyage initiatique, il privilégie la bienveillance et l'évolution personnelle de son héros.

 

L'intrigue peut parfois sembler plus linéaire, mais elle conserve suffisamment d'inventivité et de profondeur pour captiver jusqu'à son dénouement, particulièrement réussi et riche en résonances émotionnelles.

 

 

Bref, Une vie de vaurien confirme toute la qualité de La Cuisine des Ogres. Sans reproduire les qualités exactes du premier tome, il enrichit l'univers de la série en proposant un récit plus contemplatif et plus humain. Porté par un héros profondément attachant et par un travail graphique somptueux, cet album offre une aventure généreuse qui séduira aussi bien les jeunes lecteurs que les amateurs de contes modernes et de fantasy poétique. 

 

Un deuxième tome magnifique, touchant et visuellement éblouissant, qui démontre que l'univers de La Cuisine des Ogres a encore beaucoup de merveilles à offrir.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : La Cuisine des Ogres

Tome : 2 - Une Vie de Vaurien

Scénario : Fabien Vehlmann

Dessin & couleurs : Jean-Baptiste Andreae

Éditeur : Rue de Sèvres

Genre : fantastique

Thèmes : amitié, fidélité, quête de soi, entraides, exil, voyage initiatique, loyauté

Public : à partir de 12 ans

Parution : 8 avril 2026

Format : 24,1 x 32 cm

Page : 80

ISBN : 978 2 8102 0817 3

Prix : 20 €



Publié le 01/08/2026.


Source : Bd-best


"25 août 1819, ouverture du Salon, Le Louvre, Paris.

- Avant tout, j'aimerais dédier cette soirée à Blanche, la seule femme à avoir embarqué sur le radeau ... Quand j'y repense, je me demande comment elle a fait pour supporter toutes ces horreurs !"

 

Le Radeau de la Méduse, monument de la peinture romantique française, ce chef-d'œuvre de Théodore Géricault trône au Louvre et fait partie de ces images qui ont traversé les siècles. Pourtant, derrière cette toile célèbre se cache une tragédie dont peu de personnes mesurent réellement l'ampleur.

C'est précisément cette histoire que Thierry Soufflard et Gilles Cazaux choisissent de raconter dans L’Oubliée du radeau de la Méduse, en portant leur regard sur une figure largement effacée des récits officiels : Blanche, l'unique femme présente parmi les naufragés du radeau.

 

 

 

 

L'album s'ouvre en 1819, lors de la présentation du tableau de Géricault au Salon du Louvre. Parmi les visiteurs se trouve Henri Savigny, chirurgien de la Méduse et survivant du drame. À travers son témoignage, le lecteur replonge trois ans plus tôt, lorsque la frégate française, en route vers le Sénégal, s'échoua sur le banc d'Arguin à la suite des erreurs de navigation de son capitaine, Duroy de Chaumareys.

Faute de places suffisantes dans les chaloupes, près de cent cinquante hommes furent entassés sur un radeau de fortune destiné à être remorqué vers la côte. Lorsque les embarcations coupèrent les amarres et abandonnèrent leurs compagnons à leur sort, commença l'une des plus terribles épreuves de survie de l'histoire maritime.

 

" - Que se passe-t-il Le radeau n'avance plus !!

- Regardez, les canots s'éloignent de nous !

- Les salauds ! Ils nous abandonnent !?

- Les amarres ont été sectionnées !!

- Mort au capitaine Chaumareys !

- Saloperies d'officiers !

- Nous nous vengerons à terre par les armes Chaumareys sur terre ou en enfer !"

 

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

La grande réussite du scénario réside dans sa capacité à transformer un fait historique connu en un huis clos oppressant. En quelques pages, l'immensité de l'océan devient une prison à ciel ouvert où chaque mètre carré est disputé.

La faim, la soif, les blessures et la peur font rapidement voler en éclats les conventions sociales. Les tensions entre officiers, soldats et marins dégénèrent, tandis que certains sombrent dans la folie ou la violence.

 

L'album montre avec force comment les circonstances extrêmes peuvent révéler le pire de l'être humain, sans jamais tomber dans la complaisance. Les épisodes les plus atroces, notamment ceux liés au cannibalisme, sont traités avec retenue, ce qui les rend paradoxalement encore plus saisissants.

 

" - Au fond de nous, nous le savions. Nous n'avions qu'un seul moyen de prolonger notre existence pour nous sauver ... Que les morts nourrissent les vivants."

 

Au cœur de cet enfer flotte la figure de Blanche. Historiquement mentionnée dans les témoignages des rescapés mais rarement mise en avant, elle devient ici le pivot du récit.

Les auteurs choisissent d'en faire une femme courageuse, compatissante et résolument déterminée à préserver ce qui subsiste d'humanité autour d'elle. Infirmière improvisée, réconfortant les blessés malgré l'hostilité dont elle est victime, elle apparaît comme une conscience morale face à la brutalité ambiante.

Certes, cette caractérisation relève en partie de la reconstruction romanesque et pourra sembler idéalisée à certains lecteurs. Mais elle apporte au récit une dimension symbolique forte, faisant de Blanche bien davantage qu'un simple personnage historique : elle incarne la résistance de la dignité humaine dans un univers où toute morale semble avoir disparu.

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

Au-delà du drame maritime, l'album développe une réflexion intéressante sur les rapports de pouvoir. La responsabilité du capitaine Chaumareys, dont l'incompétence et la lâcheté ont largement contribué à la catastrophe, est clairement dénoncée. Plus largement, les auteurs interrogent les comportements collectifs face à la crise et montrent comment la peur favorise la recherche de boucs émissaires.

 

" - Les gars ! Deux tempêtes, deux nuits de suite : quand je vous dis que cette poufiasse nous porte la poisse !!

- Jésus a raison, il faut s'en débarrasser, et vite.

- Après, nos malheurs ne seront qu'histoire ancienne."

 

Dans ce contexte, la condition de Blanche résonne de manière particulièrement actuelle : seule femme au milieu d'une communauté exclusivement masculine, elle cristallise les préjugés, les superstitions et le mépris dont les femmes étaient alors victimes.

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

Graphiquement, Gilles Cazaux nous offre un remarquable travail. Son trait nerveux et expressif traduit parfaitement la tension permanente qui règne sur le radeau. Les visages marqués par la fatigue, la faim ou la terreur racontent souvent autant que les dialogues. Malgré un décor naturellement limité à quelques planches de bois perdues au milieu de l'océan, l'artiste parvient à varier les cadrages et à maintenir une réelle dynamique visuelle. Le choix d'une palette de couleurs souvent sombre renforce encore l'impression d'étouffement et de désespoir qui imprègne le récit.

 

 

L'autre mérite de l'ouvrage est de replacer la catastrophe dans son prolongement artistique. Le lecteur découvre ainsi comment ce fait divers dramatique est devenu un symbole universel grâce au tableau de Géricault.

Cette mise en perspective enrichit considérablement la lecture et invite à regarder l'œuvre du Louvre d'un œil nouveau, non plus seulement comme un chef-d'œuvre pictural, mais comme le témoignage d'une tragédie humaine bien réelle.

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

L’Oubliée du radeau de la Méduse est donc bien plus qu'une simple bande dessinée historique. C'est un récit de survie intense, une réflexion sur la nature humaine et un hommage à celles et ceux que l'Histoire a tendance à reléguer dans l'ombre. Porté par une documentation solide, une narration efficace et un dessin habité, l'album réussit à faire revivre l'un des épisodes les plus sombres de la marine française tout en offrant une lecture captivante.

 

Une œuvre forte, bouleversante et intelligente, qui donne envie de redécouvrir le célèbre tableau de Géricault à la lumière de ceux qui ont réellement vécu l'enfer qu'il représente.

 

Le radeau de tous les naufragés, la femme de tous les courages !

 

 

 

 

 

Thierry Ligot

 

 

 

Titre : L'oubliée du radeau de la Méduse"

Scénario : Thierry Soufflard & Gilles Cazaux

Dessin : Gilles Cazaux

Couleurs : Gilles Cazaux, Alice Estève & Pablo Sanchez Can

Éditeur : Marabout

Collection : Marabulles

Genre : aventure, docu-fiction

Parution : 15 octobre 2025

Format : cm

Pages : 112

ISBN : 978 2 501 183 07 9

Prix : 22,95 €



Publié le 30/07/2026.


Source : Bd-best


Au large des côtes, près d'un phare balayé par les vents et les embruns, des chevaux ailés multiplient les attaques et les vols dangereux au-dessus d'une mer agitée. Les gardiens des lieux sont désemparés face à ces créatures qui semblent agir sans raison.

 

" - Une vieille dame du village m'a parlé d'une fille qui a déjà soigné des licornes ! Même qu'elle a un chat qui parle, il paraît ! Elle pourra nous dire ce qui arrive aux pégases ! J'y vais tout de suite !

- Ulysse ! Reviens ! C'est dangereux Et les chats ne parlent pas !!!"

 

Fidèle à sa réputation, Enola répond à leur appel et entreprend de découvrir ce qui pousse les pégases à adopter une attitude aussi inhabituelle.

 

 

 

 

Depuis plus de dix ans, Enola parcourt un monde peuplé de créatures légendaires pour leur venir en aide lorsque plus personne ne les comprend. Après avoir croisé gargouilles, licornes, krakens ou encore sirènes, la jeune vétérinaire se retrouve cette fois confrontée à une harde de pégases au comportement inquiétant. Une nouvelle mission qui confirme tout le charme et la pertinence de cette série jeunesse incontournable.

 

 

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026

 

Comme souvent chez Joris Chamblain, l'intrigue repose moins sur le danger que sur la compréhension de l'autre. L'auteur développe un récit qui invite à dépasser les apparences et à chercher les véritables causes d'un comportement jugé étrange ou menaçant. Derrière ce mystère se cache une histoire touchante qui aborde avec délicatesse l'écoute, la confiance et la bienveillance. Le scénario trouve ainsi un bel équilibre entre aventure, enquête et émotion, tout en restant parfaitement accessible aux jeunes lecteurs.

 

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026

 

L'un des points forts de cette série reste sa capacité à traiter des sujets universels sans jamais tomber dans le discours moralisateur. À travers le regard d'Enola, toujours attentive aux créatures qu'elle soigne, le récit encourage la curiosité et l'empathie. Les enfants sont invités à observer, réfléchir et comprendre avant de juger. Une démarche qui donne toute sa profondeur à cette histoire pourtant relativement courte.

 

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026

 

Visuellement, l'album est une nouvelle réussite. Lucile Thibaudier continue d'enrichir cet univers fantastique avec un dessin souple, expressif et particulièrement chaleureux. Son trait donne vie à des personnages attachants et à des créatures merveilleuses qui semblent sortir tout droit d'un conte. Les décors marins, le phare perdu au milieu des éléments et les envolées des pégases offrent plusieurs séquences particulièrement réussies.

 

La mise en couleurs d'Annalisa Ferrari participe également à la magie de l'ensemble. Les teintes lumineuses et les ambiances pastel renforcent l'aspect féerique du récit tout en mettant en valeur les paysages et les scènes aériennes. Chaque page dégage une douceur qui correspond parfaitement au ton de l'aventure.

 

 

© Chamblain - Thibaudier - Les Éditions de la Gouttière 2026

 

Avec Pégase, Joris Chamblain et Lucile Thibaudier démontrent une nouvelle fois leur maîtrise de la bande dessinée jeunesse. Drôle, tendre et merveilleusement illustré, cet album prolonge avec succès une série qui continue d'émerveiller ses lecteurs tout en transmettant de belles valeurs.

Une lecture idéale pour les jeunes amateurs de créatures fantastiques, mais aussi pour tous ceux qui apprécient les histoires empreintes de poésie et d'humanité.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Enola & les animaux extraordinaires

Tome : 9 - Le Pégase

Scénario : Joris Chamblain

Dessin : Lucile Thibaudier

Couleurs : Annalisa Ferrari

Éditeur : Les Éditions de la Gouttière

Genre : fantastique

Thèmes : chevaux magiques, mystère, entraide, légende

Public : enfant à partir de 7 ans

Parution : 13 février 2026

Format : 21,8 x 28,9 cm

Page : 32

ISBN : 978 2 35796 143 2

Prix : 11,7 €



Publié le 30/07/2026.


Source : Bd-best


La fin du monde serait-elle arrivée ? L'effondrement d'un volcan suivi par le passage d'une gigantesque et terrifiante vague engloutit le monde. Les eaux montent inexorablement ! Sur une colline devenue un minuscule îlot, une famille tente de survivre ... Patrick et Madie et leurs neuf enfants voient néanmoins leur refuge condamné.

 

" - Ne sois pas butée, il est impossible de les prendre tous. On ne tiendra pas 3 jours. Il nous faut Liam et Matteo pour ramer, et on ne peut pas abandonner les petites. En ramant fort, cela nous prendra 12 jours pour rejoindre les Terres Hautes. Louie, Noé et Perrine dorment dans la même chambre. Ce serait plus simple de ne pas les réveiller en partant. Ils sont débrouillards, ils peuvent tenir jusqu'à notre retour.

- Tu crois que j'ai mis des enfants au monde pour que tu les tues ?"

 

 

 

 

C'est alors qu'une barque est découverte. Avec elle, il y aurait moyen de rejoindre des mystérieuses "terres hautes" où d'autres survivants se seraient réfugiés. Si elle est grande, elle ne peut néanmoins prendre toute la famille. Un choix crucial est à prendre ! 8 personnes peuvent embarquer ... 3 doivent rester ! Un dilemme insoutenable, cruel et déchirant pour des parents aimants !

Abandonner provisoirement Louie, Perrine et le petit Noé, avec la promesse de revenir les chercher.

 

À partir de cette séparation, le récit suit en parallèle les trois enfants livrés à eux-mêmes sur leur îlot et le reste de la famille affrontant les tempêtes, la faim et les dangers de l'océan.

 

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Du roman de Sandrine Collette à la bande dessinée de Dominique Monféry

 

Adapté du roman éponyme publié en 2018, Juste après la vague, ce dernier marque une parenthèse singulière dans l'œuvre de Sandrine Collette. Jusqu'à, présent, l'œuvre de l'autrice était essentiellement centrée sur des polars et thrillers particulièrement sombres. Or, elle s'aventure ici dans un récit postapocalyptique particulièrement humain.

Cependant, malgré le changement de registre, on retrouve ce qui fait sa force : une tension constante, des personnages confrontés à l'extrême et une réflexion implacable sur les instincts humains.

 

Pour son adaptation chez Rue de Sèvres, Dominique Monféry ne se contente pas d'illustrer fidèlement le roman. Il se l'approprie véritablement. Là où le livre mettait en scène une famille plus réduite, l'auteur choisit d'élargir considérablement la fratrie et de développer un récit à deux voix, entre ceux qui partent et ceux qui restent.

 

Cette liberté d'adaptation s'avère particulièrement pertinente. Elle renforce la dimension dramatique du récit tout en donnant davantage de place aux enfants, qui deviennent les véritables héros de l'histoire. Le résultat n'est pas une simple transposition, mais une œuvre qui fonctionne pleinement en tant que bande dessinée.

 

" - L'eau a encore monté. Pata pourrait ne pas reconnaître l'île et passer à côté de nous sans s'arrêter.

- Hein ?! On fait quoi alors ?

- Il faut guetter.

- Tu crois que Pata peut déjà revenir ? Ça ne fait que quatre jours. Je ne vois rien.

- C'est parce que tu es vraiment trop petit. On va construite u e tour de garde."

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Un scénario centré sur l'humain

 

L'une des grandes réussites de Dominique Monféry réside dans son approche scénaristique. Si le décor est celui d'une apocalypse climatique, le récit ne cherche jamais à multiplier les explications scientifiques ou les scènes spectaculaires. La catastrophe constitue avant tout un cadre permettant d'explorer les réactions humaines face à une situation impossible.

 

La question centrale est simple : comment choisir quels enfants sauver lorsque l'on ne peut pas sauver tout le monde ?

 

Ce dilemme moral irrigue l'ensemble de l'album. La culpabilité de la mère, le pragmatisme du père, l'incompréhension des enfants abandonnés ou encore la solidarité entre frères et sœurs construisent un drame familial d'une grande intensité.

 

" - Je me demande comment ils ont réagi en se réveillant et en découvrant la maison vide ... Ont-ils trouvé la lettre ?

- Arrête ça tout de suite, Madie. Coupe les tranches et coupe ta cervelle. Il n'y arien de bon là-dedans, après tu vas pleurer."

 

 

La narration alternée entre l'île et la barque maintient constamment la tension.

D'un côté, Louie, Perrine et Noé apprennent à survivre seuls.

De l'autre, leurs parents affrontent une traversée semée d'embûches.

Cette construction parallèle permet de varier les registres, alternant moments d'intimité, séquences d'aventure et scènes de pure angoisse.

 

Ce qui frappe également, c'est le regard porté sur l'enfance. Malgré la dureté des événements, Monféry conserve une forme de tendresse à travers les jeux, les rêves, les peurs et les espoirs des plus jeunes. Cette innocence confrontée à un monde brutal confère au récit une profonde émotion.

Si certains lecteurs pourront trouver certains aspects du scénario peu crédibles ou regretter une conclusion un peu rapide, l'ensemble demeure remarquablement efficace et ne laisse jamais retomber la tension.

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Un travail graphique d'une grande beauté

 

Visuellement, Juste après la vague est sans doute l'un des albums les plus impressionnants de Dominique Monféry.

Son dessin expressif parvient aussi bien à saisir les instants du quotidien que la puissance terrifiante des éléments déchaînés. Les personnages sont immédiatement attachants grâce à la justesse de leurs attitudes et de leurs regards. Louie, Perrine et Noé existent pleinement à travers leurs expressions, souvent plus éloquentes que les dialogues.

Mais c'est surtout la représentation de la mer qui impressionne. Omniprésente, elle devient presque un personnage à part entière. Tantôt calme et fascinante, tantôt monstrueuse et meurtrière, elle envahit chaque planche et rappelle constamment la fragilité des survivants.

 

Le travail à l'aquarelle constitue l'un des grands atouts de l'album. Les nuances de bleu, de gris et de vert créent une atmosphère à la fois poétique et inquiétante. Certaines planches consacrées aux tempêtes ou aux cauchemars de Louie atteignent une puissance visuelle remarquable et figurent parmi les plus belles séquences de l'ouvrage.

 

Les décors bénéficient également d'un soin particulier, qu'il s'agisse de l'îlot familial, des étendues océaniques ou des visions oniriques qui ponctuent le récit. Cette richesse graphique contribue largement à l'immersion et à la singularité de l'album.

 

 

© Monféry - Rue de Sèvres 2026

 

Avec Juste après la vague, Dominique Monféry signe une adaptation ambitieuse et profondément humaine du roman de Sandrine Collette. En privilégiant les émotions, les liens familiaux et le regard des enfants plutôt que le spectaculaire, il livre un récit de survie intense et touchant.

Portée par une narration efficace et un somptueux travail à l'aquarelle, cette bande dessinée réussit à concilier aventure postapocalyptique et drame familial. Malgré un final un peu abrupt et quelques libertés parfois discutables, l'album s'impose comme une œuvre forte, sensible et visuellement splendide, qui interroge avec justesse ce que signifie survivre lorsque l'on est confronté à des choix impossibles.

 

 

 

Thierry Ligot

 

 

 

Lien BA "Rue de Sèvres" : ici

 

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Titre : Juste après la vague

Scénario, dessin & couleurs : Dominique Monféry

D'après le roman éponyme de : Sandrine Collette

Éditeur : Rue de Sèvres

Genre : postapocalyptique

Thème : famille, solidarité, culpabilité parentale, peur, perte de l'innocence, résilience face à l'adversité

Parution : 21 janvier 2026

Format : 24,3 x 32 cm

Page : 152

ISBN : 978 2 8102 0973 6

Prix : 25 €



Publié le 30/07/2026.


Source : Bd-best


D'après le roman éponyme de Benoît Philippon, voici le 1er des 3 tomes prévus de son adaptation en BD par Nicolas Kéramidas.

 

" - Madame Gavignol, vous savez pourquoi vous êtes là ?

- Pour avoir tiré des coups de pétoire ?

- Plus exactement du tir de 22. Sur les forces de police et dans le fessier du voisin, notaire de surcroît ...

- T'es bien tatillon, j'fais pas autant dans l'détail."

 

Voilà une entrée en matière qui a de quoi agacer l'inspecteur André Ventura dès le début de l'interrogatoire de cette petite vieille de 102 ans. Il faut reconnaître qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche : Berthe Gavignol !

 

 

Placée en garde à vue, ce qui semblait n'être qu'un banal fait divers prend rapidement une toute autre dimension.

 

" - Madame Gavignol, je crois que vous n'avez pas bien saisi la situation. Vous êtes en garde à vue pour avoir tiré sur votre VOISIN ...

- C'est mon doigt qui a RIPé !"

 

Au fil de l'interrogatoire, Berthe revient sur son existence. Née en 1914, orpheline très jeune, élevée par une grand-mère aussi indépendante qu'excentrique, elle raconte les grandes étapes de sa vie, ses rencontres, ses désillusions et les violences auxquelles elle a dû faire face.

 

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Chaque révélation soulève de nouvelles interrogations, d'autant plus que plusieurs cadavres semblent jalonner son passé. Entre aveux, souvenirs et règlements de comptes, le portrait de cette vieille dame se dessine peu à peu, à la fois attendrissant, drôle et inquiétant.

 

" - Reprenons le cours des événements, si vous le voulez bien. Vous venez d'héberger deux FUGITIFS suspectés de meurtre. Vous avez passé la matinée à CANARDER mes troupes. Vous avez tiré sur votre VOISIN, le blessant gravement par deux fois. Vous êtes en possession d'une ARME prohibée et vous m'avouez à présent que vous avez TUé un homme. Un NAZI, certes. Un VIOLEUR, j'entends. MAIS tout de même, avouez que la mule commence à être chargée !"

 

 

 

Une adaptation fidèle de l'univers de Benoît Philippon

Adaptation en bande dessinée du roman à succès de Benoît Philippon, il s'agit plus qu'une simple transposition, Nicolas Keramidas s'approprie pleinement le matériau d'origine. Il conserve l'esprit du livre, son humour mordant et son héroïne hors norme, tout en exploitant les possibilités propres au média graphique. 

L'album est construit autour du face-à-face entre Berthe et l'inspecteur Ventura. Cette structure permet d'alterner constamment entre le présent de l'enquête et les souvenirs de la protagoniste, donnant au récit un rythme particulièrement dynamique. Nous découvrons ainsi progressivement les différentes facettes de Berthe, tout en partageant la stupéfaction croissante du policier.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Une œuvre féministe portée par un personnage inoubliable

L'une des grandes forces de Mamie Luger réside dans ses thématiques. Derrière l'humour omniprésent se cache un regard lucide sur la place des femmes au cours du siècle dernier. Berthe traverse une époque dominée par les conventions patriarcales, les inégalités et les violences sexistes. Pourtant, jamais elle n'accepte le rôle de victime auquel la société voudrait la cantonner.

Le personnage devient ainsi une figure de résistance. Son parcours est celui d'une femme qui refuse de subir et qui choisit d'agir, parfois de manière radicale. Sans jamais sombrer dans le discours démonstratif, l'album aborde des sujets graves tels que les agressions sexuelles, les rapports de domination ou l'émancipation féminine.

Mais l'ouvrage ne se réduit pas à son propos social. Il est aussi question de liberté individuelle, de vieillesse, de transmission et de mémoire. Berthe apparaît comme le témoin d'un siècle entier, avec ses luttes, ses drames et ses bouleversements.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Un équilibre remarquable entre humour et émotion

L'autre réussite majeure de l'album réside dans son ton. Nicolas Keramidas parvient à mêler des situations dramatiques à un humour constamment présent. Les dialogues prêtent régulièrement à sourire grâce au franc-parler de Berthe, dont les répliques cinglantes évoquent parfois le cinéma dialogué par Michel Audiard.

 

" - Vous fumez Berthe ?

- Non, ces saloperies-là, c'est un coup à choper le cancer.

- Et ça vous dérange ?

- Ça m'dérange pas, non ... Ça m'incommode."

 

Cette légèreté n'efface pourtant jamais la gravité des événements racontés. Au contraire, elle permet souvent de mieux faire ressortir les moments d'émotion ou de révolte. Le lecteur passe sans cesse du rire à la tendresse, puis à l'indignation, ce qui confère au récit une réelle richesse émotionnelle.

L'attachement que l'on développe pour Berthe constitue également un atout essentiel. Malgré les crimes qu'elle revendique parfois avec une désarmante franchise, elle demeure profondément humaine.

 

"- Vous avez un nazi enterré dans votre cave ?

- C'est bien, tu m'as écoutée.

- Que vous avez assassiné ... donc ...

- Ah non ! T'as raté la partie VIOL !"

 

Ses blessures, sa résilience et son indépendance finissent par susciter autant d'admiration que de sympathie.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Une narration maîtrisée

Sur le plan scénaristique, Keramidas fait preuve d'une grande habileté. L'utilisation de l'interrogatoire comme fil conducteur permet de ménager efficacement les révélations et de créer un véritable suspense. Chaque souvenir apporte son lot d'informations tout en ouvrant de nouvelles pistes sur le passé de l'héroïne.

Particularité intéressante, les souvenirs ne sont pas toujours racontés directement par Berthe. Un narrateur intervient fréquemment pour mettre en scène les événements du passé. Ce choix crée une certaine distance qui permet de mieux saisir la dureté des situations vécues par la jeune Berthe, tout en évitant que la personnalité haute en couleur de la centenaire ne prenne constamment le dessus sur l'émotion des scènes.

Le récit progresse ainsi avec fluidité, alternant les moments de comédie, les épisodes historiques et les passages plus sombres sans jamais perdre son équilibre.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Un dessin expressif au service du récit

Graphiquement, le trait souple, dynamique et expressif de Nicolas Keramidas donne immédiatement vie aux personnages. Les visages sont riches en expressions et participent pleinement à l'humour du récit.

Berthe constitue évidemment la grande réussite visuelle de l'album. Qu'elle soit centenaire ou jeune femme, elle conserve une présence remarquable. Son apparence fragile contraste constamment avec la force de son caractère, créant un décalage souvent savoureux.

La mise en scène bénéficie également d'un réel sens du rythme. Les séquences d'interrogatoire jouent avec les codes du polar tandis que les retours en arrière offrent des ambiances variées. La colorisation accompagne intelligemment ces changements temporels où les souvenirs bénéficient de nuances sépias évoquant clairement le passé.

Les décors, parfois minimalistes pour laisser respirer la narration, savent aussi se montrer détaillés lorsqu'il s'agit d'ancrer les personnages dans leur environnement. L'ensemble contribue à une lecture particulièrement fluide et immersive.

 

 

© Kéramidas - Casterman 2026

 

Avec Mamie Luger, Nicolas Keramidas adapte donc brillamment le roman de Benoît Philippon. Sous les traits d'une comédie policière pleine d'humour noir, l'album brosse le portrait d'une femme libre et indomptable qui traverse son siècle sans jamais accepter la soumission.

Porté par des dialogues savoureux, un suspense habilement entretenu et des thèmes forts comme la condition féminine, la résilience ou la lutte contre les violences faites aux femmes, le récit trouve un juste équilibre entre légèreté et gravité.

Soutenu par un dessin expressif et dynamique, ce premier tome séduit autant par la force de son héroïne que par l'intelligence de son propos. Une lecture jubilatoire, drôle et touchante, qui donne irrésistiblement envie de découvrir la suite des confessions de cette mémorable centenaire. Mais pour cela, il nous faudra attendre jusqu'au 14 octobre prochain ... "L'Amour est aux trousses

 

 

Et si vous avez adorez, chose dont je ne doute pas, Benoît Philippon est également l'auteur du roman "Papi Mariole", un autre polar des plus décapants.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Mamie Luger

Titre : 1/3 - La Tentation du mâle

D'après le roman de : Benoît Philippon

Scénario BD, dessin & couleurs : Kéramidas

Éditeur : Casterman

Genre : polar déjanté, critique sociale, humour noir, comédie burlesque

Thème : crime, féminisme, humour, héroïne, roman policier, société, vieillesse allumée

Public : ado - adulte

Parution : 13 mai 2026

Format : 23 x 30 cm

Page : 80

ISBN : 978 2 203 28181 3

Prix : 18 €



Publié le 26/07/2026.


Source : Bd-best


"Je fus une femme.

Une reine,

Une idée,

Un symbole,

Et ne dit-on pas que les symboles ne meurent jamais ?

Oui, je suis partie. Mais pas vraiment ... n'est-ce pas ? Car tout continuera ...

La fleur s'épanouira !"

 

Le 18 juin 1858, lors de la bataille de Gwalior, la Rani de Jhansi, Lakshmi Bai, scellait son destin ... sa légende dans une dernière charge héroïque face à l'armée anglaise.

 

Mais comment en est-elle arrivée là ?

 

 

Lakshmî Bâî est désormais confrontée à l'offensive politique et territoriale de la Compagnie britannique des Indes orientales. Lorsque les autorités anglaises refusent de reconnaître son fils adoptif, Damodar, comme héritier légitime du trône de Jhansi, son royaume est annexé et elle est écartée du pouvoir.

 

" J'ai envoyé une pétition à Dalhousie, écrit jusqu'à Londres ... En vain ! Les Anglais se sont contentés de m'attribuer une pension annuelle de 60.000 roupies. Et j'ai été contrainte de quitter le palais du fort de Jhansi !

Mais j'y suis revenue ... Et aujourd'hui tout a changé. Rien ne sera plus jamais comme avant. Le Jhansi, leurs "Indes" ne seront plus jamais celles qu'ont connues les Anglais. Car aujourd'hui...

C'est la guerre !"

 

Face aux humiliations répétées, à la confiscation de ses biens et à l'expansion constante de la domination britannique, la reine tente d'abord la voie diplomatique. Mais elle comprend progressivement que la négociation ne suffira plus. La montée du mécontentement populaire, les discours d'un fakir itinérant et l'espoir d'une union entre hindous, musulmans et cipayes nourrissent l'idée d'une insurrection générale.

 

La révolte des Cipayes éclate alors et Lakshmî Bâî devient l'une de ses figures majeures. De régente prudente, elle se transforme en chef de guerre déterminée, prête à prendre les armes pour défendre son peuple et son royaume. Son combat fait d'elle l'un des premiers grands symboles de la résistance indienne à la colonisation britannique.

 

 

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

Cette trilogie retrace ainsi le parcours exceptionnel d'une femme devenue une légende nationale en Inde. Déchue de son trône mais jamais de sa volonté, Lakshmî Bâî voit son royaume tomber sous la coupe des Britanniques.

 

Les scénaristes privilégient une approche centrée sur les dilemmes politiques et humains de leur héroïne plutôt que sur la seule grandeur du personnage historique. La reine de Jhansi apparaît comme une dirigeante lucide, confrontée à l'expansion inexorable de la puissance britannique et à l'impossibilité croissante de préserver son royaume par la négociation.

 

Le récit s'attache à montrer comment une souveraine attachée à la stabilité de son peuple est progressivement poussée vers la confrontation. Les auteurs prennent le temps d'installer les tensions, qu'elles soient militaires, sociales ou religieuses, tout en illustrant la complexité des rapports entre les différents États indiens et l'administration coloniale. Cette construction progressive renforce la crédibilité des événements et donne du poids aux choix effectués par l'héroïne.

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

L'un des points forts du scénario réside également dans sa capacité à mêler la destinée individuelle de Lakshmî Bâî à un mouvement historique plus vaste. Son parcours personnel devient le reflet d'une prise de conscience collective, celle d'un peuple qui commence à envisager une résistance organisée face à l'occupant. La révolte n'apparaît donc pas comme une réaction soudaine, mais comme l'aboutissement d'un long processus d'accumulation de frustrations et d'injustices.

 

Le rythme, soigneusement maîtrisé, alterne scènes d'échanges diplomatiques, moments d'introspection et séquences de tension croissante. Cette variété permet de maintenir l'intérêt tout en donnant de l'épaisseur aux protagonistes. Sans céder à la simplification, les auteurs livrent ainsi un récit historique accessible, porté par une héroïne dont la détermination et l'évolution constituent le moteur principal de l'intrigue.

Cette conclusion offre finalement une dimension à la fois épique et tragique à la figure de la Rani de Jhansi, dont le destin dépasse largement le cadre de son royaume pour rejoindre celui des grandes figures de la résistance et de l'émancipation des peuples.

 

Ce dernier tome se distingue dès lors par la transformation progressive de l'héroïne : militante de la négociation au départ, elle est conduite vers une radicalisation que les événements rendent inévitable. Cette évolution psychologique est au cœur du récit.

 

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

Le dessin réaliste de Carlos Gomez reste exceptionnel. Son trait précis restitue aussi bien les fastes des palais indiens que la violence des combats. Les couleurs chaudes de Luca Saponti, dominées par les rouges et les oranges, renforcent l'atmosphère dramatique et crépusculaire du récit, tout en nous immergeant dans cette Inde des épices et des soies.

 

 

© Delalande, Mogavino, Gomez & Saponti - Delcourt 2026

 

Une conclusion puissante pour une trilogie ambitieuse qui met en lumière une figure historique encore peu connue en Europe. À travers Lakshmî Bâî, les auteurs racontent les prémices du mouvement d'émancipation indien et dressent le portrait inspirant d'une femme déterminée à défendre sa liberté jusqu'au sacrifice ultime. Une bande dessinée historique à la fois instructive, spectaculaire et émouvante.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Les reines de sang

Titre : Rani Lakshmi Bai, la séditieuse

Tome : 3/3

Scénario : Arnaud Delalande & Simona Mogavino

Dessin : Carlos Gomez

Couleurs : Luca Sapoonti

Éditeur : Delcourt

Collection : Histoire & histoires

Genre : histoire, biographie

Thème : Indes, XIXe siècle, Compagnie des Indes

Parution : 22/01/2026

Format : 23,2 x 32,2 x 1,5 cm

Page : 63

ISBN : 978 2 413 08484 6

Prix : 16,50 €



Publié le 24/07/2026.


Source : Bd-best


18 ans, Olivier passe une dizaine de jours de vacances à Cyvette, sa commune de naissance. Vu le superbe temps estival, il va à la piscine municipale. Myope come une taupe, ses lunettes le gênent et il préfère nager sans, quasi à l'aveuglette. Il croise dans un flou plus qu'artistique une jeune femme qui lui avoue qu'elle était amoureuse de lui quelques années plus tôt. Les circonstances, la timidité, le hasard faisant, elle n'avait jamais osé le lui dire à l'époque.

 

Mais voilà, sans ses lunettes, le jeune homme est incapable de distinguer son visage. Décontenancé, il oublie de lui demander son nom, voire de savoir comment la retrouver. Quelques minutes plus tard, elle a disparu. Le genre de moment qui pourrait n'être qu'une anecdote de vacances.

 

" - Bah ! Je peux te le dire maintenant, après tout ... il se pourrait qu'à l'époque, j'aie été un petit peu beaucoup amoureuse de toi ... Je n'osais pas te l'avouer ... ni à toi, ni aux autres, d'ailleurs. Ils n'en ont jamais rien su."

 

 

 

 

Vingt-six ans après, devenu chauffeur de taxi, séparé de sa femme et éloigné de son fils, Olivier n'a pourtant jamais oublié cette voix surgie du passé.

 

Une course pour une cliente pressée le ramène dans son village d'enfance. Et sur la route, entre confidences et échanges anodins ...

 

" - Je repensais à ce que vous m'avez dit tout à l'heure, dans la voiture ...

- J'en ai dit des choses ...

- Cette fille à la piscine.

- Ah oui, l'inconnue ... et alors ?

- Comment vous n'avez pu ne pas la reconnaître ?

- J'avais enlevé mes lunettes pour nager, c'est tout ! Je suis myope : passé 50 cm, tout est flou ! Une vraie taupe !"

 

Arrivé sur place, fatigué par le trajet, petite sortie de route et le voilà contraint à rester plus longtemps sur place que prévu. L'occasion de se replonger dans ses souvenirs, de recroiser ses anciens camarades. Poussé alors par ses derniers, il se lance dans une quête aussi absurde qu'émouvante : retrouver une femme dont il ne connaît rien, sinon qu'elle l'a aimé un jour.

 

" - Oui oui ... puisque vous parlez mathématiques, eh bien, de mon côté, c'est une équation à une inconnue que je n'ai jamais su résoudre. Vous vous souvenez de la piscine lorsqu'on était ados ?

[...]

- Bon, les amis, fin de la récré : j'embauche à 6 heures, moi ! Olive, demain, on démarre l'enquête ! Et comme disait l'père Barrauld : Nous vons bin y arrivaille !""

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Le poids des souvenirs et des occasions manquées

 

" - Si ça se trouve, vous êtes passé à côté d'une belle histoire.

- Voilà qui résume bien ma vie."

 

Sous les apparences d'une comédie romantique légère, Équation à une inconnue s'intéresse à des questions plus profondes. Frédéric Peynet explore la manière dont certains souvenirs s'accrochent à nous, parfois plus fortement que des événements objectivement plus importants. L'inconnue n'est finalement qu'un prétexte. Ce qu'Olivier poursuit réellement, c'est une possibilité perdue, un embranchement de sa vie qu'il n'a jamais pu emprunter.

 

Le récit parle avec beaucoup de justesse de ces moments qui continuent à nous accompagner longtemps après leur disparition. Qui n'a jamais repensé à une rencontre fugace, à une occasion manquée ou à une décision que quelques secondes auraient pu changer ? L'auteur aborde ces thèmes avec délicatesse, sans jamais sombrer dans la nostalgie pesante.

 

" Aidez Olivier Béthany à retrouver l'inconnue de son cœur."

 

Ce sera surtout aussi pour Olivier l'opportunité de se confronter à son présent. Par son retour à Cyvette, il se voit obliger à renouer avec son passé, ses amis d'enfance et ses blessures personnelles.

Le voici ainsi autant sur un chemin vers soi que dans une recherche amoureuse.

 

" Je sais pas ... peut-être que c'est une façon inconsciente pour toi de retourner au croisement des chemins ? Pour pouvoir en suivre un autre ? Prendre un nouveau départ ?"

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Un scénario qui déjoue les attentes

Le point de départ pourrait faire craindre une mécanique romantique assez convenue. Frédéric Peynet évite pourtant ce piège grâce à une écriture centrée sur les personnages plutôt que sur le suspense sentimental.

L'intérêt du récit ne réside pas tant dans l'identité de l'inconnue que dans l'incroyable mobilisation qu'entraîne cette recherche. Anciens camarades, journaliste local, commerçants, élus, jeunes branchés : tout un village s'approprie progressivement l'histoire d'Olivier et se mobilise pour aboutir à une fin heureuse.

L'enquête devient une aventure collective, nourrie d'idées parfois saugrenues, de fausses pistes et d'élans de solidarité.

 

Cette galerie de personnages constitue l'une des principales réussites de l'album. Aucun n'est réduit à une simple fonction narrative. Tous possèdent leur personnalité, leurs fragilités, leurs manies. Leur bienveillance n'efface jamais leur humanité, ce qui rend leur histoire crédible et touchante.

 

L'ensemble trouve un équilibre particulièrement réussi entre humour, émotion et mélancolie. Les situations prêtent souvent à sourire, mais elles révèlent toujours quelque chose de plus intime chez les protagonistes.

 

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Une histoire nourrie par le vécu

L'une des singularités de Équation à une inconnue réside dans son origine. Dans un entretien accordé au Bamboo Mag, Frédéric Peynet révèle que le point de départ du récit lui est directement inspiré d'une expérience personnelle.

 

« J'ai en effet vécu le point de départ de cet album : être abordé au milieu d'une piscine municipale par une fille dont j'ignore toujours l'identité, puisqu'étant très myope, son visage est resté définitivement flou. »

 

Si l'auteur précise que la situation a été largement romancée, cette anecdote apporte une sincérité évidente à l'ensemble. Il reconnaît d'ailleurs avoir beaucoup investi de lui-même dans son personnage principal :

 

« Même si "mon" inconnue ne m'a pas fait de déclaration d'amour, j'ai forcément mis du vécu dans ce personnage. »

 

Cette part autobiographique explique sans doute pourquoi les émotions sonnent aussi juste. Derrière l'humour du postulat se devine une interrogation authentique sur la mémoire et sur les mystères que chacun porte en soi.

L'album marque également une étape importante dans le parcours de l'auteur. Après des décennies passées principalement au dessin, il assume ici seul la construction du récit :

 

« Après quelque 25 années passées à collaborer avec des scénaristes, c'est le premier album que je réalise seul. »

 

Une expérience visiblement réussie tant la narration fait preuve d'une grande maîtrise.

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Un dessin au service de l'émotion

Dessinateur expérimenté, Frédéric Peynet démontre une nouvelle fois l'étendue de son talent graphique. Son trait semi-réaliste se caractérise par une grande souplesse et une remarquable expressivité. Les émotions passent souvent par un simple regard, une moue ou un sourire esquissé.

 

La mise en scène privilégie la lisibilité et l'efficacité. Sans chercher l'esbroufe graphique, l'auteur construit des planches fluides qui servent parfaitement le rythme du récit. Les personnages occupent constamment le centre de l'attention, tandis que les décors du village contribuent à installer une atmosphère chaleureuse et familière.

 

L'une des plus belles trouvailles visuelles apparaît dès les premières pages. La scène fondatrice est représentée à travers la vision déformée d'Olivier privé de ses lunettes. Les contours deviennent flous, les silhouettes indistinctes, les couleurs se fondent les unes dans les autres. En quelques images, le lecteur comprend immédiatement l'origine de cette obsession qui traversera plusieurs décennies.

 

La coloration, lumineuse et chaleureuse, accompagne idéalement ce récit où se mêlent nostalgie, humour et tendresse.

 

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Une comédie romantique profondément humaine

Avec Équation à une inconnue, Frédéric Peynet livre bien davantage qu'une simple romance. Derrière l'enquête sentimentale se dessine le portrait d'un homme en quête de réconciliation avec son passé, entouré d'une communauté prête à l'aider à retrouver un rêve de jeunesse.

 

L'album séduit par la simplicité apparente de son sujet, la sincérité de son écriture et la tendresse portée à chacun de ses personnages. Il rappelle que certains souvenirs demeurent vivants parce qu'ils renferment moins ce qui a été vécu que tout ce qui aurait pu advenir.

 

Une bande dessinée généreuse, drôle et émouvante, qui confirme que les plus belles histoires naissent parfois d'un simple visage entrevu... ou, dans le cas présent, jamais vu.

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Équation à une inconnue

Scénario - dessin - couleurs : Frédéric Peynet

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Type : one-shot

Genre : Romance, tranche de vie, amour perdu, amitié

Public : ado - adulte

Parution : 1 juillet 2026

Format : 22,1 x 30 cm

Page : 104

ISBN : 979 1 0411 0777 3

Prix : 19,90 €



Publié le 24/07/2026.


Source : Bd-best


Avec Terre inca, deuxième volet de la série imaginée par Erik Arnoux et mise en dessin par David Morancho, l’aventure automobile change nettement de dimension. Ce qui pouvait encore apparaître comme un récit d’exploration et de dépassement de soi devient progressivement une fresque historique où les ambitions personnelles se heurtent aux réalités politiques et sociales de l’entre-deux-guerres.

 

" - Je vois bien. mais regardez ce qu'il en reste ... des ruines ! Celles d'un peuple soi-disant élu incapable de se défendre face à ses ennemis et qui a lamentablement fini par disparaître ! Ça ne vous fait pas penser à quelques chose ? Hein ? Leçon instructive que l'histoire nous apporte là ! Et qui peut parfaitement se reproduire. N'est-ce pas Gotfried ,

- Jawohl, HerrRosenberg !"

 

 

 

Après avoir traversé les États-Unis, Sigrid Hässler poursuit son tour du monde au Pérou. Inspirée de la pionnière Clärenore Stinnes, cette héroïne moderne continue de défier les conventions de son époque au volant de son Adler. Mais les routes andines se révèlent bien plus dangereuses que prévu. Une panne mécanique l'oblige à trouver refuge dans l’hacienda de Raul de la Hoya, un riche propriétaire terrien dont l’hospitalité cache rapidement des intentions moins bienveillantes.

 

" - Je ne vous ouvrirai pas, Raoul ! Allez dormir ...

- Je ... je ne peux pas ! Je p... pense à vous ... vos seins, vos f... fesses, votre ...

- ? Ce sont là des mots très inconvenants, señor de la Hora ! Et que dirait votre femme ?

- Ma femme ... Mais qu... quelle importance ? restez et je vous offre tout !"

 

 

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

À travers cette étape péruvienne, le récit s’éloigne du simple carnet de voyage pour explorer des thèmes plus sombres. Sigi découvre les conditions de vie de travailleurs japonais exploités dans les plantations de coton. Derrière les paysages grandioses et l’apparente prospérité de l’hacienda se dévoile une réalité marquée par l’injustice, la violence et les rapports de domination. La jeune aventurière, fidèle à son sens moral, ne peut rester indifférente face à ces abus, ce qui l'entraîne dans une série de choix risqués.

 

" - Alors chez nous, certes, ils travaillent dur ... mais on les nourrit, on les loge, on leur donne un salaire deux fois plus important que ce qu'ils toucheraient au pays. Alors, pensez s'ils s'acclimatent vite. Jamais un mot plus haut que l'autre, travailleurs et dociles ... Hei, mon ami, que tu aimes le Pérou ?

- Si si, señor ... Iclaro. Que si !

- Un homme heureux ... vous voyez ?

- Je vois surtout qu'il dit ce que vous voulez entendre ... Pour moi, vos "chinois" ont tout l'air de prisonniers avec ces gardes en armes autour !"

 

 

Parallèlement, l’intrigue développée à Berlin prend une importance croissante. Le financement de l’expédition par des intérêts liés au nazisme apparaît désormais au grand jour pour le lecteur. Tandis que Sigi poursuit sa route sans mesurer pleinement les enjeux qui la dépassent, son amie Hannah découvre peu à peu la véritable nature des hommes qui orchestrent le voyage. Cette prise de conscience la place dans une situation extrêmement périlleuse et renforce la tension dramatique du récit. Les liens entre l’aventure sud-américaine et les manœuvres politiques européennes se resserrent au fil des pages, annonçant les bouleversements historiques à venir.

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

L’un des points forts de ce tome réside dans sa capacité à montrer comment les différentes formes d’oppression se manifestent à travers le monde. L’exploitation des travailleurs japonais au Pérou fait écho aux discriminations et à la montée du fanatisme en Allemagne. Sans jamais sacrifier le rythme de l’aventure, Erik Arnoux intègre ces dimensions historiques et sociales avec efficacité, donnant davantage d’épaisseur à son récit.

 

 

Graphiquement, David Morancho signe une prestation remarquable. Son dessin réaliste restitue avec précision les paysages andins, les haciendas isolées et les pistes escarpées parcourues par l’expédition. Les décors impressionnants contrastent avec la dureté des situations vécues par les personnages. La mise en couleur contribue également à l’immersion, alternant les tons chaleureux de l’Amérique du Sud et les atmosphères plus inquiétantes des séquences berlinoises.

 

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

Certains lecteurs pourraient trouver que les nombreux rebondissements s’enchaînent rapidement au regard du format relativement court d'un 64 pages. Néanmoins, cette densité narrative participe aussi à la sensation d’urgence qui accompagne les protagonistes.

L’histoire ne cesse d’avancer, à l’image de cette expédition lancée sur les routes du monde alors que l’Europe s’approche dangereusement du précipice.

 

© Arnoux - Morancho  Glénat 2026

 

Terra Inca confirme dès lors tout le potentiel de la sériel. Mêlant adroitement aventure, reconstitution historique et réflexion sur les dérives idéologiques, ce deuxième tome enrichit considérablement l’univers de Sigi. Porté par une héroïne attachante et indépendante, un scénario solide et un dessin élégant, l’album offre une lecture captivante qui donne envie de poursuivre ce voyage aux quatre coins du monde.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Sigi

Tome : 2 - Terra Inca

Scénario : Erik Arnoux

Dessin & Couleurs : David Morancho

Éditeur : Glénat

Genre : aventure

Thème : espionnage, aviation

Parution : 11/02/2026

Format : 32,2 x 24,2 x 1,1 cm

Page : 64

ISBN : 978 2 3440 5616 5

Prix : 16 €



Publié le 21/07/2026.


Source : Bd-best


 

« Je ne sais plus si c'est moi qui ai créé Ziggy ou si c'est l'inverse, Ziggy me dévore ! »

 

Avec Starman – Quand Ziggy éclipsa Bowie, Reinhard Kleist ne propose pas une biographie complète de David Bowie, mais se concentre sur une période décisive : celle de la naissance de Ziggy Stardust, de son triomphe, puis de la reconstruction de Bowie à Berlin.

 

« L'époque était sombre et l'avenir incertain. Tu as senti ce que les gens voulaient entendre. » 

 

 

Publié chez Casterman en septembre 2025 (oui d'accord, il y a presque 1 an) l’album de 344 pages réunit en réalité deux récits : l’ascension glam de Ziggy et la période plus intime de Low et de la trilogie berlinoise.

Attention ... voyage dans une constellation de métamorphoses allant de Major Tom à Ziggy Stardust, du Thin White Duke au Bowie berlinois !

 

 

 

Le récit débute au début des années 1970, dans une Angleterre grise où Bowie surgit comme une créature venue d’ailleurs. Avec ses cheveux rouges, ses tenues provocantes, son ambiguïté et son imaginaire spatial, il invente Ziggy Stardust, messie rock destiné à parler à une jeunesse inquiète. Très vite, le personnage dépasse son créateur. Bowie fascine, choque, électrise les foules, mais se retrouve aussi prisonnier de ce double flamboyant. La célébrité, les excès, la drogue et la paranoïa l’entraînent vers une forme de chute, jusqu’à la décision symbolique de « tuer » Ziggy sur scène en 1973.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

La seconde partie suit un Bowie plus fragile, fuyant Los Angeles pour Berlin-Ouest. Dans cette ville divisée, aux côtés notamment d’Iggy Pop, Brian Eno et Tony Visconti, il tente de reprendre pied. Berlin devient le lieu d’une renaissance artistique et personnelle, moins spectaculaire que l’époque Ziggy, mais plus humaine. C’est là que Bowie se libère peu à peu de ses masques pour inventer une nouvelle manière de créer.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Sur le plan scénaristique, Reinhard Kleist évite la simple chronologie. Il construit son récit par fragments, flashbacks et visions intérieures. L’enfance de David Jones, ses débuts difficiles, l’influence de son frère Terry, atteint de troubles psychiatriques, et la peur constante de sombrer à son tour donnent de l’épaisseur au portrait. Bowie apparaît comme un artiste génial, mais aussi anxieux, ambitieux, vulnérable, parfois égocentrique.

 

« Ziggy montrait à chacun d'entre nous que la personnalité d'un être a bien plus de facettes et que nous portons en nous bien plus de créatures que nous le pensons. » 

 

Cette dimension donne à l’album une profondeur réelle. Kleist ne se contente pas d’aligner les dates, les albums, les rencontres et les anecdotes célèbres. Il tente de comprendre ce qui pousse Bowie à se métamorphoser sans cesse. L’artiste apparaît comme un génie visionnaire, mais aussi comme un homme immodeste, anxieux, ambitieux, parfois manipulateur, souvent vulnérable. Le scénariste ne le sanctifie pas. Il montre ses excès, sa consommation de drogue, sa difficulté à aimer, ses relations compliquées avec Angela Bowie, son rapport ambigu à la célébrité et au show-business. Le livre montre surtout comment ses personnages, Ziggy, Major Tom ou le Thin White Duke, deviennent autant de miroirs dangereux.

 

Cette richesse a cependant son revers. L’album est dense, parfois bavard, et les nombreuses références musicales peuvent perdre les lecteurs peu familiers de Bowie. Mais pour les connaisseurs, cette profusion nourrit le plaisir de lecture et restitue bien la complexité d’un artiste en perpétuelle métamorphose.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Graphiquement, Kleist adopte un style à l’image de son sujet : excessif, nerveux, changeant. La période Ziggy explose en couleurs pop et psychédéliques, avec des compositions proches du comics et du poster glam. Les scènes de concert deviennent presque hallucinatoires, comme si la musique transformait Bowie en super-héros rock ou en messager cosmique.

La partie berlinoise marque un net changement d’atmosphère. Les couleurs se refroidissent, les rues deviennent humides, les intérieurs plus sombres, les ambiances plus mélancoliques. Berlin n’est pas seulement un décor : c’est un refuge, un miroir, presque un personnage.

Le dessin y gagne en retenue et en émotion.

 

 

© Kleist - Casterman 2026

 

Au final, Starman – Quand Ziggy éclipsa Bowie n’est pas un chef-d’œuvre sans défauts. Il peut sembler long, chargé, parfois trop explicatif. Mais il reste une biographie dessinée puissante, passionnée et habitée.

Reinhard Kleist y saisit Bowie non comme une icône figée, mais comme un artiste en lutte contre ses propres créations.

Un album indispensable pour les fans, et une belle porte d’entrée pour qui veut comprendre pourquoi Bowie continue, encore aujourd’hui, de hanter l’imaginaire du rock.

 

 

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Starman, Quand Ziggy éclipsa Bowie

Scénario : Reinhard Kleist

Couleurs : Thomas Gilke & Re

Traduction de l'allemand : Paul Derouet

Éditeur : Casterman

Genre : biopic, documentaire

Thèmes : musique, célébrité, XXe siècle

Public : ado - adulte

Parution : /09/2025

Format :  18,6 x 25,9 cm

Page : 344

ISBN : 978 2 203 24856 4

Prix : 28 €



Publié le 20/07/2026.


Source : Bd-best


Alors que l'actualité cinématographique ne parle que de cette sortie, Bamboo lance une nouvelle collection avec Nootilus, et un premier titre emblématique. Son ambition est de rendre les grands classiques de la littérature accessibles aux jeunes lecteurs.

Le plus célèbre récit de l'Antiquité est ainsi doublement à l'affiche ... l'adaptation du récit d'Homère, "L'Odyssée" !

Christopher Nolan sur grand écran ... Maxe L'Hermenier et Thomas Labourolt sur papier.

 

"  - Athéna, ma chère fille, que veux-tu nous prouver en nous montrant tout ceci ?

- C'est pourtant simple, père, et vous, dieux bienheureux, il faut que le roi d'Ithaque rentre parmi les siens. Dix ans ... Ça fait maintenant dix années qu'Ulysse a quitté la maudite Troie ! Ayez un peu de pitié pour ce valeureux guerrier qui endure de cruelles souffrances dans l'île où la nymphe Calypso le retient prisonnier."

 

 

L'album débute alors que la guerre de Troie appartient déjà au passé.

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

Voilà des années qu'Ulysse a quitté le champ de bataille, mais le roi d'Ithaque n'est toujours pas rentré chez lui. Prisonnier de la nymphe Calypso sur une île paradisiaque, il subit la colère tenace du dieu Poséidon.

 

"- Il a été maudit par Poséidon ! Ce mortel a aveuglé son fils, le cyclope ! La rancune de Poséidon n'a pas d'âge."

 

Pendant ce temps, à Ithaque, Pénélope continue de l'attendre malgré le désespoir qui la gagne peu à peu. Assaillie par des prétendants impatients de prendre la place du roi disparu, elle retarde sans cesse le moment de choisir un nouvel époux grâce à la célèbre ruse du linceul qu'elle tisse le jour avant de le défaire la nuit. Touchée par sa fidélité, Athéna obtient finalement l'accord de Zeus pour venir en aide à Ulysse.

 

" - Tu contemples encore l'horizon, comme si ton regard pouvait te ramener parmi les tiens.

- Mon cœur est là-bas, Calypso ...

- Si tu restes avec moi, je t'offrirai l'immortalité. Tu ne vieilliras plus jamais.

- Une vie infinie sans ma femme et mon fils ... Ce n'est pas une vie.

[...]

- Les dieux ont parlé. Tu es libre de quitter cette île."

 

 

Libéré de sa captivité, le héros reprend alors la mer et entreprend le périlleux voyage qui doit le ramener auprès des siens. Mais le péril reste, Poséidon apprend sa libération et est loin de lui avoir pardonner son crime. Un nouveau naufrage le pousse vers la cité des Phéaciens.

 

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

C'est ainsi qu'Ulysse se remémore les différentes étapes de son infortune, depuis son serment de Tyndare, le liant avec Agamemnon, Nestor et surtout Ménélas, dont la femme, Hélène, s'est enfouie avec le prince Pâris de Troie !

 

" J'étais roi d'Ithaque, mais surtout un soldat de la guerre de Troie. Avant la guerre, je ne voulais qu'une vie simple, auprès des miens. malheureusement, il y a vingt ans, un vieux serment a changé toute ma destinée."

 

 

Monstres, divinités capricieuses, tempêtes et créatures fantastiques vont alors jalonner une aventure qui n'a rien perdu de sa force évocatrice.

 

 

 

L'adaptation choisit une approche fidèle au récit originel tout en cherchant à moderniser sa lecture. Prévu en 2 tomes, les principaux épisodes de l'épopée sont présents et l'ensemble demeure très accessible, même pour un public qui découvrirait l'histoire pour la première fois.

 

Le récit avance cependant à un rythme soutenu. Les nombreuses étapes du voyage s'enchaînent parfois rapidement et certaines rencontres mythiques auraient mérité davantage de pages pour développer leur dimension merveilleuse ou dramatique. Cette condensation est sans doute le principal défaut de l'album, mais elle est aussi la conséquence du pari ambitieux de résumer une œuvre aussi dense en seulement deux volumes.

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

Graphiquement, Thomas Labourot réussit pleinement son travail. Il apporte son trait dynamique et moderne à cette relecture du célèbre voyage d'Ulysse. Son dessin expressif et coloré insuffle beaucoup d'énergie à l'ensemble. Les dieux de l'Olympe affichent une présence majestueuse, les créatures mythologiques sont impressionnantes et les scènes d'action profitent d'une mise en scène nerveuse qui maintient constamment l'intérêt du lecteur. L'artiste parvient surtout à donner un aspect contemporain à ce monument de la littérature sans lui faire perdre son identité antique.

 

Cette nouvelle collection se veut également pédagogique et un outil facilement utilisable par les enseignants désireux d'introduire, de transmettre les classiques de la littérature sans les figer. Il se clôture donc par un dossier à la fois pédagogique et ludique. Présentant Homère, son œuvre et le thème (Achille, la guerre de Troie, ...), quelques questions, QCM, jeu de piste ou autres offrent la possibilité aux lecteurs de "vérifier" ses connaissances toutes fraîches.

 

© L'Hermenier - Labourot - Nootilus 2026

 

Cette première partie remplit donc largement sa mission. Elle offre une porte d'entrée efficace vers l'œuvre d'Homère, capable de séduire aussi bien les jeunes lecteurs que les adultes curieux de redécouvrir ce classique sous une autre forme.

 

Malgré un rythme parfois trop pressé, le souffle de l'aventure y est bien présent et l'envie de poursuivre le voyage jusqu'au retour d'Ulysse à Ithaque ne fait aucun doute.

Une adaptation intelligente et soignée qui lance de belle manière cette nouvelle collection consacrée aux grands textes de la littérature.

 

Mais également une excellente introduction pour les plus jeunes avant d'aller voir, l'extraordinaire et encensée par tous, adaptation cinématographique de Christopher Nolan.

 

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : L'Odyssée, d'après le récit d'Homère

Tome : 1 - Ulysse

Adaptation & Scénario : Maxe L'Hermenier

Dessin : Thomas Labourot

Couleurs : Thomas Labourot, Luc Perdriset & Anne-Lise Sauvêtre

Éditeur : Bamboo

Collection : Nootilus

Genre : antiquité, mythologie, aventure, amour, Homère

Public : ado - adulte

Parution : 8 juillet 2026

Format : 22,5 x 29,9 x 1,1 cm

Page : 64

ISBN : 979 1 0411 2060 4

Prix : 16,9 €



Publié le 19/07/2026.


Source : Bd-best


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