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Avec "Lenny, on ne choisit pas sa famille !", Relom signe une comédie familiale aussi mordante qu'irrésistible. L'album met en scène Lenny, un garçon parfaitement ordinaire qui a pourtant tiré le mauvais numéro à la loterie familiale.
" - Mais c'est n'importe quoi ! Elle va très bien, Zaza !
- C'est exactement ce que je lui ai dit !
- MoOOORt AUX HoOOOoommes ..."
Entre une petite sœur incontrôlable, des parents prisonniers de leurs certitudes éducatives et une grand-mère qui semble avoir transformé l'excentricité en art de vivre, le jeune héros tente tant bien que mal de conserver sa santé mentale.
Derrière l'humour omniprésent, l'auteur s'amuse à pointer du doigt certains travers contemporains : l'obsession du paraître, les modes éducatives, les injonctions contradictoires et l'incapacité à reconnaître ses propres défauts.
" - Dis-moi que je rêve ! Elle a bu de l'acétone !!
- RRroOOonn
- Mais non, elle a dû s'en servir pour nettoyer les vitres ... Tu dramatises toujours tout."
Le tout justement est porté par un rythme vif, une galerie de personnages inoubliables et un sens aigu de l'absurde. On rit beaucoup, parfois jaune, mais toujours avec plaisir.

© Relom - Fluide Glacial 2026
Relom, un observateur férocement drôle
Connu notamment pour les séries "Traquemage" et "Andy & Gina", Relom démontre une nouvelle fois son goût pour les univers décalés et les personnages hauts en couleur. Auteur complet, il excelle dans l'art de transformer les travers humains en ressorts comiques. Son humour repose autant sur la caricature que sur l'observation du quotidien, ce qui rend ses histoires aussi loufoques que familières.
" - Oui, ma sœur elle a une grosse chatte; mais elle est moins jolie que la tienne. Toi, ta petite chatte, elle est vraiment toute mignonne."
Ici, il construit un microcosme familial dont chaque membre semble avoir sa propre définition de la normalité. Et c'est précisément ce contraste qui fait mouche : le seul personnage raisonnable est considéré comme le problème de service. Une situation qui rappelle parfois certains repas de famille où l'on finit par se demander si le plus sage n'est pas celui qui quitte la table le premier.

© Relom - Fluide Glacial 2026
Un scénario construit autour de l'absurde du quotidien
Plutôt qu'un récit linéaire, Relom privilégie une succession de scènes et de tranches de vie qui dévoilent progressivement la mécanique dysfonctionnelle de la famille. Chaque épisode repose sur un malentendu, une situation absurde ou une logique poussée jusqu'à ses conséquences les plus ridicules.
L'une des grandes attraits du scénario réside dans son équilibre. Sous ses allures de satire féroce, l'album ne condamne jamais totalement ses personnages. Certes, les parents de Lenny sont souvent aveugles, sa sœur est une véritable tornade sur pattes et la grand-mère semble avoir signé un pacte avec le chaos, mais chacun possède sa part d'humanité. Cette bienveillance évite au récit de sombrer dans la simple moquerie et renforce l'attachement que l'on finit par éprouver pour cette famille impossible.
L'humour fonctionne d'autant mieux qu'il s'appuie sur des situations crédibles dans leur fond. De nombreux lecteurs reconnaîtront derrière les excès caricaturaux des attitudes ou des comportements observés dans la vie réelle. Relom grossit le trait, mais jamais au point de rendre son propos étranger à notre époque.

© Relom - Fluide Glacial 2026
Un dessin au service du comique
Graphiquement, Relom maîtrise parfaitement son sujet. Son trait semi-réaliste, enrichi d'une forte dimension caricaturale, donne naissance à une galerie de visages particulièrement expressifs. Les regards gênés, les grimaces d'incompréhension, les accès de panique ou les explosions de colère deviennent à eux seuls des gags visuels.
L'auteur possède un talent remarquable pour capturer les instants de malaise. Les expressions des parents de Lenny, souvent dépassés par les événements qu'ils ont eux-mêmes provoqués, constituent un véritable festival de mimiques. Chaque personnage dispose d'une identité visuelle forte qui le rend immédiatement reconnaissable.
Les décors, plus sages et colorés, jouent un rôle essentiel dans l'équilibre de l'ensemble. Leur apparente tranquillité contraste avec la folie des protagonistes et renforce l'effet comique. Tandis que tout semble calme autour d'eux, les personnages s'emploient méthodiquement à transformer chaque situation banale en catastrophe relationnelle.

© Relom - Fluide Glacial 2026
"Lenny, on ne choisit pas sa famille !" est une excellente comédie familiale qui mélange satire sociale, humour grinçant et tendresse sincère. Relom s'amuse avec les contradictions de notre époque sans jamais sacrifier le plaisir de lecture à son propos.
Porté par un dessin extrêmement expressif et un sens redoutable du gag, cet album offre un moment de lecture aussi drôle que pertinent.
Une chose est sûre : après avoir fréquenté la famille de Lenny, vos propres réunions familiales paraîtront soudain beaucoup plus reposantes.
Et ça, c'est peut-être son plus grand pouvoir thérapeutique.
Relom livre une comédie familiale féroce et désopilante où le seul personnage équilibré passe pour le problème de service.
Un concentré d'humour grinçant, de situations absurdes et de vérités qui font parfois un peu mal ... mais surtout aux zygomatiques !
Le plus fou chez Lenny ? C'e n'est justement pas Lenny !
Car dans cette famille, être normal est le seul vrai problème !
Thierry Ligot
Objet de "La Minute de Rey" de septembre 2026, la voici : ici
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Titre : Lenny, On ne choisit pas sa famille
Scénario & dessin : Relom
Couleurs : Degreff
Éditeur : Bamboo
Label : Fluide Glacial
Genre : satire sociale et familiale, humour
Thèmes : famille
Public : tout
Parution : 2/9/2026
Format : 22,6 x 29,5 cm
Page : 56
ISBN : 979 1 0382 0682 3
Prix : 13,95 €
" Ventura cherchait à comprendre comment une femme si humaine avait pu tuer deux hommes ... de sang-froid.
Il pensait aussi à ses trois à ses trois mariages ... Triste bilan. Il pensait à sa vie conjugale ... et la trouvait bien terne.
Ventura aurait bien donné l'absolution à Berthe ... mais il avait encore des confessions à lui soutirer."
C'est dans une cafétéria que l'interrogatoire de Berthe Gavignol, cette petite vieille de 102 ans à l'air si innocent mais au langage si vert, se poursuit. Et on ne peut pas dire qu'il n'est pas haut en couleurs en faits divers et récits d'amour passionné. Le pauvre inspecteur André Ventura va ainsi de surprises en surprises dans ce récit tumultueux.
" - Paraît qu'il y a du cadavre à la pelle dans votre cave.
- C'est mes chats. J'ai eu 8 chats et un chien, l'était pas à moi, plus il était con.
- Je ne vous parle pas de vos animaux. On a retrouvé au moins un autre crâne humain et mon ulcère me dit que ce n'est pas fini.
- J'peux avoir un café, Colombo ? L'après-midi va être long ..."
Car Berthe continue à collectionner les hommes ... et finit par avoir des envies de bambinos ! Mais la nature, qu'en dit-elle ? Nouveau mariage ... un Sicilien, un étalon ... au départ et sa mama à apprivoiser ... Des cavalcades chaudes et torrides mais à l'arrivée, juste des doutes et des questions ... avec les solutions "classiques" à la Berthe !
"Berthe ne parvenait pas à donner la vie, mais elle excellait à donner la mort.
Entre passions amoureuses, mariages mouvementés et révélations macabres, la centenaire dévoile un parcours marqué par les drames et les désillusions. Car quand Berthe raconte sa vie, les cadavres remontent à la surface.

© Kéramidas - Champion - Casterman 2026
Deuxième tome de l'adaptation du roman de Benoît Philippon, "L'Amour aux trousses" confirme la réussite du premier volet.
Nicolas Kéramidas y poursuit le récit de Berthe Gavignol, centenaire au passé aussi tumultueux que sanglant, dans un mélange parfaitement dosé de polar noir, d'humour grinçant et d'émotion. Alternant avec fluidité les souvenirs de son héroïne et son face-à-face avec l'inspecteur Ventura, l'auteur construit un récit rythmé qui captive jusqu'à la dernière page.
Derrière la gouaille et les réparties mordantes de Berthe se dessinent des thématiques plus profondes comme la liberté, la résilience, les préjugés familiaux ou encore les violences faites aux femmes.
" - J'te parle de l'après-guerre, une femme qu'arrivait pas à avoir d'enfants était fustigée ... Être parent, c'est un privilège.
- On est d'accord. mais là, vous l'avez tué car vous n'arriviez pas à tomber enceinte.
- J'avoue que j'ai perdu mon sang-froid."
Fidèle à l'esprit du roman tout en y insufflant sa propre sensibilité, Kéramidas entretient avec habileté l'ambiguïté qui entoure son héroïne : manipulatrice redoutable ou femme refusant de subir ses bourreaux ? Un questionnement permanent qui fait toute la richesse et la force de cet album aussi drôle que troublant.

© Kéramidas - Champion - Casterman 2026
Graphiquement, Kéramidas confirme tout son talent. Son trait semi-réaliste conjugue expressivité et dynamisme, tandis que ses personnages possèdent une forte identité visuelle.
La mise en scène est particulièrement efficace, alternant gags visuels, séquences dramatiques et scènes plus intimistes. Certaines planches se distinguent par leur puissance émotionnelle et témoignent d'une remarquable maîtrise narrative.
Et pour le plaisir du jeu ... couverture 1 + couverture 2 ... une visuel sanglant mais terriblement parlant ! Vivement la couv' du tome 3 pour finir le tableau !

© Kéramidas - Champion - Casterman 2026
Le travail de Claire Champion, tout en contraste, participe pleinement à l'ambiance de l'album. Les scènes situées au commissariat sont dominées par des tonalités froides qui renforcent la tension de l'enquête. À l'inverse, les souvenirs de Berthe baignent dans des couleurs plus chaudes et nostalgiques, évoquant un passé idéalisé malgré la violence des événements racontés.

© Kéramidas - Champion - Casterman 2026
Avec ce deuxième tome, "Mamie Luger" confirme être une adaptation particulièrement réussie. Porté par une narration fluide, un dessin expressif et une héroïne fascinante par son ambiguïté, l'album alterne habilement humour, émotion et noirceur.
Une lecture aussi divertissante que captivante, qui donne envie de découvrir sans attendre le troisième et dernier tome annoncé.
L'amour passe, les souvenirs restent... les corps aussi.
Drôle, tragique et furieusement irrévérencieux.
Thierry Ligot
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Série : Mamie Luger
Titre : 2/3 - L'amour aux trousses
D'après le roman de : Benoît Philippon
Scénario BD, dessin : Kéramidas
Couleurs : Claire Champion
Éditeur : Casterman
Genre : polar déjanté, critique sociale, humour noir, comédie burlesque
Thème : crime, féminisme, humour, héroïne, roman policier, société, vieillesse allumée
Public : ado - adulte
Parution : 14 octobre 2026
Format : 21,9 x 28,9 cm
Page : 88
ISBN : 978 2 203 28183 7
Prix : 18 €
" - Je t'ai aimé dès le premier jour, Victorien, mais j'avais si peur de briser votre amitié.
- Ne t'inquiète pas, Alexis et moi en avons longuement discuté ... Nous resterons toujours les meilleurs amis du monde
- NON, C'EST MOI, MOI !!!
- Mais nous étions d'accord ...
- COMMENT PEUX-TU, JEANNE ?!! COMMENT PEUX-TU PREFERER CET AVORTON ?!! JE ME VENGERAI. J'ATTENDRAI 10, 15 OU 20 ANS S'IL LE FAUT, MAIS ÇA VIENDRA COMME UN COUP DE TONNERRE ! ET VOUS ME SUPPLIEREZ TOUS LES DEUX A GENOUX. OUI, A GENOUX."
1902, 20 ans ont passé. A Paris, Arsène Lupin assiste impuissant à la trahison d'un de ses hommes, Gilbert.
Ce dernier lui a proposé le cambriolage de la demeure du député Daubrecq ! Ayant reçu un refus du gentleman-cambrioleur, il décide d'organiser malgré tout le coup avec un autre malfrat !
" - J'aurais jamais cru que Gilbert vous f'rait un p'tit dans le dos, patron. Dire que c'est vous qui l'avez tiré de la rue.
- De la rue ou d'ailleurs, la règle est la même. Aucune cambriole sans mon autorisation. Et encore moins avec des salopards qui ne sont pas de ma bande. L'autre type, c'est L'Ouvre-Boîte."
Malheureusement ce cambriolage tourne au drame, au carnage. Gilbert et son complice, L'Ouvre-Boîte, se disputent un mystérieux objet lorsqu'ils sont surpris par le majordome de la demeure. La confrontation dégénère en bain de sang : coups de feu, lancés de couteaux et deux morts, le domestique et L'Ouvre-Boîte.

© Félix - Janolle - Walter - Grand Angle 2026
Gravement blessé, Gilbert ne peut fuir lorsque Lupin arrive sur les lieux. Avant son arrestation, il lui remet un simple bouchon de cristal dont il n'a pas le temps de révéler le secret.
Accusé de meurtre et présenté comme complice du célèbre cambrioleur, Gilbert semble voué à la "Veuve", la guillotine. Fidèle à sa parole, Lupin jure pourtant de le sauver. Commence alors une course contre la montre où s'entremêlent crimes, vengeance de plus de 20 ans, chantage, scandales politiques et secrets d'État. Derrière l'apparente banalité du fameux bouchon se cache une révélation capable d'ébranler les plus hautes sphères du pouvoir.
" - Gilbert est votre fils, mais c'est un peu le mien aussi, et je refuse qu'il paye ma dette, car, à travers lui, j'en suis sûr, c'est moi qu'on veut atteindre. Je vous ai dit que je le sauverai, et Lupin n'a qu'une parole.
- Mon fils est pourtant toujours en prison !
- J'ai réalisé les cambriolages les plus improbables, découvert les trésors les mieux cachés ... Je suis un génie qui ne peut perdre."
Pour disculper son ami, préserver son honneur, sauver sa légende, Lupin ne tue jamais et n'a qu'une seule parole, il lui faudra percer ce mystère en un temps record. Pour cela, il doit affronter un adversaire exceptionnellement retors.
Une chasse au secret où le chasseur devient parfois la proie ... voilà à quoi est confronté pour une fois notre héros.
Habitué à manipuler les événements, le gentleman cambrioleur se retrouve cette fois sur la défensive, contraint d'improviser face à un ennemi qui devance souvent ses plans. Poussé jusque dans ses derniers retranchements, il n'aura de cesse à utiliser toutes ses ressources pour vaincre son ennemi ...
" - Le génie ne s'explique pas, il s'admire ! Venez !"

© Félix - Janolle - Walter - Grand Angle 2026
Cette inversion des rôles, alliée à un suspense constamment relancé, fait du "Bouchon de cristal" l'un des romans les plus tendus, sombres et captivants du cycle lupinien. Cette fois, Lupin a un temps d'avance... de retard.
Parmi les aventures les plus marquantes de Maurice Leblanc, "Le Bouchon de cristal" se distingue par la place inhabituelle qu'il réserve à Arsène Lupin.
Dans la chronologie lupinienne, cette enquête se déroule avant le mystère de "L'Aiguille Creuse".
Publié en 1912, le roman original de Maurice Leblanc demeure l'une des aventures les plus tendues du héros. L'auteur y abandonne en partie la légèreté de certaines intrigues pour construire un récit plus sombre, marqué par les jeux d'influence, le chantage et la corruption politique.
Dans cette France de la Troisième République secouée par les scandales, il développe une mécanique narrative particulièrement efficace où les révélations s'enchaînent sans jamais briser le rythme. Les rebondissements sont nombreux, mais chacun trouve sa place dans une intrigue remarquablement construite.
Plus qu'un simple roman policier, "Le Bouchon de cristal" interroge les rapports entre pouvoir, justice et vérité, tout en mettant en scène un Lupin inhabituellement vulnérable, ce qui contribue largement à la force du récit.

© Félix - Janolle - Walter - Grand Angle 2026
Pour cette adaptation en bande dessinée, Jérôme Félix choisit de respecter l'esprit du roman tout en s'autorisant certaines libertés narratives. Son travail ne consiste pas à reproduire mécaniquement chaque épisode, mais à traduire l'essence de l'œuvre dans un format graphique plus direct et plus dynamique. Le scénariste condense certains passages, accentue la fluidité de la lecture et met en avant la tension permanente qui anime le récit. Le suspense demeure intact, porté par une narration nerveuse qui valorise les affrontements psychologiques autant que les scènes d'action. Cette approche permet à l'album de conserver la richesse de l'œuvre originale tout en offrant une lecture accessible aux amateurs de bande dessinée contemporaine.
Les thèmes abordés restent étonnamment actuels. La corruption des élites, les pressions exercées par le pouvoir, la manipulation de l'information, les mécanismes du chantage ou encore la quête de justice constituent la colonne vertébrale de l'intrigue. À cela s'ajoute la thématique de la vengeance, omniprésente dans les motivations des protagonistes.

© Félix - Janolle - Walter - Grand Angle 2026
L'un des grands atouts de cette adaptation de Jérôme Félix réside dans sa capacité à restituer la tension constante du roman. Le lecteur est entraîné dans une succession de coups de théâtre où chaque certitude vole rapidement en éclats. Voir Lupin contraint d'improviser face à un ennemi qui lui tient tête procure également un plaisir particulier, tant cette situation demeure rare dans son univers.
Jérôme Félix s'est progressivement imposé comme l'un des principaux artisans du renouveau de Lupin en bande dessinée. Habitué des adaptations liées à l'œuvre de Maurice Leblanc, il a notamment signé "Arsène Lupin contre Sherlock Holmes" ainsi que "Arsène Lupin et le dernier secret de Nostradamus". Son expérience du personnage se ressent à chaque page. Il maîtrise les codes de l'aventure lupinienne tout en veillant à moderniser le rythme de lecture. Sa scénarisation privilégie l'efficacité sans sacrifier la complexité de l'intrigue. Les nombreux fils narratifs demeurent lisibles et les enjeux restent constamment clairs malgré la densité du récit.

© Félix - Janolle - Walter - Grand Angle 2026
Au dessin, Alain Janolle apporte une solide dimension réaliste à l'ensemble. Son trait précis restitue avec beaucoup de crédibilité l'atmosphère de la Belle Époque et de la Troisième République. Les décors urbains, les demeures bourgeoises, les costumes et les ambiances de l'époque bénéficient d'une attention particulière qui renforce l'immersion. L'artiste excelle également dans la mise en scène des visages et des expressions, donnant du relief aux affrontements psychologiques qui ponctuent le récit. Son découpage dynamique accompagne efficacement les multiples rebondissements et participe au sentiment d'urgence qui traverse l'album.
La mise en couleur joue enfin un rôle essentiel dans la réussite de l'ouvrage. Les teintes choisies installent une ambiance à la fois élégante et inquiétante, parfaitement adaptée à cette histoire de complots et de secrets politiques. Les contrastes accompagnent les changements de ton du récit, alternant moments de tension, scènes d'action et séquences plus intimistes. L'ensemble contribue à recréer une époque révolue sans tomber dans la simple reconstitution historique.

© Félix - Janolle - Walter - Grand Angle 2026
Avec cette adaptation du Bouchon de cristal, Jérôme Félix et Alain Janolle réussissent à redonner vie à l'un des romans les plus passionnants de Maurice Leblanc. Fidèle à l'esprit du matériau d'origine tout en exploitant pleinement les possibilités du médium bande dessinée, l'album offre une lecture captivante où suspense, aventure et critique sociale s'entremêlent avec une remarquable efficacité. Une excellente porte d'entrée pour découvrir cette enquête emblématique, mais aussi une redécouverte particulièrement réussie pour les lecteurs déjà familiers des exploits du gentleman cambrioleur.
L'album se clôture par un dossier fort instructif de Jérôme Félix, " De Marius Jacob à Arsène Lupin : la naissance d'une légende". J'imagine que vous aurez aisément cerné le sujet de ces 7 pages !
Thierry Ligot
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Série : Arsène Lupin
Tome : 5 - Le bouchon de cristal
D'après : les romans de Maurice Leblanc
Scénario & adaptation : Jérôme Félix
Dessin : Alain Janolle
Couleurs : Walter
Éditeur : Bamboo
Label : Grand Angle
Genre : policier
Thèmes : enquête, mystère, aventure, vengeance, fidélité
Public : tout
Parution : 7/10/2026
Format : 24,3 x 32 cm
Page : 72
ISBN : 979 1 0411 1390 3
Prix : 17,90 €
Julien Chevalier, 50 ans, croyait avoir trouvé, au bord de l'océan, l'équilibre qui lui avait toujours échappé.
" Il se croyait oublié. Ça l'arrangeait. Il se sentait perdu dans un présent qui ne l'intéressait pas, qui ne lui parlait pas."
Loin de son existence de gangster bordelais d'autrefois, il partage désormais son quotidien entre son restaurant, "La Passante", du Cap Ferret et la vie sereine qu'il tente de construire avec Valéria.
Pourtant, une nouvelle venue du passé fissure cette tranquillité patiemment acquise. L'ex-inspecteur Baroy lui annonce la mort du fils d'une ancienne connaissance, Alphonse Sebastiani. Avec lui ressurgit d'autres brides de son passé ... Anbach ... Rosemarie Anbach ! Ah Rosemarie ! Son grand Amour ... mort à 27 ans !
" - Alphonse Sebastiani a perdu son fils unique, Jérôme. celui-ci a été tué lors du cambriolage de leur villa près de Lormont. Un vilain fait divers qui a mal tourné. Il semble que Jérôme ait surpris les cambrioleurs. Un coup de feu a éclaté. Le gamin s'est ramassé une balle dans la tête, mort sur le coup.
- Sebastiani ... ça me semble loin, un autre monde.
- Vous étiez associés. Ce qui a failli te coûter très cher, s'il n'y avait pas eu le témoignage de ...
- Rosemarie. Elle ne m'a jamais trahi."
Avec ces vieux noms réapparaissent leur cortège de souvenirs, de regrets et de drames inachevés. Dont la tuerie du Garage de l'Orient, 6 victimes ... 6 exécutions plutôt ! Dont le père de Rosemarie, le patron du garage ... Klaus Anbach !
Tandis que resurgissent les ombres de ses anciennes fréquentations et le souvenir toujours douloureux de Rosemarie, Julien se retrouve confronté à ce qu'il cherchait depuis des années à laisser derrière lui.
Le retour inattendu de son fils Christian achève de bouleverser ses certitudes et lui rappelle qu'aucune fuite n'est assez longue pour se libérer complètement de son histoire.
Un retour qui ne serait peut-être pas "étranger" à la mort du fils de son vieil associé !
L'embrouille risque de raviver plus que des "souvenirs" ...

© Dufaux - Arroyo - Anspach 2026
Avec "Le Dernier Rivage", Jean Dufaux signe un polar noir à la fois ample et intimiste où les règlements de compte mafieux, les coups de feu comptent parfois moins que les cicatrices qu'ils laissent. L'album met en scène des personnages qui avancent avec leurs regrets, leurs fidélités et leurs deuils, prisonniers d'événements qu'ils pensaient pourtant révolus.
Sous les apparences d'un thriller criminel, cette intrigue s'attache avant tout au destin d'un homme confronté à son histoire. Entre mémoire, regrets et liens de filiation, l'album interroge la difficulté de se réinventer lorsque le passé demeure omniprésent. Car si l'on peut changer de vie, il est souvent beaucoup plus difficile d'échapper à ce que l'on a été.
Jean Dufaux apparaît ici clairement au sommet de son art de scénariste. Figure majeure de la BD franco-belge depuis plusieurs décennies, il démontre une nouvelle fois son talent pour construire des récits où les destins individuels se heurtent au poids du passé.

© Dufaux - Arroyo - Anspach 2026
Auteur d'une œuvre foisonnante, il affectionne les personnages tourmentés, les passions tragiques et les mécanismes implacables qui conduisent les êtres à affronter leurs propres démons.
Que ce soit dans ses one-shot comme "Le Chien de Dieu", "Nez-de-Cuir" ou son dernier "La légende de Salomé" ou ses séries-cultes "Barracuda", "Croisade", Complainte des landes perdues", "Double Masque", "Djinn" sans oublier "Jessica Blandy" ... 11 one-shots, plus de 50 séries ... Jean Dufaux nous prouve à chaque parution son immense talent de raconteur et de metteur en scène du 9e Art.
Dans "Le Dernier Rivage", son écriture se distingue par une narration particulièrement fluide qui entremêle les époques sans jamais perdre le lecteur. Les révélations arrivent progressivement, au fil des souvenirs qui remontent à la surface. Ce découpage habile permet de maintenir le suspense tout en développant la psychologie des personnages. Dufaux ne se contente pas de raconter une histoire de truands ; il livre avant tout le parcours d'un homme en quête de paix, rattrapé par une existence qu'il croyait révolue.

© Dufaux - Arroyo - Anspach 2026
L'un des grands mérites du scénario réside également dans la richesse de ses protagonistes. Julien Chevalier apparaît comme une figure complexe, tiraillée entre son désir d'oubli et les responsabilités héritées de son passé. Autour de lui gravitent des personnages qui possèdent chacun leurs motivations, leurs blessures et leur part d'ombre. Cette galerie de figures contribue largement à l'épaisseur du récit.
Julien va rapidement comprendre que si on peut fuir sa vie, on ne peut jamais le faire avec son passé car même au bout du monde, les fantômes attendent toujours.

© Dufaux - Arroyo - Anspach 2026
Le dessin de Jean-Michel Arroyo constitue l'autre atout principal de l'album. Son trait réaliste sublime l'atmosphère du récit en s'appuyant sur un remarquable travail au lavis qui enveloppe chaque planche d'une ambiance sombre et presque crépusculaire. Les nuances de gris remplacent les couleurs avec une efficacité redoutable, renforçant le caractère noir du récit.
Jean-Michel excelle dans la représentation des ambiances. Qu'il s'agisse des paysages du Cap Ferret, des intérieurs chargés de souvenirs ou des scènes plus urbaines liées au passé criminel de Julien, chaque décor possède une véritable présence. Les jeux d'ombre et de lumière traduisent parfaitement la dualité qui habite les personnages et soulignent le climat de tension permanente.
Les visages sont particulièrement expressifs et permettent de ressentir les émotions sans qu'il soit nécessaire de les expliciter. Arroyo maîtrise également très bien le rythme visuel des séquences d'action, offrant un découpage dynamique qui renforce l'intensité dramatique. Son lavis apporte enfin une dimension presque intemporelle au récit, comme si les souvenirs et le présent coexistaient constamment dans la même image.
Un polar noir élégant et captivant
Avec "Le Dernier Rivage", Jean Dufaux retrouve le genre policier avec une remarquable réussite. Porté par une intrigue solide, des personnages profondément humains et un dessin somptueux, l'album s'impose comme un polar sombre où les blessures intimes comptent autant que les règlements de comptes.

© Dufaux - Arroyo - Anspach 2026
On retient particulièrement l'atmosphère lourde et mélancolique qui traverse chaque page, la construction habile entre passé et présent, ainsi que la richesse d'une galerie de personnages composée de criminels, de policiers, de femmes marquantes et d'hommes hantés par leurs erreurs. Une œuvre mature et touchante qui rappelle avec justesse qu'aucun rivage n'est assez lointain pour éloigner définitivement les fantômes du passé.
Le passé ne meurt jamais. Il change seulement de rivage.
Thierry Ligot
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Titre : Le dernier Rivage
Scénario : Jean Dufaux
Dessin & couleurs : Jean-Michel Arroyo
Éditeur : Anspach
Genre : policier, polar
Thèmes : mémoire, amour perdu, filiation, rédemption, poids du passé, héritage, Cap Ferret
Parution : 11 septembre 2026
Format : 32,1 x 24,1 x 1,3 cm
Page : 96
ISBN : 978 2 931105 58 0
Prix : 22 €
Dans un futur où l’humanité a épuisé la Terre pour rendre habitable une nouvelle planète baptisée Providence, une fracture sociale abyssale sépare deux mondes : d’un côté, l’élite providencine installée sur cette planète rouge technologiquement avancée ; de l’autre, les Terriens condamnés à survivre sur une planète exsangue.
" - Comment renouer le dialogue entre la Terre et Providence ? Ça devrait être notre seul angle d'attaque. Le dialogue d'humain à humain. Et au lieu de ça. La Concorde assomme les Terriens de questionnaires générés par la machine ! Et tout le monde s'étonne des tensions qui explosent ..."
Au cœur de cette société à deux vitesses, Keren Kepler incarne l’exception. Originaire de la Terre, il a réussi à intégrer les rangs des privilégiés et travaille désormais pour la Concorde, un programme censé favoriser le dialogue entre les deux peuples. Mais ...
" - Nos chers voisins ne sont pas en odeur de sainteté ici.
- Maintenant qu'ils ont eu ce qu'ils voulaient, ça serait bien qu'ils retournent sur leur saloperie de planète.
- Vous pourriez développer ?
- "Terraformer Providence. Faire de la Planète Rouge un paradis pour l'Homme. Des océans, des prairies, de super stations de ski ..." Eh ben, ça y est. Ils s'le sont offert. mais si j'me souviens bien, c'est nous qu'avons casqué pour leur terraformation, non ? Et j'parle pas que des massacres. ces sangsues ont essoré nos ressources pendant plus de cinq cents ans.
- C'est vrai. Et les Providencins souhaitent se racheter. leurs nouveaux dirigeants ont fondé la Concorde pour qu'elle serve de médiatrice. On y œuvre pour une humanité unie. Ça passe par une Terre rebâtie, dans l'intérêt des terriens."
Néanmoins, ce beau projet est-il réellement si "humanitaire" pour les terriens ou n'est-ce qu'un trompe-l'œil afin de conserver leur supériorité et leur mainmise sur la planète Bleue ... quand elle l'était encore ?
C'est alors qu'un drame personnel va pousser le père de Keren à rechercher ce qui se cache derrière la Concorde ! Elle qui ne cesse de rassembler toutes les données sur chacun, chacune, de dresser leur "profil". Derrière ses bonnes intentions ... derrière cet écran de fumée ... y aurait-il des peurs, des objectifs, des craintes ? A moins que ???
" - Pardon ? Mon "profil" ? Parce que vous croyez vraiment savoir ce que j'ai dans la tête ?
- Votre profil est dressé à partir des données personnelles que vous acceptez de partager en utilisant votre terminal. Habitudes de consommation, déplacements, historiques de navigation. On ne juge pas les pensées qui vous traversent l'esprit. Seules vos actions sont prises en compte."
Avec Providence, Nicolas Dehghani signe une ambitieuse fresque de science-fiction qui dépasse largement le simple récit d’anticipation.

© Dehghani - Sarbacane 2026
Sous ses allures de récit d’ascension sociale, Providence interroge pourtant des questions bien plus profondes. La liberté individuelle existe-t-elle encore dans un monde gouverné par les données, les algorithmes et l’intelligence artificielle ?
" - Nos algorithmes se nourrissent de siècles de datas humaines. Comportements d'achat, réflexes, gestuelles, inflexions dans la voix. Jusqu'à la manière de cligner des yeux. Quelles précisions apporteraient vos impressions personnelles lors de vos ... discussions de comptoir ?"
Jusqu’où une société peut-elle aller au nom du bien commun ? Le contrôle des pensées, la surveillance, les inégalités sociales, l’épuisement des ressources naturelles ou encore les dérives technologiques nourrissent une réflexion particulièrement actuelle.
La Concorde, présentée comme un outil de compréhension mutuelle, apparaît progressivement comme un gigantesque système de collecte de données destiné à anticiper et neutraliser toute contestation.
L’auteur questionne ainsi notre rapport aux technologies décisionnelles et aux algorithmes auxquels nous accordons une confiance grandissante dans nos sociétés contemporaines.
" - Monsieur Kepler, vous êtes un homme raisonnable. Vous avez la responsabilité de ...
- La ferme, j'ai dit ! Plus personne prend la responsabilité de rien ! Tous vos putains d'algorithmes décident à votre place et ..."
L’album trouve également une résonance émotionnelle forte lorsqu’un drame bouleverse son intrigue et fait glisser le récit vers l’exploration du deuil, de la culpabilité et de la résilience.

© Dehghani - Sarbacane 2026
Nicolas Dehghani ne se contente pas d’exposer une opposition classique entre dominants et dominés. Il construit un univers complexe où les bonnes intentions peuvent masquer des mécanismes de domination particulièrement efficaces.
" - Quand les Providencins en auront marre de jouer les bons samaritains ... vous croyez qu'ils hésiteront une seconde avant de reprendre les massacres ? Regardez l'échec pathétique de leur Concorde ... Ils sont bien meilleurs quand il s'agit de nous exterminer.
- Et donc vous dites qu'ils n'attendent que l'occasion pour nous réprimer à nouveau ?
- Mais à quoi vous penser servir ?"

© Dehghani - Sarbacane 2026
La scénarisation impressionne d’abord par la solidité de son univers. Les premières pages demandent un certain investissement au lecteur, tant les codes, les institutions et les rapports de force de cette civilisation future sont nombreux. Mais cet effort est récompensé par une immersion remarquable dans un monde cohérent et crédible. Dehghani développe patiemment ses personnages et leurs relations, en particulier celles qui lient Keren à sa famille et à ses collègues providencins. Lorsque survient l’événement charnière qui bouleverse l’histoire, le récit change alors de nature.
La fresque politique cède ainsi une large place au drame intime. Ce basculement pourra surprendre certains lecteurs, tant il modifie le rythme et les priorités narratives, mais il permet aussi d’explorer avec finesse des émotions universelles et profondément humaines.
Aucun protagoniste n’est réduit à une fonction ou à une idéologie. Chacun possède ses fragilités, ses contradictions et ses aspirations. Cette humanité rend les enjeux particulièrement incarnés et favorise l’empathie du lecteur. Derrière les débats sur l’intelligence artificielle ou les conflits de classes, ce sont avant tout des êtres confrontés à leurs propres blessures qui occupent le devant de la scène.

© Dehghani - Sarbacane 2026
Graphiquement, Providence témoigne d’une évolution spectaculaire du talent de Nicolas Dehghani. Déjà remarqué avec Ceux qui brûlent, l’auteur franchit ici un véritable cap. Son dessin semi-réaliste se distingue par une maîtrise impressionnante des architectures futuristes, des environnements industriels et des paysages urbains. Chaque décor participe à l’immersion dans cet univers crépusculaire où la technologie la plus avancée côtoie la misère sociale.
Son travail sur la couleur mérite également d’être souligné. Fidèle à une palette dominée par les nuances d’orange et de gris, l’auteur construit une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Ces choix chromatiques ne relèvent pas uniquement de l’esthétique : ils renforcent constamment l’atmosphère du récit, opposant chaleur humaine et froideur technologique, espoir et désillusion. Certaines planches presque monochromes deviennent de véritables respirations visuelles, accompagnant les moments les plus intenses de l’histoire avec une remarquable efficacité narrative.

© Dehghani - Sarbacane 2026
La mise en scène bénéficie enfin de l’expérience de Dehghani dans le domaine de l’animation. Son découpage dynamique, son sens du rythme et sa capacité à faire ressentir les émotions à travers l’organisation des cases démontrent une maîtrise affirmée du langage de la bande dessinée. Les silences, les regards et les espaces vides y ont souvent autant d’importance que les dialogues.

© Dehghani - Sarbacane 2026
Au final, Providence s’impose comme une œuvre dense, intelligente et profondément contemporaine. Derrière son décor de science-fiction et ses enjeux interplanétaires se cache une réflexion saisissante sur les dérives possibles de nos sociétés connectées. Nicolas Dehghani livre un récit ambitieux qui conjugue critique sociale, émotion et spectacle visuel avec une rare maîtrise.
Une dystopie vertigineuse où l'élite règne et les algorithmes décident. Sous les couleurs de la science-fiction, une mise en garde contre nos propres excès.
Une lecture exigeante parfois, mais particulièrement stimulante, qui confirme l’auteur parmi les voix les plus prometteuses de la bande dessinée francophone actuelle.
Thierry Ligot
NB : "Providence" est également le coup de cœur de Reynold, de la librairie Brüsel dans sa "20e Minute de Rey - Aoüt 2026"
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Titre : Providence
Scénario, dessin & couleurs : Nicolas Dehghani
Éditeur : Sarbacane
Genre : S.-F. dystopique
Thèmes : nouvelles technologies, deuil, vengeance, IA
Public : ado - adulte
Parution : 19/8/2026
Format : 22,5 x 32 cm
Page : 336
ISBN : 978 2 3773 1913 8
Prix : 29 €
" Ce matin du 18 août, je ne soupçonne pas que nous allons être les acteurs et les spectateurs de l'une des évacuations de masse les plus difficiles de l'histoire et de la débâcle de la communauté internationale qui regardera hébétée, se jouer une tragédie humanitaire qu'elle n'aura pas vue venir."
Il n'est pas toujours évident d'écrire la chronique d'une bande dessinée. Les raisons peuvent être multiples. Parfois, l'histoire ne nous touche pas, le dessin ne nous convainc pas ou le sujet nous laisse indifférent. À d'autres moments, c'est exactement l'inverse : l'œuvre aborde un thème si fort, si proche de certaines blessures du monde contemporain, qu'il devient difficile de trouver les mots justes sans céder à l'émotion.
C'est précisément ce qui m'est arrivé avec "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul".
Le hasard du calendrier a voulu que la sortie de cet album, le 13 août, coïncide presque avec le cinquième "anniversaire" de la chute de Kaboul. Quelques jours auparavant, les journaux télévisés rappelaient encore les images de ce mois d'août 2021 : une capitale livrée au chaos, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants massés aux abords de l'aéroport, des avions pris d'assaut dans un ultime espoir de fuite. Un moment tragique de l'histoire contemporaine, symbole de l'échec politique, militaire et diplomatique de l'Occident face au retour des talibans au pouvoir.
" Le départ définitif des militaires alliés implique l'abandon à leur sort de millions d'Afghans. Cette cécité volontaire va devenir néfaste au cours des mois suivants."

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
C'est dans ce contexte que paraît cette adaptation en bande dessinée du témoignage de Mohamed Bida, commandant honoraire de police affecté à l'ambassade de France à Kaboul de 2016 à 2021. Avec ses dix hommes, il va se retrouver en première ligne lorsque les talibans entrent dans la capitale afghane le 15 août 2021. Alors que les plans d'évacuation élaborés durant des mois volent en éclats les uns après les autres, il doit organiser dans l'urgence l'exfiltration du personnel diplomatique français et de centaines de ressortissants afghans considérés comme prioritaires par la France.
Treize jours et treize nuits durant, l'ambassade de France, déplacée par sécurité sur un site fortifié surnommée par les Français "Camp Lafayette", devient un refuge de fortune pour plus de cinq cents personnes.
À l'extérieur, Kaboul sombre dans l'anarchie. À l'intérieur, chaque heure apporte son lot d'incertitudes, de décisions impossibles et de dilemmes (in)humains. Négociations avec les talibans, menaces terroristes, mouvements de foule incontrôlables, absence d'informations fiables : tout semble concourir à rendre cette mission irréalisable.
" Je ne crois plus aux chances d'une paix durable entre "frères ennemis" et à une transition gouvernementale paisible, c'est plutôt le scénario de la chute de Saïgon, le 30 avril 1975, qui s'impose à mon esprit. Mais contrairement aux Américains, nous ne laisserons personne derrière nous ! Les plans d'évacuation des personnels français sont fin prêts.
La question se pose également pour nos employés afghans et leurs familles, soit près de 800 personnes ! Tout le monde à l'ambassade se sent concerné par ce problème."
Et pourtant, contre toute attente, plus de 2 800 personnes seront finalement évacuées.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
L'une des grandes forces de cet album réside dans son caractère profondément autobiographique. Mohamed Bida ne raconte pas son histoire pour bâtir sa légende personnelle ou se présenter comme un héros.
Bien au contraire.
Son récit se distingue par une humilité constante. Il expose ses peurs, ses doutes, ses moments de découragement et les responsabilités écrasantes qui pèsent sur ses épaules. À chaque instant, il apparaît avant tout comme un homme confronté à des choix dont dépendent des centaines de vies humaines.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Cette sincérité donne au récit une véritable puissance émotionnelle. Loin des discours héroïques ou des reconstructions a posteriori, "13 jours, 13 nuits" montre des femmes et des hommes tentant simplement de faire ce qui leur semble juste dans une situation devenue totalement incontrôlable.
Mais l'album ne se limite pas au seul récit de l'évacuation.
Régulièrement, Jean-Claude Bartoll interrompt la chronologie des événements pour intégrer des flashbacks issus des souvenirs de Mohamed Bida. Ces retours en arrière constituent même l'une des plus belles réussites de l'ouvrage. Ils permettent de découvrir l'homme derrière la fonction et de comprendre ce qui a forgé son caractère.
Né dans une famille française d'origine algérienne, Mohamed Bida évoque une jeunesse parfois douloureuse, marquée par les préjugés, les discriminations, le racisme ordinaire et le sentiment récurrent de devoir toujours prouver davantage que les autres sa légitimité. Son parcours apparaît souvent comme un long chemin semé d'embûches où les humiliations et l'ostracisme auraient pu engendrer rancœur ou ressentiment.
Il n'en est rien.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Au fil des pages se dessine le portrait d'un homme qui a transformé ces épreuves en moteur. Ces difficultés ont façonné son attachement aux valeurs républicaines, à la notion de service, au respect de la parole donnée et à une certaine idée de la fraternité.
" Mais, de poésie, il n'y en avait aucune dans ces zones de relégation où misère, chômage et délinquance restaient les principaux acteurs de la fracture sociétale, qui ne disait pas encore son nom.
J'étais plongé chaque jour dans les entrailles de la société et je me rendais à l'évidence : être flic, ce n'était pas seulement courir après les voleurs, les malfrats. C'était se trouver constamment au chevet de la société, répondre à tous ses maux, alors même que les réponses nous manquaient. En première ligne pour protéger la population, mais aussi pour tempérer ses ires et ses hubris. A cette époque déjà, la fonction policière jouait le rôle d'un régulateur sociétal et devenait le réceptacle de la schizophrénie française." (années 1980)
Dès lors, les décisions qu'il prend à Kaboul prennent une dimension nouvelle. Son engagement ne procède plus seulement d'une obligation professionnelle : il découle également d'une conviction intime selon laquelle abandonner les plus faibles serait une forme de renoncement à ses propres valeurs.
Cette alternance entre le drame collectif afghan et le parcours personnel de Mohamed Bida apporte à l'album une profondeur humaine remarquable. Elle évite également toute lecture héroïsante des événements. Derrière le commandant de police chargé d'une mission exceptionnelle se découvre un homme construit par l'adversité, dont les blessures passées éclairent les choix présents.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Pour adapter ce témoignage à la bande dessinée, Jean-Claude Bartoll réalise un travail remarquable. Ancien grand reporter, il trouve le juste équilibre entre la rigueur documentaire et l'efficacité narrative. Le récit conserve toute sa crédibilité historique tout en maintenant une tension permanente. Le lecteur suit heure après heure la dégradation de la situation, partage l'épuisement des protagonistes et ressent l'urgence qui imprègne chaque décision.
Bartoll excelle également dans la restitution des enjeux humains et politiques. Les négociations avec les talibans, les contraintes diplomatiques, les problèmes logistiques et les difficultés du terrain s'intègrent naturellement au récit sans jamais l'alourdir. L'ensemble se lit avec la fluidité d'un thriller, tout en conservant la force d'un témoignage authentique.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Au dessin, Renato Arlem livre une prestation de très haut niveau. Son trait réaliste, précis et expressif convient parfaitement à un sujet aussi sensible. Les visages portent la fatigue, la peur et la tension accumulées au fil des jours. Les scènes de foule retranscrivent efficacement la panique qui règne alors dans Kaboul. Les décors plongent le lecteur dans une ville en train de s'effondrer, où chaque déplacement devient une prise de risque.
La mise en page se montre particulièrement immersive. Les séquences d'action alternent harmonieusement avec les moments plus introspectifs, sans jamais casser le rythme du récit. Quant aux couleurs de Simon Champelovier, elles participent pleinement à cette atmosphère oppressante, renforçant la tension dramatique qui ne faiblit pratiquement jamais.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026
Au final, "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul" dépasse largement le cadre de la bande dessinée documentaire. C'est un récit sur le devoir, le courage, la responsabilité et la solidarité. C'est aussi une réflexion sur l'identité, sur l'engagement au service des autres et sur la capacité d'un homme à rester fidèle à ses convictions lorsque tout autour de lui s'effondre.
Surtout, l'album ne cherche jamais à glorifier Mohamed Bida. Il raconte simplement des faits vécus, des sacrifices consentis, des peurs affrontées et des décisions assumées. Il rappelle également que derrière les grandes tragédies historiques se cachent toujours des êtres humains confrontés à des choix impossibles.
" Malgré une fatigue immense, je n'arrive pas à dormir. Les évènements se bousculent dans ma tête. Je suis partagé entre le soulagement et un goût amer d'inachevé."
Cinq ans après la chute de Kaboul, alors que les conséquences de cet abandon continuent de peser sur l'Afghanistan, cette lecture résonne avec une force particulière. Entre témoignage autobiographique, chronique historique et récit d'une extraordinaire aventure humaine, "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul" est un album nécessaire, poignant et profondément marquant.

© Affiche du film 2025
Une œuvre qui prend littéralement à la gorge par sa sincérité, portée par le scénario impeccable de Jean-Claude Bartoll et le dessin immersif de Renato Arlem. Un hommage vibrant non pas à un héros solitaire, mais à toutes celles et ceux qui, au milieu du chaos, ont refusé d'abandonner leurs semblables. Une grande bande dessinée, profondément humaine, dont la lecture laisse longtemps une empreinte dans l'esprit du lecteur.
Remarque : cet album est l'adaptation du roman autobiographique éponyme de Mohamed Badi, adapté au cinéma par Martin Bourboulon en juin 2025, et pour la télévision sous forme de feuilletons ("Kaboul" diffusé sur France 2 en avril 2025).
BA du film : ici
Thierry Ligot
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Titre : 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul
D'après le roman témoignage de : Mohamed Bida
Scénario : Jean-Claude Bartoll
Dessin : Renato Arlem
Couleurs : Simon Champelovier
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Type : récit complet
Genre : témoignage, Histoire
Thèmes : Afghanistan, guerre, drame humain
Parution : 13 août 2026
Format : 22,6 x 29,8 cm
Page : 152
ISBN : 978 2 4130 8179 1
Prix : 22,50 €
Un héros ordinaire confronté à des choix difficiles, voilà ce qui attend Brèche-dent, un jeune korrigan modeste travaillant à la plonge dans les cuisines des ogres.
" - Reste qu'à leurs yeux, je ne suis qu'un 'chabin', un 'mulâtre', une 'chimère' ... au gré des surnoms qu'on m'a attribués toute mon enfance.
Le rejeton d'une korrigane délurée ... et d'un père aux origines pas très déterminées ... Un enfant de nulle part, en somme."
Là où son amie Trois-fois-morte brille par son talent exceptionnel, lui peine à trouver sa place et nourrit le rêve d'un avenir meilleur.
" - Et comme souvent par le passé, j'ai l'affreuse impression de n'être qu'un simple figurant ..."
Lorsqu'une opportunité semble enfin s'offrir à lui au sein de la prestigieuse brigade Tout-Sucre, il croit voir son destin changer.
" Je ne savais pas encore que j'allais vivre là l'un des moments les plus incroyables de ma vie ... aussitôt suivi de l'un des pires."
Mais cette promotion cache une exigence inacceptable : trahir son amie en dérobant l'une de ses précieuses recettes. Face à ce dilemme moral, Brèche-dent choisit la fidélité plutôt que l'ambition.
" - Tu t'essaieras à chacun de ces métiers, pour trouver ta voie.
- Miam. Gloups ... avec joie !
- Mais avant cela, tu vas voler une de ses recettes à Trois-fois-morte."
Cette décision le contraint à fuir et l'entraîne dans un long voyage ponctué de rencontres improbables, d'épreuves et de découvertes.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Une quête initiatique tendre et foisonnante
Avec Une vie de vaurien, Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andréae poursuivent l'exploration du fascinant univers de La Cuisine des Ogres. Une quête initiatique tendre et foisonnante à la fois ...
Plutôt que de revenir au premier plan sur Trois-fois-morte, les auteurs choisissent de mettre en lumière Brèche-dent, un personnage secondaire du premier tome qui gagne ici une profondeur inattendue.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Un récit sur la recherche de sa place
L'album développe avec sensibilité des thèmes universels. À travers les mésaventures de son héros, il questionne la valeur du talent, le poids des ambitions personnelles et la difficulté de trouver sa voie lorsque l'on ne possède aucun don apparent.
Brèche-dent est un personnage attachant précisément parce qu'il n'est ni exceptionnel ni héroïque au sens classique du terme. Sa gentillesse, sa loyauté et sa persévérance deviennent ses véritables forces. En suivant son parcours, le lecteur est amené à réfléchir à ce qu'il est prêt à sacrifier pour réussir et à la manière dont chacun peut construire sa propre définition du bonheur.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Un univers toujours aussi enchanteur
L'un des grands plaisirs de cette série demeure son univers foisonnant. Les auteurs enrichissent encore leur bestiaire fantastique et multiplient les décors étonnants, les créatures singulières et les situations inattendues. Chaque étape du voyage apporte son lot de surprises et contribue à donner une véritable ampleur au monde imaginé.
L'atmosphère de conte demeure omniprésente, mêlant merveille, humour, mélancolie et aventure. Les nombreuses références aux récits merveilleux nourrissent l'ensemble sans jamais alourdir la lecture.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Une réussite graphique remarquable
Jean-Baptiste Andréae livre une nouvelle fois une prestation impressionnante. Son trait expressif, la richesse des couleurs et le soin apporté aux ambiances confèrent à chaque planche une identité forte.
Les jeux de lumière, le design des personnages et la densité visuelle des décors invitent régulièrement à ralentir la lecture pour mieux savourer les détails.
Cette dimension graphique participe pleinement à la magie de l'œuvre et confirme le statut exceptionnel de l'artiste dans le paysage de la bande dessinée contemporaine.

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026
Un tome légèrement différent du premier
Si le premier volume apparaissait comme plus sombre et plus marquant émotionnellement, ce second opus choisit une approche différente.
Plus lumineux, plus accessible et davantage tourné vers le voyage initiatique, il privilégie la bienveillance et l'évolution personnelle de son héros.
L'intrigue peut parfois sembler plus linéaire, mais elle conserve suffisamment d'inventivité et de profondeur pour captiver jusqu'à son dénouement, particulièrement réussi et riche en résonances émotionnelles.
Bref, Une vie de vaurien confirme toute la qualité de La Cuisine des Ogres. Sans reproduire les qualités exactes du premier tome, il enrichit l'univers de la série en proposant un récit plus contemplatif et plus humain. Porté par un héros profondément attachant et par un travail graphique somptueux, cet album offre une aventure généreuse qui séduira aussi bien les jeunes lecteurs que les amateurs de contes modernes et de fantasy poétique.
Un deuxième tome magnifique, touchant et visuellement éblouissant, qui démontre que l'univers de La Cuisine des Ogres a encore beaucoup de merveilles à offrir.
Thierry Ligot
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Série : La Cuisine des Ogres
Tome : 2 - Une Vie de Vaurien
Scénario : Fabien Vehlmann
Dessin & couleurs : Jean-Baptiste Andreae
Éditeur : Rue de Sèvres
Genre : fantastique
Thèmes : amitié, fidélité, quête de soi, entraides, exil, voyage initiatique, loyauté
Public : à partir de 12 ans
Parution : 8 avril 2026
Format : 24,1 x 32 cm
Page : 80
ISBN : 978 2 8102 0817 3
Prix : 20 €
"25 août 1819, ouverture du Salon, Le Louvre, Paris.
- Avant tout, j'aimerais dédier cette soirée à Blanche, la seule femme à avoir embarqué sur le radeau ... Quand j'y repense, je me demande comment elle a fait pour supporter toutes ces horreurs !"
Le Radeau de la Méduse, monument de la peinture romantique française, ce chef-d'œuvre de Théodore Géricault trône au Louvre et fait partie de ces images qui ont traversé les siècles. Pourtant, derrière cette toile célèbre se cache une tragédie dont peu de personnes mesurent réellement l'ampleur.
C'est précisément cette histoire que Thierry Soufflard et Gilles Cazaux choisissent de raconter dans L’Oubliée du radeau de la Méduse, en portant leur regard sur une figure largement effacée des récits officiels : Blanche, l'unique femme présente parmi les naufragés du radeau.
L'album s'ouvre en 1819, lors de la présentation du tableau de Géricault au Salon du Louvre. Parmi les visiteurs se trouve Henri Savigny, chirurgien de la Méduse et survivant du drame. À travers son témoignage, le lecteur replonge trois ans plus tôt, lorsque la frégate française, en route vers le Sénégal, s'échoua sur le banc d'Arguin à la suite des erreurs de navigation de son capitaine, Duroy de Chaumareys.
Faute de places suffisantes dans les chaloupes, près de cent cinquante hommes furent entassés sur un radeau de fortune destiné à être remorqué vers la côte. Lorsque les embarcations coupèrent les amarres et abandonnèrent leurs compagnons à leur sort, commença l'une des plus terribles épreuves de survie de l'histoire maritime.
" - Que se passe-t-il Le radeau n'avance plus !!
- Regardez, les canots s'éloignent de nous !
- Les salauds ! Ils nous abandonnent !?
- Les amarres ont été sectionnées !!
- Mort au capitaine Chaumareys !
- Saloperies d'officiers !
- Nous nous vengerons à terre par les armes Chaumareys sur terre ou en enfer !"

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
La grande réussite du scénario réside dans sa capacité à transformer un fait historique connu en un huis clos oppressant. En quelques pages, l'immensité de l'océan devient une prison à ciel ouvert où chaque mètre carré est disputé.
La faim, la soif, les blessures et la peur font rapidement voler en éclats les conventions sociales. Les tensions entre officiers, soldats et marins dégénèrent, tandis que certains sombrent dans la folie ou la violence.
L'album montre avec force comment les circonstances extrêmes peuvent révéler le pire de l'être humain, sans jamais tomber dans la complaisance. Les épisodes les plus atroces, notamment ceux liés au cannibalisme, sont traités avec retenue, ce qui les rend paradoxalement encore plus saisissants.
" - Au fond de nous, nous le savions. Nous n'avions qu'un seul moyen de prolonger notre existence pour nous sauver ... Que les morts nourrissent les vivants."
Au cœur de cet enfer flotte la figure de Blanche. Historiquement mentionnée dans les témoignages des rescapés mais rarement mise en avant, elle devient ici le pivot du récit.
Les auteurs choisissent d'en faire une femme courageuse, compatissante et résolument déterminée à préserver ce qui subsiste d'humanité autour d'elle. Infirmière improvisée, réconfortant les blessés malgré l'hostilité dont elle est victime, elle apparaît comme une conscience morale face à la brutalité ambiante.
Certes, cette caractérisation relève en partie de la reconstruction romanesque et pourra sembler idéalisée à certains lecteurs. Mais elle apporte au récit une dimension symbolique forte, faisant de Blanche bien davantage qu'un simple personnage historique : elle incarne la résistance de la dignité humaine dans un univers où toute morale semble avoir disparu.

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
Au-delà du drame maritime, l'album développe une réflexion intéressante sur les rapports de pouvoir. La responsabilité du capitaine Chaumareys, dont l'incompétence et la lâcheté ont largement contribué à la catastrophe, est clairement dénoncée. Plus largement, les auteurs interrogent les comportements collectifs face à la crise et montrent comment la peur favorise la recherche de boucs émissaires.
" - Les gars ! Deux tempêtes, deux nuits de suite : quand je vous dis que cette poufiasse nous porte la poisse !!
- Jésus a raison, il faut s'en débarrasser, et vite.
- Après, nos malheurs ne seront qu'histoire ancienne."
Dans ce contexte, la condition de Blanche résonne de manière particulièrement actuelle : seule femme au milieu d'une communauté exclusivement masculine, elle cristallise les préjugés, les superstitions et le mépris dont les femmes étaient alors victimes.

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
Graphiquement, Gilles Cazaux nous offre un remarquable travail. Son trait nerveux et expressif traduit parfaitement la tension permanente qui règne sur le radeau. Les visages marqués par la fatigue, la faim ou la terreur racontent souvent autant que les dialogues. Malgré un décor naturellement limité à quelques planches de bois perdues au milieu de l'océan, l'artiste parvient à varier les cadrages et à maintenir une réelle dynamique visuelle. Le choix d'une palette de couleurs souvent sombre renforce encore l'impression d'étouffement et de désespoir qui imprègne le récit.
L'autre mérite de l'ouvrage est de replacer la catastrophe dans son prolongement artistique. Le lecteur découvre ainsi comment ce fait divers dramatique est devenu un symbole universel grâce au tableau de Géricault.
Cette mise en perspective enrichit considérablement la lecture et invite à regarder l'œuvre du Louvre d'un œil nouveau, non plus seulement comme un chef-d'œuvre pictural, mais comme le témoignage d'une tragédie humaine bien réelle.

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025
L’Oubliée du radeau de la Méduse est donc bien plus qu'une simple bande dessinée historique. C'est un récit de survie intense, une réflexion sur la nature humaine et un hommage à celles et ceux que l'Histoire a tendance à reléguer dans l'ombre. Porté par une documentation solide, une narration efficace et un dessin habité, l'album réussit à faire revivre l'un des épisodes les plus sombres de la marine française tout en offrant une lecture captivante.
Une œuvre forte, bouleversante et intelligente, qui donne envie de redécouvrir le célèbre tableau de Géricault à la lumière de ceux qui ont réellement vécu l'enfer qu'il représente.
Le radeau de tous les naufragés, la femme de tous les courages !
Thierry Ligot
Titre : L'oubliée du radeau de la Méduse"
Scénario : Thierry Soufflard & Gilles Cazaux
Dessin : Gilles Cazaux
Couleurs : Gilles Cazaux, Alice Estève & Pablo Sanchez Can
Éditeur : Marabout
Collection : Marabulles
Genre : aventure, docu-fiction
Parution : 15 octobre 2025
Format : cm
Pages : 112
ISBN : 978 2 501 183 07 9
Prix : 22,95 €
18 ans, Olivier passe une dizaine de jours de vacances à Cyvette, sa commune de naissance. Vu le superbe temps estival, il va à la piscine municipale. Myope come une taupe, ses lunettes le gênent et il préfère nager sans, quasi à l'aveuglette. Il croise dans un flou plus qu'artistique une jeune femme qui lui avoue qu'elle était amoureuse de lui quelques années plus tôt. Les circonstances, la timidité, le hasard faisant, elle n'avait jamais osé le lui dire à l'époque.
Mais voilà, sans ses lunettes, le jeune homme est incapable de distinguer son visage. Décontenancé, il oublie de lui demander son nom, voire de savoir comment la retrouver. Quelques minutes plus tard, elle a disparu. Le genre de moment qui pourrait n'être qu'une anecdote de vacances.
" - Bah ! Je peux te le dire maintenant, après tout ... il se pourrait qu'à l'époque, j'aie été un petit peu beaucoup amoureuse de toi ... Je n'osais pas te l'avouer ... ni à toi, ni aux autres, d'ailleurs. Ils n'en ont jamais rien su."
Vingt-six ans après, devenu chauffeur de taxi, séparé de sa femme et éloigné de son fils, Olivier n'a pourtant jamais oublié cette voix surgie du passé.
Une course pour une cliente pressée le ramène dans son village d'enfance. Et sur la route, entre confidences et échanges anodins ...
" - Je repensais à ce que vous m'avez dit tout à l'heure, dans la voiture ...
- J'en ai dit des choses ...
- Cette fille à la piscine.
- Ah oui, l'inconnue ... et alors ?
- Comment vous n'avez pu ne pas la reconnaître ?
- J'avais enlevé mes lunettes pour nager, c'est tout ! Je suis myope : passé 50 cm, tout est flou ! Une vraie taupe !"
Arrivé sur place, fatigué par le trajet, petite sortie de route et le voilà contraint à rester plus longtemps sur place que prévu. L'occasion de se replonger dans ses souvenirs, de recroiser ses anciens camarades. Poussé alors par ses derniers, il se lance dans une quête aussi absurde qu'émouvante : retrouver une femme dont il ne connaît rien, sinon qu'elle l'a aimé un jour.
" - Oui oui ... puisque vous parlez mathématiques, eh bien, de mon côté, c'est une équation à une inconnue que je n'ai jamais su résoudre. Vous vous souvenez de la piscine lorsqu'on était ados ?
[...]
- Bon, les amis, fin de la récré : j'embauche à 6 heures, moi ! Olive, demain, on démarre l'enquête ! Et comme disait l'père Barrauld : Nous vons bin y arrivaille !""

© Peynet - Grand Angle 2026
Le poids des souvenirs et des occasions manquées
" - Si ça se trouve, vous êtes passé à côté d'une belle histoire.
- Voilà qui résume bien ma vie."
Sous les apparences d'une comédie romantique légère, Équation à une inconnue s'intéresse à des questions plus profondes. Frédéric Peynet explore la manière dont certains souvenirs s'accrochent à nous, parfois plus fortement que des événements objectivement plus importants. L'inconnue n'est finalement qu'un prétexte. Ce qu'Olivier poursuit réellement, c'est une possibilité perdue, un embranchement de sa vie qu'il n'a jamais pu emprunter.
Le récit parle avec beaucoup de justesse de ces moments qui continuent à nous accompagner longtemps après leur disparition. Qui n'a jamais repensé à une rencontre fugace, à une occasion manquée ou à une décision que quelques secondes auraient pu changer ? L'auteur aborde ces thèmes avec délicatesse, sans jamais sombrer dans la nostalgie pesante.
" Aidez Olivier Béthany à retrouver l'inconnue de son cœur."
Ce sera surtout aussi pour Olivier l'opportunité de se confronter à son présent. Par son retour à Cyvette, il se voit obliger à renouer avec son passé, ses amis d'enfance et ses blessures personnelles.
Le voici ainsi autant sur un chemin vers soi que dans une recherche amoureuse.
" Je sais pas ... peut-être que c'est une façon inconsciente pour toi de retourner au croisement des chemins ? Pour pouvoir en suivre un autre ? Prendre un nouveau départ ?"

© Peynet - Grand Angle 2026
Un scénario qui déjoue les attentes
Le point de départ pourrait faire craindre une mécanique romantique assez convenue. Frédéric Peynet évite pourtant ce piège grâce à une écriture centrée sur les personnages plutôt que sur le suspense sentimental.
L'intérêt du récit ne réside pas tant dans l'identité de l'inconnue que dans l'incroyable mobilisation qu'entraîne cette recherche. Anciens camarades, journaliste local, commerçants, élus, jeunes branchés : tout un village s'approprie progressivement l'histoire d'Olivier et se mobilise pour aboutir à une fin heureuse.
L'enquête devient une aventure collective, nourrie d'idées parfois saugrenues, de fausses pistes et d'élans de solidarité.
Cette galerie de personnages constitue l'une des principales réussites de l'album. Aucun n'est réduit à une simple fonction narrative. Tous possèdent leur personnalité, leurs fragilités, leurs manies. Leur bienveillance n'efface jamais leur humanité, ce qui rend leur histoire crédible et touchante.
L'ensemble trouve un équilibre particulièrement réussi entre humour, émotion et mélancolie. Les situations prêtent souvent à sourire, mais elles révèlent toujours quelque chose de plus intime chez les protagonistes.
© Peynet - Grand Angle 2026
Une histoire nourrie par le vécu
L'une des singularités de Équation à une inconnue réside dans son origine. Dans un entretien accordé au Bamboo Mag, Frédéric Peynet révèle que le point de départ du récit lui est directement inspiré d'une expérience personnelle.
« J'ai en effet vécu le point de départ de cet album : être abordé au milieu d'une piscine municipale par une fille dont j'ignore toujours l'identité, puisqu'étant très myope, son visage est resté définitivement flou. »
Si l'auteur précise que la situation a été largement romancée, cette anecdote apporte une sincérité évidente à l'ensemble. Il reconnaît d'ailleurs avoir beaucoup investi de lui-même dans son personnage principal :
« Même si "mon" inconnue ne m'a pas fait de déclaration d'amour, j'ai forcément mis du vécu dans ce personnage. »
Cette part autobiographique explique sans doute pourquoi les émotions sonnent aussi juste. Derrière l'humour du postulat se devine une interrogation authentique sur la mémoire et sur les mystères que chacun porte en soi.
L'album marque également une étape importante dans le parcours de l'auteur. Après des décennies passées principalement au dessin, il assume ici seul la construction du récit :
« Après quelque 25 années passées à collaborer avec des scénaristes, c'est le premier album que je réalise seul. »
Une expérience visiblement réussie tant la narration fait preuve d'une grande maîtrise.

© Peynet - Grand Angle 2026
Un dessin au service de l'émotion
Dessinateur expérimenté, Frédéric Peynet démontre une nouvelle fois l'étendue de son talent graphique. Son trait semi-réaliste se caractérise par une grande souplesse et une remarquable expressivité. Les émotions passent souvent par un simple regard, une moue ou un sourire esquissé.
La mise en scène privilégie la lisibilité et l'efficacité. Sans chercher l'esbroufe graphique, l'auteur construit des planches fluides qui servent parfaitement le rythme du récit. Les personnages occupent constamment le centre de l'attention, tandis que les décors du village contribuent à installer une atmosphère chaleureuse et familière.
L'une des plus belles trouvailles visuelles apparaît dès les premières pages. La scène fondatrice est représentée à travers la vision déformée d'Olivier privé de ses lunettes. Les contours deviennent flous, les silhouettes indistinctes, les couleurs se fondent les unes dans les autres. En quelques images, le lecteur comprend immédiatement l'origine de cette obsession qui traversera plusieurs décennies.
La coloration, lumineuse et chaleureuse, accompagne idéalement ce récit où se mêlent nostalgie, humour et tendresse.
© Peynet - Grand Angle 2026
Une comédie romantique profondément humaine
Avec Équation à une inconnue, Frédéric Peynet livre bien davantage qu'une simple romance. Derrière l'enquête sentimentale se dessine le portrait d'un homme en quête de réconciliation avec son passé, entouré d'une communauté prête à l'aider à retrouver un rêve de jeunesse.
L'album séduit par la simplicité apparente de son sujet, la sincérité de son écriture et la tendresse portée à chacun de ses personnages. Il rappelle que certains souvenirs demeurent vivants parce qu'ils renferment moins ce qui a été vécu que tout ce qui aurait pu advenir.
Une bande dessinée généreuse, drôle et émouvante, qui confirme que les plus belles histoires naissent parfois d'un simple visage entrevu... ou, dans le cas présent, jamais vu.
Thierry Ligot
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Titre : Équation à une inconnue
Scénario - dessin - couleurs : Frédéric Peynet
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Type : one-shot
Genre : Romance, tranche de vie, amour perdu, amitié
Public : ado - adulte
Parution : 1 juillet 2026
Format : 22,1 x 30 cm
Page : 104
ISBN : 979 1 0411 0777 3
Prix : 19,90 €
Entre Marseille, l'Estaque, Cassis et Aix-en-Provence, sous le soleil des Tuileries Saint-Jacques, Toine, ouvrier bossu, nourrit depuis toujours un amour silencieux pour Naïs Micoulin. Cela au point de risquer son amitié pour son ami d'enfance, l'ingénieur de la tuilerie ... récemment fiancé avec Melle Béatrice, la fille de son patron.
" - Tu t'imagines que je fais la cour à la petite Naïs. [...]
- Çà je ne me le suis pas imaginé. Je l'ai vu !
- Tu l'as vu parce que c'est vrai. J'ai toujours été gentil avec Naïs parce que c'est une excellente ouvrière ... Parce que je suis ton ami ... et parce que je sais que tu l'aimes.
- MOI ? Forcément que je l'aime ! Comme tout le monde.
- Non. Tu ne l'aimes pas comme tout le monde. Tu l'aimes comme personne ne l'aimera jamais. Je le sais. Je l'ai vu.
- Allons, ne dis pas de bêtises ! Comment voudrais-tu que j'aie le toupet d'être amoureux d'elle. Moi, Toine, le bossu de Saint-Henri ? Il faudrait vraiment que j'aie perdu la tête !"
Conscient qu'il ne pourra jamais être davantage qu'un ami, un confident à ses yeux, il accepte son destin avec une extraordinaire dignité.

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026
Naïs de son côté, vit sous la coupe d'un père autoritaire et violent qui contrôle chacun de ses faits et gestes. Paysan rude et fier, Micoulin tolère uniquement la présence de Toine auprès de sa fille, persuadé qu'un bossu ne représente aucune menace pour sa vertu.
" - J'avais une jument, elle m'a fait une petite jument, elle est à moi, parce qu'elle est née chez moi et que je l'ai nourrie. Eh bien, ma fille, elle est née chez moi. Je l'ai aussi nourrie. Alors moi, ma fille est à moi.
- Macoulin, tu penses qu'à toi. Et ta Naïs, tu es sûr que ça lui plaira tant que ça de rester vieille fille ?
- Il faudra bien que ça lui plaise. Il faudra bien."
L'équilibre fragile de cette existence est remis en cause par le retour de Frédéric Rostaing, fils des propriétaires dont dépend la famille Micoulin. Fils d'un avoué, étudiant en droit peu assidu, davantage attiré par les cartes, les plaisirs et les aventures galantes que par ses examens. Ses parents sont propriétaires d'une villa proche de la ferme louée par les Micoulin. Ils décident d'y passer quelques semaines afin que leur fils s'y repose.
© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026
Frédéric retrouve alors Naïs à Cassis. Entre les deux jeunes gens renaît rapidement une passion sincère datant de 3 ans. Mais cette dernière se heurte aussitôt aux barrières sociales et à la fureur du père de la jeune fille. Pour Micoulin, voir sa fille aimer le fils du maître est une humiliation insupportable qui nourrit peu à peu une obsession dangereuse, une envie meurtrière !
Pour Toine, le dilemme devient cornélien : sauver Frédéric ou perdre Naïs !
Un récit qui déjoue tous les clichés classiques ... déjà rien que par son titre. En effet, si ce dernier est "Naïs", le véritable héros en est Toine. Dépassant très vite le traditionnel rôle de l'amoureux malheureux, en plus de souffrir de voir celle qu'il aime dans les bras d'un autre, il doit faire preuve d'une générosité exceptionnelle. Son unique préoccupation devient le bonheur de Naïs, quitte à sacrifier ses propres espoirs. Cette noblesse de cœur fait de lui le personnage le plus attachant de l'histoire. Cette grandeur d'âme en fait le pilier de l'intrigue.
Quant à Frédéric, il n'est pas seulement un riche héritier léger et inconséquent ; Naïs pas qu'une simple paysanne naïve rêvant d'un impossible conte de fées.

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026
Œuvre plutôt méconnue d'Emile Zola, Marcel Pagnol la sort de l'ombre en l'adaptant au cinéma en 1945. Tout en lui apportant sa touche personnelle et une fin moins "zolienne", il en fait une comédie romantique dramatique articulée autour du sempiternel trio amoureux impossible, l'amoureux transit, la jeune fille naïve et le bellâtre riche, bourgeois (ou noble, ...).
Si Zola lui a donné sa puissance des passions, ses conflits sociaux et la violence des rapports humains, Pagnol y ajoutera l'humanité des personnages, la chaleur provençale et une vision plus optimiste de leur destinée.
Amour, jalousie, différence de classes sociales, relations humaines s'entremêlent avec beaucoup de finesse.
La tension dramatique repose essentiellement sur la figure de Micoulin. Sa jalousie maladive et sa violence permanente installent un climat d'inquiétude qui donne parfois au récit des accents de thriller rural. Pourtant l'histoire conserve une tonalité profondément humaine ... Les personnages savent écouter, comprendre et parfois renoncer, ce qui confère au dénouement une émotion particulière.
Éric Stoffel réussit ainsi une époustouflante scénarisation BD d'une adaptation cinématographique d'un roman ... Une modernité d'un récit ancien ? "Naïs" aborde des thèmes universels qui résonnent encore aujourd'hui. L'esprit de Zola-Pagnol y est restitué avec fidélité.
David Ratte lui offre alors un écrin graphique séduisant et plein de sensibilité. Son trait chaleureux restitue à merveille la lumière provençale, les paysages de bord de mer et la vie des villages du Sud. Les expressions des personnages sont idéalement rendues, permettant de saisir toute la palette des sentiments qui les traversent. Les couleurs lumineuses renforcent encore l'immersion dans cette Provence chère à Pagnol.
Bonus non négligeable, l'album se clôture par un petit dossier sur l'adaptation cinématographique de Marcel Pagnol du roman de Zola. "Naïs - Après la guerre, le retour au cinéma". Tourné entre mai et juin 1945, il verra un casting de choix : Fernandel (Toine), Jacqueline Bouvier (Naïs), Raymond Pellegrin (Frédéric) et Henri Poupon comme le méchant de l'histoire ... Micoulin ! L'occasion d'en savoir plus sur cette étape de réécriture, de recréation d'un roman méconnu qui sent néanmoins bon le soleil et l'air de la mer.

© Affiche du film de Marcel Pagnol - 1945
Au final, une petite pépite portée par un dessin expressif, une narration maîtrisée et surtout l'inoubliable personnage de Toine. Probablement l'une des adaptations BD pagnolesques les plus touchantes actuellement. Une œuvre tendre, émouvante et profondément humaine, qui rappelle combien la bonté et le désintéressement peuvent être des formes de courage exceptionnelles.
Thierry Ligot
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Série : Marcel Pagnol
Titre : Naïs
Auteur du roman : Emile Zola
Scénario adaptation BD : Éric Stoffel
Dessin : David Ratte
Couleurs : Atomix & David Ratte
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Genre : adaptation littéraire BD, tranche de vie, amour-amitié
Public : adulte
Parution : 1/7/2026
Format : 24,4 x 32 cm
Page : 72
ISBN : 979 1 0411 1280 7
Prix : 16,9 €
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