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Dans un futur où l’humanité a épuisé la Terre pour rendre habitable une nouvelle planète baptisée Providence, une fracture sociale abyssale sépare deux mondes : d’un côté, l’élite providencine installée sur cette planète rouge technologiquement avancée ; de l’autre, les Terriens condamnés à survivre sur une planète exsangue.

 

" - Comment renouer le dialogue entre la Terre et Providence ? Ça devrait être notre seul angle d'attaque. Le dialogue d'humain à humain. Et au lieu de ça. La Concorde assomme les Terriens de questionnaires générés par la machine ! Et tout le monde s'étonne des tensions qui explosent ..."

 

Au cœur de cette société à deux vitesses, Keren Kepler incarne l’exception. Originaire de la Terre, il a réussi à intégrer les rangs des privilégiés et travaille désormais pour la Concorde, un programme censé favoriser le dialogue entre les deux peuples. Mais ...

 

 

 

" - Nos chers voisins ne sont pas en odeur de sainteté ici.

- Maintenant qu'ils ont eu ce qu'ils voulaient, ça serait bien qu'ils retournent sur leur saloperie de planète.

- Vous pourriez développer ?

- "Terraformer Providence. Faire de la Planète Rouge un paradis pour l'Homme. Des océans, des prairies, de super stations de ski ..." Eh ben, ça y est. Ils s'le sont offert. mais si j'me souviens bien, c'est nous qu'avons casqué pour leur terraformation, non ? Et j'parle pas que des massacres. ces sangsues ont essoré nos ressources pendant plus de cinq cents ans.

- C'est vrai. Et les Providencins souhaitent se racheter. leurs nouveaux dirigeants ont fondé la Concorde pour qu'elle serve de médiatrice. On y œuvre pour une humanité unie. Ça passe par une Terre rebâtie, dans l'intérêt des terriens."

 

Néanmoins, ce beau projet est-il réellement si "humanitaire" pour les terriens ou n'est-ce qu'un trompe-l'œil afin de conserver leur supériorité et leur mainmise sur la planète Bleue ... quand elle l'était encore ?

 

C'est alors qu'un drame personnel va pousser le père de Keren à rechercher ce qui se cache derrière la Concorde ! Elle qui ne cesse de rassembler toutes les données sur chacun, chacune, de dresser leur "profil". Derrière ses bonnes intentions ... derrière cet écran de fumée ... y aurait-il des peurs, des objectifs, des craintes ? A moins que ???

 

" - Pardon ? Mon "profil" ? Parce que vous croyez vraiment savoir ce que j'ai dans la tête ?

- Votre profil est dressé à partir des données personnelles que vous acceptez de partager en utilisant votre terminal. Habitudes de consommation, déplacements, historiques de navigation. On ne juge pas les pensées qui vous traversent l'esprit. Seules vos actions sont prises en compte."

 

 

Avec Providence, Nicolas Dehghani signe une ambitieuse fresque de science-fiction qui dépasse largement le simple récit d’anticipation.

 

© Dehghani - Sarbacane 2026

 

Sous ses allures de récit d’ascension sociale, Providence interroge pourtant des questions bien plus profondes. La liberté individuelle existe-t-elle encore dans un monde gouverné par les données, les algorithmes et l’intelligence artificielle ?

 

" - Nos algorithmes se nourrissent de siècles de datas humaines. Comportements d'achat, réflexes, gestuelles, inflexions dans la voix. Jusqu'à la manière de cligner des yeux. Quelles précisions apporteraient vos impressions personnelles lors de vos ... discussions de comptoir ?"

 

Jusqu’où une société peut-elle aller au nom du bien commun ? Le contrôle des pensées, la surveillance, les inégalités sociales, l’épuisement des ressources naturelles ou encore les dérives technologiques nourrissent une réflexion particulièrement actuelle.

La Concorde, présentée comme un outil de compréhension mutuelle, apparaît progressivement comme un gigantesque système de collecte de données destiné à anticiper et neutraliser toute contestation.

L’auteur questionne ainsi notre rapport aux technologies décisionnelles et aux algorithmes auxquels nous accordons une confiance grandissante dans nos sociétés contemporaines.

 

" - Monsieur Kepler, vous êtes un homme raisonnable. Vous avez la responsabilité de ...

- La ferme, j'ai dit ! Plus personne prend la responsabilité de rien ! Tous vos putains d'algorithmes décident à votre place et ..."

 

L’album trouve également une résonance émotionnelle forte lorsqu’un drame bouleverse son intrigue et fait glisser le récit vers l’exploration du deuil, de la culpabilité et de la résilience.

 

 

© Dehghani - Sarbacane 2026

 

Nicolas Dehghani ne se contente pas d’exposer une opposition classique entre dominants et dominés. Il construit un univers complexe où les bonnes intentions peuvent masquer des mécanismes de domination particulièrement efficaces.

 

" - Quand les Providencins en auront marre de jouer les bons samaritains ... vous croyez qu'ils hésiteront une seconde avant de reprendre les massacres ? Regardez l'échec pathétique de leur Concorde ... Ils sont bien meilleurs quand il s'agit de nous exterminer.

- Et donc vous dites qu'ils n'attendent que l'occasion pour nous réprimer à nouveau ?

- Mais à quoi vous penser servir ?"

 

 

 

© Dehghani - Sarbacane 2026

 

La scénarisation impressionne d’abord par la solidité de son univers. Les premières pages demandent un certain investissement au lecteur, tant les codes, les institutions et les rapports de force de cette civilisation future sont nombreux. Mais cet effort est récompensé par une immersion remarquable dans un monde cohérent et crédible. Dehghani développe patiemment ses personnages et leurs relations, en particulier celles qui lient Keren à sa famille et à ses collègues providencins. Lorsque survient l’événement charnière qui bouleverse l’histoire, le récit change alors de nature.

 

La fresque politique cède ainsi une large place au drame intime. Ce basculement pourra surprendre certains lecteurs, tant il modifie le rythme et les priorités narratives, mais il permet aussi d’explorer avec finesse des émotions universelles et profondément humaines.

 

Aucun protagoniste n’est réduit à une fonction ou à une idéologie. Chacun possède ses fragilités, ses contradictions et ses aspirations. Cette humanité rend les enjeux particulièrement incarnés et favorise l’empathie du lecteur. Derrière les débats sur l’intelligence artificielle ou les conflits de classes, ce sont avant tout des êtres confrontés à leurs propres blessures qui occupent le devant de la scène.

 

 

© Dehghani - Sarbacane 2026

 

Graphiquement, Providence témoigne d’une évolution spectaculaire du talent de Nicolas Dehghani. Déjà remarqué avec Ceux qui brûlent, l’auteur franchit ici un véritable cap. Son dessin semi-réaliste se distingue par une maîtrise impressionnante des architectures futuristes, des environnements industriels et des paysages urbains. Chaque décor participe à l’immersion dans cet univers crépusculaire où la technologie la plus avancée côtoie la misère sociale.

 

Son travail sur la couleur mérite également d’être souligné. Fidèle à une palette dominée par les nuances d’orange et de gris, l’auteur construit une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Ces choix chromatiques ne relèvent pas uniquement de l’esthétique : ils renforcent constamment l’atmosphère du récit, opposant chaleur humaine et froideur technologique, espoir et désillusion. Certaines planches presque monochromes deviennent de véritables respirations visuelles, accompagnant les moments les plus intenses de l’histoire avec une remarquable efficacité narrative.

 

 

© Dehghani - Sarbacane 2026

 

La mise en scène bénéficie enfin de l’expérience de Dehghani dans le domaine de l’animation. Son découpage dynamique, son sens du rythme et sa capacité à faire ressentir les émotions à travers l’organisation des cases démontrent une maîtrise affirmée du langage de la bande dessinée. Les silences, les regards et les espaces vides y ont souvent autant d’importance que les dialogues.

 

 

 

© Dehghani - Sarbacane 2026

 

Au final, Providence s’impose comme une œuvre dense, intelligente et profondément contemporaine. Derrière son décor de science-fiction et ses enjeux interplanétaires se cache une réflexion saisissante sur les dérives possibles de nos sociétés connectées. Nicolas Dehghani livre un récit ambitieux qui conjugue critique sociale, émotion et spectacle visuel avec une rare maîtrise.

 

Une dystopie vertigineuse où l'élite règne et les algorithmes décident. Sous les couleurs de la science-fiction, une mise en garde contre nos propres excès.

 

Une lecture exigeante parfois, mais particulièrement stimulante, qui confirme l’auteur parmi les voix les plus prometteuses de la bande dessinée francophone actuelle.

 

 

 

Thierry Ligot

 

NB : "Providence" est également le coup de cœur de Reynold, de la librairie Brüsel dans sa "20e Minute de Rey - Aoüt 2026" 

 

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Titre : Providence

Scénario, dessin & couleurs : Nicolas Dehghani

Éditeur : Sarbacane

Genre : S.-F. dystopique

Thèmes : nouvelles technologies, deuil, vengeance, IA

Public : ado - adulte

Parution : 19/8/2026

Format : 22,5 x 32 cm

Page : 336

ISBN : 978 2 3773 1913 8

Prix : 29 €



Publié le 31/08/2026.


Source : Bd-best


" Ce matin du 18 août, je ne soupçonne pas que nous allons être les acteurs et les spectateurs de l'une des évacuations de masse les plus difficiles de l'histoire et de la débâcle de la communauté internationale qui regardera hébétée, se jouer une tragédie humanitaire qu'elle n'aura pas vue venir."

 

Il n'est pas toujours évident d'écrire la chronique d'une bande dessinée. Les raisons peuvent être multiples. Parfois, l'histoire ne nous touche pas, le dessin ne nous convainc pas ou le sujet nous laisse indifférent. À d'autres moments, c'est exactement l'inverse : l'œuvre aborde un thème si fort, si proche de certaines blessures du monde contemporain, qu'il devient difficile de trouver les mots justes sans céder à l'émotion.

C'est précisément ce qui m'est arrivé avec "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul".

 

 

 

Le hasard du calendrier a voulu que la sortie de cet album, le 13 août, coïncide presque avec le cinquième "anniversaire" de la chute de Kaboul. Quelques jours auparavant, les journaux télévisés rappelaient encore les images de ce mois d'août 2021 : une capitale livrée au chaos, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants massés aux abords de l'aéroport, des avions pris d'assaut dans un ultime espoir de fuite. Un moment tragique de l'histoire contemporaine, symbole de l'échec politique, militaire et diplomatique de l'Occident face au retour des talibans au pouvoir.

 

" Le départ définitif des militaires alliés implique l'abandon à leur sort de millions d'Afghans. Cette cécité volontaire va devenir néfaste au cours des mois suivants."

 

 

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

C'est dans ce contexte que paraît cette adaptation en bande dessinée du témoignage de Mohamed Bida, commandant honoraire de police affecté à l'ambassade de France à Kaboul de 2016 à 2021. Avec ses dix hommes, il va se retrouver en première ligne lorsque les talibans entrent dans la capitale afghane le 15 août 2021. Alors que les plans d'évacuation élaborés durant des mois volent en éclats les uns après les autres, il doit organiser dans l'urgence l'exfiltration du personnel diplomatique français et de centaines de ressortissants afghans considérés comme prioritaires par la France.

 

 

Treize jours et treize nuits durant, l'ambassade de France, déplacée par sécurité sur un site fortifié surnommée par les Français "Camp Lafayette", devient un refuge de fortune pour plus de cinq cents personnes.

À l'extérieur, Kaboul sombre dans l'anarchie. À l'intérieur, chaque heure apporte son lot d'incertitudes, de décisions impossibles et de dilemmes (in)humains. Négociations avec les talibans, menaces terroristes, mouvements de foule incontrôlables, absence d'informations fiables : tout semble concourir à rendre cette mission irréalisable.

 

" Je ne crois plus aux chances d'une paix durable entre "frères ennemis" et à une transition gouvernementale paisible, c'est plutôt le scénario de la chute de Saïgon, le 30 avril 1975, qui s'impose à mon esprit. Mais contrairement aux Américains, nous ne laisserons personne derrière nous ! Les plans d'évacuation des personnels français sont fin prêts.

La question se pose également pour nos employés afghans et leurs familles, soit près de 800 personnes ! Tout le monde à l'ambassade se sent concerné par ce problème."

 

 

Et pourtant, contre toute attente, plus de 2 800 personnes seront finalement évacuées.

 

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

L'une des grandes forces de cet album réside dans son caractère profondément autobiographique. Mohamed Bida ne raconte pas son histoire pour bâtir sa légende personnelle ou se présenter comme un héros.

Bien au contraire.

Son récit se distingue par une humilité constante. Il expose ses peurs, ses doutes, ses moments de découragement et les responsabilités écrasantes qui pèsent sur ses épaules. À chaque instant, il apparaît avant tout comme un homme confronté à des choix dont dépendent des centaines de vies humaines.

 

 

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

Cette sincérité donne au récit une véritable puissance émotionnelle. Loin des discours héroïques ou des reconstructions a posteriori, "13 jours, 13 nuits" montre des femmes et des hommes tentant simplement de faire ce qui leur semble juste dans une situation devenue totalement incontrôlable.

 

Mais l'album ne se limite pas au seul récit de l'évacuation.

 

Régulièrement, Jean-Claude Bartoll interrompt la chronologie des événements pour intégrer des flashbacks issus des souvenirs de Mohamed Bida. Ces retours en arrière constituent même l'une des plus belles réussites de l'ouvrage. Ils permettent de découvrir l'homme derrière la fonction et de comprendre ce qui a forgé son caractère.

Né dans une famille française d'origine algérienne, Mohamed Bida évoque une jeunesse parfois douloureuse, marquée par les préjugés, les discriminations, le racisme ordinaire et le sentiment récurrent de devoir toujours prouver davantage que les autres sa légitimité. Son parcours apparaît souvent comme un long chemin semé d'embûches où les humiliations et l'ostracisme auraient pu engendrer rancœur ou ressentiment.

Il n'en est rien.

 

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

Au fil des pages se dessine le portrait d'un homme qui a transformé ces épreuves en moteur. Ces difficultés ont façonné son attachement aux valeurs républicaines, à la notion de service, au respect de la parole donnée et à une certaine idée de la fraternité.

 

" Mais, de poésie, il n'y en avait aucune dans ces zones de relégation où misère, chômage et délinquance restaient les principaux acteurs de la fracture sociétale, qui ne disait pas encore son nom.

J'étais plongé chaque jour dans les entrailles de la société et je me rendais à l'évidence : être flic, ce n'était pas seulement courir après les voleurs, les malfrats. C'était se trouver constamment au chevet de la société, répondre à tous ses maux, alors même que les réponses nous manquaient. En première ligne pour protéger la population, mais aussi pour tempérer ses ires et ses hubris. A cette époque déjà, la fonction policière jouait le rôle d'un régulateur sociétal et devenait le réceptacle de la schizophrénie française." (années 1980)

 

 

Dès lors, les décisions qu'il prend à Kaboul prennent une dimension nouvelle. Son engagement ne procède plus seulement d'une obligation professionnelle : il découle également d'une conviction intime selon laquelle abandonner les plus faibles serait une forme de renoncement à ses propres valeurs.

 

Cette alternance entre le drame collectif afghan et le parcours personnel de Mohamed Bida apporte à l'album une profondeur humaine remarquable. Elle évite également toute lecture héroïsante des événements. Derrière le commandant de police chargé d'une mission exceptionnelle se découvre un homme construit par l'adversité, dont les blessures passées éclairent les choix présents.

 

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

Pour adapter ce témoignage à la bande dessinée, Jean-Claude Bartoll réalise un travail remarquable. Ancien grand reporter, il trouve le juste équilibre entre la rigueur documentaire et l'efficacité narrative. Le récit conserve toute sa crédibilité historique tout en maintenant une tension permanente. Le lecteur suit heure après heure la dégradation de la situation, partage l'épuisement des protagonistes et ressent l'urgence qui imprègne chaque décision.

Bartoll excelle également dans la restitution des enjeux humains et politiques. Les négociations avec les talibans, les contraintes diplomatiques, les problèmes logistiques et les difficultés du terrain s'intègrent naturellement au récit sans jamais l'alourdir. L'ensemble se lit avec la fluidité d'un thriller, tout en conservant la force d'un témoignage authentique.

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

Au dessin, Renato Arlem livre une prestation de très haut niveau. Son trait réaliste, précis et expressif convient parfaitement à un sujet aussi sensible. Les visages portent la fatigue, la peur et la tension accumulées au fil des jours. Les scènes de foule retranscrivent efficacement la panique qui règne alors dans Kaboul. Les décors plongent le lecteur dans une ville en train de s'effondrer, où chaque déplacement devient une prise de risque.

La mise en page se montre particulièrement immersive. Les séquences d'action alternent harmonieusement avec les moments plus introspectifs, sans jamais casser le rythme du récit. Quant aux couleurs de Simon Champelovier, elles participent pleinement à cette atmosphère oppressante, renforçant la tension dramatique qui ne faiblit pratiquement jamais.

 

 

© Bida - Bartoll - Arlem - Champelovier - Delcourt 2026

 

Au final, "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul" dépasse largement le cadre de la bande dessinée documentaire. C'est un récit sur le devoir, le courage, la responsabilité et la solidarité. C'est aussi une réflexion sur l'identité, sur l'engagement au service des autres et sur la capacité d'un homme à rester fidèle à ses convictions lorsque tout autour de lui s'effondre.

Surtout, l'album ne cherche jamais à glorifier Mohamed Bida. Il raconte simplement des faits vécus, des sacrifices consentis, des peurs affrontées et des décisions assumées. Il rappelle également que derrière les grandes tragédies historiques se cachent toujours des êtres humains confrontés à des choix impossibles.

 

" Malgré une fatigue immense, je n'arrive pas à dormir. Les évènements se bousculent dans ma tête. Je suis partagé entre le soulagement et un goût amer d'inachevé."

 

Cinq ans après la chute de Kaboul, alors que les conséquences de cet abandon continuent de peser sur l'Afghanistan, cette lecture résonne avec une force particulière. Entre témoignage autobiographique, chronique historique et récit d'une extraordinaire aventure humaine, "13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul" est un album nécessaire, poignant et profondément marquant.

 

 

 

© Affiche du film 2025

 

Une œuvre qui prend littéralement à la gorge par sa sincérité, portée par le scénario impeccable de Jean-Claude Bartoll et le dessin immersif de Renato Arlem. Un hommage vibrant non pas à un héros solitaire, mais à toutes celles et ceux qui, au milieu du chaos, ont refusé d'abandonner leurs semblables. Une grande bande dessinée, profondément humaine, dont la lecture laisse longtemps une empreinte dans l'esprit du lecteur.

 

 

Remarque : cet album est l'adaptation du roman autobiographique éponyme de Mohamed Badi, adapté au cinéma par Martin Bourboulon en juin 2025, et pour la télévision sous forme de feuilletons ("Kaboul" diffusé sur France 2 en avril 2025).

 

 

BA du film : ici

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul

D'après le roman témoignage de : Mohamed Bida

Scénario : Jean-Claude Bartoll

Dessin : Renato Arlem

Couleurs : Simon Champelovier

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Type : récit complet

Genre : témoignage, Histoire

Thèmes : Afghanistan, guerre, drame humain

Parution : 13 août 2026

Format : 22,6 x 29,8 cm

Page : 152

ISBN : 978 2 4130 8179 1

Prix : 22,50 €



Publié le 16/08/2026.


Source : Bd-best


Un héros ordinaire confronté à des choix difficiles, voilà ce qui attend Brèche-dent, un jeune korrigan modeste travaillant à la plonge dans les cuisines des ogres.

 

" - Reste qu'à leurs yeux, je ne suis qu'un 'chabin', un 'mulâtre', une 'chimère' ... au gré des surnoms qu'on m'a attribués toute mon enfance.

Le rejeton d'une korrigane délurée ... et d'un père aux origines pas très déterminées ... Un enfant de nulle part, en somme."

 

Là où son amie Trois-fois-morte brille par son talent exceptionnel, lui peine à trouver sa place et nourrit le rêve d'un avenir meilleur.

 

" - Et comme souvent par le passé, j'ai l'affreuse impression de n'être qu'un simple figurant ..."

 

 

 

Lorsqu'une opportunité semble enfin s'offrir à lui au sein de la prestigieuse brigade Tout-Sucre, il croit voir son destin changer.

 

" Je ne savais pas encore que j'allais vivre là l'un des moments les plus incroyables de ma vie ... aussitôt suivi de l'un des pires."

 

Mais cette promotion cache une exigence inacceptable : trahir son amie en dérobant l'une de ses précieuses recettes. Face à ce dilemme moral, Brèche-dent choisit la fidélité plutôt que l'ambition.

 

" - Tu t'essaieras à chacun de ces métiers, pour trouver ta voie.

- Miam. Gloups ... avec joie !

- Mais avant cela, tu vas voler une de ses recettes à Trois-fois-morte."

 

Cette décision le contraint à fuir et l'entraîne dans un long voyage ponctué de rencontres improbables, d'épreuves et de découvertes.

 

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Une quête initiatique tendre et foisonnante

Avec Une vie de vaurien, Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andréae poursuivent l'exploration du fascinant univers de La Cuisine des Ogres. Une quête initiatique tendre et foisonnante à la fois ...

 

Plutôt que de revenir au premier plan sur Trois-fois-morte, les auteurs choisissent de mettre en lumière Brèche-dent, un personnage secondaire du premier tome qui gagne ici une profondeur inattendue.

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Un récit sur la recherche de sa place

L'album développe avec sensibilité des thèmes universels. À travers les mésaventures de son héros, il questionne la valeur du talent, le poids des ambitions personnelles et la difficulté de trouver sa voie lorsque l'on ne possède aucun don apparent.

 

Brèche-dent est un personnage attachant précisément parce qu'il n'est ni exceptionnel ni héroïque au sens classique du terme. Sa gentillesse, sa loyauté et sa persévérance deviennent ses véritables forces. En suivant son parcours, le lecteur est amené à réfléchir à ce qu'il est prêt à sacrifier pour réussir et à la manière dont chacun peut construire sa propre définition du bonheur.

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Un univers toujours aussi enchanteur

L'un des grands plaisirs de cette série demeure son univers foisonnant. Les auteurs enrichissent encore leur bestiaire fantastique et multiplient les décors étonnants, les créatures singulières et les situations inattendues. Chaque étape du voyage apporte son lot de surprises et contribue à donner une véritable ampleur au monde imaginé.

 

L'atmosphère de conte demeure omniprésente, mêlant merveille, humour, mélancolie et aventure. Les nombreuses références aux récits merveilleux nourrissent l'ensemble sans jamais alourdir la lecture.

 

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Une réussite graphique remarquable

Jean-Baptiste Andréae livre une nouvelle fois une prestation impressionnante. Son trait expressif, la richesse des couleurs et le soin apporté aux ambiances confèrent à chaque planche une identité forte.

Les jeux de lumière, le design des personnages et la densité visuelle des décors invitent régulièrement à ralentir la lecture pour mieux savourer les détails.

Cette dimension graphique participe pleinement à la magie de l'œuvre et confirme le statut exceptionnel de l'artiste dans le paysage de la bande dessinée contemporaine.

 

© Vehlmann - Andreae - Rue de Sèvres 2026

 

Un tome légèrement différent du premier

Si le premier volume apparaissait comme plus sombre et plus marquant émotionnellement, ce second opus choisit une approche différente.

Plus lumineux, plus accessible et davantage tourné vers le voyage initiatique, il privilégie la bienveillance et l'évolution personnelle de son héros.

 

L'intrigue peut parfois sembler plus linéaire, mais elle conserve suffisamment d'inventivité et de profondeur pour captiver jusqu'à son dénouement, particulièrement réussi et riche en résonances émotionnelles.

 

 

Bref, Une vie de vaurien confirme toute la qualité de La Cuisine des Ogres. Sans reproduire les qualités exactes du premier tome, il enrichit l'univers de la série en proposant un récit plus contemplatif et plus humain. Porté par un héros profondément attachant et par un travail graphique somptueux, cet album offre une aventure généreuse qui séduira aussi bien les jeunes lecteurs que les amateurs de contes modernes et de fantasy poétique. 

 

Un deuxième tome magnifique, touchant et visuellement éblouissant, qui démontre que l'univers de La Cuisine des Ogres a encore beaucoup de merveilles à offrir.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : La Cuisine des Ogres

Tome : 2 - Une Vie de Vaurien

Scénario : Fabien Vehlmann

Dessin & couleurs : Jean-Baptiste Andreae

Éditeur : Rue de Sèvres

Genre : fantastique

Thèmes : amitié, fidélité, quête de soi, entraides, exil, voyage initiatique, loyauté

Public : à partir de 12 ans

Parution : 8 avril 2026

Format : 24,1 x 32 cm

Page : 80

ISBN : 978 2 8102 0817 3

Prix : 20 €



Publié le 01/08/2026.


Source : Bd-best


"25 août 1819, ouverture du Salon, Le Louvre, Paris.

- Avant tout, j'aimerais dédier cette soirée à Blanche, la seule femme à avoir embarqué sur le radeau ... Quand j'y repense, je me demande comment elle a fait pour supporter toutes ces horreurs !"

 

Le Radeau de la Méduse, monument de la peinture romantique française, ce chef-d'œuvre de Théodore Géricault trône au Louvre et fait partie de ces images qui ont traversé les siècles. Pourtant, derrière cette toile célèbre se cache une tragédie dont peu de personnes mesurent réellement l'ampleur.

C'est précisément cette histoire que Thierry Soufflard et Gilles Cazaux choisissent de raconter dans L’Oubliée du radeau de la Méduse, en portant leur regard sur une figure largement effacée des récits officiels : Blanche, l'unique femme présente parmi les naufragés du radeau.

 

 

 

 

L'album s'ouvre en 1819, lors de la présentation du tableau de Géricault au Salon du Louvre. Parmi les visiteurs se trouve Henri Savigny, chirurgien de la Méduse et survivant du drame. À travers son témoignage, le lecteur replonge trois ans plus tôt, lorsque la frégate française, en route vers le Sénégal, s'échoua sur le banc d'Arguin à la suite des erreurs de navigation de son capitaine, Duroy de Chaumareys.

Faute de places suffisantes dans les chaloupes, près de cent cinquante hommes furent entassés sur un radeau de fortune destiné à être remorqué vers la côte. Lorsque les embarcations coupèrent les amarres et abandonnèrent leurs compagnons à leur sort, commença l'une des plus terribles épreuves de survie de l'histoire maritime.

 

" - Que se passe-t-il Le radeau n'avance plus !!

- Regardez, les canots s'éloignent de nous !

- Les salauds ! Ils nous abandonnent !?

- Les amarres ont été sectionnées !!

- Mort au capitaine Chaumareys !

- Saloperies d'officiers !

- Nous nous vengerons à terre par les armes Chaumareys sur terre ou en enfer !"

 

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

La grande réussite du scénario réside dans sa capacité à transformer un fait historique connu en un huis clos oppressant. En quelques pages, l'immensité de l'océan devient une prison à ciel ouvert où chaque mètre carré est disputé.

La faim, la soif, les blessures et la peur font rapidement voler en éclats les conventions sociales. Les tensions entre officiers, soldats et marins dégénèrent, tandis que certains sombrent dans la folie ou la violence.

 

L'album montre avec force comment les circonstances extrêmes peuvent révéler le pire de l'être humain, sans jamais tomber dans la complaisance. Les épisodes les plus atroces, notamment ceux liés au cannibalisme, sont traités avec retenue, ce qui les rend paradoxalement encore plus saisissants.

 

" - Au fond de nous, nous le savions. Nous n'avions qu'un seul moyen de prolonger notre existence pour nous sauver ... Que les morts nourrissent les vivants."

 

Au cœur de cet enfer flotte la figure de Blanche. Historiquement mentionnée dans les témoignages des rescapés mais rarement mise en avant, elle devient ici le pivot du récit.

Les auteurs choisissent d'en faire une femme courageuse, compatissante et résolument déterminée à préserver ce qui subsiste d'humanité autour d'elle. Infirmière improvisée, réconfortant les blessés malgré l'hostilité dont elle est victime, elle apparaît comme une conscience morale face à la brutalité ambiante.

Certes, cette caractérisation relève en partie de la reconstruction romanesque et pourra sembler idéalisée à certains lecteurs. Mais elle apporte au récit une dimension symbolique forte, faisant de Blanche bien davantage qu'un simple personnage historique : elle incarne la résistance de la dignité humaine dans un univers où toute morale semble avoir disparu.

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

Au-delà du drame maritime, l'album développe une réflexion intéressante sur les rapports de pouvoir. La responsabilité du capitaine Chaumareys, dont l'incompétence et la lâcheté ont largement contribué à la catastrophe, est clairement dénoncée. Plus largement, les auteurs interrogent les comportements collectifs face à la crise et montrent comment la peur favorise la recherche de boucs émissaires.

 

" - Les gars ! Deux tempêtes, deux nuits de suite : quand je vous dis que cette poufiasse nous porte la poisse !!

- Jésus a raison, il faut s'en débarrasser, et vite.

- Après, nos malheurs ne seront qu'histoire ancienne."

 

Dans ce contexte, la condition de Blanche résonne de manière particulièrement actuelle : seule femme au milieu d'une communauté exclusivement masculine, elle cristallise les préjugés, les superstitions et le mépris dont les femmes étaient alors victimes.

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

Graphiquement, Gilles Cazaux nous offre un remarquable travail. Son trait nerveux et expressif traduit parfaitement la tension permanente qui règne sur le radeau. Les visages marqués par la fatigue, la faim ou la terreur racontent souvent autant que les dialogues. Malgré un décor naturellement limité à quelques planches de bois perdues au milieu de l'océan, l'artiste parvient à varier les cadrages et à maintenir une réelle dynamique visuelle. Le choix d'une palette de couleurs souvent sombre renforce encore l'impression d'étouffement et de désespoir qui imprègne le récit.

 

 

L'autre mérite de l'ouvrage est de replacer la catastrophe dans son prolongement artistique. Le lecteur découvre ainsi comment ce fait divers dramatique est devenu un symbole universel grâce au tableau de Géricault.

Cette mise en perspective enrichit considérablement la lecture et invite à regarder l'œuvre du Louvre d'un œil nouveau, non plus seulement comme un chef-d'œuvre pictural, mais comme le témoignage d'une tragédie humaine bien réelle.

 

 

© Cazaux - Soufflard - Marabulles 2025

 

L’Oubliée du radeau de la Méduse est donc bien plus qu'une simple bande dessinée historique. C'est un récit de survie intense, une réflexion sur la nature humaine et un hommage à celles et ceux que l'Histoire a tendance à reléguer dans l'ombre. Porté par une documentation solide, une narration efficace et un dessin habité, l'album réussit à faire revivre l'un des épisodes les plus sombres de la marine française tout en offrant une lecture captivante.

 

Une œuvre forte, bouleversante et intelligente, qui donne envie de redécouvrir le célèbre tableau de Géricault à la lumière de ceux qui ont réellement vécu l'enfer qu'il représente.

 

Le radeau de tous les naufragés, la femme de tous les courages !

 

 

 

 

 

Thierry Ligot

 

 

 

Titre : L'oubliée du radeau de la Méduse"

Scénario : Thierry Soufflard & Gilles Cazaux

Dessin : Gilles Cazaux

Couleurs : Gilles Cazaux, Alice Estève & Pablo Sanchez Can

Éditeur : Marabout

Collection : Marabulles

Genre : aventure, docu-fiction

Parution : 15 octobre 2025

Format : cm

Pages : 112

ISBN : 978 2 501 183 07 9

Prix : 22,95 €



Publié le 30/07/2026.


Source : Bd-best


18 ans, Olivier passe une dizaine de jours de vacances à Cyvette, sa commune de naissance. Vu le superbe temps estival, il va à la piscine municipale. Myope come une taupe, ses lunettes le gênent et il préfère nager sans, quasi à l'aveuglette. Il croise dans un flou plus qu'artistique une jeune femme qui lui avoue qu'elle était amoureuse de lui quelques années plus tôt. Les circonstances, la timidité, le hasard faisant, elle n'avait jamais osé le lui dire à l'époque.

 

Mais voilà, sans ses lunettes, le jeune homme est incapable de distinguer son visage. Décontenancé, il oublie de lui demander son nom, voire de savoir comment la retrouver. Quelques minutes plus tard, elle a disparu. Le genre de moment qui pourrait n'être qu'une anecdote de vacances.

 

" - Bah ! Je peux te le dire maintenant, après tout ... il se pourrait qu'à l'époque, j'aie été un petit peu beaucoup amoureuse de toi ... Je n'osais pas te l'avouer ... ni à toi, ni aux autres, d'ailleurs. Ils n'en ont jamais rien su."

 

 

 

 

Vingt-six ans après, devenu chauffeur de taxi, séparé de sa femme et éloigné de son fils, Olivier n'a pourtant jamais oublié cette voix surgie du passé.

 

Une course pour une cliente pressée le ramène dans son village d'enfance. Et sur la route, entre confidences et échanges anodins ...

 

" - Je repensais à ce que vous m'avez dit tout à l'heure, dans la voiture ...

- J'en ai dit des choses ...

- Cette fille à la piscine.

- Ah oui, l'inconnue ... et alors ?

- Comment vous n'avez pu ne pas la reconnaître ?

- J'avais enlevé mes lunettes pour nager, c'est tout ! Je suis myope : passé 50 cm, tout est flou ! Une vraie taupe !"

 

Arrivé sur place, fatigué par le trajet, petite sortie de route et le voilà contraint à rester plus longtemps sur place que prévu. L'occasion de se replonger dans ses souvenirs, de recroiser ses anciens camarades. Poussé alors par ses derniers, il se lance dans une quête aussi absurde qu'émouvante : retrouver une femme dont il ne connaît rien, sinon qu'elle l'a aimé un jour.

 

" - Oui oui ... puisque vous parlez mathématiques, eh bien, de mon côté, c'est une équation à une inconnue que je n'ai jamais su résoudre. Vous vous souvenez de la piscine lorsqu'on était ados ?

[...]

- Bon, les amis, fin de la récré : j'embauche à 6 heures, moi ! Olive, demain, on démarre l'enquête ! Et comme disait l'père Barrauld : Nous vons bin y arrivaille !""

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Le poids des souvenirs et des occasions manquées

 

" - Si ça se trouve, vous êtes passé à côté d'une belle histoire.

- Voilà qui résume bien ma vie."

 

Sous les apparences d'une comédie romantique légère, Équation à une inconnue s'intéresse à des questions plus profondes. Frédéric Peynet explore la manière dont certains souvenirs s'accrochent à nous, parfois plus fortement que des événements objectivement plus importants. L'inconnue n'est finalement qu'un prétexte. Ce qu'Olivier poursuit réellement, c'est une possibilité perdue, un embranchement de sa vie qu'il n'a jamais pu emprunter.

 

Le récit parle avec beaucoup de justesse de ces moments qui continuent à nous accompagner longtemps après leur disparition. Qui n'a jamais repensé à une rencontre fugace, à une occasion manquée ou à une décision que quelques secondes auraient pu changer ? L'auteur aborde ces thèmes avec délicatesse, sans jamais sombrer dans la nostalgie pesante.

 

" Aidez Olivier Béthany à retrouver l'inconnue de son cœur."

 

Ce sera surtout aussi pour Olivier l'opportunité de se confronter à son présent. Par son retour à Cyvette, il se voit obliger à renouer avec son passé, ses amis d'enfance et ses blessures personnelles.

Le voici ainsi autant sur un chemin vers soi que dans une recherche amoureuse.

 

" Je sais pas ... peut-être que c'est une façon inconsciente pour toi de retourner au croisement des chemins ? Pour pouvoir en suivre un autre ? Prendre un nouveau départ ?"

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Un scénario qui déjoue les attentes

Le point de départ pourrait faire craindre une mécanique romantique assez convenue. Frédéric Peynet évite pourtant ce piège grâce à une écriture centrée sur les personnages plutôt que sur le suspense sentimental.

L'intérêt du récit ne réside pas tant dans l'identité de l'inconnue que dans l'incroyable mobilisation qu'entraîne cette recherche. Anciens camarades, journaliste local, commerçants, élus, jeunes branchés : tout un village s'approprie progressivement l'histoire d'Olivier et se mobilise pour aboutir à une fin heureuse.

L'enquête devient une aventure collective, nourrie d'idées parfois saugrenues, de fausses pistes et d'élans de solidarité.

 

Cette galerie de personnages constitue l'une des principales réussites de l'album. Aucun n'est réduit à une simple fonction narrative. Tous possèdent leur personnalité, leurs fragilités, leurs manies. Leur bienveillance n'efface jamais leur humanité, ce qui rend leur histoire crédible et touchante.

 

L'ensemble trouve un équilibre particulièrement réussi entre humour, émotion et mélancolie. Les situations prêtent souvent à sourire, mais elles révèlent toujours quelque chose de plus intime chez les protagonistes.

 

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Une histoire nourrie par le vécu

L'une des singularités de Équation à une inconnue réside dans son origine. Dans un entretien accordé au Bamboo Mag, Frédéric Peynet révèle que le point de départ du récit lui est directement inspiré d'une expérience personnelle.

 

« J'ai en effet vécu le point de départ de cet album : être abordé au milieu d'une piscine municipale par une fille dont j'ignore toujours l'identité, puisqu'étant très myope, son visage est resté définitivement flou. »

 

Si l'auteur précise que la situation a été largement romancée, cette anecdote apporte une sincérité évidente à l'ensemble. Il reconnaît d'ailleurs avoir beaucoup investi de lui-même dans son personnage principal :

 

« Même si "mon" inconnue ne m'a pas fait de déclaration d'amour, j'ai forcément mis du vécu dans ce personnage. »

 

Cette part autobiographique explique sans doute pourquoi les émotions sonnent aussi juste. Derrière l'humour du postulat se devine une interrogation authentique sur la mémoire et sur les mystères que chacun porte en soi.

L'album marque également une étape importante dans le parcours de l'auteur. Après des décennies passées principalement au dessin, il assume ici seul la construction du récit :

 

« Après quelque 25 années passées à collaborer avec des scénaristes, c'est le premier album que je réalise seul. »

 

Une expérience visiblement réussie tant la narration fait preuve d'une grande maîtrise.

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Un dessin au service de l'émotion

Dessinateur expérimenté, Frédéric Peynet démontre une nouvelle fois l'étendue de son talent graphique. Son trait semi-réaliste se caractérise par une grande souplesse et une remarquable expressivité. Les émotions passent souvent par un simple regard, une moue ou un sourire esquissé.

 

La mise en scène privilégie la lisibilité et l'efficacité. Sans chercher l'esbroufe graphique, l'auteur construit des planches fluides qui servent parfaitement le rythme du récit. Les personnages occupent constamment le centre de l'attention, tandis que les décors du village contribuent à installer une atmosphère chaleureuse et familière.

 

L'une des plus belles trouvailles visuelles apparaît dès les premières pages. La scène fondatrice est représentée à travers la vision déformée d'Olivier privé de ses lunettes. Les contours deviennent flous, les silhouettes indistinctes, les couleurs se fondent les unes dans les autres. En quelques images, le lecteur comprend immédiatement l'origine de cette obsession qui traversera plusieurs décennies.

 

La coloration, lumineuse et chaleureuse, accompagne idéalement ce récit où se mêlent nostalgie, humour et tendresse.

 

 

 

© Peynet - Grand Angle 2026

 

Une comédie romantique profondément humaine

Avec Équation à une inconnue, Frédéric Peynet livre bien davantage qu'une simple romance. Derrière l'enquête sentimentale se dessine le portrait d'un homme en quête de réconciliation avec son passé, entouré d'une communauté prête à l'aider à retrouver un rêve de jeunesse.

 

L'album séduit par la simplicité apparente de son sujet, la sincérité de son écriture et la tendresse portée à chacun de ses personnages. Il rappelle que certains souvenirs demeurent vivants parce qu'ils renferment moins ce qui a été vécu que tout ce qui aurait pu advenir.

 

Une bande dessinée généreuse, drôle et émouvante, qui confirme que les plus belles histoires naissent parfois d'un simple visage entrevu... ou, dans le cas présent, jamais vu.

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Équation à une inconnue

Scénario - dessin - couleurs : Frédéric Peynet

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Type : one-shot

Genre : Romance, tranche de vie, amour perdu, amitié

Public : ado - adulte

Parution : 1 juillet 2026

Format : 22,1 x 30 cm

Page : 104

ISBN : 979 1 0411 0777 3

Prix : 19,90 €



Publié le 24/07/2026.


Source : Bd-best


Entre Marseille, l'Estaque, Cassis et Aix-en-Provence, sous le soleil des Tuileries Saint-Jacques, Toine, ouvrier bossu, nourrit depuis toujours un amour silencieux pour Naïs Micoulin. Cela au point de risquer son amitié pour son ami d'enfance, l'ingénieur de la tuilerie ... récemment fiancé avec Melle Béatrice, la fille de son patron.

 

" - Tu t'imagines que je fais la cour à la petite Naïs. [...]

- Çà je ne me le suis pas imaginé. Je l'ai vu !

- Tu l'as vu parce que c'est vrai. J'ai toujours été gentil avec Naïs parce que c'est une excellente ouvrière ... Parce que je suis ton ami ... et parce que je sais que tu l'aimes.

- MOI ? Forcément que je l'aime ! Comme tout le monde.

- Non. Tu ne l'aimes pas comme tout le monde. Tu l'aimes comme personne ne l'aimera jamais. Je le sais. Je l'ai vu.

- Allons, ne dis pas de bêtises ! Comment voudrais-tu que j'aie le toupet d'être amoureux d'elle. Moi, Toine, le bossu de Saint-Henri ? Il faudrait vraiment que j'aie perdu la tête !"

 

 

 

 

Conscient qu'il ne pourra jamais être davantage qu'un ami, un confident à ses yeux, il accepte son destin avec une extraordinaire dignité.

 

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026

 

Naïs de son côté, vit sous la coupe d'un père autoritaire et violent qui contrôle chacun de ses faits et gestes. Paysan rude et fier, Micoulin tolère uniquement la présence de Toine auprès de sa fille, persuadé qu'un bossu ne représente aucune menace pour sa vertu.

 

 

" - J'avais une jument, elle m'a fait une petite jument, elle est à moi, parce qu'elle est née chez moi et que je l'ai nourrie. Eh bien, ma fille, elle est née chez moi. Je l'ai aussi nourrie. Alors moi, ma fille est à moi.

- Macoulin, tu penses qu'à toi. Et ta Naïs, tu es sûr que ça lui plaira tant que ça de rester vieille fille ?

- Il faudra bien que ça lui plaise. Il faudra bien."

 

 

L'équilibre fragile de cette existence est remis en cause par le retour de Frédéric Rostaing, fils des propriétaires dont dépend la famille Micoulin. Fils d'un avoué, étudiant en droit peu assidu, davantage attiré par les cartes, les plaisirs et les aventures galantes que par ses examens. Ses parents sont propriétaires d'une villa proche de la ferme louée par les Micoulin. Ils décident d'y passer quelques semaines afin que leur fils s'y repose.

 

 

 

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026

 

Frédéric retrouve alors Naïs à Cassis. Entre les deux jeunes gens renaît rapidement une passion sincère datant de 3 ans. Mais cette dernière se heurte aussitôt aux barrières sociales et à la fureur du père de la jeune fille. Pour Micoulin, voir sa fille aimer le fils du maître est une humiliation insupportable qui nourrit peu à peu une obsession dangereuse, une envie meurtrière !

Pour Toine, le dilemme devient cornélien : sauver Frédéric ou perdre Naïs !

 

Un récit qui déjoue tous les clichés classiques ... déjà rien que par son titre. En effet, si ce dernier est "Naïs", le véritable héros en est Toine. Dépassant très vite le traditionnel rôle de l'amoureux malheureux, en plus de souffrir de voir celle qu'il aime dans les bras d'un autre, il doit faire preuve d'une générosité exceptionnelle. Son unique préoccupation devient le bonheur de Naïs, quitte à sacrifier ses propres espoirs. Cette noblesse de cœur fait de lui le personnage le plus attachant de l'histoire. Cette grandeur d'âme en fait le pilier de l'intrigue.

Quant à Frédéric, il n'est pas seulement un riche héritier léger et inconséquent ; Naïs pas qu'une simple paysanne naïve rêvant d'un impossible conte de fées.

 

© Stoffel - Ratte - Grand Angle 2026

 

Œuvre plutôt méconnue d'Emile Zola, Marcel Pagnol la sort de l'ombre en l'adaptant au cinéma en 1945. Tout en lui apportant sa touche personnelle et une fin moins "zolienne", il en fait une comédie romantique dramatique articulée autour du sempiternel trio amoureux impossible, l'amoureux transit, la jeune fille naïve et le bellâtre riche, bourgeois (ou noble, ...).

Si Zola lui a donné sa puissance des passions, ses conflits sociaux et la violence des rapports humains, Pagnol y ajoutera l'humanité des personnages, la chaleur provençale et une vision plus optimiste de leur destinée.

 

Amour, jalousie, différence de classes sociales, relations humaines s'entremêlent avec beaucoup de finesse.

La tension dramatique repose essentiellement sur la figure de Micoulin. Sa jalousie maladive et sa violence permanente installent un climat d'inquiétude qui donne parfois au récit des accents de thriller rural. Pourtant l'histoire conserve une tonalité profondément humaine ... Les personnages savent écouter, comprendre et parfois renoncer, ce qui confère au dénouement une émotion particulière.

Éric Stoffel réussit ainsi une époustouflante scénarisation BD d'une adaptation cinématographique d'un roman ... Une modernité d'un récit ancien ? "Naïs" aborde des thèmes universels qui résonnent encore aujourd'hui. L'esprit de Zola-Pagnol y est restitué avec fidélité.

 

David Ratte lui offre alors un écrin graphique séduisant et plein de sensibilité. Son trait chaleureux restitue à merveille la lumière provençale, les paysages de bord de mer et la vie des villages du Sud. Les expressions des personnages sont idéalement rendues, permettant de saisir toute la palette des sentiments qui les traversent. Les couleurs lumineuses renforcent encore l'immersion dans cette Provence chère à Pagnol.

 

Bonus non négligeable, l'album se clôture par un petit dossier sur l'adaptation cinématographique de Marcel Pagnol du roman de Zola. "Naïs - Après la guerre, le retour au cinéma". Tourné entre mai et juin 1945, il verra un casting de choix : Fernandel (Toine), Jacqueline Bouvier (Naïs), Raymond Pellegrin (Frédéric) et Henri Poupon comme le méchant de l'histoire ... Micoulin ! L'occasion d'en savoir plus sur cette étape de réécriture, de recréation d'un roman méconnu qui sent néanmoins bon le soleil et l'air de la mer.

 

 

© Affiche du film de Marcel Pagnol - 1945

 

Au final, une petite pépite portée par un dessin expressif, une narration maîtrisée et surtout l'inoubliable personnage de Toine. Probablement l'une des adaptations BD pagnolesques les plus touchantes actuellement. Une œuvre tendre, émouvante et profondément humaine, qui rappelle combien la bonté et le désintéressement peuvent être des formes de courage exceptionnelles.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : Marcel Pagnol

Titre : Naïs

Auteur du roman : Emile Zola

Scénario adaptation BD : Éric Stoffel

Dessin : David Ratte

Couleurs : Atomix & David Ratte

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Genre : adaptation littéraire BD, tranche de vie, amour-amitié

Public : adulte

Parution : 1/7/2026

Format : 24,4 x 32 cm

Page : 72

ISBN : 979 1 0411 1280 7

Prix : 16,9 €



Publié le 16/07/2026.


Source : Bd-best


"Je m'appelle Mattéo Grandpierre. J'ai perdu mon père il y a 3 mois.

J'ai perdu mon père il y a 3 mois et je m'en fous. Ça ne m'a pas affecté. Rien.

Ça a été comme assimiler une information froide, distante, un truc à classer dans un coin de mon hémisphère droit. Et rien de plus.

L'amour filial n'a jamais été un sentiment particulièrement développé dans la famille."

 

C'est ainsi que Mattéo, accompagné de 2 amis, Victor et Lennon, que la passion de la musique unit, prend la route du Pays basque, pour la région de Saint-Jean-de-Luz. Ensemble, leur escapade prend rapidement une tournure autre que prévue. Il s'agit de vider la maison paternelle afin de pouvoir la mettre en vente.

Cette maison ne représente rien aux yeux de Mattéo. C'est celle d'un père qu'il n'a pas vraiment connu car il a abandonné le foyer familial alors que Mattéo n'était encore qu'un enfant.

 

 

 

" - Il a été enterré, ton père ? Ou il voulait être incinéré ?

- C'est une bonne question. Je ne sais même pas. Je me suis tenu à distance ...

- Genre, le fils qui s'intéresse ..."

 

Vidé cette maison, celle d'un quasi "inconnu", où aucun souvenir personnel n'existe, est dès lors une mission bien particulière. Convaincu de ne rien ressentir dans cette tâche, il y va comme un "étranger". Pour lui, cette page "paternelle" est tournée depuis déjà bien longtemps. Par conséquent, il ne craint nullement cette confrontation émotionnelle avec le passé d'un homme qui n'a jamais rien représenté pour lui.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Mais voilà que le lendemain de leur arrivée, un mystérieux post-it est collé sur un miroir de la salle de bain : "Je suis toujours en vie". Qui l'a écrit ? Pourquoi ? Matéo l'ignore. Cela l'intrigue d'autant plus que le phénomène se reproduit les jours suivants. Un peu comme si le passé refusait de s'éteindre, comme si une présence invisible refusait de disparaître.

 

Dès lors, ce vide-maison va se transformer en un voyage dans le passé ... le passé d'un homme dont il ignore tout finalement ... son père.

Commence une aventure humaine faite de rencontres, de musique, de doutes ... et surtout de remises en question ... Mattéo voit ses certitudes sur cet homme s'effondrer !!! Qui était-il réellement ?

Un regard nouveau voit le jour et l'incite à s'interroger sur ce que nous héritons de ceux qui ont pourtant brillé par leur absence.

 

"Il y a le temps qui passe et ce n'est souvent qu'après qu'on réalise que c'étaient de beaux moments. Ils nous échappent."

 

Jim nous plonge à nouveau dans un scénario subtil mêlant deuil et filiation. Un récit, comme souvent avec lui, intimiste qui évite cependant les écueils classiques des histoires de ce genre. La mort du père ne provoque ici ni effondrement émotionnel, ni débordement mélodramatique. Mattéo se trouve en effet devant une question simple : comment faire le deuil d'un absent dans sa vie ?

Là est donc la véritable ossature de ce récit. Tourner la page n'est pas le seul objectif de Mattéo : tenter de comprendre ce qui le relie à cet homme qu'il imaginait avoir effacé de son existence.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

L'album explore alors avec finesse les non-dits familiaux, les occasions manquées et les blessures silencieuses qui se transmettent parfois de génération en génération. Par son Mattéo, Jim nous livre une personnalité tortueuse qui en cherchant la réponse à ces post-it va découvrir son autre famille.

 

Le récit ne se limite toutefois pas uniquement à cette relation non vécue père-fils. Un second thème transparaît rapidement : celui de l'amitié ! L'amitié entre les 3 amis, Mattéo, Victor et Lennon sont liés par une fidélité touchante et une spontanéité qui apportent chaleur et humanité à l'ensemble de ce périple autant extérieur qu'intérieur. Leurs échanges, tantôt drôles, tantôt tendres ou maladroits, resitue avec justesse la complicité qui unit ces jeunes adultes en quêtes de repères

 

Jim en profite ainsi pour aborder une autre de ses thèmes de prédilection : une réflexion sur le passage à l'âge adulte. Si chacun poursuit ses propres aspirations, percer dans la musique, trouver l'âme sœur ou simplement donner un sens à sa vie ! Entre errances estivales et questionnements existentiels, les protagonistes avancent à l'aveuglette, sans certitudes. Ils évoluent entre insouciance de leur âge et responsabilités futures d'adultes en devenir.

 

La narration adopte ainsi volontairement un rythme contemplatif. Plus qu'une intrigue menée tambour battant, l'album se construit à travers une succession d'instants de vie, de rencontres et de silences. Cette approche confère au récit une authenticité particulière et permet aux émotions d'émerger naturellement.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Cependant, cette magie narrative n'atteindrait pas son summum s'il n'y avait le remarquable travail graphique de Laurent Bonneau. Une extrême sensibilité, son dessin joue un rôle majeur dans l'identité de l'œuvre. Un trait réaliste, empreint d'une certaine liberté visuelle, donne une approche picturale à la mise en page. Chaque planche, chaque case est conçue comme un tableau où la lumière et les couleurs renforcent l'atmosphère de quête d'identité de Mattéo.

 

Par ses teintes dominantes oscillant entre les jaunes, les ocres et les orangés, l'album est enveloppé dans cette ambiance chaleureuse, lumineuse et mélancolique. Le Pays basque, théâtre de cette quête, apparaît comme un décor suspendu dans le temps ... symbolisant clairement le passage entre ces 2 âges, ces 2 stades de la vie ! La fin de l'une pour le commencement de l'autre !

 

Nous vivons tout cela au travers les expressions faciales fascinantes des différents protagonistes. Leurs émotions transpercent les gros plans, traduisant avec force les doutes, hésitations, fragiles élans d'espoir de chacun. Les cases silencieuses sont aussi parlantes que le moindre des dialogues.

Par cette mise en scène aérée, les grands espaces, les paysages donnent une ampleur incroyable à la narration.

 

© Jim - Bonneau - Grand Angle 2026

 

Bref, œuvre profondément humaine, abordant avec une grande délicatesse les thèmes du deuil, de la mémoire, de la transmission, Jim et Laurent Bonneau privilégient les nuances et les non-dits.

Une réflexion sur les liens familiaux, portée par des personnages attachants et proches de chacun, rend cette lecture à la fois vivante et émouvante.

 

"Et si la mort vous écrivait sur des post-it, que vous dirait-elle ?" 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Les Adieux ne meurent jamais

Scénario : Jim

Dessin & couleurs : Laurent Bonneau

Éditeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Genre : roman graphique

Thèmes : deuil, famille, quête de son passé, amitié

Public : ado - adulte

Parution : 1/7/2026

Format : 22,1 x 29,9 cm

Page : 328

ISBN : 979 1 0411 1776 5

Prix : 29,9 €



Publié le 14/07/2026.


Source : Bd-best


"C'est étrange comme parfois l'ordre des événements peut brusquement changer. Quelques heures, minutes ou instants peuvent suffire à briser les convictions d'une vie, à bouleverser la course d'un destin ... Et ces mots sont ceux d'une personne qui, il y a peu, pensait vivre dans un conte de fées ... jusqu'à ce qu'elle comprenne que les fées n'existent pas."

 

Pour rappel, dans un futur très éloigné, deux civilisations issues d'une même origine génétique s'affrontent dans une guerre sans fin, sans vainqueur ni vaincu.

D'un côté, les Géosiens, habitants des Finis-Terres, des terres arides, de l'autre, les Nautiles, maîtres des profondeurs marines. Mais ces derniers sont victimes d'une grave mutation qui risque de les conduire à une extinction totale.

 

 

 

 

"La maladie fait partie de notre nature. Nous sommes destinés à la contracter ... tôt ou tard ! Il s'agit d'une maladie génétique qui dérive d'une duplication erronée à l'intérieur de nos gènes ... et qui conduit à une mutation qui se caractérise par une prolifération cellulaire anormale ... qui conduit à la mort ! L'aspect le plus surprenant est qu'il semble que le gène responsable s'active qu'après un certain nombre de générations .. comme si quelque chose l'avait programmé avec une précision quasi divine."

(La Fourmi blanche, 1 - Du fond des abysses)

 

Néanmoins un espoir existe. Il repose sur une mystérieuse découverte faite par le savant Rudbekius, de retour d'une mission secrète. Il découvre un vaisseau des Antiques, l'Arche, et en rapporte un œuf abritant un fœtus mystérieux ... une fille ! Elle se nommera Bianca.

Incompris et condamné par ses pairs, il s'est retiré sur une île isolée de tout, y compris de toute contamination. Là, il élève Bianca avec comme seule aide une robot-nounou. Elle ressemble à toutes les petites filles de son âge, si ce n'est qu'elle est seule ! Pourtant, elle possèderait en elle un trésor inestimable. Son ADN contiendrait le vaccin susceptible de guérir les Nautiles !

 

 

© Bianchini - Santucci - Evangelisti - Graph Zeppelin 2026

 

Cependant, son "cas" et ses origines soulèvent bien des interrogations, des inquiétudes, voire carrément des peurs, même chez les Nautiles. Est-elle réellement la solution ou plutôt une menace pour ce peuple ? Personne ne connaît ses pouvoirs et leur étendue !

 

" Elle n'est qu'un être dont l'ADN renferme le traitement ... rien d'autre ! Que ces politiques ignorants continuent de la voir comme un être surnaturel ... Bianca est seulement un cobaye de laboratoire ... rien de plus !"

 

 

© Bianchini - Santucci - Evangelisti - Graph Zeppelin 2026

 

De son côté, le prince Uther a réussi à prendre possession de l'Arche et de ces immenses capacités technologiques ! Il en profite pour apprendre, acquérir, absorber son savoir ...

 

" Les traitements continuels auxquels je me soumets dans le navire me donnent peut-être des facultés surnaturelles ... une sorte de don de voyance ?"

 

Cela lui donne des ambitions, notamment vis-à-vis de son père qu'il juge trop "tiède", trop mou dans leur guerre contre les Nautiles ! Et pressentant l'existence de Bianca, il est prêt à tout pour la capturer ... ou l'éliminer ?

Est-elle une descendante des "Antiques", cette civilisation disparue à la base des 2 peuples ennemis ? Leur savoir était bien supérieur à celui de ces derniers.

Effectivement, au fur et à mesure de l'intrigue, nous apprenons que Géosiens et Nautiles ne seraient que des créations de Antiques, créations programmées génétiquement pour s'autodétruire !

 

© Bianchini - Santucci - Evangelisti - Graph Zeppelin 2026

 

Marco Bianchini densifie petit à petit son scénario. Construit autour des flashbacks racontant l'enfance, puis l'adolescence de Bianca, nous découvrons petit à petit une intrigue plus complexe qu'au premier abord.

Ainsi, son récit ne cesse de se développer en ouvrant portes et pistes partant dans diverses directions. Ses thématiques prometteuses pour la suite (4 albums encore), outre les tensions entre les 2 races, mêlent aussi bien des aspects politiques, religieux, des croyances ancestrales à des ambitions personnelles.

 

© Bianchini - Santucci - Evangelisti - Graph Zeppelin 2026

 

Patrizio Evangelisti y apporte un dessin précis et élégant. Un style réaliste, proche de celui des grandes sagas de S-F des années '90. Rappelez-vous le trait remarquable de Juan Giménez dans "La caste des Méta-Barons" avec au scénario Alejandro Jodorowsky ! Un sommet du genre !

Et je ne suis pas le seul à le penser puisque Juan Giménez, himself, signait la préface du tome 1, "Du fond des abysses" !!! Comment ne pas y voir la reconnaissance du maître lui-même ? Un adoubement en quelque sorte !

 

La mise en couleurs n'est évidemment pas étrangère à l'attraction des planches. Des tons chauds, jaunes et orangés pour les scènes terrestres, tandis que des bleus froids dominent les séquences sous-marines.

 

 

© Bianchini - Santucci - Evangelisti - Graph Zeppelin 2026

 

Marco Bianchini nous avait déjà ébloui avec ses récits précédents. Rappelez-vous "La nef blanche" ou encore dans la collection "Les grandes batailles de chars" son tome sur "La Marne". Le voici désormais dans une saga en 6 tomes de science-fiction postapocalyptique phénoménale.

Ce second opus confirme donc tout le potentiel de la série avec une intrigue qui s'approfondit, des personnages à découvrir mais qui prennent de plus en plus de consistance, (comme Bianca et le mystère de ses origines, de sa nature réelle) et un univers dense mêlant science-fiction, mythologie et politique.

 

Une saga qui plaira à tout amateur du genre ... notamment pour ces vacances qui approchent.

 

 

Thierry Ligot

 

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Série : La Fourmi blanche

Scénario : Marco Bianchini & Marco Santucci

Dessin & Couleurs : Patrizio Evangelisti

Éditeur : Graph Zeppelin

Genre : Science-fiction uchronique

Public : ado - adulte

Page : 64

Format : 23,5 x 32,3 cm

Prix : 19 €

 

 

 

Tome : 1 - Du fond des abysses

Parution : 29/01/2026

ISBN : 978 2 3803 042 2

 

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Tome : 2 - Destins parallèles

Parution : 29/05/2026

ISBN : 978 2 3803 8044 6



Publié le 22/06/2026.


Source : Bd-best


" - Pour le "Voyage", j'avais eu le Prix Femina ! Là, tu ne m'as décroché aucune sélection.

- Tu sais bien que ça ne marche pas comme ça. C'était il y a quinze ans, Lambert. Aujourd'hui, tu es trop vieux pour intéresser les critiques, mais pas encore assez pour que l'on te redécouvre.

- Quel sens de la formule ! Tu aurais dû faire carrière dans la pub.

- J'y songe parfois ..."

 

Pas évident alors de se refaire une place en haut des meilleures ventes littéraires ! Le succès et les best-sellers sont désormais du passé pour Lambert, romancier ayant connu son heure de gloire 15 ans auparavant !

Cherchant désespérément à se refaire, il enchaîne malheureusement les échecs avec ses romans. Ceci à un tel point, que son nouveau roman, "Itinéraires occultes", passe totalement inaperçu ! Quant à son dernier manuscrit, c'est carrément son éditrice qui l'incendie.

 

 

"Encore une chose, Lambert : les livres ne sont nécessaires qu'à leurs auteurs ... et, dans des rares cas, à leurs éditeurs. Mon père n'en a jamais ouvert un seul, de toute son existence ... Et je t'assure qu'il avait l'air heureux. Tu sais ce qu'est un bon livre ? C'est celui qui me permet de prendre congé de moi-même."

Une conclusion s'impose : Lambert Deville est complétement dépassé et au fond du trou ... de l'inspiration littéraire.

Et pour comble de tout, sa compagne, Sophie, le plaque ... marre de supporter sa déprime d'auteur depuis des années, marre d'avoir l'impression de s'occuper d'un vieillard !

 

© Zep - Rue de Sèvres 2026

 

Il décide alors de partir se réoxygéner seul à bord de son voilier. Une croisière en solitaire en méditerranée afin de se retrouver. Son moral remonte et c'est alors que ...

On retrouve son bateau à la dérive ... Mais pas de Lambert à bord ! La nouvelle fait l'effet d'une bombe dans toutes les salles d'infos. Le milieu littéraire s'émeut de cette disparition. Son éditrice n'a pas de mots pour l'encenser et vanter ses qualités, son talent, ...

 

"Un grand auteur ne meurt jamais, ses mots sont éternels"

 

Il repasse de totalement invisible à auteur célèbre. Ses ventes explosent, sa côté crève les plafonds ... et son éditrice est aux anges.

Pourtant, Lambert n'est pas mort. Il a simplement décidé de "disparaître" et de se refaire loin de son statut "d'auteur has been" dans une île grecque.

Voyant tout cela de loin, Lambert jubile de ce succès "post mortem" qui lui était "refusé" de son "vivant". Libéré de son identité et muni d’un mystérieux trésor, il profite de sa nouvelle existence loin du tumulte.

 

Cependant, cette parenthèse idyllique peut aussi connaître quelques inconvénients ! En effet, il s'en amuse moins lorsqu'il apprend que son ancien assistant tente de s’approprier son œuvre. Et les soucis ne s'arrêtent pas là quand certaines personnes débarquent sur son île et s'intéressent d'un peu trop près à l'origine de son pactole.

Lambert doit alors faire face aux conséquences de sa propre disparition et aux dangers qui menacent sa nouvelle existence.

 

"Le bonheur est l'ennemi du romanesque."

 

 

© Zep - Rue de Sèvres 2026

 

Avec "Tourner la page", Zep confirme avec éclat son virage vers une œuvre adulte, intime et lucide. Loin de l’univers de "Titeuf", il propose ici un récit à la fois introspectif et satirique, centré sur la figure d’un écrivain en déclin confronté à une question vertigineuse : faut-il mourir pour exister aux yeux des autres ?

 

Le point de départ, aussi simple que redoutable, fonctionne parfaitement. En orchestrant sa propre disparition, Lambert Deville observe avec ironie le succès posthume qui lui échappait de son vivant. À travers cette situation, Zep livre une critique acérée du monde éditorial, où opportunisme, récupération et hypocrisie dictent souvent la valeur d’une œuvre. Le regard est lucide, parfois cruel, et trouve un écho particulier dans le narcissisme du personnage principal, aussi pathétique que profondément humain.

 

© Zep - Rue de Sèvres 2026

 

Le récit séduit par son efficacité narrative : rythmé, ponctué de retournements, il glisse progressivement du drame intime vers une mécanique plus tendue, flirtant avec le thriller moral. Si certaines évolutions restent prévisibles, l’ensemble maintient une vraie tension, jusqu’à une conclusion ironique et amère.

 

Sur certains aspects et grandes lignes, nous pourrions nous rappeler le superbe film de Claude Lelouche, avec un Jean-Paul Belmondo exceptionnel de vérité et de sensibilité, ainsi qu'un Richard Anconida d'une naïveté touchante, "Itinéraire d'un Enfant gâté", sorti en 1988. A revoir avec la même tendresse que nous lisons cet album. Aussi bien au niveau du scénario que de l'image, une perle ! Comme ici !

 

© Zep - Rue de Sèvres 2026

 

Car c’est sans doute sur le plan graphique que l’album impressionne le plus. Entièrement réalisé à l’aquarelle, "Tourner la page" marque un sommet dans l’évolution artistique de Zep. Les ambiances maritimes, baignées de lumières méditerranéennes, contrastent avec la grisaille parisienne et traduisent avec finesse les états d’âme du personnage. Le dessin gagne en sensibilité ce qu’il perd en caricature, offrant une véritable immersion visuelle.

 

Abandonnant le côté caricatural de "Titeuf", son style semble plus libre, presque flottant, qui épouse parfaitement l'instabilité du récit et les états d'âme de son héros.

Le travail sur les couleurs est plus que remarquable. Les teintes méditerranéennes, avec ses bleus profonds, ses verts océan, ces ocres lumineux, ... baignent les scènes grecques dans une atmosphère à la fois apaisée et mélancolique. Ceci à l'inverse des séquences parisiennes qui semblent plus ternes, comme la lassitude de Lambert finalement !

 

Maintenant, comment ne pas admirer le talent de Zep dans ses visages, leur expressivité ? Sans jamais tomber dans l'exagération, il capte les émotions avec une finesse attendrissante. Fatigue, désespoir, lassitude, ironie, voire soulagement, ... ses visages les expriment avec discrétion mais de façon clairement interprétable pour le lecteur.

 

A certaines planches, certaines cases, les décors semblent passer au second plan. Comme si Zep ne souhaitait pas y attirer le regard du lecteur, donnant ainsi toute son attention aux personnages et aux atmosphères. Une subtile mise ne scène dans un réalisme mesuré qui renforce clairement la tension narrative.

 

© Zep - Rue de Sèvres 2026

 

Au final, "Tourner la page" réussit là où il pourrait simplement intriguer : en transformant une fable sur la postérité en réflexion plus large sur l’identité, le regard des autres et la difficulté d’exister en tant qu’artiste. Une œuvre qui impressionne par sa cohérence graphique, à la fois élégante, mordante et mélancolique et qui confirme la maturité et l’ambition de Zep.

 

Un titre parfait pour entamer ses vacances toutes proches ... pour certains !

 

 

Thierry Ligot

 

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Titre : Tourner la page

Scénario, dessin, couleurs : Zep

Editeur : Rue de Sèvres

Genre : chronique sociale,

Public : ado - adulte

Parution : 22/04/2026

Format : 24,1 x 32 cm

Page : 80

ISBN : 978 2 8102 1011 4

Prix : 20 €



Publié le 15/06/2026.


Source : Bd-best


" Bon crépuscule, habitants de Flot. ici doña Elvira. Nous sommes toujours sans nouvelles de mon père, le Comendador, pourvoyeur de dons. chaque jour, notre angoisse grandit, mais restons soudés."

 

Ainsi débutait le 28 mai 2025, ce récit, cette pièce en 3 actes ...

 

1 an plus tard, voici déjà le 3e et dernier acte d'une saga passionnante !

 

"Belle aurore, citoyen de Flot, c'est doña Elvira. Le soleil se lève sur notre cité, ses travailleurs et ses travailleuses."

 

Une trilogie fantasy originale basée sur le mythe de Don Juan ! Voilà ce que nous propose Isabelle Bauthian dans un scénario librement inspiré du sulfureux personnage théâtral imaginé au XVIIe siècle par Tirso de Molina.

 

 

Dans la cité insulaire et libertine de Flot, entourée d'océans déchaînés et d'un mur d'orages et d'éclairs, il fut un temps où chacun pouvait vivre comme bon lui semblait. Cité peuplée de magiciens, d'artistes, de penseurs, tout habitant pouvait développer librement ses dons. Imaginée et créé par les Fondateurs, chacun y trouvait sa place et s'épanouissait sans craindre le contrôle des autres.

Mais voilà, avec le temps, les Fondateurs ont disparus, le bel idéal et les grandes idées ont petit à petit fait place à une société plus chaotique, guidée ... dirigée plutôt, par le Comendador, héritier désigné par ces Fondateurs. Avec lui, les dons se paient grassement ... Pour obtenir ceci, tu accepteras de céder cela de ta personne ... un handicap avilissant !

De cette cité libertaire est née une tyrannie masquée, s'installant sournoisement dans l'esprit de chacun et chacune.

 

Cependant, la "machine" est grippée. Le Comendador a disparu, la gouvernance de Flot devient hésitante. Sa fille, Doña Elvira, tente bien, en apparence, à maintenir le calme et l'unité. Entre kidnappings d'artistes, tueurs, épidémies de malchance et autres fléaux, elle semble marcher sur des œufs ... elle qui a perdu l'usage de ses jambes au prix de son don !

 

 

© Bauthian - Morse - Vial - Drakoo 2026

 

Dans ce monde en déliquescence, un esprit veut néanmoins garder sa liberté de pensée et d'agir ... Don Juan. Séducteur et manipulateur dans l'âme, ses actions frisent souvent l'immoralité, même si parfois teintées d'un héroïsme bienveillant. Un Justicier des mœurs ...

 

A force de réussir ses exploits, ce Justicier a fini par attirer l'attention et l'admiration d'une certaine tranche des habitants de Flot. Héros involontaire, il doit apprendre à gérer cette popularité. Surtout que ses dons, il semble ne les devoir qu'à lui-même !

 

"- Un héros qui lévite ... sans avoir, semble-t-il, payé tribut au Comendador ... Cette ville offre peu de certitudes, mais il en existe au moins une : toute magie se négocie ... et se paye. Quelle est la source de votre pouvoir ?

- Quel est son prix ?"

 

Dans un premier temps, à côté de lui, puis au fur et à mesure de l'avancée des actes, face à lui, Doña Laura, une femme complexe, intelligente, rusée, stratège ambitieuse, son pragmatisme et ses objectifs sont clairement d'arriver au sommet du pouvoir.

Sa gestion, d'abord discrète puis au grand jour, des différentes crises secouant Flot lui ouvre les portes de ce pouvoir auquel elle aspire de tout son être.

Secondée par Carlos et sa milice privée, elle finira par percer les mystères de la disparition du Comendador.

Et là, surprises et rebondissements font se bousculer et dynamiter un scénario où les seuls instants de calme sont finalement les libations et luxures de Don Juan !

 

Une lutte sans merci s'engage ainsi dans ce 3e acte entre les "meilleurs ennemis de Flot". contre les actions terroristes d'un côté et la montée en puissance de l'image de Don Juan de l'autre.

 

 

© Bauthian - Morse - Vial - Drakoo 2026

 

Mais désormais, à l'abord du tome 3, chacun sait où et comment il est retenu. Les fondements qui ont régi la cité depuis des siècles sont sur le point de s'effondrer ... Chacun va alors devoir choisir son camp pour un 3e acte explosif.

Dans tout ce chamboulement à venir, Don Juan reste Don Juan et se complaint dans sa luxure, ses excès et son indifférence à mener ouvertement une rébellion.

 

"Je ne suis pas un chef, Tisbea. Vraiment, si tu penses le contraire, tu n'as rien compris à mon message. les habitants de Flot sont libres. Je ne suis qu'un exemple."

 

La ville est secouée entre attentats et annonces apaisantes. Pourtant c'est bien l'atmosphère d'une fin d'ère qui se répand jusque dans les coins les plus sombres de la Cité ! Alliances et trahisons risqueraient de s'enchaîner.

Et que se passera-t-il si le Comendador réapparaissait ?

 

Chaque protagoniste joue ses dernières cartes pour l'emporter ... Ambitions personnelles ou idéologiques, que feront Doña Laura, Don Juan, et les acteurs de cette pièce ?

L'Abuseur sera-t-il abusé à son tour ?

 

 

© Bauthian - Morse - Vial - Drakoo 2026

 

Une tragi-comédie envoutante qui mêle adroitement réflexion sociétale, intrigues amoureuses et politiques dans les références subtiles à la pièce de théâtre originale.

Isabelle Bauthian créé un monde où chacun s'insurge afin de pouvoir être ce qu'il veut être et cela sans se plier aux contraintes de la société dans laquelle il vit.

Deux visions d'organisation sociale qui ont pour but "le bonheur de chacun" mais par des moyens et procédés différents !

 

"Je sais ce qu'il en coûte de gouverner une cité. les sacrifices, les compromis et la frustration. cette foule béate face à tes démonstrations de puissance, qui te traîne dans la boue au moindre signe de faiblesse. [...]

Je me battrai pour ces imbéciles. je me battrai malgré eux."

 

Jonglant avec des caractères forts, les protagonistes ont souvent des motivations nuancées et variées mais crédibles aux yeux du lecteur.

 

© Bauthian - Morse - Vial - Drakoo 2026

 

Exploiter des thèmes aussi variés que la liberté individuelle et ses limites, l'exercice du pouvoir jusque dans ses dérives, les ambitions des uns et des autres face aux événements, ... Isabelle Bauthian rafraichit élégamment cette étude sociétale du XVIIe siècle, un despotisme éclairé avant l'heure !

 

" - Ce sont tous "nos candidats".

- Plus ou moins et ne sois pas hypocrite. Nous avons décidé ensemble d'attendre que les citoyens de Flot soient prêts pour leur confier les rênes du gouvernements. Tu sais aussi bien que moi ... que la liberté se mérite."

 

Sans oublier une approche plus ciblée du mythe de Don Juan avec la recherche et l'acceptation de soi, son identité personnelle ... et surtout ce qui fait la substantifique moëlle de ce personnage légendaire : son don pour la manipulation et la séduction, allant jusqu'à imposer à chacun de confronter ses idéaux avec la dure réalité qui nous entoure.

 

Bref une réécriture inventive, originale et rafraîchissante d'une œuvre littéraire mythique, rythmée par des retournements de situation et des révélations inattendues. L'ensemble nous scotche dans un dessin agréable, élégant, réhaussé de couleurs vives.

 

Rebecca Morse excelle aussi bien dans les décors que les personnages, leurs postures et leurs expressions faciales. La cité, sous son trait, déborde de vie et d'atmosphère à la fois moyenâgeuse et baroque dans ces architectures. Ses cadrages sont et restent efficaces pour souligner idéalement l'action et le rythme du récit.

 

© Bauthian - Morse - Vial - Drakoo 2026

 

Un duo qui s'entend, une fois encore (après leurs collaborations sur "Dragon & poissons", "Freaks Squeele", "Midnight Tales" ) à merveille pour transmettre toute l'énergie d'un scénario palpitant dans une mise en page virevoltante.

 

Le rideau tombe ainsi sur cette trilogie fantasy qui a admirablement dépoussiérer le Don Juan original tout en en conservant son esprit libertaire.

Et n'oubliez pas :

 

"Aucune société n'est immuable !"


 

Thierry Ligot

 

 

PS : à noter que les 3 tomes existent déjà dans un écrin dont la couverture est de toute beauté !

 

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Série : Don Juan des Flots

Scénario : Isabelle Bauthian

Dessin : Rebecca Morse

Couleurs : Nicolas Vial

Éditeur : Bamboo

Collection : Drakoo

Genre : fantasy, aventure, politique, réinterprétation littéraire

Public : plutôt ado - adulte

Format : 24,3 x 32 cm

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Tome : 1 - Acte 1, L'Abuseur

Pages : 48

Parution : 28 mai 2025

ISBN : 978 2 3823 3026 5

Prix : 14,9 €

  -----------------------------------------------------------------------------------

Tome : 2 - Acte 2, Petites Tragédies

Pages : 48

Parution : 7 janvier 2026

ISBN : 978 2 3823 3142 2

Prix : 14,9 €

 -----------------------------------------------------------------------------------

Tome : 3 - Acte 3, Le Festin de Bois

Pages : 56

Parution : 27 mai 2026

ISBN : 978 2 3823 3306 8

Prix : 15,9 €

 -----------------------------------------------------------------------------------

Ecrin 1 à 3

Parution : 27 mai 2026

ISBN : 978 2 3823 3408 9

Prix : 44,7 €



Publié le 02/06/2026.


Source : Bd-best


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