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Ailleurs, jamais deux fois au même endroit, un homme, rien qu’un homme, un vrai...  Martin Milan, pilote d’avion-taxi Intégrale 2

 

 

« - Tu as l’air figé !... Qu’est-ce que tu regardes ainsi, Martin ?

- Un homme… Un homme qui s’attarde… Sûr qu’il n’a pas eu le temps de tout dire…

- Tu sais, Milan, heureusement que je te connais depuis longtemps ! Parce que, des trucs comme ça, venant d’un autre que toi…

- Fais pas attention, je pensais à voix haute…

- J’avais remarqué ! Ce n’est pas la première fois… Et je ne suis pas le seul, ici, à ne rien comprendre, des fois, à ce que tu racontes…

- Raconter !?! Pffh !.. Tiens, il me fait bien rire… Comme si on pouvait tout raconter… Avec des mots ?... Quelle blague ! »

 

 

 

 

 

Martin Milan, le pilote d’avion-taxi, est bien songeur. Il en a vécu des aventures. Sa vie est jalonnée de rencontres, d’échanges, et d’amitiés. Mais quand on a une vie aussi riche que celle de Martin, ce n’est pas l’argent qui fait sa fortune. Ce n’est pas l’argent, c’est bien plus.

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Ce deuxième volume de l’intégrale Martin Milan réunit six aventures de Martin : trois grands récits, ainsi que trois courts parmi lesquels une des histoires les plus émouvantes de la BD tout publics.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Dans L’Emir au 7 bédouins, Martin Milan aide un jeune héritier à monter sur le trône d’un petit émirat. Mais, à à peine seize ans, le gamin, maladivement timide, a peur de tout.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Les hommes de la boue est une communauté perdue en pleine mer dans la région des Nouvelles-Hébrides. Martin atterrit sur leur île en transportant ce qu’il croyait être du matériel agricole. Il s’agit en fait d’un ministre des finances véreux qui cherche à échapper à un groupe de mercenaires lancés à ses trousses.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

En Inde, Mille ans pour une agonie traite de la possibilité d’être immortel. Mais ce n’est pas parce que l’on est maharadja et que l’on possède une fortune ahurissante que l’on peut acheter tout et n’importe quoi d’un simple claquement de doigts. Godard y personnifie la mort et la dédramatise pour mieux s’en moquer, pour mieux l’affronter, presque pour rassurer le lecteur face à son arrivée inéluctable.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Les trois courts récits sont Miss Radada, Il s’appelait Jérôme et L’impossible à portée de main. Il s’appelait Jérôme est l’une des plus belles histoires d’amitié jamais écrites. C’est même l’histoire dont on parle le plus quand on évoque la série Martin Milan. Elle a le même écho que Karabouilla, dans la série Docteur Poche de Wasterlain. Jérôme et Martin sont deux amis d’enfance aux destins liés, sauf que le destin de l’un ne sera pas le destin de l’autre. Si tous deux rêvaient de ciel bleu, de coucous et d’hélices, l’un était plus doué que l’autre pour tutoyer les nuages.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Martin Milan est un observateur plus qu’un acteur. Pour autant, on ne peut pas le qualifier d’anti-héros. Martin a une philosophie de vie. Il est un philosophe de la vie

 

Patrick Gaumer signe encore une fois un passionnant dossier introductif. Après le travail de Godard sur Benjamin et Benjamine, le biographe raconte les débuts du dessinateur dans Pilote et ses rapports avec Goscinny et Uderzo. Gaumer se penche ensuite sur chacun des six récits de cette intégrale, les détaillant et les analysant.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Nous nous sommes déjà penchés sur Martin Milan dans la chronique consacrée au premier volume de cette tant attendue intégrale :

https://www.bd-best.com/terrain-d-aviation-priere-d-entrer-martin-milan-pilote-d-avion-taxi-integrale-1-news-10683.html

Nous y reviendrons prochainement dans un grand entretien avec Monsieur Christian Godard.

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Martin Milan

 

Tome : Intégrale 2

 

Genre : Aventures

 

Scénario & Dessins : Godard

 

Dossier introductif : Gaumer

 

Éditeur : Le Lombard

 

Nombre de pages : 208

 

Prix : 29 €

 

ISBN : 9782803675586

 



Publié le 28/09/2019.


Source : Bd-best


C’était au temps des héros de si grande classe.  Valhardi Intégrale 5 - 1959-1965

 

  

 « - Eh bien, Gégène, voilà le moment de nous séparer. Toujours décidé pour Miami ?...

 - Quoi ?! Tu ne viens pas avec moi ?... Cette histoire de Yukon, c’est une blague, non ?

 - Mais pas du tout. Pourquoi serait-ce plus une blague que ton Miami ?

 - Euh !... Mais parce que Miami, c’est normal; tout le monde va à Miami, tandis que l’Alaska, c’est loufoque. Les vacances, c’est le soleil, les plages ! »

  

 

 

 


            Valhardi et Gégène viennent de débarquer aux Etats-Unis. Ils n’ont pas vraiment les mêmes intentions. Comme ils ne peuvent pas se passer l’un de l’autre, les deux amis ne vont pas rester séparés longtemps. Mais avant de vivre quatre aventures sur le nouveau continent, il leur en reste une à vivre en Europe.

 

            Cette intégrale rassemble les cinq dernières aventures du héros dessinées par Jijé.

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

            Les deux premiers épisodes sont dans un pur classicisme à la Valhardi. Les fans y retrouveront les poncifs de la série, avec un héros modèle et moral s’attaquant à des malfrats.

 

             Le secret de Neptune est scénarisé par Philippe Gillain. Le fils travaille en étroite collaboration avec son père. Ils discutent du sujet ensemble et Philippe propose un découpage souple permettant à Jijé d’intégrer des idées supplémentaires au fil de sa réalisation. Jean Valhardi  fait face à un gang de faux-monnayeurs dans une folle course poursuite tout autour du monde.

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

Rendez-vous sur le Yukon entraîne Valhardi et Gégène en Amérique du Nord. Mais la simple chasse à l’ours va se transformer en une toute autre affaire lorsque nos deux compères vont secourir le pilote d’un petit avion qui vient de s’écraser dans la forêt. Ce n’est bien évidemment pas un accident. Pourquoi cherche-t-on à faire disparaître cet homme ? Jijé reste dans une atmosphère américaine, même si ce n’est celle de Jerry Spring. Les décors canadiens lui permettent de rester plus dans la nature que dans les aventures habituelles de Valhardi. Jijé a conçu seul son scénario, apportant, comme il le dit à Philippe Vandooren dans le livre culte Comment on devient dessinateur de bandes dessinées, quelque chose d’humain. « Les mauvais ou les bons ne sont jamais tout à fait mauvais ou tout à fait bons. C’est plus compliqué. »

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

Les trois épisodes suivants résultent de la rencontre entre Jijé et Guy Mouminoux. Les deux hommes sont aussi exubérants l’un que l’autre. Les deux hommes vont s’entendre à merveille. Mouminoux développera le rôle de Gégène, le faisant passer au premier plan. La jeunesse prend le pouvoir, musique yé-yé des sixties oblige.

 

Le retour de Jean Valhardi est un titre qui annonce un nouveau départ pour le personnage. Mouminoux est au scénario, aux véhicules et à certains décors. Jijé prend en charge les personnages et le reste des décors. L’histoire tourne autour d’un rallye automobile et d’un vol de bijoux.

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

Le grand rush reste dans le domaine des voitures de course. Le côté polar de la série laisse place à une ambiance Michel Vaillant, déstabilisant le lectorat de l’époque. La vedette en est une sorte de Formule 1 à trois roues, prototype expérimental destinée à devenir la reine des circuits.

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

Le duel des idoles est la dernière aventure de Jean Valhardi signée Jijé. Troisième incursion consécutive dans le domaine de la course automobile, le récit se moque gentiment des chanteurs de la grande époque type Salut les copains. Gégène récoltera même sa portion de tomates.

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

La nouvelle orientation de la série ne fonctionnant pas, Jijé décida de l’arrêter. Il faudra attendra 1984 pour retrouver Valhardi sous le pinceau de René Follet et la plume d’André-Paul Duchâteau.

 

            On ne louera jamais assez les louanges de la fantastique collection qu’est Dupuis Patrimoine. Avec une introduction riche  de Jérôme Dupuis se lisant comme un roman, cette intégrale Valhardi tome 5 fait figure de livre indispensable pour tous les amateurs de la grande bande dessinée. Elle contribue à rendre à Jijé sa place au Panthéon des plus grands auteurs du neuvième art au monde.

 

 

 

 

© Jijé, Mouminoux, Philip - Dupuis

 

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Valhardi

 

Tome : Intégrale 5 - 1959-1965

 

Collection : Dupuis Patrimoine

 

Genre : Aventure/Policier

 

Scénario : Jijé, Mouminoux & Philip

 

Dessins : Jijé

 

Éditeur : Dupuis

 

Nombre de pages : 320

 

Prix : 35 €

 

ISBN : 9791034737260

 



Publié le 15/05/2019.


Source : Bd-best


Terrain d’aviation, prière d’entrer.  Martin Milan, pilote d’avion-taxi Intégrale 1

 

 

« - Eh, bien ! On peut dire que les avions te fascinent, toi, au moins…

- Vous êtes un pilote, m’sieur ? Un vrai ?

- Et comment, petit. Un vrai de vrai ! Je m’appelle Martin Milan !

- Et moi Petibout. Oh, dites, m’sieur ! Comment est-ce que vous avez fait pour devenir pilote, m’sieur ?

- C’est que… C’est toute une histoire, mon garçon ! Il faudrait que je te raconte ma vie !

- Oh, racontez, m’sieur ! Ça m’intéresse ! »

 

 

 

 

 

Martin Milan est un pilote, un vrai de vrai. Depuis tout petit, il rêvait en regardant les avions d’évoluer dans le ciel. Il en rêvait et a accompli son rêve. Martin Milan est un rêveur né, il n’a jamais cessé de l’être et n’arrêtera jamais. Son histoire est une histoire d’amour, d’amour pour les avions, pour le ciel et pour les gens. Martin Milan est avant tout philanthrope. Il aime les gens. A bord de son vieux coucou Le Pélican, il va exercer ses missions au service de causes cocasses et émouvantes.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Outre huit courts récits, le présent volume propose, dans un ordre chronologique, trois plus longues histoires.

 

On connaissait l’opposition entre la Syldavie et la Bordurie. Dans Destination guet-apens, c’est entre la Slavonie et la Baltovaquie que la tension règne. Martin va se trouver mêlé à une affaire d’espionnage dans le no man’s land séparant les deux états. Le Betisooka, arme au rayon rendant neuneu mise au point par le Docteur Haquel-Hahn, est l’objet de toutes les convoitises entre agents secrets et autres espions.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Dans Les clochards de la jungle, Martin  s’envole vers la forêt tropicale avec un passager clandestin : le fils d’un explorateur disparu qui attendrira le cœur de notre aviateur. Mais la zone est dangereuse et les dangers les plus périlleux ne sont pas forcément les plus sauvages; des trafiquants contrôlent la région.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Dans Eglantine de ma jeunesse, Martin est engagé par le directeur de la compagnie africaine des planteurs réunis pour organiser un safari « à l’envers ». Eglantine est une tigresse tout ce qu’il y a de plus pacifique. Elle a été élevée avec le fils du patron. Il faut à présent la rendre à la nature mais elle ne survivrait pas à la sauvagerie de la savane et des chasseurs. Le mieux est de la relâcher dans une réserve. Quand on est plus habitué à faire des léchouilles qu’à sortir les crocs, l’affaire n’est pas si simple.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Christian Godard…. Christian Godard… Godard ?... Godard !.... Cinéma !... Mais non ! On a dit Christian, pas Jean-Luc ! Et on parle bien de BD, de bande dessinée. Ce n’est pas du cinéma.

 

On parle peu, beaucoup trop peu de Christian Godard dans tous les ouvrages qui traitent de l’histoire du 9ème art. Et pourtant, quelle carrière ! L’homme est l’auteur complet de deux grandes séries : Norbert et Kari, aventures en polynésie, et Martin Milan, le pilote d’avion-taxi. Ce n’est pas tout. Il a scénarisé entre autres Pamphile et Philéas pour Dufranne et Chroniques du temps de la vallée des Ghlomes pour Ribera. Ça ne vous dit rien ? Peut-être. Par contre, si on parle du Vagabond des limbes avec le même Ribera, de Toupet avec Blesteau et de la Jungle en folie avec Mic Delinx, là, ça interpelle tout le monde. Godard a un CV a en faire rougir plus d’un.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

Martin Milan a fait les beaux jours du journal Tintin de 1967 à 1984, avant une tentative de retour en auto-édition au Vaisseau d’Argent, puis chez Dargaud au début des années 90. Le graphisme franco-belge marqué école Tintin, école de Bruxelles, plutôt humoristique au départ, tendra vers plus de semi-réalisme au fil du temps.

 

Plus qu’une série classique d’aventures, Martin Milan est une série poétique et sensible. Plus que dans toute autre série, Godard y a mis toute son âme. Le créateur et son personnage sont indissociables. Même si Henri Dufranne a collaboré à quelques épisodes, dont Eglantine de ma jeunesse dans le présent volume, Martin, c’est Christian.

 

La série, sous une apparence « gros nez » est bourrée d’émotion. Elle se distingue par des dialogues hors pair, ce qui était assez rare à la fin des années 60 où la production était divisée en histoires de pure aventure et en séries comiques. Martin Milan est une série transversale dans laquelle l’action, l’humour et les dialogues ont chacun autant d’importance.

 

 

 

 

© Godard - Le Lombard

 

 

En septembre 1984, les Cahiers de la BD consacraient un numéro à Christian Godard. L’universitaire Alain Chante se demandait qui était Martin. Un grand flegmatique qui finit par s’énerver ? Un romantique qui ne supporte pas qu’on le lui dise ? Un crétin intégral ? Le dieu-cargo ? Un homme chevaleresque et tout ça ? Un philosophe ? Il finissait par conclure que Martin était un homme riche de souvenirs et d’expériences, un homme qui a su se déprendre de ses certitudes et qui est conscient de ses faiblesses, un homme sur qui on peut compter, et que l’on souhaite avoir pour ami.

 

Mais celui qui définit encore mieux Martin, c’est Schnockmaster, un des personnages de Destination Guet-Apens : « Vous voulez savoir qui c’est, ce gars-là, hein ? Eh bien je vais vous le dire ! C’est un homme, rien qu’un homme… mais… un vrai. ».

 

Godard a 87 ans. Avec André-Paul Duchâteau, il est l’un des derniers gentlemen de la BD. Il a un blog qu’il alimente régulièrement de souvenirs et d’actualités : http://christiangodard.canalblog.com.

 

Patrick Gaumer remonte aux origines de la carrière de Christian Godard dans un copieux dossier introductif.

 

La présente intégrale qui démarre redonne à ce héros la place de grand classique qu’il mérite. Prenez le vol avec confiance, c’est Martin Milan, pilote d’avion-taxi, qui tient le manche à balai.

 

 

Laurent Lafourcade

 

 

Série : Martin Milan

 

Tome : Intégrale 1

 

Genre : Aventures

 

Scénario & Dessins : Godard

 

Dossier introductif : Gaumer

 

Éditeur : Le Lombard

 

Nombre de pages : 48

 

Prix : 29 €

 

ISBN : 9782803672509

 



Publié le 12/05/2019.


Source : Bd-best


Prends garde à toi, Docteur Livingstone.  Max l’explorateur

            «  C’est un mécanisme le strip, c’est une façon de penser. C’est 1,2,3. C’est tout. On entre, on fait quelque chose, on sort. Un début, un milieu, une fin. Mais le problème, c’est qu’entre le début, le milieu et la fin, c’est le temps d’un claquement de doigts ».

            François Corteggiani

 

 

 

 

            Max l’explorateur et son créateur Guy Bara sont à l’honneur de ce pavé hommage à un artiste injustement oublié et à son personnage fétiche. L’album raconte la vie de Bara et propose une large sélection des meilleurs strips de Max.

 

            Fils de diplomate, Guy Bara naît à Riga en Lettonie en 1923.

 

 

 

 

 

 

© Bara - Dupuis


 

 

            De la famille des Peynet, Sempé, Trez ou Lassalvy. il publie dans divers journaux parisiens et notamment la revue médicale Ridendo, concentré d’humour de salle de garde. Au milieu des années 50, Bara tombe malade et doit rester chez lui pour une longue convalescence. C’est à ce moment-là qu’il créé le personnage de Max l’explorateur. Le 31 mars 1955, il devient une vedette du poids lourd de la presse de l’époque : France-Soir, plus fort tirage et plus forte vente de tous les journaux français.

 

            Max l’explorateur, comme son nom l’indique, est le cliché de l’explorateur. Il vit des aventures sous forme de strips sans parole, laissant une large place à la poésie. Il a un short et un casque colonial.

 

 

 

 

© Bara - Dupuis


 

 

            Certaines situations reviennent comme des marronniers. Ainsi, on retrouvera plusieurs fois Max en train de gravir l’Everest, d’avoir fort à faire avec l’écho de sa voix, de tenter de quitter une île déserte, … A chaque fois, les chutes sont différentes.

 

Max l’explorateur vit en pleine période de la décolonisation, mais il est plus proche de l’aventurier du XIXème siècle que du touriste moderne. Haroun Tazieff, Alain Bombard et Maurice Herzog ont trouvé leur alter ego.

 

            Max fit les beaux jours du Journal de Spirou de 1964 à 1985.

 

 

 

 

 

© Bara - Dupuis

 

 

 

            Pour Philippe Bercovici, Bara a créé une complicité avec ses lecteurs, maintenant avec eux le fil de la communication. Selon Anne, sa seconde épouse, son cartooniste de mari était le Raymond Devos du crayon, avec des dessins souvent plus touchants que comiques. L’homme était un rêveur, un optimiste naîf. Il n’aimait pas les héros.

 

Trez explique que Bara mettait beaucoup de lui dans ses dessins : « On ne dessine que ce qu’on est. ». Pour Corteggiani, Guy était curieux. Il n’était pas militant : « Max est un clown, il n’a pas de nez rouge mais un chapeau blanc, il est balancé dans un monde d’une certaine époque. »

 

 

 

 

 

 

© Bara - Dupuis

 

 

 

Contrairement à Franquin, Guy Bara dessinait en dilettante. Il n’était pas un gros bosseur. Avec Jijé, Bara proposa une série à quatre mains pour le magazine Paris-Flirt, mais elle ne vit malheureusement jamais le jour.

 

Le génial Maurice Rosy, ainsi que Vicq, a tenté une incursion dans le monde de Max et de Bara. Il les a embarqués dans du grand format classique, de longues histoires en paroles. Ces deux grands récits n’ont pas rencontré le succès escompté. Bien qu’honorables, ce n’était plus du Max. Bara ne se sentait pas à l’aise dans les idées des autres.

 

 

 

 

 

© Bara - Dupuis

 


 

Le dernier chapitre de ce bel ouvrage est consacré à l’humour noir. On y raconte comment Bara, après l’échec de son transfert au Journal Tintin, a tenté de créer un périodique de dessins d’humour. L’histoire s’achève par la production de quatre cents micro-épisodes de Max l’explorateur en dessin animé au milieu des années 80 et la retraite de son créateur dans le sud de la France.

 

On en trouve quelques-uns cachés sur la toile, mis en ligne par un fan grec, en suivant les liens ci-dessous. La qualité des copies n’est pas toujours au rendez-vous mais on voit que l’esprit y est bien conforme à celui des strips.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La saga de Max s’achève en 1997 après 13000 strips. Son langage universel lui a permis de conquérir de nombreux pays.

 

Guy Bara, à l’instar de Charles Degotte, Paul Deliège ou Jacques Devos, fait partie de ces artistes de second plan qui ont contribué à ce qu’est la bande dessinée aujourd’hui. Il est grand temps que des livres comme celui-ci remettent ce type d’artistes sur le devant de la scène.

 

 

Laurent Lafourcade (500ème !)

 

 

One shot : Max l’explorateur

 

Genre : Humour poétique 

 

Scénario & Dessins : Bara 

 

Éditeur : Dupuis

 

Nombre de pages : 376 

 

Prix : 55 €

 

ISBN : 9782800161822

 



Publié le 17/12/2018.


Source : Bd-best


Luc Mazel est un dessinateur hors pair dans le style franco-belge grande époque

 «  - Annabelle Babble ! ça alors, quelle bonne surprise !

-          Mathilde ! Alfred ! ça fait si longtemps !

-          Annabelle, toi ici ! Tu t’es lancée dans la restauration à ce qu’il paraît ?

-          Oui, et voici mes associées.

-          Sacrée Annabelle, toi qui rêvais d’évangéliser les indiens ! (…) Nous sommes désolés ! Cette fusillade ne vous était pas destinée.

-          A qui alors ? Que se passe-t-il ? Vous avez des ennuis ?

-          C’est notre fille Jessie Jane qui nous cause du souci avec nos voisins.

-          Jessie Jane ! C’est vrai, où se cache ma filleule ? Elle doit avoir bien grandi maintenant.

-          Hélas ! »

 

 

 

© Mazel - Frydman pour Dupuis

 

 

Lorsqu’avec mes deux compatriotes, la bourrue irlandaise Alma et la délicate intellectuelle Alexandrine Dumas, nous arrivâmes au ranch Parsons, nous ne nous attendions pas à trouver les parents de ma filleule dans un tel désarroi. Je ne savais pas que cette dernière était devenue l’égérie de la plaine, la pin-up du Far-West, sexy oui, mais au colt acéré. Je ne l’avais plus vue depuis ses six ans.

 

 

 

© Mazel - Frydman pour Dupuis

 

 

Nous sommes cantinières. A bord de notre food-truck, ou plutôt chariot-cantine comme on l’appelait à l’époque, nous parcourions l’ouest américain. Dans « Flirt à la Winchester », nous avons hérité de la surveillance de Jessie. Ses prétendants sont un tantinet envahissants. Ses parents refusent de la laisser se rendre seule chez Parsifal Brown. Elle a été promise en mariage à son fils, mais les parents Parsons se sentent trop vieux pour l’accompagner. En plus de marraine, ils m’ont attribué la lourde charge de témoin. J’ai donc l’idée de la conduire à destination dans la carriole de mes associées. Ha, elle va en manger la jolie Jessie du potage de consommé de fayots, des fayots en gelée, des paupiettes de fayot et de la macédoine de fayots ! Mais à nous la charge de ne pas laisser les jolis cœurs s’approcher trop près. Entre amoureux transis, vils cow-boys et braves pieds-jaunes, les flings vont pétarader.

 



Dans « Le shérif à quatre étoiles », nous allons nous trouver confrontés à un groupe de malfaisants opprimant une ville où plus personne n’ose représenter la loi. Avec Jessie et mes collègues, nous allons arborer l’étoile de la justice. Prenez garde à vous Ron Reg, Willie le veinard, Chuck Bradfer et Bullet Mackintosh. Vos hold-ups sont comptés !

 

Nos deux grandes aventures sont réunies dans cette belle intégrale, accompagnées d’un court récit « enplumé ». L’introduction de Patrick Gaumer nous en apprend énormément sur la genèse, la vie et la disparition de cette série qui avait tout pour devenir un incontournable de chez Dupuis, et qui s’est retrouvée fauchée en plein vol, ou plutôt en pleine plaine.

Gérald Frydman, le scénariste, vient du milieu du cinéma. Il insuffle à la série une énergie spécifique toute faite pour l’envolée du graphisme de Mazel. Frydman ne s’est pas attardé dans le neuvième art. Outre Jessie Jane, il fait une incursion chez Pilote où il travailla avec Touïs sur Sergent Latterreur, aujourd’hui réédité chez Le Coffre-à-BD.

Luc Mazel est un dessinateur hors pair dans le style franco-belge grande époque. Les personnages secondaires ont des trognes tout droit sorties des westerns à la papa avec John Wayne. Jessie Jane est sexy, belle et rebelle. Les chevaux sont maîtrisés. Bien sûr, certaines scènes pourraient se trouver dans un épisode de Lucky Luke, comme celle où des indiens tournent autour de chariots placés en formation arrondie. Mais la série aurait offert un joli parallèle au monde de Morris sans marcher sur ses plates-bandes. D’ailleurs, le cow-boy qui tire plus vite que son ombre avait déjà quitté la maison Dupuis au moment où la belle cow-girl arpentait les plaines du Far-West.

 

 

 

 

© Mazel - Frydman pour Dupuis

Les caractères apparemment antagonistes de Charles Dupuis et de Luc Mazel ont empêché chacune de ses séries de se transformer en succès. Et pourtant… Aussi bien Câline et Calebasse, les mousquetaires, que Boulouloum et Guiliguili, les jungles perdues, réunissaient toutes les conditions, au même titre que Jessie Jane, pour devenir de grandes collections dans le catalogue de l’éditeur, à l’égal des Tuniques Bleues, des Petits Hommes ou du Scrameustache. Dans le cas précis de la série ici concernée, Patrick Gaumer raconte qu’un auteur maison se serait plaint auprès de Monsieur Dupuis que Jessie Jane risquerait de faire de l’ombre à son héroïne. Ainsi fut-elle enterrée alors que le scénario du troisième épisode était prêt à être dessiné.

Bref, des conséquences de cette mésaventure, il reste cette magnifique intégrale, chevauchée humoristique et aventure dynamique. Allez, Jessie, ta marraine te ramène au ranch !

 

Série : Jessie Jane

Tome : Intégrale

Genre : Western

Scénario : Frydman

Dessins : Mazel

Couleurs : Léonardo

Éditeur : Dupuis

Collection : Dupuis Patrimoine

Nombre de pages : 160

Prix : 28 €

ISBN : 9782800170266



Publié le 26/10/2017.


Source : Bd-best


Case Ă  part : Les crannibales, vu par Monsieur Folichon

-          Bonjour, Madame ! C’est pour le relevé de votre compteur de gaz. Excusez-moi de vous déranger mais d’ordinaire, les gens mettent à la fenêtre la petite carte avec le relevé et…

-          Evidemment que je n’ai pas mis la carte à la fenêtre, sinon vous n’auriez pas sonné !

-          Pourrais-je voir votre compteur ?

-          Suivez-moi à la cuisine.

-           ?! A la cuisine, vous êtes certaine ? D’ordinaire, le compteur est à la cave.

-          En effet. Mais comme cela, j’évite de me faire à chaque fois un tour de reins en vous remontant, vous et vos collègues.

 

 

 

 

 

Ce pauvre agent du gaz va se faire avoir, comme les autres. Les Ducroc vont l’bouffer. Si je vais prévenir la police, ils vont encore m’interner. Si je tente de le sauver, je risque de leur servir de repas…

 

Fournier et Zidrou ont fait les jours gras du journal Spirou pendant 10 ans, de 1995 à 2005. Huit albums sont parus, aux titres édifiants : A table !, On mange qui, ce soir ?, Pour qui sonne le gras ?, L’aile ou la cuisse ?, Crannibal Pursuit, Abracada…Miam !, Crunch ! ou encore La pêche au gros.

 

Je suis un peu la Madame McCluskey de « Desperate Housewives ». Si vous ne savez pas qui vient chez vous, moi, je le sais. Je passe mon temps à observer mes voisins, à essayer de sauver des vies, ainsi que la mienne.

 

 

 

 

 

Tous ! Pas un seul membre de la famille n’a pas, au moins une fois, voulu que je leur serve de repas.

Les parents Mireille et Christian Ducroc sont les plus violents…euh…gourmands. Hachoir, rouleau à pâtisserie, mixeur sont autant d’armes redoutables entre les mains de Madame « la » cordon bleu ! Maillet, canne à pêche, lasso sont autant de moyens qu’emploie le papa pour attraper, assommer ou occire les futur repas.

Ces goinfres ont trois enfants. Betty, elle est mignonne, Betty. Ha, elle peut en ramener des prétendants à la maison ! Mais aucun d’eux n’en repartira, si ce n’est par l’intermédiaire de la fosse sceptique. Popol, son petit frère, est un râleur invétéré, un vrai Schtroumpf grognon. Il n’est jamais content du repas servi. Remarquez, sur ce coup-là, je le comprends ! Puis enfin, il y a Bébé. La relève est assurée…malheureusement…

 

 

 

 

 

Et que peut-on attendre du chien d’une famille de crannibales ? Qu’il le soit lui aussi ! Ce brave Ratiche aime bien ronger les nonos.

Enfin, il y a Hanka, fils adoptif vietnamien des Ducroc. Mieux vaut pour lui que le garde-manger soit toujours plein, sinon il peut commencer à numéroter ses abattis !

 

Chaque gag est titré du nom d’un plat original. Comme on ne peut pas bien les lire car chaque album a été concrètement croqué, un menu récapitule la liste à la fin. Pêle-mêle, on pourra déguster un huissier saisi à point, une toutourte de voisine ou un double homme burger, frites, maxi milk-cheikh.

 

Les deux auteurs n’ont pas hésité à se mettre en scène, une mise en abyme de la série. Ils se sont retrouvés dans le frigo des Ducroc. Fournier a aussi été attaqué par Christian et Mireille sortant de sa planche à dessin dans un roman-photo ouvrant le dernier album.

 

 

 

 

 

 

            Rarement une série aura été aussi subversive, aussi politiquement incorrecte dans le beau journal de Spirou. Cette série a été le plus gros « choc » depuis Pierre Tombal.

 

            Foie…euh…Foi de Folichon, je ne vais pas me laisser faire. Ils ne réussiront pas à me faire devenir fou ! A quoi ça sert que je me décarcasse pour ces Ducroc ?

 

Laurent Lafourcade



Publié le 29/09/2016.


Source : Bd-best


Case Ă  part : Wofi

Moi, c’est Gros Lulu. Je suis un gros toutou en tee-shirt jaune, pantalon, veste bleue et petit bob sur la tête. Mon copain, c’est Wofi, un petit chien blanc tendre et courageux. Je suis peut-être un peu brut de décoffrage, mais si Wofi ne m’avait pas pour l’épauler dans ses aventures, il serait bien embêté. Nos autres compagnons sont Mam’zelle Cléo, la promise (?) de mon poto, le docteur Placébo, le journaliste Robbie, le capitaine Caporn et dans les tout débuts Zaza, une toute petite grenouille.

            Avec Wofi, nous avons vécu deux vies sous la plume d’Albert Blesteau, digne acteur et héritier de l’école Peyo. Nous avons en effet été les héros de gags en une ou deux planches avant de vivre quelques grandes histoires.

            Comme dans toute série anthropomorphique (Chlorophylle, Beany le raton,…), on en apprend beaucoup sur les relations animales…euh…humaines.

 

 

 

 

 

Dans nos gags débutés en 1976 (repris dans l’album 0 « On va s’éclater »), mon ami Wofi vit sa vie de célibataire dans son petit pavillon. La jolie Cléo lui tourne autour. Elle a un sacré caractère. On ne sait pas trop si elle ne serait pas secrètement amoureuse de Wofi sans jamais l’avouer. Toujours est-il qu’elle ne lui pardonne aucune maladresse. Wofi semble également bien l’aimer, mais il a surtout envie de continuer sa vie pépère. Moi, je suis un grand enfant. J’habite avec ma maman, qu’on ne voit jamais. Wofi me donne des conseils de vie, mais constate parfois qu’il a le même genre de soucis. Je suis très gourmand, voire goinfre, et peux avoir un penchant pour l’alcool. Au fil des gags, mon air tristounet disparaît au profit d’une attitude « bonhomme ».

            Après trois ans de gags, 1979 voit la transformation de notre série en grandes aventures dans la plus pure tradition du franco-belge.

            Ha, il va en avoir besoin de son Gros Lulu, le Wofi. Ce n’est pas seul que l’on peut affronter des malfrats. Fable et attrapes est un mystérieux conte campagnard. Avec Cléo et Zaza, nous partons quelques jours nous mettre au vert dans la petite bicoque isolée que Wofi vient d’acheter. Mais notre arrivée ne semble pas plaire à tout le monde. Entre menaces, sabotages et étranges trous creusés un peu partout, il va nous en falloir du courage pour rester et percer le mystère qui nous entoure. Aidés par le sympathique Docteur Placébo, nous allons nous trouver au milieu d’une affaire de famille dont les membres sont plus bêtes que méchants, un peu dégénérés comme dans « Massacre à la tronçonneuse », sauf que ceux d’ici sont moins dangereux. Ma force et mon courage vont remettre les choses en place. Quand j’ai faim, rien ne peut m’arrêter.

 

 

 

 

 

            L’escadrille des becs-jaunes nous plonge dans une ambiance qui peut faire un peu penser à La voiture immergée, le chef-d’œuvre de Tillieux. L’histoire commença bien mal pour moi puisque ma mère m’a fichu à la porte car je ne faisais rien… Allez donc y comprendre quelque chose… Bref, j’en ai profité pour aller faire un tour en mer avec Wofi qui voulait faire des photos à la réserve d’oiseaux de l’Ile Blanche. Le père Caporn devant y livrer du poisson, il nous y amena en barque…mais c’était nous qui ramions. Arrivés sur l’île, Wofi a failli se faire écraser par un gros roc lancé par un oiseau géant. Nous allions découvrir qu’une communauté de mercenaires avait pris possession des lieux, faisant faire des expériences hormonales sur les macareux à l’ornithologue qui habitait l’île. Nous devions débrouiller cette affaire grâce à deux éléments : l’aide de notre ami le Docteur Placébo, et ma faim légendaire qui, tel Obélix, est la meilleure motivation pour décupler mes forces. Dans cette histoire, on va aussi rencontrer Robbie, un journaliste du Clairon à qui nous donnons parfois un coup de main.

            Dans Le clan des dix-doigts, nous faisons l’amère expérience que les chasses aux champignons ne sont pas toujours de tout repos. Une espèce de Grosbouf des bois enlève Wofi pour l’entraîner dans une grotte. J’ai bien tenté de le sauver mais de drôles de petits robots s’en sont mêlés et nous nous sommes retrouvés au cœur d’une société secrète qui peuplait la terre autrefois : des hommes ! Leur particularité : ils ont dix doigts, alors que nous, nous n’en n’avons que huit. Cette société est divisée en deux clans, l’un pacifique et l’autre voulant reconquérir le monde. Non, mais, ça va pas ? On veut garder notre place. Le Capitaine Caporn va nous aider à pacifier les choses.

            Wofi prend le maquis, pour être clair, aurait pu s’appeler Wofi en Corse. Ambiance Coquefredouille. Pour le journal Le Clairon, Robbie doit faire un reportage sur le Bel-Canto (le pays, pas la chanson). Il nous y envoie tous frais payés afin de faire quelques photos. Nous allons nous retrouver au cœur d’un coup d’état militaire, fomenté par le fils du gouverneur, qui sera lui-même pris à son propre jeu. Au pays de la sieste, des saucisses et de l’apéritif, un Gros Lulu ne peut pas être dépaysé. Mais je n’ai pas trop eu le temps d’en profiter. Comme je l’ai dit plus haut, le Bel-canto semble ni plus ni moins être la Corse. On pourrait se croire dans la vallée de la Restonica. On va admirer une tour génoise. Un beau dépaysement. C’est le meilleur album de la série, mais peut-être souffre-t-il trop de la comparaison que l’on peut faire avec certaines aventures de Chlorophylle ? Parue dans Spirou en 1987, cette histoire aurait dû être éditée par MC Productions sous le titre Le fils du gouverneur en Mai 1989 : annoncée, jamais parue. Elle devra attendre fin 2012 pour que l’éditeur La vache qui médite lui rende les honneurs en publiant 300 exemplaires.

 

 

 

 

 

            Notre dernière grande aventure, Wofi contre Krocodilos, a eu un parcours encore plus mouvementé puisqu’elle est restée inédite jusqu’en 2013. Dans cette aventure, Wofi et moi  sommes engagés comme détectives dans l’agence Minouchet, dont Cléo est secrétaire. Nous allons nous trouver confrontés à des bandits sans scrupules prêts à tout pour faire main basse sur un hôtel de montagne. Accompagné d’un nabot muet Monsieur Bémol, l’infâme Krocodilos possède une bague qui transforme les gens visés en la chose ou l’animal dont ils viennent de prononcer le nom. Wofi en fera les frais. Quant à moi, je vais prendre de la drogue pour du sucre en poudre… Cette aventure pleine d’action finira par une scène mémorable digne de l’usine à chewing-gums dans Les aventures de Rabbi Jacob.

Notre auteur Albert Blesteau avait prévu notre retour sous une forme originale. Plus vieux, à la retraite du Clairon, Wofi me racontait ses souvenirs de jeunesse. Wofi junior : Elle est pas belle la vie ? Ceci restera un projet avorté, une histoire courte dont on peut lire l’ébauche dans la réédition du Clan des dix-doigts, toujours chez La vache qui médite.

 

            Comme vous l’aurez compris, nos aventures ont été éditorialement très mouvementées : deux albums chez Dupuis, le troisième, prépublié dans Spirou, a été édité bien des années plus tard chez MC Productions (Soleil), le quatrième, également prépublié dans Spirou, ainsi que le cinquième, totalement inédit, ont été récemment édités par La vache qui médite, qui a aussi sorti l’album numéro 0 reprenant l’intégralité de nos gags.

            Trop d’influences ? Trop de références ? Un manque de direction précise ? Pourquoi Wofi n’a-t-il pas rencontré son public ? La série avait tout pour réussir. C’est un fleuron méconnu de la BD franco-belge qui, comme Bizu, comme Aurore et Ulysse, comme le Flagada, comme plus tard Donito, comme tant d’autres…, aurait pu, ou plutôt aurait dû, faire partie de la famille des grands classiques.

 

Laurent Lafourcade

 

 



Publié le 07/08/2015.


Source : Bd-best


Spirou & Fantasio 54 : Le groom de Sniper Allley

Spirou & Fantasio par Yoann & Vehlmann Acte 4.

            L’aventure commence en Aswana, dans la province de Nyaba. Un ex-dictateur en disgrâce se fait repérer à cause d’une envie pressante. Et boum le refuge ! Dans une prison, en entendant la nouvelle, Don Contralto, prisonnier semblant avoir un régime de faveur, appelle son neveu pour lui confier une mission « très particulière ». Dans leur grande maison qui fait un peu penser à un Moulinsart petit format et devant laquelle on peut admirer les deux modèles de la turbotraction, Spirou et Fantasio s’apprêtent à déjeuner en commentant les événements. C’était sans compter qu’un hôte bien connu allait s’inviter à  leur table : le méchant, le fourbe, le malchanceux Don Cortizone, dit Vito-la-Déveine. Celui-ci est le neveu du prisonnier en question. Vito fait appel à ses meilleurs ennemis car son oncle archéologue, depuis sa cellule, aurait découvert l’emplacement du légendaire trésor d’Alexandrie. Mais comment allait-il les convaincre de l’aider ? Le malfrat a Seccotine en otage.

            Yoann est extrêmement à l’aise. Cet album finira de convaincre les derniers réfractaires que Dupuis a fait le bon choix il y a quelques années en lui confiant, avec son scénariste Vehlmann, le destin du groom. Et leur contrat vient d’être renouvelé ! Yipi !

 

 

 

 

            Après une aventure à Champignac, un space-opéra et un angoissant suspens financier, Vehlmann plonge Spirou et Fantasio dans une aventure avec un grand A. Le groom se retrouve dans un pays en guerre, mais l’humour reste bien présent. Ajoutons une pincée d’Indiana Jones et les références sont complètes.

            Les auteurs ont maintenant deux missions : d’une part, intégrer le personnage le plus mythologique de l’histoire du monde de la bande dessinée (voir plus bas), et d’autre part, créer des personnages et des événements qui deviendront des références pour de futurs repreneurs. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est ce deuxième challenge qui est le plus difficile.

            On attend donc avec impatience Spirou/Fantasio par Yoann/Vehlmann Acte 5 avec un animal jaune et noir qui a une queue gigantesque. Ça vous dit quelque chose ? Le dernier strip de l’album est une mise en bouche mystérieuse…

 

Laurent Lafourcade

Spirou & Fantasio 54 "Le groom de Sniper Allley" par Yoann et Velhmann, Dupuis

48 pages, 10.60 €

ISBN : 9782800160290



Publié le 21/11/2014.


Source : Bd-best


Case à part : Curé-la-Flûte

Je m’appelle Tapalouf. J’étais Maréchal-Ferrant à Curé-la-Flûte, village français qui se trouvait du mauvais côté de la ligne de démarcation pendant la guerre.

Pour une histoire, ce n’est plus une histoire, c’est « de l’Histoire »…Et quelle histoire ! Avec mes amis Monsieur le Curé, le Docteur et l’Oiseau (ce n’est pas une bestiole, mais bien un humain), nous en avons connu des aventures pendant la deuxième guerre mondiale. Alors que le monde rend hommage à la Grande Guerre en ces temps de centenaire, rappelons-nous de cet autre conflit qui s’est déroulé hier à peine.

 

 

 

 

Les habitants de Curé-la-Flûte, autour d’un bon verre chez Abel, se racontent les périlleux événements qu’ont vécus leurs parents en 40. « On s’en fiche comme de l’an 40 ! » C’est cette expression employée mal-à-propos qui déclencha les discussions. Monsieur le Curé, tout minot, avec son oncle dans les ordres (une affaire de famille), et quelques habitants du village, dont moi, étions en vadrouille en mai 40 en Belgique. Quelle belle époque pour faire du tourisme en autocar ! Mais lorsque nous fûmes réveillés une nuit par des bombardements, après quelques heures passées dans une cave, il fallait bien se décider à rentrer chez nous. Avec un bus explosé, ça allait être plus compliqué que prévu. Nous prîmes la route, chargés comme des mulets, en essayant d’éviter les pièges de la guerre. Messerschmitts en attaque, gares détruites, perroquet teutonique aux réflexions belliqueuses,… Pas une seconde de répit ne nous aura été accordée. Et puis, Monsieur l’Curé, ‘faut pas l’énerver ! Il n’hésitera pas à prendre les armes pour nous tirer d’affaire. C’est drôle comme en des temps dangereux la réalité rejoint la farce : fausses bonnes sœurs, cortège funèbre mascarade, tout était bon pour tromper l’ennemi ou que l’ennemi nous trompe. Et puis, malheur de malheur, à dix bornes de la frontière française, on nous annonça que la France était en feu. Peu importe, nous avions décidé de regagner nos pénates coûte que coûte.

 

 

 

 

Pour notre deuxième grande aventure, exit l’époque contemporaine avec nos descendants, nous nous retrouvons directement au village durant l’hiver 41-42, grande époque du marché noir et des bottes à clous, comme l’indique le titre de cette histoire. Monsieur le Curé fume le chanvre de son fauteuil, roule sur les jantes avec sa vieille bicyclette, ameutant tout le village à chacun de ses déplacements. Mais ce malin réussit à nous dégotter un porcelet. Avec nos amis le Docteur et l’Oiseau, nous décidâmes de l’engraisser dans le clocher de l’Eglise. Vu le sort que nous lui réservions, l’appeler Adolf nous évitait bien des regrets. A part la mission attribuée à l’Oiseau, travaillant aux chemins de fer, de trouver des pneus pour le vélo du prêtre, mon principal objectif fût d’aider des aviateurs anglais malencontreusement parachutés avant le crash de leur avion de sortir du village occupé. Ce fût de loin ma mission la plus périlleuse, déguisé en romanichel, à bord d’une carriole menée par un cheval alcoolique et complètement déjanté (comme le vélo du Curé).

 

 

 

 

Outre ces deux grands récits, six courtes chroniques ont raconté la vie sous l’occupation allemande à Curé-la-Flûte dans le journal Spirou de 1979 à 1985.

La série Curé-la-Flûte a connu des dérives éditoriales qui l’ont empêché de s’épanouir. Le premier album est paru dans la collection fourre-tout « Les meilleurs récits du journal de Spirou ». Dupuis n’a jamais édité la suite, hormis une publication dans Spirou. Quelques années plus tard, MC Productions et Soleil ont repris la série en publiant le deuxième épisode sous le n°1 et le premier sous le n°2. De quoi perdre le lecteur : 41, c’est bien avant 40 ? C’est dommage. Laudec y montrait des talents certains de metteur en scène et de décoriste. Mittéï pouvait quant à lui s’exprimer dans une série créée par ses soins et qui avait un potentiel narratif à exploiter.

 

Laurent Lafourcade

 

 



Publié le 06/06/2014.


Source : Bd-best


Case à part : Spécial Voraces

Va encore falloir les nourrir… Ils lui tournent autour. Le cadavre d’un zèbre git sur le sol sec de la savane. La bête est morte depuis six jours et commence à pourrir sous ce ciel de plomb. Leur vol se rapproche. Ces volatiles vont bientôt s’attaquer à la dépouille. Leurs becs vont lacérer les chairs. Les lambeaux de gras vont être arrachés des os. Les tripes vont se retrouver disputées entre eux…. Hé, là ! Stop ! Rewind ! C’est quoi, ça ? On n’est dans un film d’horreur ou quoi ? Faut rigoler, voyons ! Vous croyiez qu’avec Raoul Cauvin aux manettes on allait se retrouver dans une épouvantable histoire glauque ou dans un pompeux documentaire animalier ? Vous vous fourrez l’aile dans le gésier.

 

 

 

 

Je m’appelle Yvo. Y comme hibou et Vo comme vautour. Mon père Balthazar est un vautour, ma mère Annie est très « chouette ». Les vautours n’hésitent pas à transgresser les lois de la nature. Tonton Melchior n’en crut pas ses oreilles lorsque mon père lui apprit que j’allais naître d’une union contre nature. Mon problème est que je ne suis à l’aise pour chasser ni la nuit, ni le jour, mais seulement au crépuscule. Pas facile pour la vie de famille. Et devinez donc avec qui je copine ? Les chauves-souris ! Mon métabolisme est un peu détraqué au grand dam de papa : imaginez un vautour dormant la tête en bas… Ajoutez à cela que j’attrape les poissons avec la prouesse d’un martin-pêcheur et mon père se demandera s’il a été le seul oiseau de la vie de ma mère. Cerise sur le gâteau, j’aurai à mon tour des amours complexes et vous comprendrez pourquoi mon père a les fils qui se touchent.

Parlons un peu à présent des caractéristiques des oiseaux de la race de mon paternel. « Vorace » qualifie celui ou celle qui mange, qui dévore avec avidité. Le vautour fait partie de cet ordre là. Bien obligé, sinon ce sont les autres qui bouffent tout à sa place. Le vautour bouffe tout. Oui, mais seulement ce qui reste. Imaginez ce qu’il peut rester d’un bagnard évadé, après le passage des lions, de leurs familles, des hyènes et des chacals. Quelques lambeaux de chair ? Quelques miettes de moelle d’os ? Nenni ! Les prédateurs n’auront laissé que le boulet. Pourtant, un vautour mange vraiment de tout : du cul-de-jatte, du curé, du missionnaire et même du schtroumpf.

L’appareil digestif du vautour est relativement simple. Ayant repéré l’entrée et la sortie des aliments, le reste n’est pas compliqué : c’est rectiligne.

La partie encyclopédique de la série expose également tous les types de vautours existants. Sandrine Arcizet et Elodie Ageron, les deux animatrices des « animaux de la 8 », doivent y puiser les renseignements pour leur émission animalière. C’est certainement en lisant les voraces qu’elles auront appris qu’il existe le vautour de France, le vautour d’Espagne, le vautour Malet ou le Paris-Roubaix.

Un des défauts du vautour est qu’il n’a pas l’esprit de famille…pour sa survie. En effet, une famille volant en V se fera prendre pour des canards sauvages. Une autre entièrement posée sur une branche d’arbre pas trop robuste de la savane se retrouvera rapidement à terre.

Le vautour ne peut voler ni la nuit, ni par temps couvert. Les obstacles sont nombreux : arbres et girafes perchent haut.

Les amours des rapaces sont tumultueuses. La méthode Gabin ne fonctionnant pas (« T’as d’beaux yeux, tu sais ! »), le mâle doit user de tous ses charmes pour une parade amoureuse imparable…lorsque ça marche. Mais attention, dans la savane, tous les œufs ne sont pas des œufs de vautour : crocodiles ou autres serpents sont aussi ovipares.

Pour élever sa progéniture, l’oiseau le prend sous son aile afin de l’aider à surmonter les dures épreuves de la vie. Ainsi, le vautoureau apprendra que s’il tombe à terre il devra se relever instantanément s’il veut continuer à vivre. Dans la savane, tout corps au sol est un potentiel cadavre. Il faut en croire l’expérience de papa.

 

 

 

 

Hyènes et vautours jouent parfois une carcasse à pile ou face. Mais quand on n’a pas de monnaie, il est nécessaire de trouver une solution de remplacement. Petit vautour s’en souviendra.

Les auteurs donnent régulièrement des informations entomologistes sur le vautour. L’humour de Raoul Cauvin est servi par le dessin très expressif de Glem, capable d’exposer pas moins de vingt-cinq regards différents des volatiles. Un vautour à construire plume par plume se trouve même dans un album.

Au fil du temps, bien qu’ils n’aient pas évolué depuis l’ère primaire, les vautours ont dû apprendre à cohabiter dans le ciel avec les avions, les hélicoptères, les montgolfières et même les anges.

Comme le camion d’immondices, le vautour participe à l’équilibre de la nature. Comme l’éboueur, le vautour, s’il disparaît, laisse une nature en forme de dépotoir. Heureusement, ça ne risque pas d’arriver, les vautours sont là pour un bon moment et ont toujours faim.

Et là où ils sont les plus drôles, c’est lorsque ces oiseaux se moquent de la condition humaine. Ainsi, chez le notaire, comme leurs congénères humains, ils viendront partager les restes.

Pendant des années, ma famille a aussi fait jouer les lecteurs du journal Spirou avec mots-mêlés, rébus ou autres amusements dans la rubrique « Les voraces et les coriaces ».

En cinq albums, Glem et Cauvin ont bouclé l’analyse de vie de ces pensionnaires de la savane. Nous avons remisé nos becs, nos serres et nos plumes en laissant cette encyclopédie amusante. Mieux vautour que jamais.

 

Laurent Lafourcade

 



Publié le 10/04/2014.


Source : Bd-best


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